Françoise Armengaud

  • Le professeur Bertrand Russell est catégorique : il n'y a pas de rhinocéros dans son université de Cambridge !
    Comme son élève Ludwig Wittgenstein trouve difficile d'affirmer que quelque chose n'existe pas, il part chasser le rhinocéros... en Islande.

  • Lorsque Montaigne écrit : « Quand je me joue à ma chatte, qui sçait si elle passe son temps de moy plus que je ne fais d'elle ? » (Essais, livre II, chapitre 12), il introduit deux éléments dans la relation entre humains et animaux : la dimension du jeu, qui suppose une conscience avancée de la fiction et du faire-semblant, et la dimension de l'altérité et de la réciprocité des points de vue.
    Françoise Armengaud prend pour point de départ ces quelques lignes que Montaigne consacre à sa chatte pour explorer les écrits et la pensée du philosophe du point de vue de sa chatte. C'est en quelque sorte Montaigne « revisité » par un petit félin qui se révèlera parfois fort impertinent.
    Le « pitch » de cette fantaisie-fiction est la découverte par le chat Archibald (chez qui habite FA) du manuscrit des Mémoires de Pelote, ladite chatte. Cette chatte était jusqu'ici une parfaite inconnue. L'auteure lui donne voix et figure en écrivant son histoire, et en nous mettant sous les yeux la vie de Montaigne telle qu'elle la partage avec lui, ainsi que sa philosophie et sa sagesse.Cette chatte ne pouvait être que Chatte de Bibliothèque. Elle vit dans la « librairie » de la tour du château.
    C'est pour Montaigne une observatrice et une partenaire qui ne se prive point de bouffonner. Le dernier chapitre présente, à la manière anglo-saxonne, un portrait de Montaigne « en chat » : as a cat.
    Cette fantaisie doit réjouir le lecteur, mais, bien qu'agrémentée de nombreux entrechats, c'est une fantaisie érudite et sérieuse : la plupart des points concrets sont historiquement avérés (une fois admis l'anthropomorphisme du récit félin).

  • Conviction du caractère central, encore de nos jours, de la notion de sacrifice, pour archaïque voire désuète qu'elle puisse paraître à un esprit occidental - mais au sein même de l'Occident n'est-elle pas vivace dans les pratiques des monothéismes juif et musulman ? N'est-elle pas également centrale, au moins métaphoriquement et théologiquement, dans le christianisme ? Or ce sont les animaux qui en font les frais.
    Est-ce juste ? Non ! Il convient d'autant plus de s'interroger sur l'éventuelle permanence d'un sacrificiel hors rituel, à la fois sourd, obscur et plat, dénué de toute opérativité positive, celui de l'abattage industriel et de la nourriture carnée, banalement et excessivement consommée aujourd'hui, voire revendiquée comme si la protéine animale faisait partie des Droits de l'homme. Conviction que la " question " des animaux n'est pas un " à côté " ou un " en dehors " de l'humain, mais lui est consubstantielle.
    Ce n'est donc pas non plus un " hors politique ", et ce, à bien des titres. Rôle " fondateur " (dit-on) des sacrifices dans les cités antiques ou dans les sociétés sans écriture. Pratiques perverses et mortifères à court terme comme à long terme dans les économies modernes. Il faut poser le défi : quelle société voulons-nous pour vivre en paix et en équité non seulement entre humains mais entre " animaux humains " et " animaux non-humains " ? Conviction quant au rôle des artistes et des poètes pour franchir les barrières érigées par des philosophies étriquées, réductionnistes, arrogantes et cyniques (au sens trivial du terme), entre humain et animal, et pour nous donner quelque chose aussi bien de la familiarité que de l'énigme.
    Elisabeth de Fontenay n'a-t-elle pas affirmé : " Il faut des artistes, virtuoses de la confusion, pour accorder aux animaux une compassion qui élargisse le coeur au point de faire vaciller le propre de l'homme ". Conviction que les animaux sont nos semblables et nos frères. Si la reconnaissance du visage animal, de la parole animale, de la dignité animale, rencontre l'argument de l'anthropomorphisme, elle en triomphe haut la patte.
    La simple justice requiert pour les animaux leurs droits à vivre libres sur leurs indispensables territoires, à n'être ni chassés, ni pourchassés, ni capturés ni mangés ni appropriés ni exploités de quelque manière que ce soit. Telles sont les principales inspirations de cet ouvrage aux tonalités souvent malheureuses (d'indignation) et parfois heureuses (de jubilation), diverses comme le sont nos relations avec les animaux.

