Arts de l'image

  • Entre 1952 et 1978, Guy Debord réalise six oeuvres cinématographiques. En 1994, peu avant sa mort, il y ajoute un film de télévision. Dans sa critique de la société du spectacle, qui réduit la vie à une représentation, Guy Debord fait pleinement usage de l'image. Avec la pratique du détournement, le cinéaste révolutionnaire remet en cause le conditionnement social propre au capitalisme et évoque son itinéraire sur un mode à la fois héroïque et intime. En prenant pour fil d'Ariane le cinéma de Guy Debord, ce livre retrace le combat du réalisateur dans le labyrinthe de l'Histoire de la seconde moitié du XXe siècle. II étudie sa poétique, indissociable d'un refus politique de tout compromis. Son oeuvre s'appuie sur le principe de la négativité, qui s'inscrit au coeur d'une contradiction dialectique : produire un art tout en insistant sur son impossibilité. Au fur et à mesure de l'abandon de l'horizon révolutionnaire, Debord transforme cette négativité en " mal ", seul moyen d'échapper à l'idéologie bourgeoise du bonheur. Cet ouvrage retrace le parcours singulier d'un créateur, dans et contre la culture contemporaine.

  • Nouvelle monographie.
    Dans son travail filmique, Jesper Just associe les images, d'une qualité exceptionnelle, au son et à la musique. L'énigme vient perturber la narration et la tension créée laisse émerger la poésie. L'artiste livre ainsi le spectateur à ses interrogations et ses émotions. La création conçue pour le Palais de Tokyo est composée d'une installation audiovisuelle et d'une intervention spatiale transformant l'espace et le parcours du visiteur. Le One World Trade Center, gratte-ciel iconique et controversé, est autant le décor des films qu'un personnage en soi. Il a fonction de membre fantôme et constitue aussi le témoignage d'une résilience. Les films suivent deux personnages : une jeune fille, qui n'apparaît pas comme un individu mais incarne les idéaux de jeunesse et de féminité véhiculés aujourd'hui, et une enfant handicapée. Les personnages se reflètent, s'opposent et interagissent, pour explorer les concepts de capacitisme et d'autonomisation, questionnant ainsi les limites du corps et de l'individualité.
    Cette monographie rassemble une conversation entre Jesper Just et Katell Jaffrès, commissaire de l'exposition de Jesper Just au Palais de Tokyo, un essai de Fabien Danesi, un portfolio de vues de l'exposition, d'images extraites de films de Jesper Just réalisés entre 2002 à 2013, un ensemble d'images extraites de Servitudes, les neuf nouveaux films réalisés par Jesper Just, et un ensemble de notices sur une sélection d'oeuvres de l'artiste.

  • «Je ne ferai, dans ce film, aucune concession au public.» C'est en ces termes que Guy Debord ouvre son film In Girum imus nocte et consumimur igni en 1978. La formule donne le ton de toutes ses oeuvres cinématographiques, où se mêlent regard rétrospectif sur son parcours de révolutionnaire et critique radicale de la Société du spectacle. À rebours de tout cinéma, Debord élabore ainsi, de 1952 à 1978, une oeuvre filmée unique en son genre, exigeante, corrosive.
    Le détournement, qui consiste à réemployer dans un contexte nouveau une production culturelle préexistante, permet à Debord de porter la contradiction au coeur même de la civilisation capitaliste : par l'image, il en exhibe la vérité cachée derrière ses mensonges.
    Ses films sont ainsi composés de nombreux documents visuels de nature et d'origine diverses : extraits de films, publicités, actualités, catalogues de vente, magazines de charme, reproductions d'oeuvres d'art, cartes et plans, photographies personnelles, etc. Cette collection reflète à la fois une époque et un regard porté sur elle.
    Debord y puise les images qui seront filmées au banc-titre, et y appose des calques où il reporte minutieusement des indications de cadrage et de montage.
    Cet ouvrage propose de présenter ces documents, souvent inédits. Ils reviennent sur la période des années 1960-1970, tout en exposant la technique de travail de Debord. Un essai introductif expose les procédés et les fins d'un art cinématographique singulier :
    L'essai s'appuie notamment sur les filles dévêtues qui peuplent les films de Debord pour y dire, selon un mouvement dialectique, la marchandise ou l'amour. L'ouvrage se veut un objet de référence sur le travail du cinéaste, mené par trois universitaires passionnés par cette oeuvre radicale. Il se veut aussi un livre qui donne la part belle aux illustrations en offrant des reproductions présentées dans un portfolio que des commentaires proposent d'éclairer en annexe : les pin-up et les étalages de nourriture du capitalisme marchand s'y frottent aux visages de ceux et celles qu'il a aimés et aux scènes de bataille qu'il détourne pour représenter le combat révolutionnaire. Les amateurs du cinéma de Debord trouveront là un matériau inédit propre à satisfaire toutes les curiosités, et ceux qui le découvrent seront guidés par l'appareil didactique de l'ouvrage pour pénétrer la fabrique d'un grand détournement dont la création contemporaine, dans tous les domaines, ne cesse de s'inspirer.

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