Alexander Kluge

  • Alexander Kluge est relativement connu, en France, pour sa filmographie, abondante et variée, qui a d'ailleurs fait l'objet d'une large rétrospective à la Cinématèque Française en 2013. L'écrivain est en revanche ici pratiquement ignoré, sinon des germanistes, alors qu'il est une des figures les plus célèbres de la littérature allemande contemporaine et salué comme tel par les médias allemands, le public, l'édition.
    Son originalité réside dans une manière de parler de la réalité contemporaine allemande en s'appuyant aussi bien sur son immense culture classique que sur un maniement très original de la fiction, à travers, le plus souvent, de brèves séquences qui sont autant d'apologues dont la juxtaposition et l'accumulation finissent par composer une véritable fresque de l'histoire de son pays et, au-delà, de celle de la pensée et de la sensibilité occidentales.
    Cette écriture, cette démarche si originales sont actuellement absentes du paysage littéraire français, c'est la raison pour laquelle une traduction de l'ensemble de cette gigantesque entreprise qu'est « Chronique des sentiments » nous a paru indispensable.

    Les sentiments sont les véritables occupants des vies humaines. On peut dire d'eux ce que l'on a dit des Celtes (nos ancêtres, pour la plupart d'entre nous) : ils sont partout, seulement on ne les voit pas. Les sentiments font vivre (et forment) les institutions, ils sont impliqués dans les lois contraignantes, les hasards heureux, se manifestent à nos horizons, pour s'élever au-delà vers les galaxies. On les trouve dans tout ce qui nous concerne.
    Ce dont les hommes ont besoin au cours de leurs vies, c'est de l'ORIENTATION. Comme il en faut aux bateaux. Telle est la fonction d'un si gros livre : que l'on compare, se sente rebuté ou attiré, dans la mesure vu qu'un livre fonctionne comme un miroir.
    Nul ne lira autant de pages d'un seul coup. Chacun se contentera d'aller vérifier, comme dans un calendrier ou, précisément, une CHRONIQUE, ce qui le regarde. L'orientation subjective - savoir à quoi me fier, ce que je dois craindre, à quoi tiennent les actes délibérés - donnent ce courant de fond, que le temps qui court ne suffit pas à transformer et qui constitue la vraie chronique.

  • Nous poursuivons donc, avec ce deuxième tome, la publication de ce monument de la littérature allemande qu'est la « Chronique des sentiments » de Alexander Kluge. En voici, de partie en partie, un descriptif qui rend compte de sa richesse, de sa diversité, de la pensée non conformiste qui l'anime de bout en bout.
    Inquiétance du temps Chronique composée de 18 cahiers comprenant des ensembles historiques tels que : « Le bombardement de Halberstadt », « L'extermination par le travail » et « Le génie de la métropole ». Les décennies qui défilent à grande vitesse tout au long de la seconde moitié du XX e siècle ont cette caractéristique commune que nous nommons :
    INQUIÉTANCE DU TEMPS.
    Hécatombe à Venise Il est ici question de destins isolés : celui d'un régime meurtrier dans la cité des Doges (en référence paro- dique à la nouvelle de Thomas Mann : Mort à Venise), d'un gigolo, d'un chef de la sécurité au sein d'une entreprise, de Francfort en nouvel Eldorado, de femmes en détresse affamées de sens. Soit d'une situation sociale dans laquelle le programme de vie collectif se dégrade plus rapidement que les hommes ne sont capables de produire de nouveaux programmes de vie. Fin du sens et FAIM DE SENS.
    Cours de vies Le récipient naturel dans lequel nous conservons notre expérience se nomme le COURS DE NOS VIES.
    Ce réceptacle est fragile. Neuf cours de vies : le lieutenant Boulanger, le conseiller criminel Scheliha, la demoiselle von Posa, E. Schinke, Anita G., Manfred Schmidt, Une expérience d'amour, Schwebkovski, Korti. Alexander Kluge se demande : un être, une vie, dans les circonstances familiales, sentimentales données, peuvent-ils se reconstituer ? De la vie de ses personnages, il ne retient que leur destinée pour les (re)situer au moyen de sa force descriptive particu- lière, lapidaire et douée des qualités habituellement propres aux instantanés ou aux images. Il est vrai qu'Alexander Kluge écrivant, collabore à des oeuvres cinématographiques. Chaque nouvelle est une sorte de scénario, soit une his- toire réduite à l'essentiel et dont les pièces sont présentées par l'auteur comme des documents : décisions de justice,

