Catherine Chevillot

  • Auguste Rodin (1840-1917) est considéré comme l'un des pères de la sculpture moderne. À chaque génération, le public et les artistes se sont positionnés par rapport à lui, , souvent pour s'en inspirer - telles les relectures du Penseur - ou renchérir sur une invention, un aspect, une forme.
    Car Rodin a revisité toutes les facettes de l'art de la sculpture, et bien au-delà : ainsi l'invention de l'assemblage, de la figure partielle ou du collage précède la pratique de Matisse et Picasso, son usage du dessin devance les grands expressionnistes germaniques, son rapport à la photographie annonce celles de Brancusi ou de Man Ray. À chaque phase déterminante de sa carrière, puis, à chaque géné-ration après sa mort, un Rodin différent est mis en exergue, découvert, mis en lumière. Ces mutations du regard contemporain, loin d'épuiser l'oeuvre de l'artiste, ont permis à chaque époque un enrichissement de sa compréhension.

  • Autour de 1900, Paris rassemble une nouvelle génération de sculpteurs consciente de vivre l'aube d'une nouvelle ère et cherchant un langage pour cet avenir encore indécis. Auguste Rodin est un passage obligé, et contesté, pour tous, Français (Bourdelle, Maillol), Espagnols (Gargallo, Manolo, Picasso), Roumains (Brancusi), Polonais (Nadelman, Allemand (Hoetger, Lehmbruck), Ukrainien (Archipenko)...
      Paris est aussi un milieu intellectuel traversé de nouvelles idées qui stimulent les débats esthétiques et renouvellent nombre de questions : autonomie par rapport à la peinture, détour par le passé, relation à l'espace et au temps. Des penseurs comme Bergson, James, Nietzsche et Simmel, en substituant des notions comme l'intuition et la mouvance à la raison et à la permanence, fécondent la création plastique. Des sculpteurs aux sensibilités en apparence incompatibles apparaissent finalement comme formant un ensemble cohérent dans ce contexte.
      La création sculptée peut alors être lue comme une expérimentation de tous les moyens pour se débarrasser de ce que le nouvel univers mental conduit à abandonner. Un vrai foisonnement d'inventions et de recherches traverse les catégories et même les personnalités, rassemble des artistes souvent considérés aujourd'hui comme opposés ou les sépare alors qu'ils sont généralement associés. Cette profusion laisse penser que le XXe siècle aurait pu connaître des développements très différents de ceux qui nous sont familiers : l'après-guerre opéra une sélection tranchante dans tous ces « possible    

  • Le musée Rodin est situé dans l'ancien hôtel Peyrenc de Moras, chef-d'oeuvre rocaille de l'architecte Jean Aubert, construit rue de Varenne en 1732. Il est connu sous le nom d'hôtel Biron, du nom de son deuxième propriétaire qui fit aménager les jardins, doublant leur superficie.
    Il va voir défiler ensuite de nombreux occupants dont une ambassade du pape en 1806 et l'ambassade de Russie en 1810. En 1820, il est acheté par la société du Sacré-Coeur de Jésus qui crée un établissement pour jeunes filles. Il va alors connaître de nombreux réaménagements financés par la vente des décors originaux. La chapelle, conçue par l'architecte Lisch, est achevée en 1876.
    L'ordre est finalement dissous en juillet 1904. En attendant d'être vendu, l'hôtel Biron accueille des locataires dès 1905, parmi lesquels de nombreux artistes, Cocteau, Matisse, Isadora Duncan et la sculptrice Clara Westhoff, épouse du poète Rainer Maria Rilke, par l'entremise duquel Rodin découvre le domaine. En 1908, le sculpteur loue quatre pièces et, à partir de 1911, il occupe tout l'hôtel Biron.
    Rodin propose alors une donation de son oeuvre et de ses collections à l'État, à condition qu'il rachète le domaine pour en faire un musée Rodin. Le musée est inauguré en 1919. Classé monument historique en 1926, il a fait depuis l'objet d'importants travaux de remise en état.

    L'annexe du musée, la villa des Brillants, est située à Meudon. C'est une maison de style néo-Louis XIII, achetée par Rodin en 1895. C'est là que la part la plus intime de son oeuvre s'élaborait. Un musée y est construit en 1930 pour remplacer le pavillon de l'Alma qui présente de nombreux plâtres des oeuvres monumentales de Rodin.

  • Cet ouvrage est le catalogue de la double exposition "Picasso Rodin" présentée au musée national Picasso- Paris et au musée Rodin du 9 février au 18 juillet 2021. La confrontation du travail des deux monstres sacrés Auguste Rodin (1840-1917) et Pablo Picasso (1881-1973) révèle des points de contacts déjà connus, mais aussi des rencontres inédites.
    Les inventions formelles de ces deux artistes hors du commun marquent à leurs époques respectives des tournants dans l'art moderne. Le croisement de leur processus créatif mettra donc en lumière des convergences saisissantes qui jalonnent leurs recherches, comme l'expérimentation, le travail en séries et la perpétuelle mutation des formes. Le catalogue, illustré de plus de 350 oeuvres, permettra de découvrir un dialogue entre les deux artistes et maintes facettes de ces proximités inattendues.

  • Oublier Rodin ?

    Chevillot Catherine

    • Hazan
    • 18 Mars 2009

    Aux alentours de 1900, dans le domaine particulier de la sculpture, l'aspiration à un nouvel univers formel est pressante retrouver les lois de leur art, voilà à quoi aspire la génération des bourdelle, maillol, lehmbruck, qui prend le contre-pied de rodin sans se laisser classer dans les avant-gardes, fauvisme puis cubisme, considérés avant tout comme des mouvements de peintres. a ce même moment, paris se trouve réunir des artistes de nombreux pays, tels minne, gonzalez, brancusi, nadelman, gargallo hoetger, archipenko, lehmbruck, epstein, gonzalez, gutfreund, manolo qui, installés ou de passage, font preuve, avec leurs personnalités respectives, des mêmes préoccupations. pendant dix ans, un tel mouvement qui défie les catégories convenues, au nom d'une synthèse plastique, fait de la capitale « un creuset pour la sculpture ». simplification des formes jusqu'à l'austérité, tendance à la géométrisation (que l'on songe à pompon), prédilection pour les volumes ramassés, réduction de l'espace au plan du mur ou du relief, telle est la nouvelle esthétique qui se met en place et que l'on peut résumer à la suppression de l'inutile et à une exigence de simplification. sa logique n'est plus reproductive mais constructive ; à rebours de l'expression subjective, elle tend à un conception architecturale de la forme. « ma méditerranée est enfermée dans un carré parfait ; la france s'inscrit dans un triangle très aigu », répétait maillol. reflet d'une exposition longtemps attendue, cet ouvrage très documenté qui propose un nouveau regard sur la sculpture classique du début du xxe siècle vient combler une lacune importante dans l'histoire de l'art »

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