Myriam Chimènes

  • En étudiant le rôle déterminant des élites sociales dans la création et la diffusion musicales sous la Troisième République, cet ouvrage croise loehistoire sociale et loehistoire culturelle.

  • La musique est demeurée jusqu'à présent absente des études historiques consacrées à la vie culturelle des années noires.
    Fruit des recherches conjuguées d'une vingtaine de musicologues et d'historiens, le présent ouvrage s'efforce de combler cette lacune. Sans frontières géographiques ou esthétiques, il permet de mesurer les incidences du temps de guerre sur la carrière des musiciens, la réception des oeuvres et certaines formes de sociabilité, la fréquentation des concerts ou la pratique en amateur devant être considérées comme des dérivatifs aux difficultés de la vie quotidienne.
    La conduite des musiciens ne se révèle pas spécifique à leur profession : comme dans tous les milieux, une minorité a résisté, une autre a collaboré et la majorité s'est accommodée. L'attitude des hommes et le fonctionnement des institutions se dessinent à travers ces textes, qui mettent en relief une période-charnière dans l'histoire de la musique du XXe siècle. Si la musique bénéficie des faveurs du régime de Vichy, elle est aussi la première arme culturelle des nazis.
    En dépit du double joug de l'occupant nazi et d'un régime à tendance totalitaire qui applique des lois d'exclusion, les manifestations musicales (opéra, concerts symphoniques, jazz, chanson de variété, diffusions radiophoniques, production discographique...) prennent une part intense au surprenant foisonnement de la vie culturelle des années noires.

  • Pour les combattants de la Grande Guerre, formés dans la tradition des musiques militaires, l'oreille fut parfois l'organe qui leur apprit, à leur corps défendant, la nouveauté technique du conflit ; elle leur permit aussi d'entretenir, sous la forme d'activités musicales développées dans des conditions précaires, un lien avec leur part d'humanité. À l'arrière, le caractère rituel des pratiques musicales - à commencer par le concert -, donna aux discussions sur l'engagement et le patriotisme une traduction politique directe, dont témoignent également la réorganisation de la vie musicale et parfois même la création d'institutions. Enfin, la guerre mit les compositeurs face à une véritable alternative esthétique et morale, entre la culture de la « musique pure » et la production d'une musique politique que certains envisagèrent comme une forme de combat. En dépit de cet intérêt musicologique et historiographique, l'histoire de la musique entre 1914 et 1918 reste mal connue, en France comme ailleurs. L'équipe internationale d'historiens réunie à la fin des années 1980 autour de l'Historial de la Grande Guerre a tenté de bâtir une nouvelle histoire culturelle du conflit en centrant l'analyse sur les représentations des contemporains. Cependant, cet effort historique si actif dans les domaines de l'image ou de l'objet n'a pu éviter une lacune, celle de la création musicale. Pour sa part, la musicologie fait volontiers de la guerre de 14-18 le véritable portail du XXe siècle, mais, si l'on excepte certains travaux pionniers, cette affirmation générale est rarement étayée par un examen des réalités musicales elles-mêmes. Axé sur la France sans toutefois exclure le cas d'autres nations, c'est la multiplicité des manifestations de la guerre dans le champ musical, et de la musique dans le champ de bataille, que le présent volume veut aider à mieux connaître. Sont ainsi reprises certaines des contributions à deux journées d'études interdisciplinaires, organisées par l'équipe Approches historiques du monde contemporain du Centre de recherches historiques (É.H.É.S.S./C.N.R.S.), l'équipe Musique du Centre de recherches sur les arts et le langage (É.H.É.S.S./C.N.R.S.), l'Institut de recherche sur le patrimoine musical en France (C.N.R.S./ministère de la Culture/B.N.F), le Centre de recherche de l'Historial de la Grande Guerre et l'association Musiciens entre guerre et paix.

  • Henry Prunières (1886-1942), l'un des grands musicologues français de la première moitié du xxe siècle, demeure présent pour tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la musique de cette période et qui se sont nourris des riches pages de La Revue musicale ou de l'un des importants ouvrages qu'il a signés. Pourtant, jusqu'ici, aucune monographie ne lui avait été consacrée. Fruit des travaux d'un séminaire de recherche international, cet ouvrage comble cette lacune.
    Auteur de deux thèses sur L'Opéra italien en France avant Lully et Le Ballet de cour avant Benserade et Lully, Henry Prunières est aussi ouvert à la musique de son temps et côtoie de nombreux compositeurs de premier plan. Éditeur de la première édition monumentale des oeuvres de Lully, il reste avant tout le fondateur, en 1920, de La Revue musicale, tribune ayant rassemblé des chroniqueurs et des artistes essentiels du xxe siècle dans un esprit de rare ouverture à des domaines divers, faisant appel à la musicologie historique, couvrant toutes les époques y compris la musique contemporaine, sans négliger la danse, le jazz, le disque ou l'étude des rapports aux autres arts. Ce livre atteste la richesse de la personnalité d'Henry Prunières et l'ampleur des voies qu'il a ouvertes.

