Gérard Wajcman

  • La série n'est pas simplement un genre télévisé en vogue, c'est d'abord une forme. C'est du neuf esthétique, et on sait que les inventions de formes sont rares. Pour la décrire, il faut se lancer dans une anatomie comparative et la confronter à d'autres formes, au cinéma, évidemment, mais aussi à des formes plus anciennes, fondamentales dans notre civilisation?: au mythe, au roman, aussi au tableau.

    La question de la série se pose depuis toujours, dans la littérature, avec le feuilleton par exemple, ou dans l'art, avec les Nymphéas de Monet, la reproductibilité technique selon Walter Benjamin ou la collection, notamment.

    Mais la forme-série n'est pas qu'un problème esthétique, et cette forme n'est pas seulement nouvelle, elle est profondément actuelle. La forme-série pourrait être le langage du monde comme il est : en crise. La série serait une forme de crise. Elle serait structurée comme le monde en crise, ou le monde serait lui-même structuré comme une série.

    D'où l'interrogation qui anime le propos?: de quoi la série est-elle la forme?? La série symptôme du monde comme il va, ou comme il ne va pas. Une forme témoin du malaise dans la civilisation. Cela conduit, pour finir, à la question de savoir pourquoi les femmes occupent le devant de la scène des séries.

  • L'objet du siècle

    Gérard Wajcman

    • Verdier
    • 1 Mars 2012

    Et s'il venait à l'esprit de désigner parmi tous les objets du monde celui qui serait l'Objet du XXe siècle ? L'Objet Moderne? Que dans ce siècle de triomphe des objets on se tourne d'abord vers l'art, ce n'est pas pour faire joli, mais parce que les oeuvres d'art sont des objets un peu spéciaux: des objets qui pensent et qui font voir - spécialement ce que c'est qu'un objet.
    Un genre de lunettes intelligentes. Et ce que des oeuvres inaugurales de l'art de ce siècle nous découvrent - merci Duchamp! vive Malevitch ! c'est une chose assez curieuse, des objets tout tissés d'absence, au point qu'objet et absence d'objet ce serait presque tout un. On dira que l'absence ce n'est pas vraiment un objet, pas comme une chaise ou un ours en peluche. Objet subtil, mal visible, peut-être, mais qui niera qu'on s'y cogne parfois durement? Et comment ne pas buter contre le fait qu'au coeur même de ce siècle se sont dressées des usines à absence, conçues pour fabriquer de l'absence comme des savonnettes ? Auschwitz & Co.
    Que le siècle de l'objet aura autant été le siècle de l'absence, voilà l'idée. Que l'art nous montre ça, voilà le soupçon. Nos sociétés font tout pour nous distraire. C'est gentil. Fermez les yeux, telle est l'invitation au sommeil dont elles nous bercent. Je tiens que l'art de ce temps convie à autre chose: à ouvrir l'oeil, et regarder le siècle. C'est dur, mais juste.

  • L'interdit

    Gerard Wajcman

    • Nous
    • 16 Novembre 2016

    Les éditions Nous sont heureuses de proposer une toute nouvelle édition de L'interdit de Gérard Wajcman, l'un des titres les plus emblématiques des éditions Nous. Brûlé dans l'incendie des Belles Lettres peu après sa sortie en 2002, ce petit événement littéraire mérite aujourd'hui de retrouver enfin son public. Livre culte, insolite, roman absent dont l'intrigue se devine de la lecture de ses seules notes en bas de page, L'interdit est ici proposé dans un nouveau format poche carré, qui met en valeur sa singularité matérielle, et accompagné d'une préface inédite de l'auteur.
    Il y eut ici un récit. Ne subsistent plus que des notes en bas de page dont les renvois invitent le lecteur, d'une part à imaginer ce qu'était - ou ce qu'aurait pu être - ce texte et, de l'autre, à s'interroger sur les raisons de cette inexplicable disparition. Peu à peu se reconstitue la figure du personnage principal de ce roman, sans que le lecteur puisse très bien distinguer d'ailleurs si ce n'est pas son propre reflet qu'il vient à l'instant de surprendre dans le miroir d'une de ces pages.
    Le récit effacé n'est pas un jeu de pure forme. Dans ce silence, c'est un drame qui se joue : celui d'un homme qui, privé de mémoire, et après en être resté littéralement interdit, longtemps sans voix, lutte contre l'oubli, « la tête renversée dans les ténèbres ». Ce n'est qu'en découvrant la vérité, pour lui, de la langue de ses pères, le yiddish qui a bercé son enfance et dont pourtant il ne sait rien, qu'il pourra reprendre la parole, écrire, et reconquérir ainsi tout l'espace de la page.
    Retrouver dans une langue passée ce qui reste d'un homme, telle est l'aventure de ce roman.

