Marc de Launay

  • Peinture et philosophie

    Marc de Launay

    • Cerf
    • 11 Mars 2021

    L'image vaudrait-elle moins que le concept ? La peinture, si matérielle, serait-elle inférieure à la philosophie, si abstraite ? Un tableau ne servirait-il au mieux qu'à illustrer une thèse ?
    Et si c'était en fait tout l'inverse ? Si c'était, à l'opposé, le façonnage de l'idée qui constituait la matière du travail pictural ? Et si, au contraire, c'était le tableau, non pas la thèse, qui contribuait le plus directement à modifier notre perception du monde, notre relation au monde ?
    Décryptant une dizaine d'oeuvres magistrales qui couvrent du début de la Renaissance à la fin du Baroque, Marc de Launay nous entraîne dans une fantastique redécouverte, inattendue et exaltante, du lien intrinsèque entre la vue et la pensée. Et nous montre, de manière lumineuse, pourquoi et comment l'émotion esthétique n'engage pas simplement le goût, elle intervient dans la discussion philosophique. Faisant de Dürer, Rubens, Rembrandt, nos contemporains d'étude et nos compagnons d'éveil, voici un livre de philosophie pour tous intensément jubilatoire. Une leçon sur l'art de regarder.

  • Hitler rend visite en 1932 à la soeur de Nietzsche qui règne à Weimar sur les archives de son frère ; Mussolini, devenu fasciste, subventionne l'entreprise d'édition de ses oeuvres : est-ce à dire que le philosophe, qui meurt en 1900, mais dont l'oeuvre s'arrête en 1889, a pu contribuer à l'apparition du fascisme et du nazisme, alimenter leur propagande et soutenir leur idéologie raciste ? Les faits nous apprennent au contraire que les efforts des nazis pour l'enrôler ont été vains, et que les Archives Nietzsche sont même passées à la trappe dès la déclaration du conflit.
    La « volonté de puissance » justifie-t-elle la formation d'une hiérarchie des valeurs qui exigerait une « race forte » pour s'imposer ? N'y a-t-il pas chez Nietzsche une exaltation de la force, de la guerre, de la « barbarie » créatrice ? Sa critique de la pitié, de la compassion pour tous les êtres vulnérables ne fait aucun doute. Pourtant, il s'oppose à tous les nationalismes comme à l'État ou aux masses.
    La plupart des courants et tendances du XXe siècle se sont réclamés de la pensée du philosophe. Dans ce livre, Marc de Launay rappelle que Nietzsche espère la venue des esprits libres affranchis des phobies raciales.

  • Hermann Cohen (1842-1918) fut le fondateur de l'école de Marbourg, un des hauts lieux de la philosophie allemande dans le dernier tiers du XIXe siècle et le début du XXe.
    Dans son oeuvre, Cohen a tenté de rendre plausible philosophiquement et culturellement la religion en général, le judaïsme en particulier. Il s'agissait pour Cohen de réaliser une synthèse entre religion et culture. C'est à ce titre qu'il est présenté par Marc de Launay dans cet essai qui a également l'ambition de réhabiliter une pensée pertinente dans le contexte juif et religieux actuel. Très critiqué par Rosenzweig, Scholem ou Buber, Cohen incarne une voie possible pour fonder philosophiquement le dialogue et la coexistence sur des points essentiels de l'identité moderne : le religieux, les traditions, l'éthique, le rapport à l'autre.

  • Leo Strauss (1899-1973) a inscrit sa pensée dans l'héritage de la tradition grecque, mais également dans celui de la tradition biblique. Se rapportant au judaïsme comme à une révélation de la Loi (pour laquelle la dimension de la foi est secondaire), il fait retour à une pensée juive (Pourquoi nous restons juifs) et tente de prolonger la réflexion de Maïmonide dans les conditions nouvelles des temps présents.
    Il s'oppose ainsi à sa rénovation par l'approche phénoménologique de Franz Rosenzweig comme à la pensée de Martin Buber, tout en se tenant à distance de la réflexion sur le mysticisme juif de Gershom Scholem avec lequel il dialogue.
    Cet ouvrage interroge la manière dont Strauss pense les relations de corrélation et de conflit entre philosophie et judaïsme. En quoi la réflexion sur la Loi, dont il poursuit l'élaboration dans la lignée de la pensée médiévale et à contre-courant de la modernité des Lumières, représente- t-elle un approfondissement de la pensée juive et jette-t-elle une lumière crue sur la situation du judaïsme dans le monde ? Quels sont les termes du débat avec les penseurs contemporains du judaïsme avec lesquels il est en relation ? Quelles sont aujourd'hui les possibilités et les limites d'une telle réflexion pour la vitalité du judaïsme et de la philosophie ?
    Les études présentes ouvrent des voies différentes, voire divergentes, essentiellement heuristiques, sur les possibilités et les limites de la réflexion straussienne pour la vitalité du judaïsme et de la philosophie. Elles s'accompagnent de la parution d'un texte inédit en français : « La situation religieuse actuelle » (1930), qui représente un moment décisif de la réflexion de Strauss sur la question.
    Ont contribué à ce volume : Danielle Cohen-Levinas, Bruno Karsenti, Marc de Launay, Jean-Claude Monod, Géraldine roux, Gérald Sfez, Heinz Wismann.

