Catherine Massip

  • Icy, sçavant et profond, là simple et naturel, il faisoit toute son étude et mettoit toute son application à toucher l'âme par la richesse de l'expression, et des vives peintures, et à délasser l'esprit par les agrémens de la variété, non seulement dans le merveilleux contraste de ses morceaux, mais dans le morceau même qu'il traitoit... Infatigable dans ses recherches, autant que prodigue de son génie, dans ses oeuvres, il ne se satisfaisoit presque jamais; toujours plus difficile à mesure qu'il augmentoit en mérite.
    François Collin de Blamont, 1728.

  • Consacré au livre de musique - livre contenant de la notation musicale ou traitant de théorie de la musique, livre manuscrit et imprimé -, cet ouvrage est issu de quatre conférences prononcées en 2003 par Catherine Massip, directeur du département de la Musique de la Bibliothèque nationale de France. L'Antiquité grecque, qui considère la musique comme une science, lègue à l'Occident latin puis médiéval la géniale théorie de Pythagore sur la nature du son. Au Moyen-Âge des centaines de manuscrits, produits dans les monastères et les abbayes, transmettent les écrits théoriques des Boèce, Cassiodore, Isidore de Séville et Gui d'Arezzo ; ils gardent aussi la mémoire de la musique servant à la liturgie - grâce à des systèmes de notation en constante évolution - ou bien celle de la musique profane des troubadours et des trouvères. Les premiers « livres d'auteurs » voient le jour avec le Roman de Fauvel, les ouvrages de Guillaume de Machaut ou le chef-d'oeuvre courtois réalisé pour Jean de Montchenu : le Chansonnier cordiforme. L'édition imprimée, qui se développe à partir de 1501, à Venise, avec Ottaviano Petrucci, et à Paris, à partir de 1528, est associée au développement de la chanson polyphonique et adopte le format oblong qu'elle gardera longtemps, tout en conservant certains aspects de présentation des manuscrits. Au XVIIe siècle, elle joue, pour de grands compositeurs comme Frescobaldi, Gesualdo ou Monteverdi, et, au XVIIIe siècle pour les nouvelles formes de la musique instrumentale (sonate, symphonie), un rôle de diffusion massive, même si
    en Italie l'édition décline au XVIIIe siècle au profit du manuscrit, plus adapté à la diffusion de l'opéra. En France, l'époque baroque, qui est celle des ballets de cour, des grands motets, des partitions d'opéras sorties des presses des Ballard, est aussi celle des collections et de l'émergence des manuscrits autographes (M.-A. Charpentier, J.-Ph. Rameau). Depuis la fin du XVIIIe siècle, le manuscrit autographe est considéré comme le témoin privilégié du travail du compositeur (la BNF conserve des manuscrits de Haydn, Mozart, Beethoven), connu aussi par d'autres sources comme les éditions, épreuves corrigées, livrets, correspondances, mémoires. C'est encore grâce aux manuscrits qu'au XXe siècle des études génétiques peuvent être consacrées à Debussy, Stravinsky, Honegger, Milhaud, Jolivet ou Messiaen. Cette synthèse illustrée et érudite, qui brasse et ordonne l'ensemble des collections de musique de la BNF, dessine en parallèle une véritable histoire du livre de musique à l'échelle de l'Europe, tout en évoquant d'autres termes : l'évolution de la notation musicale, les centres de production, les liens entre texte, musique et peinture, mais aussi le devenir du livre de musique « dématérialisé » au XXe siècle par des compositeurs comme Xenakis...
    Index, glossaire et illustrations guident le lecteur, qu'il soit néophyte ou musicologue chevronné, dans cette découverte des sources d'une histoire commune au livre et à la musique.

  • Michel-Lambert (1610-1696), beau-père de Jean-Baptiste Lully, fut, en son temps, le plus célèbre compositeur d'airs sérieux. Plus de trois cents pièces dispersées dans les manuscrits et les éditions françaises du XVIIe siècle ainsi que deux cycles de Leçons de ténèbres témoignent de cette activité foisonnante. Lié aux cercles de poètes précieux, ayant travaillé pour divers mécènes dont le cardinal de Richelieu et Foucquet, puis titulaire d'une charge de maître de la Musique de la Chambre auprès de Louis XIV, il exerça une influence profonde et durable sur le chant français au XVIIe siècle. De nombreux témoignages attestent d'un art qu'il inculqua à ses élèves et disciples.

  • Les Ecoles d'Art américaines de Fontainebleau répondent à l'engagement du gouvernement américain de promouvoir, juste après la 1ère Guerre Mondiale, les échanges culturels avec la France. Elles sont alors installées dans l'aile Louis XV du château de Fontainebleau et offrent aux jeunes musiciens le meilleur de l'éducation musicale française avec des enseignants prestigieux (Ravel, Saint-Saëns, Dutilleux, Stravinsky...
    Etc). En 1923 une école des beaux-arts s'ajoute à l'école de musique avec un enseignement en peinture, architecture et sculpture favorisant les échanges entre les disciplines artistiques. A partir de 1949, l'empreinte de Nadia Boulanger marque profondément l'organisation des enseignements : elle développe des méthodes originales d'apprentissage et demeure un des piliers de l'école jusqu'à la fin des années 1970.

