Sciences humaines & sociales

  • Le montreur d'ombre

    Jacques Aumont

    • Vrin
    • 23 Mai 2012

    Héritier des procédés photographiques, c'est d'abord la lumière qui semble s'imposer dans le cinéma.
    De la lumière, il en faut pour capter et enregistrer l'image, puis pour la projeter. N'est-il donc pas contradictoire de vouloir parler du cinéma comme d'un art de l'ombre? L'ombre n'est-il pas simple absence de lumière, de la lumière arrêtée par un obstacle? Quel usage peut alors faire le cinéma de ce « lieu noir », dont la route de nuit est la métaphore par excellence? Le cinéma n'échappe en effet pas à l'ancienne croyance qui oppose lumière et ombre en leur attribuant une valeur de principes. Et pourtant, la relation du cinéma à l'ombre ne s'épuise pas pour autant dans ce legs d'une « ombre figure » et d'une « ombre milieu ». Jacques Aumont montre alors que l'ombre, peut-être même plus encore que la lumière, est constitutive de cet art qu'est le cinéma.

  • Les limites de la fiction

    Jacques Aumont

    • Bayard
    • 5 Mai 2014

    Le cinéma est vite apparu comme une grande machine destinée à véhiculer des histoires, comme longtemps avant lui, le théâtre ou l'épopée. Mais ce qui change avec le cinéma, c'est d'abord la quantité, liée à la production industrielle. C'est aussi et surtout le mode particulier sur lequel ces histoires sont offertes : rendues convaincantes par leur incarnation dans des corps et des lieux supposés réels dans un temps et à une vitesse indépendantes de celui qui les reçoit (à la différence des histoires d'un roman). Devant le film, tout m'est imposé, et tout a un modèle réel. Le cinéma ainsi donne trop de réalité à ses fictions, mais inversement il donne trop de fiction à la réalité lorsqu'il s'avise de la reproduire, puisqu'il a toujours, au fond, été mis en scène.
    Le cinéma a, de tout temps, reconnu et exploré ces confins de son territoire fictionnel. La question se pose avec une acuité renouvelée depuis que les échanges institutionnels - entre l'industrie cinématographique et d'autres espaces culturels et institutionnels, au premier chef, l'art contemporain - ont multiplié les films qui jouent consciemment sur l'une ou l'autre de ces frontières.
    Il s'agira donc de décrire à nouveau le territoire du cinéma par ses frontières, en un moment de mutation incessante, et sur la base de son histoire.

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