Dominique Schnapper

  • Nous vivons aujourd'hui au temps de l'inquiétude, celle que suscitent les actes d'agression contre les juifs et le sentiment profond d'une remise en cause du pacte passé avec la République française. Comment en est-on arrivé là?? Faut-il y voir les effets de la porosité de l'interminable conflit israélo-arabe et la diffusion d'un antisionisme politique?? Est-ce la présence d'une forte population musulmane en mal d'intégration et, plus encore, les menaces d'un antisémitisme rouge-brun, alliées aux effets d'un fondamentalisme islamiste??
    Il ne s'agit pas seulement de regarder en arrière. Dominique Schnapper rappelle ce principe selon lequel, dans notre histoire, les menaces contre les juifs ont de tout temps précédé le naufrage de la démocratie. Elle nous donne par sa réflexion les éléments pour combattre les passions mauvaises dès lors que l'intérêt commun succombe aux assauts des prétentions identitaires et pour nous permettre de nous accorder sur les fondements d'une culture commune.

  • La citoyenneté à l'épreuve ; la démocratie et les juifs

    Dominique Schnapper

    • Gallimard
    • 27 Septembre 2018

    Les nations démocratiques se sont constituées en agrégeant des groupes divers, pré-nationaux, et en élaborant un espace public commun à tous - la communauté des citoyens. Pour ce faire, il convenait de transcender par le civisme les affiliations historiques, religieuses et culturelles - qu'on regroupe sous le terme d'«ethniques» - des individus et des groupes réunis dans la nation. Pour autant, les fidélités particulières qui caractérisent les individus historiques ne disparurent pas. S'agit-il d'une faiblesse ou d'une vertu de la démocratie?
    Le destin des juifs, minoritaires, nous éclaire sur la construction de la nation moderne et sur le projet démocratique, ses vertus, ses contraintes et ses dévoiements.
    C'est l'histoire de la sortie du monde traditionnel par l'émancipation et la promesse de la modernité citoyenne, puis de la trahison de cette promesse. Elle révèle la tension entre un monde nouveau, tourné vers l'avenir et fondé sur l'innovation scientifique et politique, d'une part, et la transmission et la réinterprétation de la tradition, de l'autre. S'affichent alors les limites de l'intériorisation du civisme et de ses exigences par les individus, ainsi que la fragilité intrinsèque du projet démocratique.

  • L'esprit démocratique des lois

    Dominique Schnapper

    • Gallimard
    • 13 Février 2014

    Il y a un malaise dans la démocratie. Jamais cependant les sociétés n'ont été aussi libres, aussi tolérantes et aussi riches, n'ont assuré plus de libertés, plus de bien-être matériel à leurs membres et n'ont été moins inégalitaires.
    Dominique Schnapper, poursuivant sa réflexion sur la dynamique démocratique et ses vertus dont nous profitons sans en prendre toujours conscience tant elles nous paraissent naturelles, analyse ici ses dévoiements possibles, susceptibles de remettre en question les grands principes qui la fondent - des dévoiements portés par l'ambition de dépasser toutes les limites, nés de l'intérieur de la vie sociale et dans son prolongement. Il suffirait de donner à chaque principe son sens plein, en allant au bout de sa logique, jusqu'à l'excès qui risque de le déformer.
    La démocratie ne peut que se trahir elle-même, incapable d'être à la hauteur de ses ambitions. Il importe donc de saisir le moment où cet écart entre les aspirations des individus et la réalité des pratiques sociales finirait par remettre en question le sens même de l'ordre démocratique. Ainsi, la forme moderne de l'hubris ne serait-elle pas le rêve d'échapper aux contraintes biologiques et sociales de la condition humaine, nourri par les avancées remarquables de la science et par la puissance de l'aspiration démocratique?

