Florence Gétreau

  • Comment les artistes ont-ils représenté la musique du XVI au XX siècle ? Telle est la question soulevée par cet ouvrage, lequel permet de découvrir des oeuvres qui s'intéressent tout d'abord à la matérialité de la musique, c'est-à-dire ses instruments, ses musiques notées, ses gestes, ses acteurs et ses lieux de pratique. En raison de son égale immatérialité, de son caractère éphémère et des sensations qu'elle procure, la musique l'emporte en immédiateté et en intensité sur les autres sens pour solliciter l'imaginaire. Elle innerve de ce fait la fable humaine, ses grands mythes, son histoire, ses religions. C'est pourquoi nombre d'images dépassent la transposition de la réalité sonore pour ouvrir sur un univers symbolique.

    Du silence des natures mortes et des vanités jusqu'aux ambiances contrastées de scènes tantôt festives, galantes, morales, parodiques ou symboliques, la musique a passionné les peintres, soit qu'ils évoquent sa place dans l'art de vivre et la variété de ses pratiques, soit qu'ils soulignent son pouvoir maléfique ou rédempteur.

  • Le musée Jacquemart-André de Paris perpétue le nom de ses deux fondateurs, Edouard André (1833-1894) et Nélie Jacquemart (1841-1912), amateurs passionnés, qui léguèrent en 1912 l'ensemble de leurs collections et l'hôtel qui les abrite à l'Institut de France.
    Pendant cinquante ans, parallèlement à la constitution d'un véritable musée italien, et d'une galerie polymorphe consacrée notamment à la peinture des écoles du Nord, ils meublèrent leur hôtel particulier du boulevard Haussmann en rassemblant dans leurs salons de grands chefs- d'oeuvre de l'école française de Largillierre à David, les plus beaux Chardin côtoient ainsi Boucher, Fragonard, Greuze, Prud'hon et Madame Vigée Le Brun.
    Les dessins de Gillot, Watteau, Lancret et Pater restituent de même une vision très personnelle de ce XVIIIe siècle parisien qui passionna, à la même époque, les frères Goncourt, mais aussi le duc de Morny, Lord Hertford, les Lacaze, Rothschild, Chennevières puis, plus tard, Camondo et Cognacq. Le présent catalogue raisonné étudie pour la première fois l'ensemble de ces oeuvres françaises en les replaçant dans leur époque.
    Il permet aussi de découvrir, sous de nouvelles attributions, le travail d'artistes moins connus, voire oubliés. Il révèle ainsi combien Edouard André et Nélie Jacquemart eurent souvent autant d'intuition que de bonne fortune lors de leur recherche passionnée, qui fut tournée très tôt vers leur but suprême : une donation à la France au travers de l'Institut de France.

  • Bacchus est le dieu de l'ivresse, des plaisirs sensuels, de la fertilité comme de l'inspiration. Son cortège est animé par des satyres et des ménades dont les activités sont associées à la danse, à l'amour et la musique. L'allégorie de la musique est elle aussi fréquemment associée à l'amour, à la sensualité et au vin. Depuis l'Antiquité, cette double inspiration mythique et symbolique est au coeur de multiples oeuvres plastiques et visuelles, mais aussi d'objets utilitaires au décor festif, d'oeuvres musicales ou chorégraphiques et d'instruments de musique. À toutes les époques, la fête, le banquet et la taverne ont associé le vin et la musique dans tous les milieux, qu'ils soient princiers, bourgeois ou populaires. Des grands décors de palais à la peinture de cabinet ou à l'imagerie, des ballets de cour à l'opéra, des chansons à boire aux airs à danser, les évocations du vin et de la musique sont omniprésentes sous des formes renouvelées de la Renaissance à la fin de l'Art figuratif.

    À travers une centaine d'objets et d'oeuvres d'art, musicales et littéraires issus de collections nationales, régionales et étrangères, le présent ouvrage aborde des thématiques tantôt mythiques (l'histoire de Bacchus, le festin des Dieux), tantôt profanes (scènes de banquet, noces, joyeuses compagnies, tavernes et cabarets), tantôt épicuriennes ou élégiaques (jardins d'amour, allégories des cinq sens, natures mortes), parfois moralisantes (intempérance, vanités). Les recueils de chansons imprimés, les livrets de ballets et d'opéras, leurs projets de décors et de costumes ainsi que leurs accessoires de scène, les manuscrits musicaux comme les relations de spectacles sont associés aux oeuvres visuelles comme aux objets dans toute leur variété et montrent l'expression multiple de cette rencontre entre le vin et la musique dans la civilisation occidentale.

  • Henry Prunières (1886-1942), l'un des grands musicologues français de la première moitié du xxe siècle, demeure présent pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la musique de cette période et qui se sont nourris des riches pages de La Revue musicale ou de l'un des importants ouvrages qu'il a signés. Pourtant, jusqu'ici, aucune monographie ne lui avait été consacrée. Fruit des travaux d'un séminaire de recherche international, cet ouvrage comble cette lacune.
    Auteur de deux thèses sur L'Opéra italien en France avant Lully et Le Ballet de cour avant Benserade et Lully, Henry Prunières est aussi ouvert à la musique de son temps et côtoie de nombreux compositeurs de premier plan. Éditeur de la première édition monumentale des oeuvres de Lully, il reste avant tout le fondateur, en 1920, de La Revue musicale, tribune ayant rassemblé des chroniqueurs et des artistes essentiels du xxe siècle dans un esprit de rare ouverture à des domaines divers, faisant appel à la musicologie historique, couvrant toutes les époques y compris la musique contemporaine, sans négliger la danse, le jazz, le disque ou l'étude des rapports aux autres arts. Ce livre atteste la richesse de la personnalité d'Henry Prunières et l'ampleur des voies qu'il a ouvertes.

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