  • On peut lire ce livre comme un Bestiaire. Mais en sachant que ce n'est pas tout à fait un Bestiaire. S'il concerne essentiellement « les bêtes », il n'a rien d'encyclopédique ni d'alphabétique. L'ordre qui dispose les chapitres n'est calqué que sur les attitudes humaines. Un vagabondage personnel a permis à l'auteur de rassembler des textes où des écrivains, principalement poètes, disent leur émerveillement devant les animaux, en les honorant de la reconnaissance qui leur est due et en épelant les motifs et les nuances d'un enchantement toujours renouvelé. Pour étayer cette « bible poétique animalière », comme l'appelle Élisabeth de Fontenay, il fallait aussi interroger l' « état » d'émerveillement. Souhaitons que cet ouvrage soit lui-même un émerveillement pour ses lecteurs : qu'ainsi ils entrent en la présence animale, comme y invite Denise Levertov.

  • Que faisons-nous lorsque nous parlons ? que disons-nous exactement en parlant ? pourquoi demandons-nous à notre voisin de table s'il peut nous passer l'aïoli, alors qu'il est manifeste et flagrant qu'il le peut ? qu'avons-nous besoin de savoir pour que telle ou telle phrase cesse d'être ambiguë ? la pragmatique s'intéresse aux éléments du langage dont la signification ne peut être comprise qu'en connaissant le contexte.
    Fondée par peirce, frege, morris, wittgenstein ou encore bar-hillel, cette approche ici expliquée constitue un carrefour interdisciplinaire pour linguistes, logiciens, sémioticiens, philosophes, psychologues et sociologues.

  • Un hôpital. Un homme cassé. Une plage. Audelà, cette ligne d'horizon qui l'obsède, le fait gamberger, exerce sur lui une inéluctable fascination. Sa quête peu à peu le dévoile, révèle la souffrance morale que la souffrance physique cache de moins en moins.
    Berçant - tel Baudelaire - son infini sur le fini des mers, que voit-il ? Un horizon intérieur ? Le terme de l'être dans le terme de la vision ? Au fil d'une écriture paradoxalement joyeuse et inventive, le lecteur vit lui-même l'expérience de la quête et de la douleur de l'homme qui voulait marcher sur l'horizon.

  • " L'art d'oblitération, oui ; ce serait un art qui dénonce les facilités ou l'insouciance légère du beau et rappelle les usures de l'être, les " reprises " dont il est couvert et les ratures, visibles ou cachées, dans son obstination à être, à paraître et à se montrer.
    [...] Vous dites : l'oblitération interrompt le silence de l'image. Oui, il y a un appel du mot, à la sociabilité, l'être pour l'autre. Dans ce sens-là, évidemment, l'oblitération mène à autrui ". C'est à partir et autour de ces propos du philosophe Emmanuel Levinas commentant l'oeuvre de Sacha Sosno que l'auteur développe quelques méditations vagabondes et plurielles. Mais le présent ouvrage s'attache également à interroger l'évolution de cet artiste à la carrière hors normes, né à Marseille en 1937, et qui aujourd'hui vit et sculpte en France, sur la côte d'Azur (Nice), et aux Etats-Unis (New York).
    Sacha Sosno - qui brûla ses premières toiles à l'âge de 19 ans après sa rencontre avec Yves Klein - fut reporter photographe en Irlande, au Biafra et au Bangladesh avant d'entreprendre d'oblitérer " par le vide " ou " par le plein " les archétypes de la statuaire classique, oeuvrant par là même à remanier/déconstruire notre mémoire culturelle. Adepte un temps de l'Art sociologique, il a exposé un peu partout dans le monde, et, devenu l'un des rares artistes à jeter un pont entre l'architecture et la sculpture, il a ainsi " contribué à une renaissance de nos villes " qu'il appelle de ses voeux.
    L'auteur s'efforce enfin de situer Sacha Sosno dans les mouvances de l'art contemporain, en le confrontant au minimalisme, au conceptualisme et au postmodernisme.

  • Née en 1935, Anita Tullio est une artiste inventive, pionnière, intransigeante. Elle compte aujourd'hui parmi les très grands contemporains dans ce que Valéry appelait " le plus noble des arts ", car le plus périlleux. Par ce récit-poème d'une rencontre, l'auteur a voulu porter un témoignage subjectif sur une subjectivité à l'oeuvre, esquisser un portrait, méditer sur une vocation et sur une destinée.