  • Découverte de la tauromachie et de ses valeurs éthiques fortes (le respect, le courage, l'intégrité...), de ce qui séduit et bouleverse mais aussi de ce qui fait débat.

  • Henry Prunières (1886-1942), l'un des grands musicologues français de la première moitié du xxe siècle, demeure présent pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la musique de cette période et qui se sont nourris des riches pages de La Revue musicale ou de l'un des importants ouvrages qu'il a signés. Pourtant, jusqu'ici, aucune monographie ne lui avait été consacrée. Fruit des travaux d'un séminaire de recherche international, cet ouvrage comble cette lacune.
    Auteur de deux thèses sur L'Opéra italien en France avant Lully et Le Ballet de cour avant Benserade et Lully, Henry Prunières est aussi ouvert à la musique de son temps et côtoie de nombreux compositeurs de premier plan. Éditeur de la première édition monumentale des oeuvres de Lully, il reste avant tout le fondateur, en 1920, de La Revue musicale, tribune ayant rassemblé des chroniqueurs et des artistes essentiels du xxe siècle dans un esprit de rare ouverture à des domaines divers, faisant appel à la musicologie historique, couvrant toutes les époques y compris la musique contemporaine, sans négliger la danse, le jazz, le disque ou l'étude des rapports aux autres arts. Ce livre atteste la richesse de la personnalité d'Henry Prunières et l'ampleur des voies qu'il a ouvertes.

  • Ce volume de " Portrait(s) " de Darius Milhaud vient s'ajouter à un ensemble qu'il n'a cessé de composer et d'enrichir lui-même au fil des années, depuis les premières notes autobiographiques contenues dans Etudes, en 1927, jusqu'au bilan parfaitement accompli de Ma Vie heureuse, en 1972.
    En cette fin de siècle, la Bibliothèque nationale de France se devait d'apporter quelques touches nouvelles et significatives à la fresque entreprise. Après la discographie exemplaire de Francine Bloch, parue en 1992, voici, avec la complicité de Madeleine Milhaud, un bouquet de textes inédits et d'études à la fois éclatées et organiquement liées, à l'image d'une suite française que Milhaud n'aurait pas reniée.
    " Je n'ai pas d'esthétique, de philosophie, de théorie. J'aime écrire de la musique " : l'appétit créateur de Darius Milhaud est aussi appétit des autres, et en particulier attirance pour les poètes et écrivains de son temps, Francis Jammes, Paul Claudel, André Gide, Jean Cocteau, premier cercle autour d'une personnalité qui elle-même n'a cessé de repousser les limites de ses horizons géographiques, esthétiques et intellectuels.
    D'abord les amitiés aixoises Latil, Lunel; puis les amitiés parisiennes Poulenc, le groupe des Six; puis européennes : Schoenberg, Falla-, puis américaines. On verra dans ces pages un Milhaud tourné vers l'Europe centrale et vers l'Allemagne - son Christophe Colomb a été créé en 1930 à Berlin et non à Paris - avant que le nazisme ne rompe cette harmonie intellectuelle et artistique qui a régné un temps de Paris à Berlin, à Prague ou à Vienne.
    C'est en Amérique, Amérique du Sud puis Amérique du Nord, que Milhaud a trouvé les sons et les couleurs nécessaires et complémentaires à un langage qu'il avait forgé dès ses premières lignes d'enfant musicien.

  • Ce livre rassemble les communications faites au colloque international qui s'est tenu à la Bibliothèque nationale de France du 13 au 15 novembre 2003, le dernier d'un cycle de cinq dont les thématiques ont été conçues comme complémentaires.
    Les articles qui constituent la première partie de ce livre contribuent à éclairer les différentes attitudes de Berlioz à l'égard du texte, musical et littéraire. Écrivain né et grand lecteur, Berlioz est d'abord un homme du texte qui dans sa correspondance, ses feuilletons, ses nouvelles, ses traités, ses mémoires, joue en virtuose dans les registres littéraires de l'autobiographie, de la critique, de la théorie et de la fiction. Les plaintes du critique condamné à traîner le boulet du feuilleton amènent souvent le lecteur d'aujourd'hui à constater avec quelle pertinence Berlioz pose la question de la condition de l'écrivain. Le traitement musical du texte révèle chez Berlioz un discernement qui le porte à envisager de façon complexe le rapport analogique entre les différents états d'un texte poétique et leur traduction musicale. Les articles de la deuxième partie de ce livre sont consacrés aux diverses formes de contextualisation dont dépend la création berliozienne. Ils contribuent à abattre le préjugé trop tenace d'un Berlioz cédant sans mesure aux impulsions d'une sensibilité survoltée par une vie affective paroxystique. Enfin ce livre fait ressortir aussi ce que signifie, dans le champ de la philosophie musicale du XXe siècle, la présence - ou l'absence - de Berlioz dans l'esthétique de Mahler ou la pensée Adorno, l'examen des opinions de cet autre novateur qu'est Debussy, ou encore les motifs d'admiration d'un musicien plus radical encore dans ses options créatives comme Varèse.

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