Gérard Lefort

  • « Aux aguets perpétuels, je suis tout ce que je vois et pas seulement les autres lorsque l'oreille plaquée au tronc d'un arbre par grand vent, j'entends ses craquements, des gémissements, des douleurs, preuve qu'il souffre comme n'importe qui. » Dans l'immense demeure pleine d'enfants et de domestiques, la mère jette l'argent par les fenêtres et le père ferme les yeux. Elle est fantasque, il est insomniaque. Rien n'échappe au narrateur, le benjamin de leurs fils, qui allie des capacités d'observation exceptionnelles à une imagination puissante.
    Armé de ces talents, il passe tout au crible de ses visions : scènes de la vie familiale, moments d'amitié, admirations cinématographiques, souvenirs d'une scolarité houleuse, rêves d'aventure et tendances anarchistes. Les tableaux vivants qui en résultent nous plongent tour à tour dans l'intime et le sauvage, dans l'histoire et les désordres de l'humanité, et contribuent à construire un roman d'apprentissage foisonnant.
    Les lecteurs de Gérard Lefort retrouveront avec bonheur son style si personnel, très littéraire, son humour et sa profondeur. Et son extraordinaire sens de l'image: tout est plus intense, comme au cinéma.

  • Le Poulpe Vomi soit qui malle y pense C'est un enquêteur libre, curieux, indépendant. Partant de ces faits divers qui expriment les maladies de notre monde, il explore les failles et les désordres du quotidien.
    Ce n'est ni un vengeur ni le représentant d'une morale, c'est surtout un témoin.
    Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe, est assurément très perspicace : la lecture d'une notule relatant l'assassinat d'un certain Michel Gourlaouen, dans les pages « faits divers » de Ouest France, éveille immédiatement sa curiosité. Quoi de plus farfelu que d'être tué au lieu-dit de Kermaria, au volant de sa voiturette électrique par un tir d'arme lourde non identifiée ?
    Voilà donc notre Poulpe en route pour la Bretagne bretonnante du Sud Finistère, direction la petite bourgade de Pont-Croix. Il tombe nez à nez avec Pierrette Le Louarn, sexagénaire aux rites étrange qui semble intriguée par ses investigations, tandis que les Gourlaouen ne lui réservent pas un bon accueil. Il faut dire que les habitants de cette contrée sont un peu encombrés par la présence du Poulpe et agacés par sa ténacité à vouloir percer le mystère, qui, étonnamment, ne dérange personne...

  • Pandémonium est un néologisme inventé à la fin du XVIIe siècle par le poète anglais John Milton pour désigner un lieu où règnent chaos, confusion, vacarme et fureur. Autrement dit un enfer. Pour l'avoir fréquenté pendant plus de trente ans ans, je peux du haut de ma modeste légitimité témoigner que le festival de Cannes est un parfait pandémonium où bien des démons s'agitent. Une foire aux vanités qui est aussi un bûcher.
    Mais d'expérience, il s'avère que cet enfer est aussi un paradis. Le paradis des films bien évidemment mais aussi le paradis d'une vie quotidienne littéralement extraordinaire : celle du festivalier qui, glissé dans une identité très provisoire, Grande Duchesse du cinéma ou Manant de la critique, habite une Principauté d'opérette (Monaco est à un jet de Riviera) où le comique le dispute au tragique, les coups fourrés aux coups de coeur, les bonnes blagues aux crises de nerfs. Etre citoyen du Festival de Cannes, c'est osciller sans cesse entre crise de nerfs, fous rires puissants et joie de vivre - somme toute des grandes vacances, comme une parenthèse enchantée et maléfique, hors norme, hors de soi et parfois hors la loi.
    Entre Mission Impossible et Marx Brothers, c'est le récit de ces vacances en Festival, que je voudrais entreprendre. Un « roman » parallèle, marginal et underground. Au hasard des souvenirs, bons ou mauvais, des anecdotes, hilarantes ou à pleurer, mais sans aucune nostalgie. Chaque année on peste d'aller au Festival, chaque année on est ravi d'y être. Jusqu'au jour où, c'est juré ! on n'y mettra plus jamais les pieds. Jusqu'à la prochaine fois.

    Anecdote.
    En mai 1988, à l'occasion de la présentation à Cannes de son nouveau film Bird, consacré au jazzman Charlie Parker, ma collègue Marie Colmant et moi-même décrochons pour Libération une interview exclusive de son réalisateur Clint Eastwood.
    Il aurait sans doute été plus simple de rencontrer le président des Etats-Unis. Rendez-vous top secret avec l'attachée de presse dans le hall de l'hôtel Carlton ; exfiltration par les cuisines ; porte dérobée sur une rue adjacente ; limousine noire à verres fumés ; départ en trombe vers l'hôtel Eden Roc du cap d'Antibes où sont logées les super stars. « Ça manque un peu de gyrophares et de motards », commente Marie.
    Arrivés sur place, nous sommes réceptionnés par trois gardes du corps en lunettes noires et oreillettes, qui, après un brin de fouille corporelle, nous accompagnent vers un coin retiré du parc de l'hôtel. Nous pénétrons dans le sanctuaire dit des « cabanas », paradis pour milliardaires avec crique privée et cabanon de luxe. Eastwood nous y attend, cordial et sympathique comme si on s'était quittés la veille.
    L'entretien commence. Mais au bout d'un quart d'heure, un gros animal s'interpose entre nous et la vue sur mer, avant de détaler. « Tiens, un lièvre », dit Marie à voix basse. Euh, non Marie, ce n'était pas un lièvre mais un rat, énorme, dodu à souhait, palace oblige. Nous n'osons pas en parler à Eastwood. Mais, intrigué par notre conciliabule, il nous en demande la raison et nous lâchons le morceau. « Un rat ? commente Clint Eastwood plus cool que jamais. Dommage que vous ne m'ayez rien dit, j'ai toujours un flingue à portée de main. »

