Jacqueline Nacache

  • To be or not to be est sorti aux États-Unis en 1942. Ernst Lubitsch avait quitté Berlin pour Hollywood depuis vingt ans, et le pays, après Pearl Harbor, entrait tout juste dans le conflit mondial. Le cinéma, lui, s'y risquait avec prudence ; seul Chaplin s'était autorisé jusque-là, avec son Dictateur, la plus extrême audace. To be or not to be prend d'autres voies, non moins drôles, non moins graves. Il raconte la résistance d'une troupe de comédiens, pareils à tous leurs semblables. Charmants, égoïstes, vaniteux, mais capables d'une minute à l'autre d'endosser l'habit des héros ou de danser sur un fil entre vie et mort. Pour les histrions, le monde en guerre est un théâtre et la scène un champ de bataille.
    En son temps, To be or not to be fut peu ou mal compris, accueilli avec raideur par des critiques dont les films antinazis mettaient le goût à rude épreuve. Soixante-dix ans plus tard, le film vibre encore de ses paradoxes. Produit d'une époque troublée, il parle aux publics d'aujourd'hui comme à ceux d'hier. Incarnation de l'âge d'or hollywoodien, il joue avec ses normes, ses genres, ses limites.
    Disons-le autrement : To be or not to be est devenu un classique, et comme tous les classiques, il a au moins deux histoires. L'une est ancrée dans son temps, liée aux circonstances historiques, artistiques, sociales et culturelles de sa production. L'autre, non terminée, est écrite au jour le jour par chaque nouvelle génération de spectateurs, éblouis par ce mélange unique de futilité, de drame et de profondeur.

  • Nouvelle présentationVedette ou second rôle, silencieux ou volubile, distant ou familier, l'acteur est ce par quoi le film de fiction nous parle, nous émeut, nous fascine.
    Au centre de la mise en scène, il contribue de façon essentielle à la richesse des représentations filmiques.
    Tout film se nourrit d'une relation spécifique entre le comédien et son personnage ; tous les grands moments de la création cinématographique se sont accompagnés d'une réflexion sur l'acteur. Depuis ses origines, le cinéma ne cesse d'inventer de nouveaux modes de jeu et de présence.
    De la scène à l'écran, des théories soviétiques à l'Actors Studio, du naturel américain à la vérité brute du non-professionnel, l'acteur est l'une des grandes aventures d'un siècle de cinéma.

    /> Jacqueline NACACHE est maître de conférences en études cinématographiques à l'université Paris 7-Denis Diderot. Elle a publié plusieurs articles et ouvrages consacrés notamment au cinéma américain, parmi lesquels Le Film hollywoodien classique (Nathan, 1995), et Hollywood, l'ellipse et l'infilmé (L'Harmattan, 2001).

  • Le récit filmique a sa rhétorique propre ; l'ellipse en est une figure-clé ; l'infilmé est ce qui permet de raconter sans images et sans mots. Le cinéma hollywoodien classique constitue un terrain de choix pour l'étude de ces figures. Il faudra ici reprendre les oeuvres les mieux connues et les plus étudiées de " l'âge d'or des studios " ; mais on les regardera à contre-jour, dans les moments où le récit s'absente et se tait, où se tisse, de faille en faille, le discours clandestin des grands films hollywoodiens.

  • Concernant les étudiants des filières "arts du spectacle" aussi bien que les élèves du premier et du second degré, l'analyse de film a étendu son domaine depuis la création des premiers enseignements de cinéma. Face à cette situation complexe, plusieurs enseignants-chercheurs spécialistes de cinéma exposent leur vision de l'analyse. Qu'en est-il de notre droit à l'analyse ? Le cinéma est-il art de l'image ou art du plan ? Comment l'analyse articule-t-elle le texte filmique et son contexte oe

  • Dès sa naissance, parallèlement à son évolution technique, artistique et économique, le cinéma se construit, en tant que concept et instrument d'analyse, dans les discours qui accompagnent son développement. Il constitue un filtre qui permet de poser sur le monde un regard neuf et, dans le domaine des arts notamment, éclaire des formes parfois bien antérieures à son invention. Tel est le principe du cinématisme selon S. M. Eisenstein: « Il semble que tous les arts aient à travers les siècles tendu vers le cinéma. Inversement, le cinéma aide à comprendre leurs méthodes ». Le présent ouvrage, issu d'un colloque tenu à l'Ecole normale supérieure et à l'Institut national d'histoire de l'art (INHA) en décembre 2010, se donne pour objet l'étude des cinématismes entendus comme l'ensemble des moyens d'interprétation fournis par le 7e art. Centrée sur la littérature, cette réflexion interdisciplinaire envisage d'une part la notion de cinématographicité du texte littéraire et ses enjeux théoriques, d'autre part les discours au fil desquels le cinéma est devenu référent, comparaison ou norme. Elle examine enfin les oeuvres dans lesquelles se repèrent, sur le plan de l'inspiration comme du style, les indices d'un cinéma réel ou rêvé.

