Isabelle Cani

  • C'est en lisant le« Discours de la servitude volontaire» de La Boétie qu'Isabelle Cani a eu l'idée de« L'ère des indociles». En neuf nouvelles s'inspirant des évolutions et questions sociétales actuelles, elle s'interroge sur ce que pourrait être un monde dans lequel la notion d'autorité n'existerait plus. D'un texte à l'autre, dans lesquels on retrouve certains personnages, elle imagine une mutation progressive, qui rendrait les êtres incapables de comprendre ou de percevoir l'autorité, avec toutes les conséquences qui en découleraient. «Spécialiste de littérature comparée, Isabelle Cani enseigne aujourd'hui en classe préparatoire scientifique à Clermont-Ferrand. Elle a publié, en 2007, aux éditions Fayard, Harry Potter ou l'anti-Peter Pan. Elle envisage de poursuivre l'aventure intellectuelle et littéraire de L'ère des indociles, pour en faire une trilogie.»

  • Pourquoi tant d'enfants mais aussi tant d'adultes s'enthousiasment-ils pour Harry Potter

  • Devenir adulte et rester enfant : tels sont les deux pôles entre lesquels se situent la plupart des productions pour la jeunesse, soumises ainsi à une double attraction. Pinocchio pantin de bois qui ne grandit pas mais finit pourtant par devenir un vrai petit garçon, et bientôt un adulte raisonnable, Peter Pan qui au contraire a choisi de rester pour toujours dans le monde de l'enfance, son vieil ennemi le capitaine Crochet poursuivi par le tic tac du crocodile ou du temps qui passe, sont des exemples révélateurs d'une préoccupation générale.

    Comme le champignon de Lewis Carroll qui fait grandir par un de ses côtés et rapetisser par l'autre, les productions pour la jeunesse tiennent aux enfants un double langage ; elles leur disent simultanément : « Grandissez ! » et « Ne grandissez pas ! », exprimant ainsi les sentiments ambivalents des adultes eux-mêmes. L'enfant auquel ils s'adressent, c'est à la fois celui qu'il a bien fallu laisser derrière soi en grandissant, et qui en sait donc moins qu'eux, et celui qui possède encore un trésor ou un secret qu'eux-mêmes ont perdu, et qui en sait alors peut-être plus qu'eux. De cette tension, voire de ce déchirement naît la littérature de jeunesse, lieu d'une parole tiraillée entre des exigences contradictoires, mais aussi lieu de réconciliation, de transmission, de passage d'un âge à l'autre.

    Pour analyser cette dualité essentielle, trente-six chercheurs - historiens, psychanalystes, linguistes, didacticiens, spécialistes de littératures française et étrangères - combinent leurs approches et embrassent une grande variété de sujets, du Télémaque de Fénelon aux albums sans texte, du Petit Prince à Harry Potter, dans des articles destinés à toutes celles et à tous ceux qui s'intéressent à la littérature de jeunesse, aux questions d'enfance et d'éducation, et, plus largement, à la façon dont une société donnée, la nôtre, s'adresse aux enfants à partir de ses propres contradictions. Introduction et conclusion présentent enfin deux réflexions générales, différentes et symétriques, sur la question d'ensemble.

  • Le mythe littéraire de Peter Pan est étudié à travers la littérature jeunesse mais également les autres oeuvres littéraires, comme la bande dessinée, et les oeuvres cinématographiques contemporaines.

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