  • La démocratie a posé l'universalité du principe d'égalité formelle des individus, quelles que soient par ailleurs les inégalités sociales, culturelles et autres. La démocratisation est animée par l'ambition d'assurer l'égalité réelle des citoyens. Elle s'est traduite par le développement de l'Etat-providence qui intervient toujours plus pour satisfaire les besoins économiques et sociaux des individus. Or son action est désormais paradoxale fruit du louable souci d'assurer l'universalité des droits, elle vise, par les " discriminations positives " et autres politiques de promotion spécifique, à défendre les droits particuliers de certaines catégories. L'équité se substitue à l'égalité, le multiculturalisme à l'universalité. Telle est l'épreuve particulière que traversent les démocraties occidentales, confrontées au caractère toujours plus " providentiel " de leurs sociétés : si l'égalité contemporaine tend à épuiser les formes de transcendance collective, comment peut-on continuer à " faire société " ?

  • Qu'est-ce que l'intégration ?

    Dominique Schnapper

    • Folio
    • 25 Janvier 2007

    Né de l'inquiétude sur les nouvelles formes de vie sociale que suscitait la modernité, le concept d'intégration recouvre les modalités spécifiques de la vie collective dans les sociétés contemporaines. A l'origine, Durkheim le réserve au problème de la société dans son ensemble. Puis les sociologues s'interrogent sur la formation et le maintien des entités collectives, sur les relations entre l'individu et le groupe. Les recherches montrent alors que l'assimilation des immigrés n'est pas un processus unique ou rectiligne, mais comporte des dimensions et des modalités différentes, voire discordantes. Désormais, les sociologues distinguent entre l'adoption des traits culturels de la société - selon les auteurs, on parlera d'" acculturation ", d'" assimilation ", voire d'" intégration culturelle " - et la participation aux diverses instances de la vie sociale - l'" assimilation sociale " ou l'" intégration structurelle ". Toute la richesse comme l'ambiguïté particulière de l'intégration - puisque le mot appartient en même temps aux registres du politique et de la sociologie - se tiennent là, dans le fait que le concept porte à la fois sur l'intégration des individus à la société et sur l'intégration de la société dans son ensemble.

  • « Démocratie providentielle », « démocratie extrême », les notions forgées par Dominique Schnapper, une des grandes voix de la pensée politique française, sont passées dans le langage courant. Elle revient dans ce livre sur les thèmes qui sont aujourd'hui au coeur du débat public : le malaise des populations immigrées, le chômage, la place de l'islam, le rapport à la République et à la nation.

    Comment penser la démocratie en France ? Comment fonder des liens entre les individus et les groupes, afin qu'un avenir commun puisse être envisagé ? Loin des idéologues de l'identité comme des défenseurs du multiculturalisme, Dominique Schnapper analyse patiemment ce qui permet la relation à l'autre et donne du sens à la citoyenneté. Racisme, laïcité, remise en cause des institutions, intégration, judaïsme, individualisme et communauté, droits des minorités, aucune question n'est éludée et toutes sont abordées avec la même rigueur scientifique et morale.

  • Classes, groupes, communautés, collectivités historiques, la sociologie n'a cessé, depuis ses origines, de penser la question de l'autre.
    Critique par nature, elle s'interroge sur le sens des écarts qu'elle observe entre les réalités sociales et les principes affichés - particulièrement le principe de citoyenneté. celui-ci organise effectivement les sociétés démocratiques, bien qu'il procède au renversement du monde social puisqu'il affirme l'égalité juridique et politique d'individus inégaux.
    En étudiant les préjugés et les discriminations, la genèse et les pratiques du racisme, les minorités ethniques ou culturelles, l'assimilation des immigrants, les relations concrètes entre les groupes dits ethniques, les origines économiques, politiques et idéologiques des nations et des nationalismes, l'enquête sociologique montre les tensions ou les contradictions entre le principe de l'égalité juridique et politique revendiqué dans les sociétés modernes et les diversités et les inégalités de l'ordre économique et social, entre les valeurs affirmées et les pratiques concrètes inspirées par les passions des hommes.
    Or le sociologue mène ses enquêtes et forge ses concepts dans une société particulière, dans une tradition intellectuelle marquées par les réalités nationales. l'analyse de la sociologie des relations interethniques comme enquête sur les effets et les limites de la citoyenneté moderne se révèle en cela le meilleur angle d'attaque pour comprendre aujourd'hui ce qu'est la pensée sociologique.
    La relation à l'autre - assurément un ouvrage des plus ambitieux et des plus neufs -, d'un même mouvement, restitue de manière originale l'histoire de la sociologie; montre que celle-ci se structure autour de styles nationaux qui n'ont ni la même origine ni les mêmes objets premiers (par exemple, durkheim et le défi de l'intégration républicaine; max weber et l'interaction des hommes en société ou en communauté; la sociologie anglaise et l'héritage de l'empire; ou bien encore l'école de chicago et l'obsession de la ségrégation des noirs); définit enfin la nature de la sociologie - cet effort de connaissance rationnelle de l'ordre social qui universalise par principe des données objectives toujours particulières.