  • Ce volume de " Portrait(s) " de Darius Milhaud vient s'ajouter à un ensemble qu'il n'a cessé de composer et d'enrichir lui-même au fil des années, depuis les premières notes autobiographiques contenues dans Etudes, en 1927, jusqu'au bilan parfaitement accompli de Ma Vie heureuse, en 1972.
    En cette fin de siècle, la Bibliothèque nationale de France se devait d'apporter quelques touches nouvelles et significatives à la fresque entreprise. Après la discographie exemplaire de Francine Bloch, parue en 1992, voici, avec la complicité de Madeleine Milhaud, un bouquet de textes inédits et d'études à la fois éclatées et organiquement liées, à l'image d'une suite française que Milhaud n'aurait pas reniée.
    " Je n'ai pas d'esthétique, de philosophie, de théorie. J'aime écrire de la musique " : l'appétit créateur de Darius Milhaud est aussi appétit des autres, et en particulier attirance pour les poètes et écrivains de son temps, Francis Jammes, Paul Claudel, André Gide, Jean Cocteau, premier cercle autour d'une personnalité qui elle-même n'a cessé de repousser les limites de ses horizons géographiques, esthétiques et intellectuels.
    D'abord les amitiés aixoises Latil, Lunel; puis les amitiés parisiennes Poulenc, le groupe des Six; puis européennes : Schoenberg, Falla-, puis américaines. On verra dans ces pages un Milhaud tourné vers l'Europe centrale et vers l'Allemagne - son Christophe Colomb a été créé en 1930 à Berlin et non à Paris - avant que le nazisme ne rompe cette harmonie intellectuelle et artistique qui a régné un temps de Paris à Berlin, à Prague ou à Vienne.
    C'est en Amérique, Amérique du Sud puis Amérique du Nord, que Milhaud a trouvé les sons et les couleurs nécessaires et complémentaires à un langage qu'il avait forgé dès ses premières lignes d'enfant musicien.

  • Figure majeure dans l'histoire de la musique française au tournant des XIXe et XXe siècles, Claude Debussy (1862-1918), compositeur reconnu de son vivant et jouissant d'une notoriété internationale, a été considéré après la Seconde Guerre mondiale comme un initiateur de l'avant-garde. « Je travaille à des choses qui ne seront comprises que par les petits-enfants du XXe siècle » écrivait-il en 1895 : la prophétie de ce musicien novateur se trouve ainsi réalisée. En 2012, pour le 150e anniversaire de sa naissance, un colloque international a rassemblé une quarantaine de spécialistes. Du chercheur reconnu au doctorant, les contributeurs au présent ouvrage approfondissent la réflexion sur des sujets variés et, forts de problématiques inédites, apportent des éclairages neufs sur le créateur et sur son oeuvre, la pluridisciplinarité procurant un enrichissement considérable. De l'étude de la figure du personnage, dans ses dimensions politique, sociale et littéraire, à celle de la réception, de la postérité et de l'influence de sa musique, en passant par l'examen de ses procédés de composition, l'analyse spécifique de certaines de ses oeuvres et l'écoute de ses propres enregistrements, il résulte un corpus de textes constituant un éventail significatif de l'état actuel de la recherche debussyste et ouvrant de nouvelles perspectives.

    Ont collaboré à cet ouvrage : François Anselmini, Yves Balmer, Anne-Sylvie Barthel-Calvet, Annette Becker, Mauro Fosco Bertola, Gianmario Borio, Matthew Brown, Adrien Bruschini, Malika Combes, Justine Comtois, Paolo Dal Molin, Mylène Dubiau-Feuillerac, Julien Dubruque, Marie Duchêne-Thégarid, Jonathan Dunsby, Diane Fanjul, Michael Fend, Laurent Feneyrou, Élizabeth Giuliani, David Grayson, Philippe Gumplowicz, Roy Howat, Sylvia Kahan, Barbara L. Kelly, Richard Langham Smith, Christopher Brent Murray, Michela Niccolai, Pascal Ory, Timothée Picard, Christophe Prochasson, Michel Rapoport, Marie Rolf, Nicolas Southon, Renata Suchowiejko, Jean-Yves Tadié, Jean-Claire Vançon, Gianfranco Vinay, Marianne Wheeldon.

  • Sous l'Occupation, Paris ne reste pas silencieux. Peu après l'installation des Allemands, les musiciens reprennent leurs activités comme l'ensemble des artistes. Les salles de concerts et les studios radiophoniques et d'enregistrement se remettent à fonctionner. Dans ce contexte, nombre d'interprètes et de compositeurs français bénéficient de conditions de travail inédites, profitant de l'absence de concurrence étrangère conjuguée à la mise à l'écart des oeuvres des compositeurs, morts ou vivants, exclus par les lois scélérates. Centré sur la musique savante, cet ouvrage collectif traite de la diffusion de la musique, grâce à des études sur quelques sociétés de concerts spécifiques à cette période, sur des oeuvres du répertoire, sur la création contemporaine et sur le rôle de certains interprètes. Il met en évidence les personnalités de Francis Poulenc, Olivier Messiaen et Arthur Honegger ainsi que d'Alfred Cortot, Germaine Lubin, Charles Munch et Wilhelm Kempff, en insistant sur les ambiguïtés entretenues rétroactivement par certains acteurs de la vie musicale sur leur carrière pendant les années noires. Il analyse également la manière dont quelques grandes figures du passé (Mozart, Berlioz, Wagner) sont susceptibles de s'inscrire dans un discours de propagande, largement véhiculé par les critiques et les musicologues. Cette réflexion sur la trace mémorielle d'une époque se clôt par l'évocation de deux débats récents, qui montrent que ce passé passe difficilement.

    Ont collaboré à cet ouvrage : François Anselmini, Mathias Auclair, Yves Balmer, Esteban Buch, Jean Gribenski, D. Kern Holoman, Sara Iglesias, Karine Le Bail, Christophe Brent Murray, Aurélien Poidevin, Manuela Schwartz, Nicolas Southon, Leslie Sprout et Jacques Tchamkerten.

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