Benedetta Craveri

  • À la Renaissance, une profonde mutation s'opère au sein de la société française et fait prévaloir une nouvelle conception de la famille, considérée désormais comme le fondement de l'État. Privées de statut juridique propre et de liberté, les femmes doivent alors se soumettre à l'autorité de l'homme - comme la noblesse doit se soumettre à l'autorité du roi. Si elles veulent assumer une charge ou disposer d'un bien, ces femmes, qu'elles soient fille, épouse ou veuve, se voient contraintes de demander l'autorisation d'un parent mâle.
    Au cours des siècles suivants, cette situation évolue peu. Cependant, des femmes parviennent à s'imposer dans cette société d'hommes, et à faire de leur condition d'infériorité un atout. Fortes de leurs ambitions, de leur intelligence et de leur beauté, c'est souvent en profitant de la faiblesse masculine, qu'elles se glissent dans les rouages, sans être broyées. Si elles ne peuvent assumer le pouvoir en leur nom, leurs destinées sont parfois spectaculaires. De Diane de Poitiers à Marie-Antoinette, en passant par Catherine de Médicis, la reine Margot, Gabrielle d'Estrées, Madame de Maintenon ou la marquise de Pompadour, la liste des femmes exceptionnelles sous l'Ancien Régime est longue, et Benedetta Craveri raconte ici avec brio l'histoire de ces reines et favorites qui ont su prendre leur place dans l'Histoire.

  • Du règne de Louis XIII à la Révolution, la société française a élaboré un art de vivre dont la conversation fut l'ingrédient essentiel. Née comme un simple passe-temps, comme un jeu destiné au délassement et au plaisir, bientôt élevée au rang de rite cardinal de la société mondaine, elle s'ouvrit peu à peu à l'introspection, à l'histoire, à la réflexion philosophique et scientifique, au débat d'idées. Son théâtre privilégié était les « ruelles », puis les salons où la noblesse, ayant déposé les armes et exclue de la sphère politique, fondait désormais sa supériorité sur un code raffiné de bonnes manières et un idéal de perfection esthétique. Dans cet espace de liberté disjoint de la Cour, ce sont les femmes qui dictaient la règle du jeu et présidaient aux échanges entre mondains et gens de lettres, contribuant ainsi de façon décisive à la formation du français moderne, au développement de nouvelles formes littéraires, à la définition du goût.
    De la marquise de Rambouillet à Madame du Deffand et Julie de Lespinasse, en passant par la duchesse de Longueville, la marquise de Sévigné, Ninon de Lenclos, autant de figures emblématiques par lesquelles Benedetta Craveri s'est laissée guider pour retracer de l'intérieur, dans sa chatoyante diversité, l'histoire de cette société mondaine qui fut un phénomène unique en Europe.

  • Le « scandale du collier » a fasciné mémorialistes, romanciers, dramaturges, essayistes, historiens et érudits. Goethe y vit l'événement qui « ruina les bases de l'État » et « détruisit la considération que le peuple avait pour la reine, et, généralement, pour les classes supérieures », voire la « préface » de la Révolution de 1789. Se basant sur l'étude des interrogatoires et des minutes du procès des protagonistes de l'« affaire », Benedetta Craveri retrace les étapes de ce complot contre Marie-Antoinette - « l'Autrichienne » honnie, alors la cible des pamphlets les plus virulents - et, à travers elle, contre la monarchie, ourdi par des aventuriers sans scrupule menés par l'intrigante comtesse de La Motte et servi malgré lui par un cardinal de Rohan prêt à tout - y compris à acquérir le collier le plus cher du monde - pour se gagner les faveurs de la reine. Cette chronique minutieuse débute avec l'arrestation du prélat, le 15 août 1785, et embrasse une époque où déjà la presse à scandale, par le biais de la calomnie et de la diffamation, est une arme politique.