  • Ce manuel est également une initiation, une introduction généreuse, intelligente et critique à une discipline dont l'enjeu est de « montrer qu'il ne s'agit pas de comprendre les conduites des hommes de manière intuitive et sympathique, mais de les rendre intelligibles dans un projet de connaissance intellectuelle et rationnelle ». Il contribue ainsi à expliciter les malentendus, à encourager la rigueur et maintenir « la voie étroite entre le scientisme et l'essayisme » en sociologie.

  • Nous vivons le temps des paradoxes.
    Partout se propage la contamination du nationalisme, partout s'observe l'affaiblissement de la nation. La nation est aujourd'hui doublement atteinte à l'extérieur, par les limitations de sa souveraineté que tracent l'internationalisation des échanges et l'interdépendance des économies ; à l'intérieur, par l'idéologie productiviste qui exalte l'individu et ses intérêts mais ignore le citoyen et ses idéaux.
    Car la nation moderne est un projet politique singulier. Née au XVIIIe siècle en Angleterre, aux Etats-Unis et en France, elle a pour fonction première d'intégrer également chacun à la vie d'une communauté politique et de défendre celle-ci sur la scène internationale. La nation se veut une communauté idéale de citoyens ; elle ne connaît que des égaux et ignore résolument les particularités ethniques, régionales, culturelles, linguistiques, religieuses de chacun.
    Plus rien ne distingue entre eux les membres de la nation moderne, sinon une langue, une histoire, une volonté de vivre ensemble qui leur ont été inculquées afin de les distinguer collectivement, à la face du monde, des autres nations. Ainsi, la nation moderne est historiquement indissociable de la démocratie et essentiellement opposée au nationalisme. Lequel ne peut vivre que de l'enfermement de chacun dans des particularismes exacerbés.
    Il n'y a pas de nation par droit du sol ou de nation par droit du sang, vue de l'esprit qui vient buter sur l'unicité de la citoyenneté. La sociologie, tout attachée à mettre en lumière la réalité contrastée des liens sociaux, n'a, depuis longtemps, plus prêté attention à la nation, communauté politique idéelle. De la redécouverte de la nation comme cadre de vie premier, à laquelle nous convie courageusement Dominique Schnapper, nos lendemains diront s'il s'agit d'un chant du cygne.
    Quel avenir, en effet, pour une communauté de citoyens, quand les uns se réclament de leurs particularismes ethniques ou de leur identité religieuse, quand les autres confondent leurs devoirs de citoyens avec leurs droits de consommateurs ?

  • Travailler et aimer ; mémoires

    Dominique Schnapper

    • Odile jacob
    • 12 Septembre 2013

    Fille de Raymond Aron et femme d'Antoine Schnapper, historienne de l'art et élève d'André Chastel, Dominique Schnapper est l'une des figures de la sociologie et des sciences politiques françaises. Elle évoque ici son enfance dans l'ombre de son père, son " entrée en sociologie ", à la fin des années 1950, quand les Crozier, Touraine, Mendras ou encore Morin jetaient les bases de ce que sera l'école française dans sa diversité, sa rencontre décisive avec Pierre Bourdieu, alors jeune assistant à la Sorbonne, son séjour de jeunesse à Bologne avec son mari, le retour à Paris et les premiers pas dans la carrière académique, à l'heure où l'enseignement de sociologie se réorganise, la rupture avec Bourdieu, le climat de l'après-1968.
    Elle revient surtout sur ses années d'enseignement, quand sont parus ses principaux livres, et s'explique sur les spécificités de sa démarche et de ses travaux, les grands thèmes qu'elle a abordés, tout en donnant son regard sur l'évolution de la sociologie française jusqu'à aujourd'hui.

