Lise Sabourin

  • Parmi les grands romantiques, Vigny occupe une place à part. Souvent cité pour sa philosophie stoïque grâce à La Mort du loup, restée dans la mémoire collective, il est peu joué par rapport à Hugo et Musset, ses frères d'armes dramatiques, et ses oeuvres en prose sont méconnues, alors qu'il est l'un des premiers à avoir participé, avec Balzac, à la vogue du roman historique. Injustement qualifié de poète « dans sa tour d'ivoire » par Sainte-Beuve, il a entretenu une relation incessante et attentive avec ses contemporains et l'actualité de son temps, ce dont l'édition de sa Correspondance, enrichie de fonds longtemps inaccessibles, vient témoigner. Il a également subi la vindicte du critique Henri Guillemin qui, tout en publiant certains manuscrits, en a donné une image négative d'homme d'ordre au service de Napoléon III. C'était là surtout vouloir l'opposer à Hugo et Lamartine, ses compagnons de jeunesse, dont il continua de partager les interrogations métaphysiques et sociales.Vigny, homme de pensée et poète rétablit les faits, à la lumière des travaux les plus récents sur sa pensée et son rôle dans le mouvement romantique, synthétisant les facettes de sa personnalité - l'épistolier, l'homme du monde, l'homme de lettres, l'homme engagé, le philosophe - et de sa pratique de l'écriture - l'étudiant perpétuel, le dramaturge, le romancier, le mémorialiste, le poète.

  • Poésie et illustration

    Lise Sabourin

    On peut mettre en doute la validité même de la notion d'illustration d'une poésie : superfluité, trahison, redondance, facilité ? Pourtant il s'agit d'une pratique fréquente, durable, renouvelée au gré de l'évolution des techniques. Illustrer, c'est enluminer, donner de la lumière à une oeuvre littéraire par le recours à d'autres arts, le plus souvent visuels, mais aussi sonores, parfois gestuels, éventuellement scéniques. Illustrer, c'est souvent donner à comprendre sous l'angle d'une autre esthétique ce que le poème porte en soi, le révélateur iconique ou auditif décryptant les beautés secrètes du texte, permettant de mieux en saisir l'architecture interne. L'illustration peut aussi assurer une fonction de diffusion, voire de propagande, sur l'instant de la découverte, puis au fil du devenir éditorial. Parfois, c'est au prix d'une mutation esthétique surprenante qu'un dessinateur ou un musicien porte à la connaissance de nouveaux publics une oeuvre perçue comme déjà datée, leurs créations pouvant devenir emblématiques de sa réception. De ce fait, l'histoire littéraire et artistique que brossent, touche après touche, les vingt-sept contributeurs de ce volume, de Villon et Marot à la Pléiade et à la poésie baroque, de La Fontaine et Racine à Voltaire et Diderot, de Chateaubriand et Soumet à Musset, Vigny, Gautier, Baudelaire et Banville, d'apollinaire, Proust, Cendrars et Valéry à François Cheng, en abordant les questions spécifiques à l'emblème, au frontispice, à l'almanach, à la vignette, apporte beaucoup à la compréhension de ce relais des imaginaires, finalement essentiel à l'alliance de la poésie et de l'illustration.

  • Le Cercle Richelieu Senghor de Paris, par la notoriété de ses membres, par le rayonnement international de ses activités, constitue une véritable tribune de la francophonie qui débat chaque mois, dans les salons du Palais du Luxembourg, des grands problèmes de société.
    Diplomates, responsables d'organisations francophones, hauts fonctionnaires, hommes politiques, hommes d'affaires, universitaires, artistes, écrivains, éditeurs, journalistes y échangent témoignages, informations et idées. D'origine franco-canadienne dans sa référence à Richelieu, ouvert à l'universel par le parrainage de Senghor, le Cercle procède à la remise d'un Prix annuel " à une personnalité dont l'action a contribué d'une façon exceptionnelle au rayonnement de la langue française ", couronnant ceux qui partagent son aspiration à protéger et illustrer langue et culture françaises.
    Réfléchissant sur le poids des organisations et associations francophones, le devenir du français dans les institutions internationales, l'évolution des langages dans les médias, l'uniformisation de la culture ou l'enrichissement réciproque des peuples, ces Débats francophones de 2000 à 2005 abordent ainsi la place de la francophonie, mouvante dans son essence, dans son espace, intrinsèquement ouverte à d'autres cultures, au sein de l'Afrique, de l'Europe en construction, du monde en marche.

  • Le Théâtre complet de Dumas fils, jamais réédité depuis 1893, s'essaie à tous les genres, manifeste un art subtil de la dramaturgie, avide de nouveauté et marquée d'un sens de l'indépendance. Il intéresse par son équivoque entretenue, propice à la réflexion sur la relation entre société et littérature.

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