Livres en VO

  • Monographie complète dédiée aux dessins et scuptures de l'artiste français, avec un texte de Marie de Brugerolle qui propose une approche singulière du travail de Christian Lhopital, nourrie de références cinématographiques, littéraires et d'échos à l'oeuvre de confrères, de Picabia à Paul McCarthy et Mike Kelley.
    Christian Lhopital (né en 1953 à Lyon, où il vit et travaille) pratique le dessin sur papier (comme l'a majestueusement présenté l'exposition du musée d'art moderne de Saint-Étienne en 2013), le dessin mural à la poudre de graphite (comme l'a tout aussi magistralement dévoilé le musée d'art contemporain de Lyon en 2008), ainsi que la sculpture. Ces dessins et sculptures se développent à travers des ensembles.
    Les dessins figuratifs recouverts d'encre imposent dès les années 1990 un statut ambivalent des figures et de leur résistance dans l'oeuvre de Christian Lhopital, qui se poursuit aujourd'hui dans les ensembles Fixe face seul et Fixe face silence. Ces dessins sont réalisés sur des portraits de personnalités découpés dans des journaux puis recouverts de peinture blanche jusqu'à une quasi disparition de la figure au profit du regard accentué au crayon graphite.
    Les sculptures sont quant à elles des petites scènes élaborées à partir de peluches. Plongées dans de la peinture blanche, ces peluches deviennent des objets-sculptures dominés par la force de leurs pupilles noires. À travers ces manipulations, Christian Lhopital transforme les figures en personnages. Ces regards semblent habités, chargés d'une histoire, dans leur isolement comme dans leur foisonnement.

  • Un portrait mosaïque de Guy de Cointet (1934-1983) composé d'interviews d'artistes et de documents recueillis au cours d'une enquête menée sur dix ans par Marie de Brugerolle, qui apporte un éclairage nouveau sur la scène artistique de la Côte Ouest des États-Unis.
    Une vingtaine d'artistes et personnalités contemporaines de Cointet, dont John Baldessari, Larry Bell, Morgan Fisher, Paul McCarthy, Christophe Bourseiller, etc., témoignent ; des documents inédits permettent de mieux comprendre la complexité de ce personnage et la singularité de son oeuvre. Apportant un éclairage nouveau sur la scène artistique de la Côte Ouest des États-Unis, le film redéfinit la place qu'a occupée l'artiste, surnommé le « Duchamp de Los Angeles ».
    En bonus, une discussion avec le psychanalyste Gérard Wajcman complète ce document ainsi que des entretiens avec Dora García et Julien Bismuth, qui parlent de l'écho du travail de Guy de Cointet sur la scène actuelle et au-delà des frontières. La caricature, l'humour sophistiqué et la mise en scène du public sont des axes que ces artistes retrouvent chez lui. Christophe Bourseiller évoque l'entourage de l'artiste et la spécificité d'une scène contrastée, un « portrait d'un artiste en jeune homme » qui nous plonge dans l'Amérique du début des années 1970 et du monde dans lequel Guy de Cointet évoluait. Jeffrey Perkins revient sur une anecdote à propos de l'intérêt de l'artiste pour les cultures indiennes et sa recherche de codes colorés notamment à partir des vêtements.
    Guy de Cointet (né en 1934 à Paris, décédé en 1983 à Los Angeles) est considéré comme l'une des figures clé du mouvement de l'art conceptuel et de l'art de la performance qui ont émergé à Los Angeles dans les années 1970. Son influence sur la scène californienne actuelle est attestée par des artistes tels que Paul McCarthy, Mike Kelley, Allen Ruppersberg ou John Baldessari.
    La codification, le hiéroglyphe, la typographie représentent chez Cointet, dont l'oeuvre est fortement marquée par un intérêt pour les procédés de langage et notamment les techniques d'écriture de Raymond Roussel, un processus d'élaboration du mot mis en image, et de la couleur mise en forme. Ses dessins et livres attestent de son goût du mystère, des langages codés et de la cryptographie.
    Proche du théâtre et de la poésie sonore et visuelle (ses narrations non linéaires, ses « objets scéniques », véritables « tableaux parlants », et ses croisements entre théâtre, cinéma et danse auront des échos jusque dans les recherches actuelles d'artistes comme Catherine Sullivan), Cointet est l'auteur d'une synthèse entre culture populaire, sources littéraires, surréalisme et art minimal.

  • « On explique toujours à l'étranger (touriste, provincial, immigrant) débarquant à New York que le plan en est simple, une grille orthogonale, des rues numérotées et un axe Nord-Sud. Et puis il y a Broadway, l'artère principale qui trace une diagonale. Celle-ci dépasse même le district de Manhattan stricto sensu pour aller au-delà, jusqu'à Sleepy Hollow, au-delà du Bronx. Lorsqu'on arrive à New York, tout semble familier, parce que la ville fait partie de notre mémoire collective de films ou séries «vus à la télévision».
    Ce que pointe Thierry Costesèque, c'est que l'Amérique existe avant tout au cinéma. [...] La légende de l'Amérique s'est construite via le cinéma. Les histoires d'Indiens et de cow boys ont peuplé les enfances de millions de personnes et participé à la diffusion du mythe du bon pionnier et du vilain Indien. On sait tous que cela n'est pas la réalité et que la conquête de l'Ouest s'est faite bien autrement. Cependant une activité récurrente des cow boys, en plus de guider le troupeau - ce qu'on voit en fait rarement - consiste à faire des barrières. Des milliers de kilomètres de réseaux de poteaux pour dessiner un pays, en traçant les contours d'une carte. Le droit de propriété et le droit de défendre celle-ci par tout moyen est une des choses à laquelle le citoyen américain tient le plus. D'ailleurs, il se défini en tant que citoyen, statut qui le distingue de l'immigrant fraîchement arrivé ou du natif. » Marie de Brugerolle.

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