  • La République aux 100 cultures

    Dominique Schnapper

    • Arfuyen
    • 11 Mai 2016

    Le thème choisi par Dominique Schnapper pour sa thèse de doctorat portait déjà sur « Traditions culturelles et sociétés industrielles » et, à l'EHESS où elle a enseigné durant toute sa carrière, sa direction d'études a porté successivement sur « l'ethnosociologie des sociétés modernes » puis « la sociologie de la citoyenneté ». Sa réflexion lui a valu d'être nommée à de nombreuses commissions nationales portant sur le multiculturalisme et sur la citoyenneté, ainsi qu'au Conseil Constitutionnel de 2001 à 2010. Parmi ses ouvrages, citons (Gallimard) : L'Épreuve du chômage (1981), Qu'est-ce que la citoyenneté ? (2000), Questionner le racisme (2000), Qu'est-ce que l'intégration ?
    (2007), L'Esprit démocratique des lois (2014). Elle est également l'auteur de Les Musulmans en Europe (Observatoire du Changement Social, 1992).
    Nul n'est donc mieux qualifié pour aborder les questions brûlantes qui se posent à la veille de l'élection présidentielle : Dans une « République aux 100 cultures », comment conjuguer citoyenneté et diversité ? Comment éviter de sombrer dans une « République sans culture » ? Des émeutes de 2005 à la tentation terroriste, pourquoi ce malaise dans la société française ? « Ce n'est pas dans son principe, affirme D. Schnapper, que le «modèle républicain» est obsolète.
    La politique d'intégration par la citoyenneté et la pratique professionnelle est conforme à la vocation des sociétés démocratiques et prolonge la tradition nationale. Le débat ne devrait pas porter sur le principe, mais sur les modalités de son application. Ce sont les manquements au modèle républicain, élément de l'ensemble de la crise de la société française, qui créent l'échec partiel de la politique d'intégration et le sentiment plus général du déclin national. »

  • Les juifs furent longtemps des patriotes ardents. Ceux qui, dans le passé, se désignaient eux-mêmes comme des « israélites » s'étaient toujours comportés comme des citoyens modèles, affirmant haut et fort leur patriotisme et réinterprétant le judaïsme sur un mode essentiellement spirituel. Aujourd'hui, la République s'affaiblit, l'antisémitisme de l'extrême-gauche rejoint l'antisémitisme traditionnel de l'extrême-droite, l'insécurité grandit. Comment les juifs réagissent-ils ? Assiste-t-on à l'émergence d'une nouvelle condition juive en France ? C'est à ces questions qu'une enquête par questionnaires réalisée auprès d'un échantillon de la population juive à Strasbourg, Toulouse et dans la région parisienne, apporte des réponses objectives. Mais l'analyse de la situation actuelle ne peut négliger la réflexion plus large, à la fois historique et sociologique, sur les transformations actuelles des rapports entre les identités ethnico-religieuses et la citoyenneté. L'exemple des juifs peut aussi être un révélateur. Doit-on voir dans les inquiétudes de tous et dans la tentation du repli sur soi d'une partie des juifs le signe d'une « ethnicisation » ou d'une « communautarisation » croissante de la société démocratique ? Cette enquête montre pourtant qu'entre la tentation de vivre entre soi et celle d'intervenir en tant que juifs dans l'espace public, la majorité des juifs français tente d'élaborer ce qu'on peut appeler un « nouvel israélitisme ».

    Table des matières Introduction. - Le juif citoyen Hier et aujourd'hui Les juifs et la politique Enquête Problèmes de méthode Chapitre premier. - Participation politique Voter Politisation Sensibilité de gauche et éloignement relatif des partis de gauche Refus des extrêmes Particularisme et universalisme Chapitre II. - Réinterprétations identitaires Pratiques Intégration Identifications Participation communautaire et lien avec Israël Antisémitisme Chapitre III. - La double tentation La tentation du repli sur soi L'élection du grand rabbin en 2008 Interventions politiques Conclusion. - Fin de l'« israélitisme » ou « nouvel israélitisme » ?