  • Par la fenêtre nous prenons des nouvelles du monde. Mais ouvrir une fenêtre, c'est non seulement s'ouvrir au monde, y plonger par le regard, c'est aussi le faire entrer, élargir notre propre horizon. Jadis, la fenêtre, via la peinture, a dessiné les territoires du monde, métamorphosant dans son cadre le pays en paysage. On a cependant négligé que cette fenêtre qui ouvre sur l'extérieur trace aussi la limite de notre propre territoire, qu'elle dessine le cadre d'un « chez soi ».
    La fenêtre qui ouvre sur le monde ferme notre monde, notre intérieur. Moi et le monde - ils se croisent à la fenêtre. « Qu'est-ce que le moi ? Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants », répondait Pascal. Se pencher sur la fenêtre, ce sera réfléchir sur ce bord où viennent se rencontrer le plus lointain et le plus proche, et sur le fait que la fenêtre oblige peut-être à concevoir que le Moi et le Monde ne peuvent que se penser ensemble jusqu'à ce point : et si la subjectivité moderne était structurée comme une fenêtre ? C'est ici, tout de suite, qu'il faut préciser : pas n'importe laquelle : la fenêtre née à la Renaissance. Et là encore, pas n'importe laquelle : la fenêtre de la peinture, la fenêtre du tableau, exactement, celle inventée par Alberti. Voilà l'hypothèse, elle donne le fil de l'histoire.
    En grand hommage à l'idiot chinois de la fable qui, quand le maître montre du doigt la lune, regarde le doigt, j'invite donc ici à regarder la fenêtre. Invitation à détourner notre regard fasciné de spectateur du spectacle vers l'objet qui ferme et ouvre notre regard la fenêtre.

  • Collection ; l'avarice

    Gérard Wajcman

    • Nous
    • 18 Mars 2014

    Collection suivi de L'avarice : voici la réédition en poche d'un classique de Gérard Wajcman. Le psychanalyste y articule deux essais détonnants, une lecture incisive et brillante de la collection et de l'avarice. Dépliées dans une écriture enlevée, les analyses de Wajcman frappent par leur acuité et leur humour décapant.
    La psychanalyse éclaire ici la logique de la collection, définie au sens le plus simple par la réunion de différents objets et d'un désir (le désir de ce qui manque à la collection.). L'avarice révèle les ressorts du seul péché capital qui reste à proprement parler inavouable.
    « Ici je veux parler de collection. Pas de collectionneurs, pas des collections non plus, de la collection tout court, en général. On réfléchit rarement à ce que c'est, mettre des objets ensemble. On a tort. C'est très instructif, si on veut savoir ce que c'est qu'un Objet.
    « Toute collection est, dans son principe, un acte délibéré et libre, de pure liberté, de pur désir. C'est à dire accompli sous la contrainte, la férule tyrannique de l'objet. Rien de moins libre qu'un collectionneur, ça se voit à l'oeil nu.
    « L'Avarice n'est pas moderne. Au regard des autres péchés, apparemment plus insoucieux des saisons et des jours, elle apparaît assez old fashioned. L'Avarice est moche. Pas comme quand on dit c'est un vilain défaut : vraiment moche. La laideur même (et si la laideur était un péché ?). Les péchés attentent aux vertus ; l'Avarice blesse aussi le goût. »

  • Voix

    Gérard Wajcman

    • Nous
    • 23 Avril 2012

    Que l'on écoute le rare enregistrement d'un castrat. L'imperfection technique, les signes audibles de sa vétusté ne viennent qu'ajouter à l'impression produite : un déchirement. Sa voix monte elle aussi comme une déchirure?; ébréchée, c'est l'entaille qui nous atteint tant elle nous donne le sentiment de manquer à chaque instant de se rompre, comme à se couper d'elle-même.

