Sciences humaines & sociales

  • Sartre avait montré dans Réflexions sur la question juive comment le Juif est défini en creux par le regard de l'antisémite. Delphine Horvilleur choisit ici de retourner la focale en explorant l'antisémitisme tel qu'il est perçu par les textes sacrés, la tradition rabbinique et les légendes juives. Elle analyse ainsi la conscience particulière qu'ont les Juifs de ce qui habite la psyché antisémite à travers le temps.
    Tandis que les motifs récurrents de l'antisémitisme sont aujourd'hui revitalisés dans les discours de l'extrême droite et de l'extrême gauche (« l'exception juive », l'obsession du complot juif...), cet ouvrage offre des outils de résilience pour échapper au repli identitaire et apporte une voie de sortie à la compétition victimaire qui caractérise nos temps de haine et de rejet.

  • Dans cette Petite Conférence, Delphine Horvilleur s'interroge sur la façon dont nous comprenons le monde, et pour cela, sur la façon dont nous le racontons. L'importance du récit, les rabbins la connaissent mieux que personne. Elle évoque donc son métier de femme rabbin. Elle le définit comme un geste d'écoute et d'ouverture envers les autres, à partir de l'étude des récits bibliques. Elle explique comment les récits, les contes, les mythologies, les textes religieux ont mille choses à nous raconter. Comment ils cherchent continuellement à établir du lien entre les générations, à nous dire que la nouvelle génération n'est pas la copie conforme de l'ancienne et que le monde a besoin d'une mise à jour. À chacun de trouver le sens qui lui semble être le bon, car nous pouvons reconstruire le sens de la phrase et le sens du monde, afin qu'il soit pertinent pour nous tous.

  • Bien des gens qui viennent voir un psychanalyste ou un rabbin ont d'abord l'idée qu'il va interpréter pour eux les mots et rendre explicite le non-explicite du langage, du signe ou des images qui les habitent. C'est la démarche très caricaturale de celui qui veut à tout prix que son psychanalyste interprète son rêve et lui traduise son sens sans ambiguïté. Celui-là attend de l'interprétation un éclaircissement, une sorte de sortie d'ambivalence de sens. Il veut que la vérité soit comme désobscurcie par l'autre qui détiendrait la vraie lecture et le sens authentique. Or une interprétation qui serait une théorie du signe perdrait toute sa puissance jusqu'à sa définition même, au lieu d'ouvrir le sens elle l'enfermerait dans une fidélité stérile. Tel est exactement le contraire de ce qu'exige toute interprétation. C'est ce que nous explique dans ce court texte Delphine Horvilleur, en confrontant les théories rabbiniques et psychanalytiques.

  • Être rabbin, c'est vivre avec la mort : celle des autres, celle des siens.
    Mais c'est surtout transmuer cette mort en leçon de vie pour ceux qui restent : « Je me tiens aux côtés de femmes et d'hommes qui, aux moments charnières de leurs vies, ont besoin de récits. » La tapisserie de ce livre de consolation tresse étroitement trois fils : le conte, l'exégèse et la confession.
    La narration d'une vie interrompue, la manière de donner sens à cette mort à travers les textes de la tradition, et l'évocation d'une blessure intime ou la remémoration d'un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.
    Les textes sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts : « Le rôle d'un conteur est de se tenir à la porte pour s'assurer qu'elle reste ouverte. » Et permettre ainsi à chacun de faire la paix avec ses fantômes.

    Delphine Horvilleur livre un texte à la fois intime et universel, puissante réflexion sur le deuil et la mémoire. De sa belle voix chantante, elle offre une lecture lumineuse, qui dessine une voie de dialogue entre les vivants et les disparus.

    Musique interprétée au piano par Simon Zaoui.

  • Il n'a jamais été aussi urgent de maintenir le dialogue entre les religions juive et musulmane, de montrer la spécificité de leur pensée comme leurs points communs.
    Abdennour Bidar comme Delphine Horvilleur représentent une jeune génération de penseurs, pour lesquels exigence intellectuelle et profondeur spirituelle doivent s'accorder avec ouverture sur l'autre et dialogue incessant.
    Dans le contexte inédit créé par les attentats de janvier 2015 et la montée des actes antisémites comme islamophobes, les deux auteurs tentent une pensée neuve et commune de la violence au sein des deux religions. Existet- il une violence nécessaire ? Comment la distinguer de celle qui conduit à la barbarie ? Comment construire une vie spirituelle ouverte ?
    Il fallait toute l'érudition et le courage d'Abdennour Bidar et Delphine Horvilleur qui n'hésitent pas à convoquer leur propre expérience, pour aborder ces questions, aussi complexes qu'explosives.

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