    Glossaire Annexes Bibliographie

  • L'epreuve du chomage

    Dominique Schnapper

    • Folio
    • 1 Septembre 1991

    On s'est interrogé jusqu'à présent sur les causes du chômage et sur les moyens d'y remédier, alors qu'il s'agit ici de la manière dont les chômeurs vivent le chômage. Pour les uns, travailleurs manuels, employés âgés ou cadres autodidactes, qui connaissent l'épreuve du chômage total, le chômage signifie humiliation, ennui, désocialisation. Pour certains jeunes, au contraire, le chômage inversé offre l'occasion de prolonger la vie de vacances ou de se livrer aux plaisirs nobles d'une «vocation» d'artiste. Enfin, les cadres, dont le chômage est récent, font l'expérience du chômage différé, en adoptant une série d'activités organisées pour retrouver un emploi et perfectionner leurs aptitudes professionnelles. Plus encore qu'un révélateur, le chômage constitue une condition sociale différemment utilisée et vécue par les différents groupes sociaux.

  • Exclusions au coeur de la cité

    Dominique Schnapper

    • Economica
    • 30 Janvier 2001

    Si le thème de l'exclusion a dominé le débat public sur la question sociale tout au long des années quatre-vingt-dix, il en a souvent obscurci les dynamiques et les enjeux.
    Cette représentation dualiste de la société, des chercheurs l'ont mise à l'épreuve d'enquêtes sociologiques qu'ils ont réalisées à Marseille, Lille, Paris et sa banlieue. Leurs observations ont porté sur un lycée, un collège, un club de rugby, une association de femmes immigrées, des collectifs d'étrangers en situation irrégulière et, plus largement, sur l'expérience des habitants de plusieurs quartiers de ces villes.
    L'ouvrage collectif qui rend compte de cette recherche, conduite en commun pendant trois ans, analyse les processus de désaffiliation sociale, de précarisation économique, de ségrégation spatiale, de discrimination ethnique et même d'exclusion juridique qui mettent à mal les liens sociaux, mais il essaie également de montrer la manière dont les agents récusent les images stigmatisantes qui leur sont attachées, se réapproprient les espaces dans lesquels ils se trouvent relégués, déplacent les rapports de domination dont ils sont victimes et réinventent, au coeur de la Cité, des formes de vie civique.

  • La France de l'intégration ; sociologie de la nation en 1990

    Dominique Schnapper

    • Gallimard
    • 22 Mars 1991

    On parle aujourd'hui de l'intégration des immigrés comme s'il s'agissait d'une nouveauté menaçante pour l'intégrité nationale. Ce n'en est une que dans la mesure où la France, vieille terre d'immigration qui s'ignore, a entretenu sa cécité sur les apports étrangers de sa population jusque dans ses observatoires scientifiques.
    La spécificité de l'immigration récente et des problèmes qu'elle pose appelle une double réflexion sociologique : sur le procès de la modernisation depuis les Trente Glorieuses d'une part, sur la formation et l'évolution de l'idéologie nationale depuis le XIXe siècle d'autre part.
    Tant que la France se donnait pour ambition explicite d'«assimiler» tout immigré, ni la réalité sociale ni la politique des gouvernements n'étaient différentes. Aujourd'hui encore comme il y a un siècle, du temps de Renan, la nation à la française ne se définit que comme une machine à intégrer des populations diverses autour d'un projet politique commun. L'intégration reste à la fois un fait, une valeur et une nécessité.
    C'est la modernité qui, en privilégiant l'activité économique et le modèle marchand des relations sociales, est venue menacer la réalité et la tradition nationales, tout particulièrement en France. Si les démocraties modernes perdent tout principe religieux, dynastique et même national, n'est-ce pas le lien social qui risque de s'affaiblir jusqu'à se dissoudre ?