    Dès la première note, tout jugement est désarmé et nous demeurons là, sidérés. Impossible de la détailler telle une forme offerte à notre contemplation, elle reste insaisissable, non pas fugace ou évanescente mais trop présente au contraire, dans sa ténuité même. Le mot manque toujours et c'est nous qui restons sans voix.

  • Benjamin, un garçon plein de rêves et d'espoirs, prend les chemins de l'aventure et de la liberté en quittant Boulba, son misérable shetl perdu au milieu de l'ancienne Russie. Avec Senderl, son compagnon de route docile, Benjamin rêve de découvrir le lieu où poussent les oranges, le fameux Pays du Monde meilleur dont parlent les livres. Un voyage qui les mène beaucoup plus loin et beaucoup plus près qu'ils ne l'auraient imaginé. Cette pièce est inspirée du roman yiddish de Mendele Moïcher Sforim Les Voyages de Benjamin III, datant de la fin du XIXe siècle.

  • Nous sommes entrés dans l'âge des experts. Dans le monde des experts, on dit qu'on peut tout savoir, qu'on peut faire la lumière sur tout, arracher son secret à toute chose et à la mort elle-même. Ce monde-laboratoire où nul crime ne reste jamais opaque, ce monde de transparence et de vérité, c'est le nôtre : celui de la grande promesse de la science.
    Cette série sur la police scientifique sait faire parler les choses et va chercher la vérité au fond des cadavres. Elle n'opère que sur un monde enfin froid. Pour ce qui est du monde chaud, du monde des vivants, du monde réel secoué de crises financières et de tsunami, c'est plutôt l'impuissance des experts qui frappe.
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  • L'oeil absolu

    Gérard Wajcman

    Voir est une arme du pouvoir. Depuis la vidéosurveillance jusqu'aux balayages satellitaires de la planète, en passant par l'imagerie médicale et la télé-réalité, d'innombrables dispositifs s'acharnent à nous rendre intégralement visibles et transparents. On sait que sortir faire ses courses à Londres aujourd'hui, c'est être filmé plus de trois cents fois. La science et la technique ont bricolé un dieu omnivoyant électronique, un nouvel Argos doté de millions d'yeux qui ne dorment jamais. Plus que dans une civilisation de l'image, nous sommes désormais dans une civilisation du regard. On surveillait jadis les criminels, aujourd'hui on surveille surtout les innocents. Pour la politique sécuritaire, nous sommes tous des dommages collatéraux.
    Mais au-delà de la surveillance, ce regard global infiltre aujourd'hui tous les domaines de nos vies, de la naissance à la mort. La transparence n'est pas qu'une affaire sociale, elle vise aussi le privé de nos maisons et l'intérieur de nos corps, dissolvant chaque jour un peu plus l'espace de l'intime et du secret. Dans une langue brillante, documentée et très accessible, Gérard Wajcman explore et questionne cette idéologie de l'hypervisible.

  • Collection : essai

    Gérard Wajcman

    • Nous
    • 5 Octobre 1999

    [...] Le kit minimal d'une collection c'est : des objets + un désir.
    [...] Toute collection est, dans son principe, un acte délibéré et libre, de pure liberté, de pur désir. C'est-à-dire accompli sous la contrainte, la férule tyrannique de l'objet. Rien de moins libre qu'un collectionneur, ça se voit à l'oeil nu. [...] Quelle qu'elle soit, toute collection d'objets pluriels montre spécialement qu'il y a l'objet Single. La collection visible d'objets divers est une forme qui rend visible l'Objet unique qui ne se voit pas, qui n'est même pas là.
    Qui manque. La collection renferme l'essence de l'Objet : qu'il manque mais il a tout un tas de façons de manquer. La collection s'anime du Jeu de l'Objet, où c'est le sujet qui est joué. [...] La collection dénude l'Objet - Unique Objet et Absent de Tout Bouquet. Tout ça.