  • Le Commentaire sur Napoleon d'Alexander Kluge est une étude en français faite d'histoires, d'images cinématographiques, d'entrées de journaux, le tout accompagné par 3 dessins de Georg Baselitz. Le célèbre auteur allemand utilise la personnalité de Napoléon pour concevoir une narration qui serait une porte d'entrée pour fondre un personnage dans l'histoire. "Les rêves collectifs non assouvis sont comme des taupes. Ils traversent de grandes plages de temps, sous terre, de siècle en siècle."

  • Les derniers jours de Gorbatchev, le naufrage du Titanic, la retraite de Russie, la passion d'un banquier pour une prostituée, des rencontres avec Heiner Müller... Vrais ou inventés, proches ou lointains, historiques ou anecdotiques, les récits d'Alexander Kluge radioscopient les situations pour faire apparaître la part essentielle et souvent cachée de toute action humaine : les sentiments. " On peut dire d'eux ce que l'on dit des Celtes (la majorité de nos ancêtres) : ils sont partout, sauf qu'on ne les voit pas. " Sauvages et indociles, ils révèlent souvent leur force dans leur décalage par rapport à l'impératif de l'événement. Pourtant, fatals ou salvateurs, ils permettent de croire au bonheur. " Les hommes possèdent deux choses en propre : le temps de leur vie et leur obstination. C'est le sujet de mes histoires.
    Ordonnée selon une logique et dans une tonalité inhabituelles, cette chronique des sentiments n'est pas au service de quelque réalisme historique, c'est un miroir qui nous est tendu drôle, indiscret, impitoyable, étrange.

  • « C'est seulement lorsqu'on la raconte que l'attaque aérienne devient réelle, perceptible ».

    À sa parution en 1977, Der Luftangriff auf Halberstadt am 8. April 1945 d'Alexander Kluge a provoqué un véritable choc. Traduit en français pour la première fois, ce montage implacable de textes et d'images, irrigué par une matrice autobiographique, explore en une fiction documentaire la destruction de sa ville natale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Prenant toute la mesure du désastre, il met au jour le quadrillage et le concassement des territoires, des terres et des chairs, tout en préservant les possibilités de faire face à la catastrophe. Alors se construitun témoignage à la fois individuel et collectif. Loin de réduire la complexité historique à une représentation linéaire, l'auteur produit ainsi un récit éclaté et sans fard.

  • Alexander Kluge a reçu, en 2003, le prix littéraire allemand le plus prestigieux, le prix Büchner, événement salué par la presse. Les écrits d'Alexander Kluge sont inclassables, à l'image de l'homme lui-même, aussi bien écrivain, philosophe, théoricien de l'art, que réalisateur de films, professeur d'université. La traduction d'Anne-Elise Delatte, qui nous donne à lire pour la première fois ces textes en français, est au plus près de cette mécanique structurée et passionnelle. A travers ses mots, l'on suit des allées et venues d'Alexander Kluge sur la trame de l'histoire de la société allemande.