  • Une sociologue au Conseil constitutionnel

    Dominique Schnapper

    • Gallimard
    • 11 Mars 2010

    2001 : Dominique Schnapper, pour l'importance et la qualité de ses travaux sur la République et la démocratie, est nommée au Conseil constitutionnel. Étrangcre au sérail politique d'ou sont traditionnellement issus tous les membres, elle est la premicre sociologue dans l'histoire de l'institution.
    Neuf ans durant, elle tient le journal de cette expérience unique : nulle révélation sur les hommes du Conseil, ni sur le secret des délibérations, mais une réflexion sans pareille sur le fonctionnement de notre démocratie.
    On pourrait croire, en effet, que le Conseil est l'institution supreme. Créé en 1958, il rompt avec la tradition française puisqu'il doit contrôler l'activité parlementaire au nom du respect de la Constitution alors que les Assemblées avaient toujours été souveraines. Toutefois, la place protocolaire médiocre des conseillers rappelle la réticence de De Gaulle ´r créer cette instance de validation ultime de la constitutionnalité du pouvoir dans son exercice.
    C'est petit ´r petit, sans éclats et avec ténacité, que le Conseil s'est imposé, notamment par la continuité de son action assurée par le secrétariat général et fondée sur la référence ´r la jurisprudence, ce corpus des décisions antérieures constitué et rappelé par le service des juristes, qui préparent les dossiers pour les conseillers. Ainsi le Conseil peut fonctionner malgré l'extreme diversité de la culture juridique et constitutionnaliste de ses membres.
    Des sociologues se sont faits boxeur, vagabond ou joueur de poker, afin d'oberver de l'intérieur un milieu particulier : c'est la sociologie participante. Dominique Schnapper, au cours de sa mandature, a été l'une des neuf voix qui décidcrent de la constitutionnalité de nos lois. Elle a en cela inventé une sorte de participation sociologique.

  • La diversité politique et économique de l'Italie ne peut masquer l'unité culturelle de la péninsule. L'uniformité de la vie quotidienne à l'intérieur d'un même milieu social est aussi frappante pour le sociologue contemporain qu'elle l'était autrefois pour les voyageurs étrangers. Dominique Schnapper qui a vécu pendant deux ans à Bologne avec sa famille s'est servie de la société bolonaise comme d'un microcosme pour étudier, à travers le style de la vie quotidienne, les modèles culturels de la péninsule.

  • Juifs et israélites

    Dominique Schnapper

    • Gallimard
    • 28 Mars 1980

    Alors que l'histoire des juifs en France fût, de 1789 à 1940, l'histoire de leur progressive assimilation et de leur transformation en israélites, les juifs français aujourd'hui ont pris une nouvelle conscience de leur judéité. Les uns ont recueilli le respect de la grande Tradition, héritée de leur père ; d'autres, déjudaïsés depuis une ou plusieurs générations, la retrouvent par la connaissance intellectuelle ; beaucoup transposent les traditions sur le mode politique ; d'autres enfin gardent, malgré leur méconnaissance du judaïsme, une forme d'identité définie par le sens d'un «destin commun, institué à Auschwitz». En dépit ou en raison même de sa particularité, le groupe juif ne constitue-t-il pas un exemple privilégié de ce retour à des traditions spécifiques qui peut apparaître comme l'une des caractéristiques de la deuxième étape de la société industrielle?

  • La sociologie entend substituer à l'incohérence et à la confusion du monde humain des images intellectuelles formant un ensemble cohérent et rationnel. Elle s'efforce de formuler les relations abstraites qui rendent compte des conduites humaines telles que l'enquête permet de les observer. L'analyse typologique, en précisant le ou les traits essentiels d'une " individualité historique " ou en construisant la logique qui rend intelligibles les expériences vécues par les individus, est un instrument de recherche privilégié dans cette démarche. L'analyse typologique n'est pas seulement un moment de la réflexion sociologique illustrée par Max Weber. Elle reste féconde pour interpréter les résultats des recherches empiriques puisqu'elle a pour sens et pour finalité de comprendre comment s'articulent les conduites et les expériences vécues des individus avec les caractéristiques les plus fondamentales des sociétés historiques, en particulier de la nôtre. Fruit d'une longue pratique de recherche, ce livre est à la fois une synthèse de nombreux résultats d'enquêtes sociologiques obtenus en suivant cette démarche et un guide clair pour tous ceux qui entendent la suivre ou réfléchir sur ses fondements.