  • Confronter les interprétations que donnent plusieurs philosophes modernes de la Bible fait apparaître une inadéquation de leur méthode, même lorsque leurs intentions ne sont pas d'emblée commandées par une volonté critique. Leo Strauss, Hermann Cohen, Walter Benjamin, Paul Ricoeur se livrent à des exégèses très élaborées, mais soit le philosophe prend le pas sur l'herméneute, soit le sens du texte interprété semble déjà arrêté avant même son interprétation. Bible et philosophie appartiennent sans doute à deux traditions concurrentes ; or elles sont nées d'un même tournant de la culture où le statut du mythe a été mis en cause grâce à la promotion d'une autre manière de comprendre le langage. La question principale est donc d'abord celle de la méthode, et ce problème est bien d'ordre philosophique. Par ailleurs, le tournant opéré par la Bible, à la différence de la révolution philosophique, forge une conception nouvelle, toujours contemporaine, d'une histoire qui n'est ni cyclique ni déterminée par un destin ou par des lois. Ces lectures ouvrent ainsi sur un parcours qui cherche à faire ressortir, à travers l'élaboration des « préceptes et des sentences », toute la richesse de la dimension symbolique.

  • Le « nihilisme » a d'abord été la notion centrale d'un diagnostic porté sur l'époque contemporaine de ceux qui l'ont formulé, au XIXe et au XXe siècles; mais en même temps, il a aussitôt désigné à la fois une phase récurrente de l'histoire en général et telle période en particulier, puis une tendance toujours présente dans la culture. La notion appelle donc une approche plurielle qui examine les diverses configurations où elle apparaît pertinente, qu'elle soit au centre des verdicts rendus par tel ou tel courant ou qu'elle soit effectivement requise par l'examen des orientations qu'on observe. C'est ainsi que l'ouvrage rassemble des analyses sur les auteurs qui ont fait leur le terme, Stirner, Kierkegaard, Nietzsche, Scheler, Jünger, Carl Schmitt, Camus, comme sur des phénomènes analysés au miroir de la notion : la musique atonale (Schönberg, Thomas Mann) ou les courants messianiques antinomistes (Scholem). La notion n'est donc pas cantonnée au seul domaine des valeurs morales, ou à celui d'un destin de la métaphysique, mais s'étend à l'esthétique, à certains courants religieux, à des orientations politiques fondamentales, voire à une conception de l'anthropologie philosophique.
    Ont contribué à ce volume : O. Agard, J.-O. Bégot, D. Brézis, P. Cerutti, D. Cohen-Levinas, J.-Fr. Courtine, V. Delecroix, J.-Cl. Monod, E. Neppi et F. Volpi.

  • En fit tout à la fois le maître de Cassirer, l'un des principaux inspirateurs de Rosenzweig et, pour Scholem, une figure tutélaire. La social-démocratie en t son mentor et les divers courants du judaïsme allemand - Buber, notamment - se déterminèrent tous par rapport à lui, pour le critiquer ou pour l'admirer et pour reconnaître en lui le philosophe qui avait redonné au judaïsme allemand ses lettres de noblesse et sa dignité culturelle.
    D'abord rédigé en hommage à F.-A. Lange qui lui avait permis d'accéder à un poste universitaire, l'Introduction critique a été, de fait, pour Hermann Cohen, l'occasion à la fois d'exposer son propre système et de prendre position dans les débats sur la philosophie de l'histoire en s'opposant aux psychologues positivistes. Il s'agit donc d'une intervention philosophique sur le terrain de la politique au sens large, et d'une construction théorique des fondements du socialisme en matière d'éthique et de conception de l'histoire.
    Contrairement à la réception courante qui reproche au courant néokantien de Marbourg d'avoir privilégié le modèle de la physique théorique, l'ouvrage de Cohen fait apparaître au premier plan, et dans toutes les branches du " système ", le primat de la temporalité ; comme, en matière d'éducation, la nécessité de former la volonté critique des futurs citoyens par le biais de la science historique.

