Anne Kupiec

  • L'auteure affirme que C. Nodier, même s'il n'était qu'enfant lors de la Révolution de 1789, a été fortement marqué par ce mouvement qui a conditionné son positionnement politique ultérieur. Elle analyse alors sa pensée politique, au-delà de ses ambiguïtés, éclairant la nature de son scepticisme dans ce domaine et montre comment le détour par la fiction lui permet de conjurer le désenchantement.

  • Les contributions réunies dans ce livre se proposent de dresser l'état de l'évaluation dans les bibliothèques.
    La question de l'évaluation est, aujourd'hui, étroitement liée à la modernisation du service public et, en conséquence, à la détermination des politiques publiques et à leur mise en oeuvre. Les bibliothécaires ne sont pas restés à l'écart de cette évolution, sachant tirer les leçons des expériences déjà menées à l'étranger, notamment aux Etats-Unis. Que ce soit dans les bibliothèques de lecture publique ou dans les bibliothèques universitaires, dans les bibliothèques scolaires ou les centres de documentation, l'évaluation se développe.
    Les auteurs s'attachent à rappeler les réflexions en cours, les principes, les pratiques et les résultats actuels de l'évaluation. Ils montrent comment se substitue au simple recueil statistique, l'évaluation qui, profondément différente, introduit les notions d'objectif et de valeur. Les auteurs insistent sur les problèmes complexes posés par le recueil de données pertinentes ou par la construction d'indicateurs pouvant rendre compte des aspects qualitatifs de l'activité de la bibliothèque.
    Les champs soumis à évaluation sont nombreux : organisation de la bibliothèque, fonctionnement, collections, services offerts. L'activité de la bibliothèque est analysée à partir de la mise en relation de ses résultats, de ses effets avec les objectifs qu'elle s'est antérieurement fixés. La nécessaire prise en compte du public conduit à intégrer la notion de qualité du service rendu, de satisfaction des usagers.
    Si tous les auteurs soulignent les difficultés de l'évaluation, ses imperfections, qui peuvent résulter de causes diverses, ils affirment aussi son impérieuse nécessité.

  • Karl Mannheim, grande figure intellectuelle européenne, est l'un des fondateurs de la sociologie de la connaissance.
    Né en Hongrie en 1893, Mannheim a enseigné en Allemagne de 1920 à 1933 puis, contraint à l'exil, il s'est installé en Angleterre jusqu'à sa mort en 1947. Face à la crise dans laquelle s'enfonce l'Allemagne d'abord puis l'Europe tout entière, Mannheim tente d'élucider les raisons qui poussent certains à s'accrocher au passé et d'autres à dessiner un avenir en rupture avec le présent. Faisant appel à de nouvelles modalités du connaître, il essaie d'élaborer ce qu'il appelle une nouvelle science du politique pour surmonter les difficultés de l'entre-deux-guerres. Mais son approche originale - ce qu'il appelle l'exploration des possibles - présente un caractère suffisamment général pour constituer une leçon stimulante pour le présent.
    Grâce à sa manière d'écrire, Mannheim compose une sorte de modèle socratique qui aménage les conditions d'une relation active avec son lecteur ainsi conduit à une analyse constante et autonome. L'on comprend pourquoi l'oeuvre de Mannheim a suscité les réactions, souvent passionnées, de nombreux penseurs occidentaux du XXe siècle.
    Ce livre veut donner sa vraie dimension à une oeuvre trop négligée en France ces dernières décennies.

  • " Le monument le plus précieux pour une nation est sans doute celui qui renferme toutes les connaissances acquises ", affirma l'architecte Étienne-Louis Boullée évoquant la bibliothèque.
    Entrer dans une bibliothèque, c'est franchir " un sas où on laisse le quotidien et le bruit derrière : c'est comme le temps qu'on met à entrer dans un livre " pour l'architecte Gérard Thibault. " La bibliothèque doit renforcer cette protection que donne le livre au lecteur, ce qui est une façon de retrouver son chemin dans le monde ", selon l'architecte Pierre Riboulet. Aujourd'hui, alors que l'on annonce comme imminente la bibliothèque virtuelle, comment expliquer que la Terre continue de se couvrir de bibliothèques ? Une hypothèse qui traverse ce livre est que l'on construit des bibliothèques, aujourd'hui comme hier, parce qu'elles ne sont pas simplement des " boîtes à livres ".
    Elles sont surtout des lieux emblématiques de la mémoire, des parcours dans le savoir, des signes de l'importance de la culture, des espaces où la communauté, symboliquement, se rassemble. Elles font sens, et c'est ce sens que les auteurs de l'ouvrage interrogent par des approches multiples : philosophique, historique, littéraire, technique, politique... La relation entre l'architecture et la bibliothèque, riche et complexe, permet aussi une nouvelle réflexion sur l'identité de la bibliothèque, à travers les siècles et les pays.

  • L'interrogation sur le livre n'a cessé de nourrir la philosophie d'Emmanuel Levinas. L'absence de cette question dans la tradition philosophique en marque les limites, tout en intimant d'en accroître le territoire. Un préalable critique s'impose : d'abord rompre avec une définition matérielle, instrumentale du livre, "chose parmi les choses", être-sous-la-main, ustensile de la transmission ou de la communication. Poser la question du livre n'exige-t-il pas aussi d'aller au-delà de la définition aristotélicienne de l'homme, animal doué de langage ? Il faut encore interroger le rapport religieux au livre. En tant qu'animal doué de langage, l'homme en proie à l'inspiration n'est-il pas animal prophétique ? Comment rendre compte du Livre des livres, la Bible ? Au-delà de ce questionnement, Emmanuel Levinas fait place à une phénoménologie du livre tel que ce dernier apparaît dans ce qui a pour nom littérature. Doit-on mettre cet objet, qui est plus qu'un objet, du côté de l'ontologie, au point d'envisager une ontologie du livre, ou bien le livre tend-il à interrompre le cours de l'être ?

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