  • " la compréhension sociologique se donne pour ambition de substituer à l'incohérence du monde humain des images intellectuelles des relations intelligibles ou, en d'autres termes, de remplacer la diversité et la confusion du réel par un ensemble intelligible, cohérent et rationnel.
    ce projet implique de prendre en compte le sens que les individus donnent à leur conduite, ce par quoi ils sont véritablement humains. " publié précédemment dans la collection le lien social dirigé par serge paugram, cet ouvrage, considérablement remanié et actualisé, a été conçu par son auteur comme un manuel. c'est également une initiation, une introduction généreuse, intelligente et critique à une discipline dont l'enjeu est de " montrer qu'il ne s'agit pas de comprendre les conduites des hommes de manière intuitive et sympathique, mais de les rendre intelligibles dans un projet de connaissance intellectuelle et rationnelle.
    " fondé sur un travail de chercheurs et d'enseignante, une confrontation avec les auteurs du passé et du présent, une conception de la pratique de l'analyse typologique, instrument privilégié de le démarche sociologique, cet ouvrage veut contribuer à expliciter les malentendus, encourager la rigueur et maintenir " la voie étroite entre le scientisme et l'essayisme " dans une discipline dont le projet intellectuel est de rendre lisibles les relations entre les hommes.


  • Au fur et a mesure - chroniques 2001-2002

    Dominique Schnapper

    • Odile jacob
    • 1 Février 2003

    Du rendez-vous mythique de l'an 2000 au séisme des présidentielles de 2002, voici la première grande chronique de notre entrée dans un siècle nouveau.
    Une chronique qui embrasse le 11 septembre comme les jeux Olympiques, les hécatombes routières comme les 35 heures, les guerres lointaines comme les simples bonheurs. Une chronique qui, racontant les médias et la politique, la misère et les fêtes, les femmes et les hommes, nous raconte à nous-mêmes. En éclairant le temps qui passe d'une lucidité sans faille, en réveillant la proche mémoire d'une plume aiguë ou savoureuse, en liant l'émotion et l'analyse, c'est notre monde présent que dessine Dominique Schnapper.
    Un document unique de sociologie vivante, qui décrypte aujourd'hui pour mieux dire demain.

  • L'abécédaire Raymond Aron

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    • L'observatoire
    • 6 Février 2019

    Trois jours avant de se suicider, Romain Gary écrit à son ami : « Cher Raymond Aron, votre esprit souligne si bien ces temps obscurs que l'on en vient parfois, en vous lisant, à croire à la possibilité d'en sortir et à l'existence d'un chemin. Rares sont les cas où la force de la pensée rejoint celle d'un caractère. » « Temps obscurs », la formule fait étrangement écho aujourd'hui. Une Europe qui ne croit plus en ses valeurs. La violence, la haine, la confusion qui gagnent. L'insulte qui remplace le dialogue démocratique. Le brouhaha médiatique, la radicalité inquiétante des réseaux sociaux. Le désarroi des intellectuels.
    Le « petit camarade » de Sartre, qui fut son adversaire le plus intelligent, a tenté, sa vie durant, de penser le monde dans sa complexité. Son obsession : le goût de la vérité, la détestation des fake news, la défense de nos systèmes démocratiques, « les pires des régimes à l'exception de tous les autres ».
    Les Désillusions du progrès, Penser la guerre, L'Opium des intellectuels... Il est salutaire aujourd'hui de relire ce « professeur d'hygiène intellectuel » dont parlait Claude Lévi-Strauss, l'un des esprits les plus lucides du XXe siècle.

  • Dénoncées par certains penseurs radicaux, les grandes entreprises transformées par la mondialisation et les excès de la finance seraient un danger mortel pour la démocratie. Pour d'autres, elles devraient au contraire protéger les populations, contribuer au financement de la solidarité, lutter contre le changement climatique... Bref, être le lieu où s'élabore le bien commun et où se prennent les décisions pour la collectivité. Soumise à l'impératif de la rentabilité, l'entreprise peut-elle et devrait-elle devenir le lieu privilégié de l'action politique ?

    C'est la question à laquelle répond ce livre éclairant, qui ne cède ni à la tentation de la dénonciation ni à celle de la complaisance.

    Avec une thèse forte : la place et le rôle de l'entreprise dans notre société sont la grande question de la démocratie du XXIe siècle. Il faut repenser l'entreprise pour sauver la démocratie.

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