  • Die Chronik der Gefühle ist ein in der Gegenwartsliteratur singuläres Unternehmen: Sie erzählt in Lebensläufen und Geschichten von den Erfahrungen und vor allem den Gefühlen, mit denen wir auf Zeit, Epoche und deren Brüche reagieren. Alexander Kluges Opus magnum ist ein durch Zeit und Geschichte mäanderndes Buch der Emotionen, das aus immer neuen Blickwinkeln unsere manchmal rätselhaften, manchmal seltsam resistenten Verhaltensweisen, Reaktionen und Leidenschaften zu ergründen sucht. Die beiden Bände Basisgeschichten und Lebensläufe enthalten sämtliche erzählerischen Texte Kluges in einer Dramaturgie, die »funktioniert« wie unsere Erinnerung: von der Gegenwart aus rückwärts. Die neuesten Geschichten erzählen vom Beginn des 21. Jahrhunderts, schildern Lebensläufe um 1989, aus der Zeit der Bonner Republik und weiter zurück bis 1945. Manchmal in lakonischer Kürze, manchmal ausgreifend und mit Pressefotos überraschende Zusammenhänge herstellend, macht Kluge ein halbes Jahrhundert sichtbar und mit ihm dessen emotionale Temperatur. Die Bücher Schlachtbeschreibung, Lernprozesse mit tödlichem Ausgang, Lebensläufe und Neue Geschichten, die Kluges Rang als außergewöhnlicher Schriftsteller begründeten, sind in diesen Erzählkosmos integriert und entfalten im Lichte der neuen Basisgeschichten (800 Seiten) überraschende Wirkung. Sichtbar wird: Zeit und Geschichte nehmen auf unsere Lebensläufe und -pläne, auf menschliches Maß bekanntlich keinerlei Rücksicht. Das macht die Gefühle rebellisch. Und das hat Folgen. -So wie bei Kluge ist davon noch nicht erzählt worden.

  • Es geht darin um die unterschiedlichsten Themen und Motive - um den Kosmos als Kino und um die Sehnsucht der Zellen, um die Hinrichtung eines Elefanten und um das Projekt Homunculus, um eine seltsame Robinsonade und um wunderbare Rettung aus der Tiefe. Aber immer steht ein Gedanke im Mittelpunkt: Das Glück ist flüchtig, doch der geborene Hoffnungsträger Mensch sucht es hartnäckig, halsbrecherisch und unter den widrigsten Umständen. Ein aktuelles Gespräch mit dem Autor über die Prinzipien seiner Poesie rundet den Band ab.

  • Meist ohne darüber nachzudenken, unterscheiden Menschen ständig: ob warm, ob kalt, ob sie einen andern riechen können, ob ihnen etwas paßt oder nicht. Die Unterschiede machen die Empfindungen von ganz allein, werden aber aus Erfahrungen gespeist, die in der Millionen Jahre alten Evolution des Menschen begründet sind. Das unaufhörlich tätige Unterscheidungsvermögen, das persönliche und gesellschaftliche Verhältnisse unter der Hand bestimmt, bezeichnet Alexander Kluge als seine Domäne. Er hält ein Plädoyer für die massenhafte Produktion von Unterscheidungsvermögen. In seiner Eröffnungsbilanz des 21. Jahrhunderts, der Chronik der Gefühle, hat er mit der Inventur im Gefühlshaushalt begonnen. In diesem Buch nun erzählt er, woher sein Argwohn gegenüber dem Faktischen rührt, was ihn antreibt, Gefühle und Empfindungen aufzuspüren und als zerstörerische Geheimagenten zu enttarnen. Die Indizien sucht er in der Geschichte, in Geschichten, in Anekdoten, in den Wissenschaften. Detektivisch dem Unwahrscheinlichen auf der Spur, verwandelt er Fakten in Erzählung. Er rüstet die Übermacht des Faktischen ab und besteht auf der zivilisierenden Wirkung mündlicher Erzählung. So belebt er eine alte Kunst, die unterzugehen droht und die er auf besondere Weise beherrscht: die Kunst des Erzählens.

  • Allemand Dezember

    Alexander Kluge

    Zu Silvester 2009 verabreden sich im Hotel »Waldhaus« zu Sils Maria (Engadin) Gerhard Richter und Alexander Kluge zu einer Zusammenarbeit. Richter friert die dezemberliche Natur des graubündischen Hochgebirges in 39 Farbfotografien ein. Kluge stellt diesen kontemplativen Bildern seine Texte gegenüber. So nähern sich beide dem Phänomen Dezember

  • On hoher analytischer Kraft sind diese etwa 500 Geschichten, die Alexander Kluge seiner Chronik der Gefühle folgen läßt. Stichworte wie Revolution, Holocaust, Weltkrieg, Tschernobyl, 11. September oder Irakkrise bezeichnen einige der unheimlichsten Komplexe einer undurchdringlich-übermächtigen Wirklichkeit. In acht Kapiteln gehen Kluges Erzählungen diesen und anderen Menetekeln des 20. Jahrhunderts nach, um dann in der großen Coda eines neunten Kapitels noch einmal alle Motive und Themen zu variieren - und zu wenden.

