Paul Scolas

  • Juin 2017. Les salles de presse du monde entier bruissent d'une étrange question : « Le Diable existe-t-il ? » Le pape François évoque souvent le Diable dans son enseignement. Aussi lorsque le père Arturo Sosa, supérieur général des Jésuites, dénommé le « pape noir », déclare n'y voir qu'une figure symbolique, il provoque un émoi prévisible. Le Diable, dont le mot vient du verbe grec diaballo qui signifie diviser, venait encore de frapper, semble-t-il, et cela au sommet de l'Église.

  • Les migrations d'aujourd'hui et d'hier ne seraient-elles pas comme un lieu de révélation ? Le fait que les humains migrent, tissent des liens aussi bien (et parfois aussi mal) avec ceux qui sont loin qu'avec ceux qui sont proches, ne manifeste-t-il pas quelque chose d'essentiel sur ce qu'est être et devenir humain ? Tout humain n'est-il pas un migrant et ne doit-il pas l'être pour se trouver lui-même dans sa vérité profonde ?

  • Et si Dieu n'existait pas ?

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    • Cerf
    • 12 Septembre 2001

    Et si Dieu n'existait pas ! qu'est-ce que cela changerait ? Presque rien, sans doute.
    Mais quelle est la portée de ce presque rien si proche de l'unique nécessaire ? La question radicale de l'éventuelle non-existence de Dieu appartient à la responsabilité du théologien. S'il l'esquivait, tout en présentant Dieu comme une bonne nouvelle pour l'homme, ne serait-il pas un faux monnayeur ? Présenter à la pensée un Dieu qui serait faux à la manière d'un faux billet de banque, ce n'est pas simplement parler d'un Dieu qui n'existe pas, mais manifester un Dieu trompeur parce que sans consistance, une idole.
    La question de l'existence est ici une question proprement théologique puisqu'elle est un aspect de la question de l'idolâtrie. Or, la foi en Dieu est radicalement une lutte : contre l'idolâtrie et une victoire sur celle-ci. Cette interrogation théologique doit être menée avec rigueur, pour l'honneur de la théologie elle-même ; en la confrontant à une pluralité de discours. La théologie s'élabore ici en dialogue avec la philosophie, compagne depuis toujours (Françoise Mies), avec des sciences qualifiées d'humaines comme la psychanalyse et la sociologie (Marie Balmary et Luc Van Campenhoudt), l'éthique (Paul Valadier), et d'autres grandes traditions de sagesse (Jacques Scheuer à propos du bouddhisme).

  • Sauver le bonheur

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    • Cerf
    • 22 Mai 2003

    " La " fragilité " du bonheur en fait pour une part tout son prix.
    Il ne faudrait pas cependant que la maladresse de son désir en éloigne par trop. Aussi bien, l'homme a-t-il toujours été attentif à sauver le bonheur. Ce qui peut tromper dans la quête du bonheur, c'est notamment ce que la psychologie et la sociologie d'aujourd'hui appellent tantôt l'immédiatisme ("tout, tout de suite"), tantôt l'illimitation du désir ("il est interdit d'interdire"), tantôt la tentation du fusionnel, où l'on croit pouvoir faire fi des différences, des manques et des frustrations.
    Dans tous les cas : une difficulté à s'inscrire dans la patience de la durée. Ce qui est oublier que l'être humain appartient précisément à la durée, qu'il ne peut se construire, et donc sauver sa quête de bonheur, que s'il est capable, sans nier le présent, de mettre un écart, une distance entre lui et ses pulsions, pour que celles-ci, pulsions de vie, ne deviennent pulsions de mort. Le christianisme a-t-il mot à dire dans cet effort pour se réapproprier le bonheur ? Oui sans doute et singulièrement à la faveur de sa conception eschatologique du temps.
    L'eschatologie est cette conception du temps qui, sans nier la réalité actuelle, consiste à mettre celle-ci en rapport avec une dimension d'horizon permettant de faire distance - distance salutaire - avec l'immédiat trop abrupt. De donner du temps au temps. La tension eschatologique pourrait ainsi jouer le rôle d'un véritable principe de réalité, rappelant l'heureuse contrainte des limites dans l'élaboration même du bonheur, pour contrer les délires de l'illusion et de l'immédiatisme.
    Dans ce colloque interdisciplinaire consacré au bonheur, outre l'apport de trois théologiens (Anne Marie Reijnen : les puritanismes et le bonheur ; Joseph Famerée : la requête du bonheur dans l'histoire chrétienne ; Paul Scolas : l'eschatologie comme pensée du bonheur), nous avons fait appel à un spécialiste des mythes bibliques pour nous parler des somptueux récits narratifs de bonheur (André Wénin) ; à un philosophe pour nous éclairer sur la longue tradition de recherche du bonheur en christianisme (Jean-Michel Counet) ; à un critique d'art, pour nous montrer l'exubérance du bonheur dans la fresque sixtine de Michel-Ange (Jean-Pierre Mondet) ; à un écrivain et poète, pour nous aider à réinventer la vie par le pouvoir de l'imagination et la magie de la création littéraire (Colette Nys-Mazure).
    " A. GESCHE

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