  • Les différents courants néokantiens qui ont dominé la scène philosophique allemande au tournant du siècle ont partagé une commune volonté de fonder à nouveau la philosophie sur une logique afin de lui redonner un statut que semblaient menacer les développements des sciences positives et la volonté hégémonique de la psychologie.
    Ces auteurs, trop longtemps méconnus en France (tous les textes de ce recueil sont pour la première fois traduits), méritent, comme c'est le cas en Allemagne et aux Etats-Unis d'être de nouveau partie prenante de la discussion. Qu'il s'agisse de l'Ecole de Marbourg - Hermann COHEN, Paul NATORP et Ernst CASSIRER - ou de celle de Bade - Wilhelm WINDELBAND, Heinrich RICKERT, Emil LASK, Jonas COHN -, l'objectif premier de ces penseurs est de montrer que la philosophie est bien une " science rigoureuse ".
    Plutôt que d'une nostalgie pour le grand génie de Koenigsberg, leur relecture de Kant témoigne davantage du souci de renouer avec une tradition où science et philosophie ne suivaient pas des voies si spécifiques qu'elles en devenaient distinctes, voire opposées. D'ailleurs, cette relecture est, en réalité, une refonte ou une critique de Kant, et, au sein même des différentes " écoles ", ce n'est nullement l'unanimité qui règne ; au contraire, et même si, à Marbourg, on s'attache plus spécifiquement aux sciences mathématiques et physique, tandis qu'à Heidelberg ce sont les sciences morales et d'abord l'histoire qui sont plus souvent évoquées, les textes rassemblés ici font apparaître une grande diversité d'intentions et de démarches.
    Le présent recueil s'est voulu un reflet des " thèses fondamentales " qui révèlent la richesse de ces courants. Il offre aussi une vaste base documentaire à la réflexion épistémologique sur les sciences humaines.

  • La Bible a maintes fois été convoquée par le discours philosophique qui, quand il ne l'ignore pas complètement, en use souvent de manière insidieuse : il y cherche une illustration ou une confortation de ses propres propos sans lui reconnaître la même dignité qu'aux textes de sa tradition, mais, dans le même temps, il en attend une légitimité dérivant de son autorité générale. Depuis deux siècles, pourtant, il semble qu'une relecture s'amorce, avec Schelling, et, plus particulièrement, avec Benjamin, puis Rosenzweig, avec Levinas et Ricoeur aussi. Mais, là encore, la lecture de l'original est commandée par une interprétation qui exploite le texte en le pliant à des intérêts différents de ceux qu'on peut redécouvrir dans sa dynamique propre. Le conflit des interprétations et des méthodes est bien une question philosophique ; de même la réflexion sur le statut du langage, sur la source du sens et son rapport au temps. En refusant de comprendre le texte mieux que ne l'ont compris ses auteurs, on peut alors montrer comment lui-même nous indique la manière dont il construit ses significations.
    La Genèse, la naissance d'Ève, la « ligature » d'Isaac, « Babel », Judith, autant d'exemples dont l'analyse fait apparaître une dimension proprement philosophique à l'arrière-plan de leur composition et de leur agencement, au-delà de leur aspect narratif.

  • Pour la première fois, l'un des plus grands philosophes de notre temps, réputé pour sa discrétion, avare de confidences et de textes autobiographiques, entreprend ici, avec deux intimes, de nous raconter son itinéraire personnel et intellectuel. La Critique et la conviction n'est pas seulement une introduction à la vie et à l'oeuvre de Paul Ricoeur, qui balaie tous les champs d'intérêt du philosophe, de la métaphysique à la psychanalyse, de l'herméneutique à l'éthique, de l'histoire de la philosophie à la religion. C'est aussi une longue et passionnante réflexion, s'élaborant en direct, sur quelques questions peu ou jamais traitées dans ses livres - l'esthétique par exemple. C'est également une bouleversante méditation sur l'existence et sur la mort. Leçon de philosophie, La Critique et la conviction témoigne d'une éblouissante capacité à mettre en rapport les savoirs et les cultures.

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