  • Politik, sagt Alexander Kluge, ist ein besonderer Aggregatzustand alltäglicher Gefühle. Sie ist überall. Sie bewegt private Lebensläufe ebenso wie die Öffentlichkeit. Und so behaupten sich in seiner Geschichtsschreibung neben den Großen auch die Kleinen, Unbekannten, fast Namenlosen.

  • « Si une intelligence extraterrestre se rapprochait de notre globe terrestre, elle apercevrait depuis les lointains [...] un point bleu pâle : notre planète. [...] Mais son regard s'attarderait en outre sur de minuscules feux lumineux que les nuages et les intempéries ne peuvent pas obscurcir. Ces étincelles brillent elles aussi d'un bleu irisant. Elles sont la trace de grands esprits comme Socrate et Voltaire. » C'est sous ce patronage philosophique que se placent d'emblée Alexander Kluge et Ferdinand von Schirach, pour cette conversation entre intellectuels qui a pour ambition de parler du monde contemporain, avec ses périls et ses espoirs. Appartenant à des générations distinctes, mais ayant tous deux une formation du juriste, ces deux plumes allemandes devisent en toute amitié de l'état des choses, et convoquent l'héritage de grands esprits et d'artistes comme Kleist, Truman Capote ou le cinéaste Michael Haneke - sans hésiter à puiser également dans leurs expériences personnelles, et notamment l'enfance, pour interroger le sens de l'Histoire.

    Ces références, et l'empreinte qu'elles ont laissée dans la pensée de chacun, font de ces entretiens un témoignage singulier, où deux pensées se croisent, se questionnent et se nourrissent mutuellement. À la fois dialogue philosophique et réflexion politique, cette conversation peut également se lire comme une proposition de nouvelle définition de l'humanisme.

  • Crédit et débit

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    « Les solutions se trouvent toujours dans la rue, dans le trafic. » Les chaînes privées allemandes ne sont pas vraiment réputées pour le niveau élevé des débats qu'elles diffusent; la surprise est d'autant plus grande pour le zappeur qui, aux alentours de minuit, tombe sur ce genre de phrases : « La superstition économique est un peu comme l'éventail des vertus bourgeoises » ou « Les solutions se trouvent toujours dans la rue, dans le trafic. » Aucun doute : il s'agit d'une des émissions culturelles les plus remarquables - au sens plein du mot - d'Alexander Kluge. Kluge a trouvé en Joseph Vogl un partenaire idéal pour sa technique d'interview si caractéristique. Le résultat de cette passion commune, ce sont plus de 40 interviews télévisuelles qui renouvellent le genre en profondeur. La digression, maniée avec un talent particulier, n'y est jamais gratuite.

  • Réunis à Sils Maria pour une soirée de nouvel an, le peintre Gerhard Richter et l'écrivain Alexander Kluge découvrent leur « parenté de temps » : nés tous les deux en février 1932, ils entrent de concert dans un siècle qu'ils parcourront chacun d'une façon singulière. Fruit de cette rencontre, Décembre met en regard 39 histoires et 39 photographies en lien avec ce mois. Dans un style incisif dont l'ironie confine parfois au cynisme, Kluge mêle anecdotes amusantes et récits absurdes, détails glaçants et démonstrations fatalistes, qui alternent avec les photographies enneigées - des paysages de haute montagne aussi familiers qu'inquiétants - de Richter. L'ouvrage propose une nouvelle facette de l'artiste à qui une rétrospective a récemment été consacrée au Centre Pompidou, ainsi qu'un almanach du siècle rédigé par un écrivain et réalisateur incontournable en Allemagne.

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