Bronislaw Baczko

  • Historiquement, bouleversement révolutionnaire et invention démocratique sont conjointement au principe d'une prodigieuse mutation politique et sociale.
    Cependant, les crises et les convulsions révolutionnaires, notamment les " journée s" où le peuple se lève en masse, mettent à rude épreuve les institutions représentatives. c'est que la révolution se situe dans un temps court et vise des objectifs immenses et absolus - instaurer la liberté et l'égalité - alors que les institutions démocratiques opèrent dans la durée et poursuivent des objectifs limités : instaurer l'état de droit et l'égalité devant la loi.
    Dans son imaginaire, la révolution s'assure la maîtrise de l'histoire; dans les réalités, elle s'inscrit dans un temps qui la dépasse et qui lui échappe. installée dans u éternel présent, elle mène le procès sans appel des principes, symboles et valeurs d'un régime qu'elle fait définitivement sombrer dans le passé. elle brise surtout la vie collective et les destins individuels. car l'histoire met à rude épreuve le projet révolutionnaire de s'émanciper de l'emprise du temps.
    Le passé dont il a décrété l'abolition ne veut guère passer et la révolution est condamnée à négocier avec lui maints compromis : symbole de la rupture, elle renoue le fil du temps; figure et matrice de l'universel, elle reste, au plus profond d'elle-même, singulièrement française; portée vers l'avenir, elle ne cesse de solliciter le passé national. bronislaw baczko suit le déploiement des passions et des espoirs révolutionnaires de 1789 jusqu'à l'avènement de bonaparte, " un washington manqué ".

  • Le 9 thermidor la Convention décrète hors la loi Robespierre, Saint-Just et leurs acolytes. Ils seront guillotinés le lendemain.
    Le 9 thermidor ouvre une période trouble. Le gouvernement, composé souvent d'anciens terroristes, est confronté à un problème politique inédit : Comment sortir de la Terreur que cette même Convention avait instaurée seize mois plus tôt ? La Révolution peut-elle faire le procès de la Terreur sans se condamner elle-même ? Distinguer les responsabilités, dans le châtiment des coupables, entre les agents subalternes et ceux qui votèrent les décrets et donnèrent les ordres ? Et comment empêcher le retour de la Terreur et instaurer la démocratie quand chacun continue à penser en termes de Volonté générale unitaire, d'exclusion de l'opposant, de refus du pluralisme politique ?
    Les quinze mois qui suivirent la chute de Robespierre ne marquèrent pas seulement un tournant dans l'histoire de la Révolution française ; ils demeurent la hantise de toutes les révolutions. Thermidor, c'est désormais le moment mythique, guetté par l'Histoire, où une révolution doit avouer qu'elle ne tiendra pas toutes ses promesses initiales et reconnaître que l'espoir s'est brisé. En Thermidor, les révolutionnaires lassés et vieillis renoncent à faire la révolution ; ils ne rêvent plus que de la finir.

  • Il y a les lieux communs, aux vertus simplistes, et la réalité historique.
    De lieux communs, les Lumières, depuis quelque temps, ont eu leur lot, chargées rétrospectivement de tous les maux, au prétexte qu'elles auraient, par un culte optimiste de la Raison, enclenché le déchaînement des tragédies sans précédent de notre siècle. Pour ce qui est de la réalité historique, les Lumières apparaissent sous un tout autre jour : traversées par des tensions morales et des oppositions intellectuelles où se joue la validité des promesses de bonheur en regard de la fatalité du mal.

    L'homme, comme le veut le " siècle philosophique ", est un être libre, défini par ses droits inaliénables - particulièrement celui de rechercher son bonheur. Etre raisonnable, il est appelé à faire un usage critique de son entendement - particulièrement en matière de religion. Dans une histoire désormais désacralisée, devenue l'oeuvre de la seule humanité et que la Faute et la chute ne marquent plus à ses origines, le mal est privé de fondement.
    Mais il n'est pas exorcisé pour autant. Moral, social, physique, il demeure, malgré les progrès de l'esprit humain, inéluctable, identique à lui-même par-delà la diversité des formes et des voies qu'il emprunte. Cet écart irréductible, les Lumières le mesurent à l'aune de leur quête obstinée des moyens, contradictoires, censés le réduire : affirmation de l'autonomie morale de l'individu ou nostalgie de la norme perdue ; confiance dans la nature bonne de l'homme ou résignation devant la capacité de ses semblables à ériger leur malheur en système ; relativisme culturel ouvrant à un pluralisme moral ou exigence d'universalité des valeurs fondamentales ; utopie volontariste d'une cité juste ou réformisme pragmatique atténuant les injustices ; aspiration légitime des hommes à inventer et construire leur bonheur ou constat amer qu'à jamais des humains, Job est l'ami et le prochain.

