Arts et spectacles

  • Entre 1952 et 1978, Guy Debord réalise six oeuvres cinématographiques. En 1994, peu avant sa mort, il y ajoute un film de télévision. Dans sa critique de la société du spectacle, qui réduit la vie à une représentation, Guy Debord fait pleinement usage de l'image. Avec la pratique du détournement, le cinéaste révolutionnaire remet en cause le conditionnement social propre au capitalisme et évoque son itinéraire sur un mode à la fois héroïque et intime. En prenant pour fil d'Ariane le cinéma de Guy Debord, ce livre retrace le combat du réalisateur dans le labyrinthe de l'Histoire de la seconde moitié du XXe siècle. II étudie sa poétique, indissociable d'un refus politique de tout compromis. Son oeuvre s'appuie sur le principe de la négativité, qui s'inscrit au coeur d'une contradiction dialectique : produire un art tout en insistant sur son impossibilité. Au fur et à mesure de l'abandon de l'horizon révolutionnaire, Debord transforme cette négativité en " mal ", seul moyen d'échapper à l'idéologie bourgeoise du bonheur. Cet ouvrage retrace le parcours singulier d'un créateur, dans et contre la culture contemporaine.

  • À observer l'art du XX e siècle, le ready-made est une pierre d'achoppement contre laquelle il est difficile de ne pas venir buter. S'il fut tout d'abord un objet non identifié par l'art de son temps, il est devenu une référence incontournable pour la création contemporaine qui ne cesse encore aujourd'hui de s'y rapporter. Faire de l'art avec ce qui n'en est pas : voilà la définition aporétique du ready-made qui a été progressivement invalidée par sa postérité.
    En obtenant une légitimité au sein du champ de la création plastique, l'invention de Marcel Duchamp s'est transformée en un paradoxal « objetdard » dont l'instabilité semble continuer à inquiéter même si elle a rejoint les musées. Au coeur de ces « coins de chasteté » où toutes les provocations de la modernité ont été rassemblées, le ready-made demeure en effet le lieu d'une césure impossible à résorber. Il a ouvert la catégorie de l'oeuvre d'art à ce qui lui était soi-disant le plus étranger lorsqu'elle se limitait encore à l'illusion : la réalité même.

  • Nouvelle monographie.
    Dans son travail filmique, Jesper Just associe les images, d'une qualité exceptionnelle, au son et à la musique. L'énigme vient perturber la narration et la tension créée laisse émerger la poésie. L'artiste livre ainsi le spectateur à ses interrogations et ses émotions. La création conçue pour le Palais de Tokyo est composée d'une installation audiovisuelle et d'une intervention spatiale transformant l'espace et le parcours du visiteur. Le One World Trade Center, gratte-ciel iconique et controversé, est autant le décor des films qu'un personnage en soi. Il a fonction de membre fantôme et constitue aussi le témoignage d'une résilience. Les films suivent deux personnages : une jeune fille, qui n'apparaît pas comme un individu mais incarne les idéaux de jeunesse et de féminité véhiculés aujourd'hui, et une enfant handicapée. Les personnages se reflètent, s'opposent et interagissent, pour explorer les concepts de capacitisme et d'autonomisation, questionnant ainsi les limites du corps et de l'individualité.
    Cette monographie rassemble une conversation entre Jesper Just et Katell Jaffrès, commissaire de l'exposition de Jesper Just au Palais de Tokyo, un essai de Fabien Danesi, un portfolio de vues de l'exposition, d'images extraites de films de Jesper Just réalisés entre 2002 à 2013, un ensemble d'images extraites de Servitudes, les neuf nouveaux films réalisés par Jesper Just, et un ensemble de notices sur une sélection d'oeuvres de l'artiste.

