Jean Yves Jouannais

  • Une histoire de l'art moderne et contemporain à travers l'étude de la présence de l'idiotie (l'invention du rire, la fantaisie, l'inconscience) dans les arts plastiques, le cinéma, la musique et la littérature

  • 'Cet ouvrage s'apparente à un casting de personnages romanesques. Ils ont en commun d'avoir reconnu leur obsession au contact d'une ville assiégée. Choisis parmi cette triste galerie l'uniforme ou les traits qui te siéront au mieux. Tu es maintenant libre d'aller arpenter les ruines.' Albert Speer, Naram-Sîn d'Akkad, Scipion Émilien, Irma Schrader, Shang Yang, Stig Dagerman, Shapur Ier, Bernardo Bellotto... À travers des portraits de vainqueurs, de vaincus ou de simples témoins, ce livre raconte une histoire du monde sous la forme d'un seul et même panorama de villes effondrées, depuis la Mésopotamie d'avant l'écriture jusqu'au Ground Zero de l'après 11 septembre. Entre digression érudite et narration rêveuse, Jean-Yves Jouannais compose, sur les décombres de notre mémoire, un inventaire à la fois fantaisiste et raisonné des pires traumatismes de guerre.

  • Jean-Yves Jouannais est connu pour le cycle de conférences intitulé l'Encyclopédie des guerres qu'il a initié voici dix ans au Centre Pompidou.
    Tous les livres qu'il a publiés depuis, entre roman et essai, tentent une nouvelle approche de ce même sujet de la guerre. C'est le cas également de ce dernier ouvrage. MOAB (Mother of all the battles) est un poème épique, une bataille imaginaire.
    Son texte est le fruit d'une compilation d'environ un millier de citations extraits de livres de guerres. Ces ouvrages recueil de poésie, romans, livres techniques, témoignages, lettres de soldats, livres d'histoire traitent de tous les aspects de toutes les guerres, de l'Antiquité à nos jours. Il en résulte un texte aux styles variés, à la grammaire irrégulière, aux temps multiples, qui dit le caractère éternel de la guerre.
    MOAB est donc le récit d'une seule et même bataille racontée avec les bribes de toutes les batailles ayant eu lieu depuis les débuts de l'humanité.
    Pour sa première mise en scène, en septembre 2017, au musée des Invalides, une sélection de dix chants de MOAB avait été faite afin d'être interprétés par plusieurs lecteurs, chanteurs, comédiens et musiciens.

  • « La croyance de Hans Reiter fut dès lors celle de tous les hommes de toute éternité et qu'ils ont désiré censurer, à savoir que la guerre - dans son cas la Seconde Guerre mondiale - était née non pas d'un quiproquo diplomatique, du caractère belliqueux d'une nation, d'un accident climatologique ou de tout autre phénomène naturel, mais d'une blague. Il en avait été le témoin. La guerre est une farce qui tourne mal. »

  • « Je savais aujourd'hui que les barrages contre les océans, les forts de résistance, les murs d'Hadrien en sable, les lignes Maginot de coquillages, ces discrets autels de l'enfance dédiés à la bataille, demeuraient, le plus innocemment du monde, ce que l'on avait trouvé de plus juste pour rappeler la mémoire des hommes perdus à la guerre, non pas seulement au sens statistique des pertes, mais au sens d'égarés. Les égarés, les combattus. Et que cela concernait, plus largement, l'ensemble des hommes qui nous avaient précédés, les pères, évidemment, en premier lieu. »

  • Armand Silvestre (1837-1901), éminente figure de littérateur fin de siècle, est à lui seul un double mystère.
    Le premier tient à ce qui a fait de lui le poète le plus populaire de son époque. Mais nous sommes assez accoutumés désormais aux excès de la comédie littéraire pour trouver une vague raison à une telle aberration. Le second mystère, le véritable " cas Silvestre ", est plus opaque. " Il y a un contraste complet, explique en 1933 le Larousse du XXe siècle, entre ses poésies, d'une forme savamment parnassienne, d'une inspiration élégante, et ses historiettes grasses, gauloises et souvent scatologiques.
    " Après Les Renaissances (1869), La Gloire des souvenirs (1872), La Chanson des heures (1878), Les Ailes d'or (1880), surgissent comme de nulle part Les Farces de mon ami Jacques (1881), Les Malheurs du commandant Laripète (1881), Contes grassouillets (1883), Les Merveilleux Récits de l'amiral Le Kelpudubec (1885), etc. C'est un Armand Silvestre encore jeune qui s'applique à la pose poétique la plus académique, c'est un Armand Silvestre vieillissant, respectable sous-chef de bureau au ministère des Finances, qui s'adonne au moins écrémé des humours.
    Né à Paris, il finit sa vie à Toulouse, inversant le cours des choses. Poète parisien, il connaît la consécration en province, et c'est dans un square de la ville rose, non dans la capitale, que s'élève sa statue. Armand Silvestre n'est pas un monstre, ni une exception, parmi la multitude de ceux qu'occupe l'écriture. Il est, tout au contraire, le moins atypique des écrivains, l'écrivain par excellence, celui dont le modèle fut façonné voici deux siècles, le vulgo scriptor moderne.
    Qu'il rêve de Nerval, de Proust, de Baudelaire, ce dernier aura toutes les chances de s'incarner plutôt en Silvestre. Les livres ne sont pas l'art. Ce qui semble bien la vérité la plus difficile à entendre.