  • À quoi pense-t-il ce vieux monsieur qui semble ne penser à rien ?

    Comment vit-elle cette jeune fille qui regarde ailleurs ?

    Le nouveau livre de Gérard Lefort s'intéresse à un drôle de genre, le genre humain, le commun des mortels. Au hasard d'existences imaginées, il raconte des hommes et des femmes « ordinaires », des anonymes entraperçus, des passants de tous les jours, des scènes fugaces. Un petit univers au milieu du grand, une collection de vies singulières qui compose le roman cubiste de notre époque. Une époque atomisée, éclatée, mais animée aussi d'une utopie encourageante : le bonheur de vivre ensemble, malgré tout.

  • Depuis une quarantaine d'années, Françoise Huguier est une rapporteuse d'images reconnue. Des images capturées dans les coulisses des défilés de mode, dans les bagages d'un reportage au Japon, dans les limbes de l'Afrique fantôme, dans les soutes de la Sibérie, dans les arrière-boutiques de la société coréenne. Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle est aussi une insatiable glaneuse d'objets, la plupart ramenés de ses tribulations, dont la collection transforme sa maison en un gigantesque cabinet de curiosités. Rendez-vous insolite et inédit, l'exposition Les curiosités du monde de Françoise Huguier invite à se laisser surprendre par la découverte de son univers, une incroyable collection d'objets bigarrés, des plus mystérieux aux plus étrangement familiers.Des tableaux, des bijoux, des bibelots, des affiches de cinéma, des vêtements, des fanzines, de la vaisselle, des masques, des livres, des poupées, des tapis, des coquillages... Autant d'objets, qui, grands ou petits, spectaculaires ou discrets, prennent tout leur sens lorsque Françoise Huguier raconte leur histoire. « Ça c'est une étoile rouge en tôle que j'ai trouvée sur une tombe dans un goulag de Sibérie. » Et ça ? « Une poupée vaudou que je suis la seule à pouvoir toucher. Sinon gaffe à la malédiction ! » Et ça ? « Une théière que j'ai achetée à un jeune Touareg à Tombouctou.» En regard de son travail photographique, Françoise Huguier présente une sélection d'objets insolites et poétiques qu'elle a glanés dans le monde entier.

  • En général la vision que l'on a de la Colombie est une vision de violence les enlèvements, la drogue, les Farc. Lors des premiers séjours à Bogota, j'ai su que ce ne serait pas dans cette direction que je dirigerai mon travail. En visitant les Eglises baroques et dans la rue, j'ai constaté que malgré le conclave de 1961, les religieuses étaient vêtues de la même façon qu'à l'époque de mon adolescence. Il y avait un parfum de l'imagerie de Sainte Thérèse de Lisieux, des images pieuses du missel de ma grand-mère que l'on donnait à la communion solennelle. Pour pouvoir rentrer dans les couvents, j'ai rencontré le père Jésuite Luis Guillermo Sarasa (directeur du département de théologie à la faculté Pontifica Universidad Javeriana) et l'évêque de Bogota ; ce fut le sésame. Ils m'ont donnés l'annuaire des couvents et des congrégations de Bogota et de Cali, je fus frappée par leur nombre. Je connaissais les carmélites, les dominicaines, les franciscaines et les clarisses puisqu'elles sont toujours présentes en France mais grâce à cet annuaire j'ai découvert qu'il existait d'autres congrégations venues d'Espagne dont je n'avais jamais entendu parler. Mon projet était de faire systématiquement le portrait des novices et des soeurs qui ont fait leurs voeux perpétuels. C'est une série de portraits faite dans les couvents de recluses et de non recluses mettant en scène la prière et la spiritualité.

  • Shanghai

    ,

    • Catleya
    • 7 Septembre 2000

    Au gré de plusieurs voyages successifs à Shanghai, de 1982 à 2000, Jérôme De Perlinghi, photo-reporter, et Gérard Lefort, journaliste, ont chacun à leur fenêtre enregistré ce moment excitant et troublant où une des plus grandes métropoles d'Asie a basculé d'un engourdissement hérité de l'époque coloniale à l'ambition d'être l'une des villes les plus modernes d'Orient.
    Entre échappée belle et appel de fiction, un livre d'évocations.

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