  • Arrivee, depart

    Gérard Wajcman

    • Nous
    • 10 Avril 2003

    Comment vous diriez pour une couleur pareille ?
    [ ] Chaïm n'était pas une victime, il était un juif en armes, un non-violent au combat. Même si en 1945 il est retourné à son atelier de tailleur, il est demeuré un juif en armes jusqu'au bout.
    Il y a ici le récit de Wolf Trafiquant qui passe son temps à peindre des femmes de dos. Son idée c'est que les femmes regardent ailleurs, et Trafiquant le peintre aimerait bien savoir ce que regardent les femmes.
    Ce que son père a connu durant la guerre il voudrait aussi le voir, ces histoires anciennes qu'il lui raconte encore et encore. Il y a ici un autre récit, de Trafiquant le fils qui arrache quelques images à un passé qui s'efface, emportant un peu de lui, le secret de ce qui l'a fait peintre, c'est possible - un juif peintre, bizarre espèce.
    Les femmes, la mémoire, deux voyages, deux récits. Ce livre est composé de ces deux récits tissés. Ensemble, ils racontent l'histoire d'un étrange personnage invisible - le roman du regard.

  • L'intime, le collectionneur derrière la porte est le premier catalogue d'une collection intitulée privées, qui accompagnera les expositions de la maison rouge consacrées aux collections particulières.
    Cette exposition interroge le rapport singulier, intime et quotidien qu'entretient le collectionneur avec ses oeuvres. Le spectateur est mis en présence de ce qu'il ne voit jamais, des oeuvres dégagées de la neutralité du musée, vues dans leur relation à un lieu, au plus près de ce qui constitue le principe fondateur d'une collection: le regard de celui qui les a réunies. Quinze boîtes, reconstitutions de pièces appartenant à quinze domiciles privés sont présentées: chambre, salon, vestibule, salle de bains...
    A cette occasion, Patricia Falguières, historienne de l'art spécialisée dans l'histoire des collections privées, Jean-Pierre Criqui, historien et critique d'art ainsi que Gérard Wajcman psychanalyste, écrivain et commissaire de l'exposition, ont écrit les premiers textes du volume de cette collection. Ouvrage publié à l'occasion de l'exposition inaugurale de La maison rouge - Fondation Antoine de Galbert, Paris, du 5 juin au 26 septembre 2004.

  • Loin de se soustraire à tout regard, l'intimité, le for privé, ne cesse de s'extérioriser, de se représenter, de s'incarner dans des formes qui, parfois deviennent une oeuvre, parfois constituent le soubassement, l'envers, ou l'ombre de l'oeuvre. Saisir ce mouvement dans la variété de ses manifestations, c'est tout l'enjeu de Intérieur, qui réunit une vingtaine d'oeuvres extraites des collections « Film » et « Nouveaux Médias » du Centre Pompidou, rarement montrées, et des pièces inédites de la collection de l'IMEC. Les oeuvres de Chantal Akerman, Samuel Beckett, Christian Boltanski, Mona Hatoum, Paul McCarthy, Bruce Nauman, Valérie Mréjen... croisent Hervé Guibert, Roland Dubillard, Marguerite Duras, Erik Satie, parmi d'autres, autour de quelques petits carnets cornés, de précieux journaux intimes, des littres, des photographies oubliées, de minuscules objets.

    Ce livre accompagne l'exposition Intérieur, une production de l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) présentée à l'abbaye d'Ardenne du 25 juin au 22 octobre 2017 dans le cadre des quarante ans du Centre Pompidou.

  • Nous aimons les animaux. Nous n'aimons pas ceux qui les maltraitent. Bien sûr. Mais ceux qui ne montrent pas d'ardeur dans cet amour, nous ne les aimons pas non plus. On a fignolé un petit adage à ce sujet : Qui n'aime pas les bêtes, n'aime pas les gens. Ainsi la sagesse populaire vient au secours des thèses qui, au nom de la biologie et du cerveau, demandent qu'on voie dans l'homme la bête - et dans la bête un homme de plein droit. Par les temps qui courent, où la marche du monde se montre un peu douteuse, on rêve de pouvoir se régler sur un savoir sérieux et sûr. Du coup, on va chercher l'animal en nous. Mais, pauvres oiseaux bavards et sans plumes que nous sommes, l'être humain semble un animal irrémédiablement dénaturé.
    Tout cela est bien. Je me pose juste une question : qu'en pensent les animaux ? Ils passent sans nous voir. Ce ne saurait être une raison de ne pas nous préoccuper d'eux. Mais au-delà de nos devoirs, est-ce que nous ne cherchons pas, nous, autre chose ? Un regard, peut-être oe