  • "Jésus Hermès Congrès ne s'est jamais montré naïf au point de douter de ses origines stratosphériques.
    Majestueuse et difforme météorite, il est né en s'écrasant, comme tout caillou venu de l'espace. On est saisi à l'idée de cet impact qui eut lieu en un siècle non répertorié. La Terre fut sujette à une commotion passagère. Son crâne en combustion ayant ravagé quelque plaine cultivée, quelque cime depuis édentée. Est-il concevable que cet aérolithe ait modifié le monde ? Nous sommes sans notion de ce qu'étaient alors les steppes, et si elles existaient.
    Une allégresse nous prend à imaginer qu'il fut un temps où les arbres rampaient et que ce choc les fit se dresser au pourtour de la planète. Et cette lumière qui nous interdit d'en examiner la source, se peut-il qu'elle soit apparue, ou qu'elle ait subi quelque modification lorsqu'il a chu ? ".

  • « Essai sur le kitsch pavillonnaire », précise le sous-titre du livre, et, de fait, le jardin décoré de banlieue « est l'un de ces lieux où le kitsch se densifie ». Jean-Yves Jouannais, au détour d'une promenade divertissante parmi les nains et leur environnement - brouettes porte-fleurs, faux puits, moulins en plastique, champignons rouges tachés de blanc -, enseigne à regarder cet art populaire, sans mépris ni parti pris : « Comment faire en sorte qu'un regard ne s'apparente pas à une mauvaise action ? » Apparaissent ainsi les rapports, lointains mais évidents, qui lient les nains à des formes d'art unanimement célébrées, comme le palais du Facteur Cheval ou la maison Picassiette... Dans ce livre, on trouvera les hypothèses les plus récentes sur l'origine des nains de Jardin, sur leur caractère phallique, sur les vingt-sept millions de nains des jardins d'Allemagne, et on y lira des détails sur les derniers congrès de nanologie. « Notre époque bovarysante implique que nul ne puisse échapper au kitsch. Nos jardins intérieurs, c'est une certitude, grouillent de nains en plastique. À chacun sa Vénus ou son curé de plâtre : Madame Bovary c'est nous. »

  • La plus étriquée des problématiques, l'animal le plus anodin vivotant au fond à droite des mers chaudes, le souvenir d'enfance du dernier des gendarmes appelle le livre, convainc l'éditeur, trouve son lecteur. Le château d'eau, non. J'en fus jusqu'à concevoir l'inquiétante intuition que, plongé dans une sorte de folie, j'avais fantasmé un objet qui n'était pas réel. (extrait)

  • Depuis plus d'un siècle, les arts plastiques, la littérature, la musique et le cinéma regorgent d'artistes qui ont joué à faire les idiots.
    Des créateurs seuls et singuliers, ni vraiment clowns, ni tout à fait mystiques, qui ont fait le choix de n'être pas compris.
    Explorer l'idiotie, c'est comme descendre avec délectation aux enfers de l'art, un voyage hilare, quand il n'est pas effrayant, en compagnie de Flaubert, Satie et Magritte, Filliou, W.C. Fields et Lars von Trier.
    Jean-Yves Jouannais, auteur des Nains, des jardins et d'Artistes sans oeuvres, embrasse ici, entre infamie et fiasco, le destin d'artistes qui ont perdu en reconnaissance ce qu'ils ont gagné en spiritualité.
    L'idiotie, une sagesse, tel un bout de sparadrap, dont l'Occident chercherait à se défaire sans jamais y parvenir.

  • Une île est volontairement laissée sans désignation, c'est un possible, une narration réelle et fictionnelle, qui retrace l'attraction qu'exerce ce lieu sur l'imaginaire. L'ouvrage rassemble des photographies prises entre 2012 et 2015, un texte original de Jean-Yves Jouannais, et des extraits d'un essai de Rafael Argullol «?L'attraction de l'abîme», publié en 1983. Tous ces éléments traitant à leur manière de certains aspects de l'île de Rügen située dans le Nord-est de l'Allemagne sur la mer Baltique, dont les falaises de craie, s'abîmant dans la mer, ont été immortalisées le peintre romantique Caspard David Friedrich en 1818. Putbus, première station balnéaire de l'île, est fondée en 1816 et plus tard, d'autres stations sont créées. En 1936 les autorités nazies planifient une station composée d'un immeuble uniforme de six kilomètres qui fait face à la mer : Prora. Celui-ci, cité balnéaire contenue dans une barre unique de 5 kilomètres organisée par la KdF : Kraft durch Freude (la force par la joie), a pour but d'accueillir 20 000 vacanciers en même temps. Le bâtiment construit aux deux tiers, n'est jamais terminé, car la guerre interrompt sa construction, et ses ruines, alignent 10 000 chambres répétées à l'identique sur 5 étages, avec toutes, une vue sur la mer. Il sert ensuite de base militaire pour l'armée soviétique pendant la guerre froide, et disparait momentanément des cartes.

