Littérature générale

  • Lorsque Montaigne écrit : « Quand je me joue à ma chatte, qui sçait si elle passe son temps de moy plus que je ne fais d'elle ? » (Essais, livre II, chapitre 12), il introduit deux éléments dans la relation entre humains et animaux : la dimension du jeu, qui suppose une conscience avancée de la fiction et du faire-semblant, et la dimension de l'altérité et de la réciprocité des points de vue.
    Françoise Armengaud prend pour point de départ ces quelques lignes que Montaigne consacre à sa chatte pour explorer les écrits et la pensée du philosophe du point de vue de sa chatte. C'est en quelque sorte Montaigne « revisité » par un petit félin qui se révèlera parfois fort impertinent.
    Le « pitch » de cette fantaisie-fiction est la découverte par le chat Archibald (chez qui habite FA) du manuscrit des Mémoires de Pelote, ladite chatte. Cette chatte était jusqu'ici une parfaite inconnue. L'auteure lui donne voix et figure en écrivant son histoire, et en nous mettant sous les yeux la vie de Montaigne telle qu'elle la partage avec lui, ainsi que sa philosophie et sa sagesse.Cette chatte ne pouvait être que Chatte de Bibliothèque. Elle vit dans la « librairie » de la tour du château.
    C'est pour Montaigne une observatrice et une partenaire qui ne se prive point de bouffonner. Le dernier chapitre présente, à la manière anglo-saxonne, un portrait de Montaigne « en chat » : as a cat.
    Cette fantaisie doit réjouir le lecteur, mais, bien qu'agrémentée de nombreux entrechats, c'est une fantaisie érudite et sérieuse : la plupart des points concrets sont historiquement avérés (une fois admis l'anthropomorphisme du récit félin).

  • On peut lire ce livre comme un Bestiaire. Mais en sachant que ce n'est pas tout à fait un Bestiaire. S'il concerne essentiellement « les bêtes », il n'a rien d'encyclopédique ni d'alphabétique. L'ordre qui dispose les chapitres n'est calqué que sur les attitudes humaines. Un vagabondage personnel a permis à l'auteur de rassembler des textes où des écrivains, principalement poètes, disent leur émerveillement devant les animaux, en les honorant de la reconnaissance qui leur est due et en épelant les motifs et les nuances d'un enchantement toujours renouvelé. Pour étayer cette « bible poétique animalière », comme l'appelle Élisabeth de Fontenay, il fallait aussi interroger l' « état » d'émerveillement. Souhaitons que cet ouvrage soit lui-même un émerveillement pour ses lecteurs : qu'ainsi ils entrent en la présence animale, comme y invite Denise Levertov.

  • Un hôpital. Un homme cassé. Une plage. Audelà, cette ligne d'horizon qui l'obsède, le fait gamberger, exerce sur lui une inéluctable fascination. Sa quête peu à peu le dévoile, révèle la souffrance morale que la souffrance physique cache de moins en moins.
    Berçant - tel Baudelaire - son infini sur le fini des mers, que voit-il ? Un horizon intérieur ? Le terme de l'être dans le terme de la vision ? Au fil d'une écriture paradoxalement joyeuse et inventive, le lecteur vit lui-même l'expérience de la quête et de la douleur de l'homme qui voulait marcher sur l'horizon.

  • Les textes ici rassemblés composent un florilège de poésie animalière. Toutefois, l'accent n'est pas mis sur la contemplation et la célébration de la beauté animale. Car, s'ils savent s'émerveiller devant les animaux, les poètes savent également prononcer des réquisitoires et dénoncer la barbarie humaine à leur égard. D'une seule voix, ils disent alors : « J'accuse ! ». Ce recueil illustre donc l'engagement des poètes pour les animaux et il examine les implications de cette attitude.
    Tous les poètes cités se rejoignent dans la proclamation (dont l'auteure élargit la portée) de Federico Garcia Lorca : « Le sang, je ne veux pas le voir ! ». Ils refusent que soit versé ce que Georges Franju a nommé « le sang des bêtes », ni dans les abattoirs ni au cours des chasses ni dans les laboratoires. Si c'est la protestation d'un poète qui inaugure la première page avec toute la beauté et l'insolite de ses images et la fièvre de ses rythmes, c'est que grand est le pouvoir de la poésie. Après avoir mené une réflexion philosophique et anthropologique sur les relations des humains aux animaux, c'est vers les poètes que Françoise Armengaud s'est tournée. Ce sont en effet les poètes qui composent ce « Requiem » pour les animaux meurtris, blessés ou tués. De fait, ce qui est proposé là, analysé et commenté, est une philosophie en poèmes. Son allure d'anthologie la recommande pour toute pédagogie associée à la question des droits des animaux ainsi qu'aux perspectives environnementales contemporaines.
    Les thèmes abordés sont répartis selon six rubriques. 1 : « Le sang versé », que ce soit dans la corrida ou lors d'autres tortures. 2 : Les animaux condamnés à disparaître par suite de « la dévastation des territoires ». 3 : Les « tueries par la chasse ». 4 : La « cruauté horrifiante et le sadisme ». 5 : La « boucherie », élevage et abattage. Enfin, dans le chapitre 6, le végétarisme apparaît à la fois comme remède partiel, comme exigence, et comme horizon salvateur.
    Quant au choix des poèmes, il est éclectique dans le temps, allant de l'Antiquité grecque aux contemporains, et il fait place à la diversité des langues avec nombre de traductions. Sont mentionnés : Aristophane, Elizabeth Bishop, Marie-Christine Brière, Francis Cabrel, Dominique Cagnard, Aimé Césaire, Clem', Emily Dickinson, Empédocle, Serge Essenine, Eugène Guillevic, Ted Hughes, Victor Hugo, Philippe Jaccottet, Francis Jammes, Alphonse de Lamartine, Leconte de Lisle, Federico Garcia Lorca, Lucrèce, Aron Lutski, Eeva-Liisa Manner, Guy de Maupassant, Ovide, Pier Paolo Pasolini, Jacques Prévert, Renaud, Jacques Rimant, Pierre de Ronsard, William Shakespeare, P. B. Shelley, Isaac Bashevis Singer, Gary Snyder, Jacob Steinberg, Jules Supervielle, The Smiths, André Verdet, Benjamin Zephania.

  • Ces textes d'André Verdet, constituent à mes yeux le plus beau testament philosophique qui soit.
    Fidèle à ses indignations de toujours comme à ses constants émerveillements, le poète nous conduit jusqu'à l'extrême de ses multiples quêtes. Dans ces ultimes écritures, il se révèle et découvre comme il ne l'avait peut-être jamais fait auparavant.
    Qu'il s'agisse de musique, de peinture, d'astrophysique ou de politique, chaque pensée-poème éveille à neuf notre conscience, notre questionnement.

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