    Volume publié à l'occasion de l'exposition Clando qui se tiendra à Paris au musée de la Chasse et de la Nature du 18 novembre 2008 au 22 février 2009

  • Qu'elles soient nées en Afrique ou en Océanie, au coeur des steppes d'Asie ou dans la moiteur des forêts amazoniennes, les quelque 400 coiffes collectionnées par Antoine de Galbert portent encore en elles une part d'inaccessible et de divin.
    Instruments au service du sacré, elles flirtent avec les marges du surnaturel, disent la beauté de l'éphémère, conjurent le mystère de la destinée. Dévoilées pour la première fois au public, elles sont aussi une invitation au rêve, une immersion poétique dans les arcanes du génie humain et de la création.

  • Le Corridor de Yoshida. On pourrait nommer ainsi cette entreprise de Kimiko Yoshida, nommée Mes peintures, en faisant écho au Corridor de Vasari, le Corridoio Vasariano, passage secret, sorte de couloir aérien couvert de plus d'un kilomètre qui traverse le centre de Florence.
    Une galerie d'autoportraits de l'artiste croisant une galerie de chefs-d'oeuvre de la peinture classique : on peut admettre que le rapprochement de la série de Kimiko Yoshida avec le Corridor de Vasari n'est pas simplement tentant, mais qu'il s'impose. On pourrait d'ailleurs imaginer que l'artiste avait le Corridoio en tête lorsque le projet de Mes peintures a été conçu, dans l'esprit de proposer le pendant de chaque portrait ancien à un autoportrait de Kimiko Yoshida, de mettre l'un et l'autre en regard. On pourrait encore y ajouter, au-delà même du principe d'une confrontation entre tableaux anciens et autoportraits de l'artiste, que certaines oeuvres de référence convoquées ici viennent directement du musée des Offices - comme la Marie-Madeleine de Titien ou le Bacchus du Caravage - et, en outre, que le thème de certains tableaux visibles dans le Corridor de Vasari a aussi inspiré la série de Kimiko Yoshida, qu'il s'agisse du personnage de Judith, présente dans le Couloir de Florence par un tableau peint par Artemisia Gentileschi, ou de David, dont la toile de Guido Reni du Corridoio fait irrésistiblement penser au Persée de la Loggia dei Lanzi qui, à Florence, borde la piazza della Signoria.

  • Première importante monographie dédiée à l'oeuvre de Pablo Reinoso, artiste et designer franco-argentin touche à tout, curieux et autodidacte. Sculpteur à l'origine, mais foncièrement artiste, Pablo Reinoso pratique son art de diverses façons depuis son plus jeune âge. Il travaille par séries - Articulations (1970-1980), Water Landscapes (1981-1986), The Discovery of America (1986-1989), Breathing Sculptures (1995-2002) - qu'il parcourt, triture, fouille, en explorant des univers et des matériaux différents, traduisant le permanent work in progress qui est sa manière de penser.
    Dans Ashes to Ashes (2002), avec plus de maturité, il s'engage dans un travail avec des lattes de bois qu'il tord et éclate pour les affranchir de leur fonction. Poursuivant cette perspective, mais ayant vécu entre-temps une forte expérience au sein de grandes entreprises comme directeur artistique et designer, il s'attaque à une série où il met en avant une icône du design industriel, la chaise Thonet (à partir de 2004). Pablo Reinoso prend ensuite comme point de départ de sa réflexion les bancs publics, au design anonyme, traversant les cultures tout en étant hors-temps et hors-mode. Ce sont les bancs dits Spaghetti Benches (à partir de 2006) qui se mettent à proliférer et trouver leur place dans les lieux les plus divers.
    Finalement, dans sa dernière série, les Scribbling Benches (à partir de 2009), Pablo Reinoso ne part plus d'un banc anonyme, ni d'une chaise iconique, mais d'un matériau : une poutrelle en acier. C'est l'inattendu du lourd, voué à structurer l'architecture, qui se tord comme un fil pour créer un banc et dessiner des espaces légers, transparents, contemplatifs.

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