  • «Je ne ferai, dans ce film, aucune concession au public.» C'est en ces termes que Guy Debord ouvre son film In Girum imus nocte et consumimur igni en 1978. La formule donne le ton de toutes ses oeuvres cinématographiques, où se mêlent regard rétrospectif sur son parcours de révolutionnaire et critique radicale de la Société du spectacle. À rebours de tout cinéma, Debord élabore ainsi, de 1952 à 1978, une oeuvre filmée unique en son genre, exigeante, corrosive.
    Le détournement, qui consiste à réemployer dans un contexte nouveau une production culturelle préexistante, permet à Debord de porter la contradiction au coeur même de la civilisation capitaliste : par l'image, il en exhibe la vérité cachée derrière ses mensonges.
    Ses films sont ainsi composés de nombreux documents visuels de nature et d'origine diverses : extraits de films, publicités, actualités, catalogues de vente, magazines de charme, reproductions d'oeuvres d'art, cartes et plans, photographies personnelles, etc. Cette collection reflète à la fois une époque et un regard porté sur elle.
    Debord y puise les images qui seront filmées au banc-titre, et y appose des calques où il reporte minutieusement des indications de cadrage et de montage.
    Cet ouvrage propose de présenter ces documents, souvent inédits. Ils reviennent sur la période des années 1960-1970, tout en exposant la technique de travail de Debord. Un essai introductif expose les procédés et les fins d'un art cinématographique singulier :
    L'essai s'appuie notamment sur les filles dévêtues qui peuplent les films de Debord pour y dire, selon un mouvement dialectique, la marchandise ou l'amour. L'ouvrage se veut un objet de référence sur le travail du cinéaste, mené par trois universitaires passionnés par cette oeuvre radicale. Il se veut aussi un livre qui donne la part belle aux illustrations en offrant des reproductions présentées dans un portfolio que des commentaires proposent d'éclairer en annexe : les pin-up et les étalages de nourriture du capitalisme marchand s'y frottent aux visages de ceux et celles qu'il a aimés et aux scènes de bataille qu'il détourne pour représenter le combat révolutionnaire. Les amateurs du cinéma de Debord trouveront là un matériau inédit propre à satisfaire toutes les curiosités, et ceux qui le découvrent seront guidés par l'appareil didactique de l'ouvrage pour pénétrer la fabrique d'un grand détournement dont la création contemporaine, dans tous les domaines, ne cesse de s'inspirer.

  • Un regard engagé sur la création contemporaine depuis le golfe Arabique, où guerres et tensions diplomatiques n'ont cessé de déterminer l'histoire de ce début de XXIe siècle (le catalogue de l'exposition, avec deux essais des commissaires, des notices largement illustrées sur le travail des 34 artistes présentés ainsi que de courts témoignages des artistes et d'autres contributeurs invités).
    Le titre de l'exposition « Notre monde brûle » fait référence aux drames humains qu'ont causés - et que causent encore - les conflits successifs dans cette région, mais également à la crise écologique et aux catastrophes environnementales telles que les immenses feux de forêt destructeurs, de l'Amazonie à la Sibérie en passant par la Californie et l'Australie. Le feu n'est pas uniquement l'affirmation d'un péril ; il est aussi le symbole du formidable élan démocratique que connaît cette même région du monde depuis les printemps arabes. L'exposition affirme justement que les oeuvres ont une puissance d'intervention en prenant position face aux désordres du monde. Le feu revient alors à l'intensité de la création artistique.
    Oeuvres de Inji Efflatoun, Khalil El Ghrib, Faraj Daham, Shirin Neshat, John Akomfrah, Francis Alÿs, Fabrice Hyber, Tania Bruguera, Mounir Fatmi, Kader Attia, Yto Barrada, Wael Shawky, Katia Kameli, Michael Rakowitz, Amal Kenawy, Otobong Nkanga, Younes Rahmoun, Danh Vo, Amina Menia, Ben Russell, Basim Magdy, Mounira Al Solh, Sammy Baloji, Jane Kin Kaisen, Oriol Vilanova, Mustapha Akrim, Asli Çavusoglu, Monira Al Qadiri, Sophia Al Maria, Dominique Hurth, Bady Dalloul, Sara Ouhaddou, Bouthayna Al Muftah, Raqs Media Collective.

    Publié à l'occasion de l'exposition éponyme au Palais de Tokyo, Paris, du 21 février au 17 mai 2020.

  • « Qu'est-ce que c'est ? » « Que voyons-nous ? » Ou, plus précisément : « Que s'est-il passé ? ». La vision est soudain confrontée à un trauma : nous sommes saisis par l'urgence et l'intensité d'une présence qui tout à la fois captive la vue et incite à détourner le regard.
    Three Horizontals a la force d'une énigme. À qui sont ces corps mutilés ? D'où proviennent-ils ? Ce sont des corps génériques en mal d'appartenance. Corps de Louise Bourgeois. Corps de sculpture. Corps de la féminité. Corps aussi d'une nécessité aveugle. Corps enfin de nos sociétés contemporaines.
    Fabien Danesi replace Three Horizontals dans l'ensemble du corpus de Louise Bourgeois ainsi que dans les explorations esthétiques et théoriques de cette fin du XXe siècle.
    Evelyne Grossman retrouve dans les motifs biographiques de l'oeuvre les affres de l'identité confrontée à l'instabilité des différences sexuelles.
    Frédéric Vengeon voit dans cette oeuvre la puissance d'un sphinx contemporain qui interroge la condition humaine.
    Sculpteur et plasticienne américaine d'origine française, Louise Bourgeois (1911-2010) a reçu le Lion d'or de la Biennale de Venise en 1999. Une rétrospective lui a été consacrée à Paris, au Centre Pompidou, en 2008.

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