    Ruegen, la plus grande des île allemande (900 km2), est située sur la mer Baltique, entre la Pologne et le Danemark. Sa géographie est instable et ses contours mouvants. Les falaises de craie de l'île, descendant vers la mer pour s'y écrouler, emportent avec elles les arbres et toute la végétation qu'elles contiennent.
    Le livre Une île, regroupe des photographies réalisées à Rügen entre 2011 et 2013, et des images trouvées, documents anonymes, d'archives ou vernaculaires. L'origine de chaque image n'est pas précisée, laissant l'île dessinée, flotter entre le possible et l'imaginaire.

  • Philippe Ramette inflige, sans jamais donner de leçons, des fragments d'être dans un monde tout entier vendu à l'avoir ; [ ..] il oppose l'humour de son esthétisme aristocratique à la veulerie de l'époque qui, même en art, surtout en art, ignore le rire pour lui préférer les passions tristes jusqu'à la nausée ; il célèbre l'inutile avec une douce ironie et une jubilation non feinte dans une époque n'ayant d'yeux que pour l'utile...
    Dans le vocabulaire de Nietzsche, Ramette est un inactuel, un intempestif - donc un contemporain capital.

  • Félicien Marboeuf est un écrivain français du XIXe siècle, « le plus grand des écrivains n'ayant jamais écrit » : une figure créée par Jean-Yves Jouannais et glissée parmi d'authentiques écrivains sans oeuvre dans son essai intitulé Artistes sans oeuvre. I would prefer not to*. En 2009, Jean-Yves Jouannais fit appel à des artistes et organisa une exposition consacrée à l'écrivain sans oeuvre à la fondation Ricard pour l'art contemporain, à Paris. La contribution d'Alain Rivière consista alors en une collection de photographies d'écrivains aux yeux fermés : la « collection Marboeuf », composée d'une cinquantaine de portraits.
    L'artiste a ainsi prêté à Félicien Marboeuf une étrange lubie consistant à accumuler des portraits d'écrivains sur leurs lits de mort, ou simplement assoupis. Marboeuf n'a pas laissé d'oeuvre, mais il a rêvé la littérature, comme tout écrivain, d'une certaine manière, rêve son oeuvre.
    À la faveur de cette publication, la collection de portraits est augmentée d'une seconde collection qu'Alain Rivière attribue également au personnage. Reproduite en vis à vis, elle est constituée des papiers amassés par Marboeuf durant toute sa vie. Son abstinence littéraire n'a laissé s'y inscrire que l'oeuvre du temps. Macules diverses, déchirures. L'ouvrage évoque un album de photos doublé d'un carnet personnel. C'est un fac-similé d'environ cent vingt pages - un pan de vie : l'oeuvre absente, la littérature contournée de Félicien Marboeuf. On y trouve l'empreinte laissée par le maître, la poussière qu'il souleva en s'éloignant sur les chemins de la littérature. Aucun appareil critique ne l'entoure ou ne le surplombe : seules quatre lettres extraites par Jean-Yves Jouannais de la correspondance entre Marcel Proust et Félicien Marboeuf - qu'il connaît particulièrement bien - y sont reproduites.

  • « On explique toujours à l'étranger (touriste, provincial, immigrant) débarquant à New York que le plan en est simple, une grille orthogonale, des rues numérotées et un axe Nord-Sud. Et puis il y a Broadway, l'artère principale qui trace une diagonale. Celle-ci dépasse même le district de Manhattan stricto sensu pour aller au-delà, jusqu'à Sleepy Hollow, au-delà du Bronx. Lorsqu'on arrive à New York, tout semble familier, parce que la ville fait partie de notre mémoire collective de films ou séries «vus à la télévision».
    Ce que pointe Thierry Costesèque, c'est que l'Amérique existe avant tout au cinéma. [...] La légende de l'Amérique s'est construite via le cinéma. Les histoires d'Indiens et de cow boys ont peuplé les enfances de millions de personnes et participé à la diffusion du mythe du bon pionnier et du vilain Indien. On sait tous que cela n'est pas la réalité et que la conquête de l'Ouest s'est faite bien autrement. Cependant une activité récurrente des cow boys, en plus de guider le troupeau - ce qu'on voit en fait rarement - consiste à faire des barrières. Des milliers de kilomètres de réseaux de poteaux pour dessiner un pays, en traçant les contours d'une carte. Le droit de propriété et le droit de défendre celle-ci par tout moyen est une des choses à laquelle le citoyen américain tient le plus. D'ailleurs, il se défini en tant que citoyen, statut qui le distingue de l'immigrant fraîchement arrivé ou du natif. » Marie de Brugerolle.

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