Cahiers Du Cinema

  • Parmi les arts du vingtième siècle, le cinéma est le seul à même d'inventer la formule d'une seconde modernité. Depuis vingt-cinq ans, la modernité, cette période de l'art et de la culture occidentaux ouverte au milieu du XIXème siècle, est achevée aux yeux des historiens de l'art. Dans le même temps, le cinéma, non seulement a continué de revendiquer des attaches et des filiations modernes (wellesienne, rossellinienne, voire antonionienne), mais il a pu apparaître comme ayant été tout entier « un art moderne ». Si c'est bien le cas, comment est-il affecté par la fin des idéaux modernes ?
    L'hypothèse formulée ici est qu'en effet le cinéma a été, à divers niveaux mais constamment, traversé par les questions et les valeurs de la modernité - la conscience historique, la relativité du goût, le rôle « spéculatif » accordé à l'art, la réflexivité - mais qu'à ces problèmes, il a apporté des réponses décalées, en porte-à-faux par rapport aux arts traditionnels.
    Paradoxalement, c'est ce décalage - symptôme de son éternelle condition d'art inventé, d'art du pauvre, d'art industriel - qui lui permet aujourd'hui, non seulement de survivre, bien mieux par exemple que la peinture, mais d'envisager avec confiance la possibilité d'une relance moderne, d'une « seconde modernité ».

  • Du visage au cinema

    Jacques Aumont

    • Cahiers du cinema
    • 28 Août 1992
  • Ingmar Bergman

    Jacques Aumont

    • Cahiers du cinema
    • 30 Août 2003

    Tout le monde a vu au moins un film de bergman - différent selon l'âge et le degré de cinéphilie.
    Son oeuvre, commencée après la guerre sous le signe du réalisme et pour filmer la fièvre de la jeunesse (monika, jeux d'été), devenue plus sophistiquée et plus grave avec le septième sceau ou les fraises sauvages, trouve son allure la plus personnelle avec des chefs-d'oeuvre comme le silence, persona ou une passion; après fanny et alexandre, il revient à une forme plus classique mais reste indépassé dans l'expression des sentiments.
    Un essai sur bergman doit affronter la variété de cette oeuvre - mais pour en souligner l'extraordinaire obstination et la cohérence quasi obsessionnelle. comme beaucoup de grands créateurs, il ne parle au fond que de lui-même, puisant dans une enfance extraordinairement nourrie en sensations et en affects le matériau de ses scénarios, et les images qui les traduisent. des premiers films du jeune débutant, parfois maladroits mais souterrainement habités, aux grands films de la maturité et au classicisme flamboyant de la dernière période, une même tension se retrouve : celle du directeur d'acteurs (et d'actrices), bien sûr, mais aussi, celle du visionnaire, de l'homme qui a toute sa vie voulu accueillir, comprendre et expliquer par son oeuvre les images qui le hantaient.
    Auteur de fables romanesques mariant le documentaire et le fantastique, inventeur d'images qui marquent l'esprit, il est aussi et surtout l'un des grands représentants du cinéma d'art à l'européenne - quelqu'un qui, dans chaque film, songe à affiner, à améliorer ou à changer la définition même de son art, le cinéma. bergman n'a peut-être jamais été " moderne ", mais à coup sûr, il a toujours été le contemporain de ses spectateurs.

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