  • TO BE OR NOT TO BE a suscité une abondante littérature critique au cours de ces trente dernières années, et la récente mise au programme du film au baccalauréat a accru encore cette production. Mais le film d'Ernst Lubitsch est une matière inépuisable, surtout lorsqu'on l'approche avec un faisceau de méthodes capables de révéler ce qui était jusqu'ici resté dans l'ombre. Le lecteur amateur ou spécialiste, l'enseignant et l'étudiant de cinéma trouveront dans ce livre non seulement tout ce qu'on attend d'une étude du film en termes d'histoire, d'esthétique, de style, de contenu, mais ils trouveront bien davantage, grâce à des spécialistes d'histoire, d'histoire culturelle, de sociologie, de génétique, de philosophie, d'études germaniques. Tous analysent le film avec la précision critique qu'on devrait toujours attendre de la passion cinéphilique. Le sociologue Jean-Marc Leveratto nous révèle ainsi la version radiophonique du film, grâce à laquelle Lubitsch entrait dans le quotidien du grand public américain de l'époque. Jean-Pierre Esquénazi examine tout ce qui inscrit TO BE OR NOT BE dans la descendance du DICTATEUR, mais aussi tout ce qui l'en sépare ; Clélia Zernik passe pour sa part le film au filtre du thème de la répétition envisagée comme un motif philosophique. Le film a souvent été étudié sous l'angle de la théâtralité, mais l'influence du célèbre couple de théâtre formé par Alfred Lunt et Lynn Fontanne n'avait jamais jusqu'ici été étudié de façon aussi détaillée que le fait Marguerite Chabrol, comme une matrice possible du couple formé par Joseph et Maria Tura. Le riche point de vue de François Genton et Matthias Steinle permet d'approcher le versant germanique du film, parfois sacrifié à sa dimension de comédie " américaine ". La question de l'engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale est de nouveau mise sur le métier : Katalin Por examine en détail le contexte d'écriture et de production du film, Alain Kleinberger brosse un panorama des comédies qui constituent le cadre culturel, générique et cinématographique du film de Lubitsch, Jacqueline Nacache se demande si Lubitsch avait pour but d'expliquer le nazisme ou d'en exposer l'incompréhensible nature. Enfin, le film étant proposé à l'analyse des lycéens, Barbara Laborde examine le film à la lumière de la nouvelle épreuve du baccalauréat et en déploie les ressources esthétiques et théoriques que permet la confrontation des photogrammes.

  • Dès les années 1920, et plus nettement encore au cours des décennies suivantes, le cinéma américain fut déclaré " classique " en dépit de son évidente modernité.
    Ses défenseurs affirmaient ainsi leur confiance dans un art populaire et neuf, que ses liens avec l'industrie avaient très tôt rendu suspect aux gardiens de la tradition. Cette première phase de légitimation passée, ce fut ailleurs qu'on chercha la qualité classique d'Hollywood : dans la conformité à des normes stylistiques et narratives, dans la structure économique des studios de l'âge d'or, dans leur puissance d'innovation esthétique et technologique.
    A se déplacer ainsi, de génération en génération, la notion de " classicisme hollywoodien " devenait source de malentendus. Ce cinéma, d'abord destiné à des millions de spectateurs avides de divertissement, avait-il vraiment été classique, au sens que l'histoire du goût donne à ce mot ? Des films soumis à de stricts impératifs économiques, moraux et idéologiques peuvent-ils devenir des modèles pour penser l'homme et le monde ? Faut-il entendre désormais que Ford et Hawks sont classiques à l'égal de Racine ou Poussin ? À partir de ces interrogations, un séminaire puis un colloque organisés à l'École normale supérieure en 2007 ont réuni des chercheurs de toutes disciplines, invités à revisiter les grandes problématiques qui structurent la période classique d'Hollywood : acteurs et stars, genres, auteurs, fiction, transferts culturels, histoire et idéologie, évolution du studio system, analyse du style classique et de son héritage.
    Sur toutes ces questions, ce recueil ne se veut pas un bilan, mais l'occasion d'ouvrir de nouvelles perspectives à la recherche en études cinématographiques, et d'affirmer l'importance historique et symbolique de l'âge d'or hollywoodien dans l'histoire de l'art, de la culture et des idées.

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