  • Ceci n'est pas un livre d'histoire, et pourtant tout y est avéré. C'est le roman vrai des derniers feux de la monarchie, la chronique d'une civilisation au raffinement inégalé, et que 1789 emportera à jamais. Le roman vrai de sept destins, chacun emblématique et unique à la fois. Des aristocrates de haut lignage, dotés des vertus dont tout noble doit s'enorgueillir : fierté, courage, raffinement, culture, esprit, art de plaire.
    Ils se connaissent, sont cousins ou rivaux, libertins dans une société où l'on veut aimer à sa guise, puisque le mariage y est de convenance. Maîtresses officielles ou secrètes, liaisons épistolaires et enflammées, dépit, faveur, puis disgrâce... Jamais l'art de conquérir ne fut porté à cette incandescence. Chacun d'eux, en même temps, veut se forger un destin. Prétendant aux plus hautes fonctions au service du Roi, ils devront composer avec la cour où les alliances se font et se défont au gré d'intrigues savantes et souvent cruelles.
    On croisera Talleyrand, Laclos, Marie-Antoinette dans la légèreté de ses vingt ans, les chroniques savoureuses du prince de Ligne ou de la comtesse de Boigne, les billets, les poèmes que cette élite lettrée et cosmopolite s'échange à chaque heure du jour. Ils sont aussi les enfants des Lumières, et accueillent avec d'autant plus d'intérêt les idées nouvelles qu'ils croient possible de les concilier avec leurs propres privilèges.
    Mais la Révolution balayera cet espoir. Certains prendront les armes, d'autres le chemin de l'exil ; ce sera la ruine, la guillotine pour deux d'entre eux. Pour tous, la fin d'un monde. Avec une plume enjouée et complice qui rappelle les meilleurs mémorialistes, Benedetta Craveri a composé ici un magnifique hommage à cette génération perdue qui incarna, plus qu'aucune autre, une certaine douceur de vivre.

  • Madame du Deffand, la figure la plus énigmatique du XVIIIe siècle français... Qui est donc cette femme qui a tenu la dragée haute à Voltaire ? D'où lui vient cette fantastique autorité ? Comment, sans avoir publié une ligne, sans avoir porté l'un des grands noms de France, sans avoir joué le moindre rôle politique ou diplomatique, sans avoir même disposé d'autres revenus qu'une maigre pension, sans autre attrait ni savoir que ce qu'on appelait alors « l'esprit », comment a-t-elle pu devenir de son vivant une telle légende et être considérée par la postérité comme une de nos meilleures « classiques » - ainsi Marc Fumaroli résume-t-il la question qui sous-tend la formidable enquête de Benedetta Craveri.
    Exploitant la riche correspondance de la marquise, l'auteure fait revivre l'âge d'or des Salons, ce monde des philosophes et des Lumières où allaient lever tant d'idées neuves.
    Mais surtout, ce portrait au long cours nous attache à une figure exceptionnelle : libertine au temps du Régent, interlocutrice privilégiée de Voltaire, esprit brillant et doué d'une lucidité destructrice, qui attendit d'être âgée et aveugle pour éprouver une violente passion pour Horace Walpole de vingt ans son cadet.
    Madame du Deffand et son monde a été publié pour la première fois en 1982. Il a reçu le prix Viareggio du premier essai et le prix du Meilleur livre étranger. Il est ici réédité dans une version révisée et augmentée.

  • La contessa Nouv.

    On croyait tout savoir de Virginia Verasis, comtesse de Castiglione, qui - à dix-huit ans à peine - s'était vu confier par le gouvernement piémontais la mission de «coqueter et séduire» Napoléon III. Tous les moyens étaient bons pour faire avancer la cause de l'unification italienne et obtenir le soutien de la France dans le conflit opposant le Piémont à l'Autriche. Les choses n'ont guère traîné:la belle Italienne, devenue sans perdre de temps la maîtresse de l'empereur et la coqueluche du Tout-Paris, a ensuite traversé les années du Second Empire et de la III? République comme une diva en tournée, poursuivie par des nuées d'amants à ses ordres, tout en veillant à immortaliser son incomparable beauté par des centaines de photos destinées à marquer son époque. Puis, l'âge venant, elle a affronté le déclin avec la dignité d'une héroïne tragique.Ce livre raconte aussi une autre histoire. En se fondant sur de très nombreux documents inédits, il dessine le portrait d'une femme assoiffée de liberté, refusant toute emprise masculine:«Comme la justice est faite par les hommes, c'est l'injustice pour la femme.» Bafouant les règles du siècle bourgeois, la Contessa ne renonça jamais à son indépendance, fidèle uniquement à ses changeantes passions.En reconstruisant ce destin, grâce à ses propres témoignages et à ceux de ses proches, Benedetta Craveri nous convainc que la devise de la Castiglione, «Moi, c'est moi», n'est pas tant une revendication préféministe que le cri d'une personnalité insaisissable et farouche. Une éternelle fugitive qui se dérobe à toute explication convenue.

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