  • Le présent ouvrage retrace et éclaire les diverses étapes du cheminement complexe et foisonnant de ce poète hors normes. Egalement "poète troubadour" des Provences, André Verdet associe l'exigence du sensible et le goût de la rigueur. Ses luttes antinazie et antifascistes ont nourri une réflexion suivie sur le problème éthique et politique du mal, sur la valeur de l'Utopie et sur la marche de l'Histoire. Enfin sa méditation sur l'art et les ressorts de la créativité s'est appuyée sur l'amitié et les confidences des grands peintres du XXe siècle : Braque, Léger, Matisse, Picasso, Miro, Chagall.

  • Fais comme l'oiseau

    Françoise Armengaud

    • Melis
    • 20 Octobre 2005

    D'où viennent les oiseaux ? Pourquoi y en a-t-il autant d'espècesoe Pourquoi sont-ils de toutes les couleursoe Ce Joli conte répond à ces questions en paroles et en images. Aussi beau que la chanson de Pierre Delanoë chanté par Michel Fugain (reproduite dans ce livre), ce conte sur la naissance des oiseaux, illustré en couleur par un grand artiste peintre-graveur fera rêver les petits et grands. Une réjouissante explication pleine de tendresse et d'humour.

  • Les textes ici rassemblés composent un florilège de poésie animalière. Toutefois, l'accent n'est pas mis sur la contemplation et la célébration de la beauté animale. Car, s'ils savent s'émerveiller devant les animaux, les poètes savent également prononcer des réquisitoires et dénoncer la barbarie humaine à leur égard. D'une seule voix, ils disent alors : « J'accuse ! ». Ce recueil illustre donc l'engagement des poètes pour les animaux et il examine les implications de cette attitude.
    Tous les poètes cités se rejoignent dans la proclamation (dont l'auteure élargit la portée) de Federico Garcia Lorca : « Le sang, je ne veux pas le voir ! ». Ils refusent que soit versé ce que Georges Franju a nommé « le sang des bêtes », ni dans les abattoirs ni au cours des chasses ni dans les laboratoires. Si c'est la protestation d'un poète qui inaugure la première page avec toute la beauté et l'insolite de ses images et la fièvre de ses rythmes, c'est que grand est le pouvoir de la poésie. Après avoir mené une réflexion philosophique et anthropologique sur les relations des humains aux animaux, c'est vers les poètes que Françoise Armengaud s'est tournée. Ce sont en effet les poètes qui composent ce « Requiem » pour les animaux meurtris, blessés ou tués. De fait, ce qui est proposé là, analysé et commenté, est une philosophie en poèmes. Son allure d'anthologie la recommande pour toute pédagogie associée à la question des droits des animaux ainsi qu'aux perspectives environnementales contemporaines.
    Les thèmes abordés sont répartis selon six rubriques. 1 : « Le sang versé », que ce soit dans la corrida ou lors d'autres tortures. 2 : Les animaux condamnés à disparaître par suite de « la dévastation des territoires ». 3 : Les « tueries par la chasse ». 4 : La « cruauté horrifiante et le sadisme ». 5 : La « boucherie », élevage et abattage. Enfin, dans le chapitre 6, le végétarisme apparaît à la fois comme remède partiel, comme exigence, et comme horizon salvateur.
    Quant au choix des poèmes, il est éclectique dans le temps, allant de l'Antiquité grecque aux contemporains, et il fait place à la diversité des langues avec nombre de traductions. Sont mentionnés : Aristophane, Elizabeth Bishop, Marie-Christine Brière, Francis Cabrel, Dominique Cagnard, Aimé Césaire, Clem', Emily Dickinson, Empédocle, Serge Essenine, Eugène Guillevic, Ted Hughes, Victor Hugo, Philippe Jaccottet, Francis Jammes, Alphonse de Lamartine, Leconte de Lisle, Federico Garcia Lorca, Lucrèce, Aron Lutski, Eeva-Liisa Manner, Guy de Maupassant, Ovide, Pier Paolo Pasolini, Jacques Prévert, Renaud, Jacques Rimant, Pierre de Ronsard, William Shakespeare, P. B. Shelley, Isaac Bashevis Singer, Gary Snyder, Jacob Steinberg, Jules Supervielle, The Smiths, André Verdet, Benjamin Zephania.

  • Ces textes d'André Verdet, constituent à mes yeux le plus beau testament philosophique qui soit.
    Fidèle à ses indignations de toujours comme à ses constants émerveillements, le poète nous conduit jusqu'à l'extrême de ses multiples quêtes. Dans ces ultimes écritures, il se révèle et découvre comme il ne l'avait peut-être jamais fait auparavant.
    Qu'il s'agisse de musique, de peinture, d'astrophysique ou de politique, chaque pensée-poème éveille à neuf notre conscience, notre questionnement.

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