    Penser en même temps le droit au bonheur de l'humanité et la fatalité du mal, les Lumières n'ont eu de cesse de le faire. C'est en cela certainement que leur legs se tient dans notre proximité, comme un défi intellectuel et moral toujours à relever.

  • Il revient à la Révolution de façonner un peuple nouveau, le souverain digne de la Cité qu'elle annonce : dès ses débuts la Révolution est investie d'une vocation pédagogique.
    Tout est à repenser et à inventer : les objectifs et les institutions pédagogiques, un nouveau système d'instruction et d'éducation, les méthodes de formation accélérée de nouveaux enseignants. Ainsi assiste-t-on pendant la Révolution à la rencontre de deux rêves sociaux. D'une part, c'est le rêve d'une société pédagogique qui exercerait ses fonctions à travers toutes ses institutions. D'autre part, c'est le rêve hérité des Lumières d'une pédagogie sociale, avisée et inlassable, aménageant un nouvel espace éducatif où l'école et la tête civique se rejoignent et se complètent.
    A travers ses projets, rêves et expériences, la période révolutionnaire lègue à l'imagination sociale la représentation et l'espoir d'une éducation pour la démocratie. Un débat passionnant et passionné s'installe au coeur même du discours politique révolutionnaire. Il ne porte pas seulement sur les modèles de l'école pour la Révolution mais a comme objet et enjeu les rapports entre culture et pouvoir, liberté et égalité, tradition et innovation, libéralisme et étatisme, religion et laïcité, dans une société démocratique à inventer.
    Ce volume réunit les textes les plus importants qui ont marqué ce grand débat et qui ont orienté les expériences pédagogiques de la période révolutionnaire : projets et discours de Mirabeau, Talleyrand, Condorcet, Romme, Lepeletier, Robespierre, Saint-Just, Daunou, Barère, Lakanal, etc.

  • L'intérêt accru que l'on porte aujourd'hui aux utopies répond à plus d'une interrogation sur notre temps.
    Jamais l'utopie ne fut aussi violemment dénoncée et aussi fougueusement exaltée ; elle est devenue le point de fixation de nos hantises et de nos espoirs. La présence simultanée de deux attitudes - méfiance à l'égard de l'utopie et néanmoins désir d'en construire une - marque la conscience de ce temps qui est le nôtre. Qu'éclaire l'utopie et que dissimule-t-elle sous la transparence de la Cité Nouvelle, voulue et désirée ? Rapports complexes entre utopie et histoire que ce livre cherche à dégager en étudiant l'imaginaire social en oeuvre au XVIIIe siècle, et notamment au cours de la Révolution, à une époque où les utopies s'inscrivent durablement dans le champ des attentes et s'imposent comme des images-guides et des idées-forces telles qu'elles orientent les espoirs et sollicitent les énergies collectives.
    Lumières de l'utopie et utopie des Lumières... Comment les idées-images d'une Cité Nouvelle donnent un éclairage spécifique aux rêves et promesses que le siècle des Lumières fait surgir à son horizon ? Comment le fait révolutionnaire imprime un élan nouveau et un dynamisme particulier à l'imagination utopique ? Telles sont les interrogations vers lesquelles converge l'analyse discontinue, éclatée de Lumières de l'utopie, par delà la pluralité des thèmes : la pensée politique de Rousseau et le rêve métaphysique de dom Deschamps ; les fêtes en Utopie et l'utopie manifestée dans et par les fêtes révolutionnaires ; le rêve d'une Histoire nouvelle qui réconcilierait l'homme avec sa raison et l'histoire du calendrier révolutionnaire qui transforme ce rêve en institution ; les villes utopiques et le Paris visionnaire de l'époque révolutionnaire, ville imaginaire âprement disputée par le Pouvoir et le Bonheur.

  • Ce Dictionnaire tend à faire le point de manière critique sur les grandes thématiques de l'imaginaire utopique dans les cultures littéraires, philosophique, politique et esthétique des Lumières.
    Rédigé par une cinquantaine de chercheuses et chercheurs actifs dans plusieurs pays de l'Europe et des Amériques, le Dictionnaire critique de l'utopie au temps des Lumières n'est pas un compendium d'informations, mais un instrument de réflexion et de travail.
    Il intéressera les spécialistes et le grand public désireux de revenir sur la façon dont l'utopie a mis en scène des thématiques aussi diverses que l'Etat, la justice, la famille, les beaux-arts, le langage, la communication, les lois, le jeu, les relations entre les femmes et les hommes, la sexualité, les bibliothèques, les voyages, la Révolution, la guerre et la paix ou encore la police, les mathématiques ou la piraterie.

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