Philippe-Alain Michaud

  • Sur le film

    Philippe-Alain Michaud

    • Macula
    • 7 Avril 2016

    "Cinéma est un mot grec qui signifie « mouvement » [movie]. L'illusion du mouvement est certainement le complément ordinaire de l'image filmique, mais cette illusion repose sur la certitude que la vitesse à laquelle se succèdent les photogrammes n'admet que des variations très limitées. Rien dans l'agencement structural du ruban filmique ne peut justifier une telle certitude. C'est pourquoi nous la rejetons. Désormais, nous appellerons notre art simplement : le film".

    Hollis Frampton, Pour une métahistoire du film Ce livre propose une lecture rétrospective, non linéaire et décentrée de l'histoire des images en mouvement : il s'appuie sur une analyse de la pensée filmique telle qu'elle se déploie, indépendamment de ses applications techniques, dans l'histoire des représentations, et constitue un repérage de la manière dont les propriétés du film, disjointes de l'appareil qui conditionne le spectacle cinématographique, agissent dans les différents champs des pratiques artistiques.

    Les premiers chapitres analysent la manière dont le film est né de la déconstruction de l'espace et des catégories à partir desquels la forme-cinéma s'est instituée ; les suivants s'attachent à décrire comment artistes et cinéastes, au fil de la période moderne et contemporaine, ont disjoint les propriétés du film - lumière, durée, mouvement - et séparé ses éléments constitutifs - photogramme ou ruban de photogrammes, faisceau, surface de projection. - pour les réagencer en d'autres configurations. Ce changement de perspective dont on n'a pas fini de mesurer les effets nous oblige à une lecture rétroactive de l'histoire du film tout entière, en même temps que celle de son intégration à un système des arts qu'il transforme en retour. Ce qu'on appelle improprement « cinéma expérimental » apparaît désormais comme la trace, tout au long du XXe siècle, du fait que l'expérience du film ne se confond pas avec l'histoire de sa dématérialisation : face au spectacle de cinéma traditionnel moulé dans l'espace du théâtre classique, du film avant-gardiste des années 1920 à l'expanded cinema des années 1960, jusqu'au film d'artiste contemporain, le style « expérimental » aura été une façon de repenser l'histoire des images en mouvement en suggérant d'autres généalogies et selon d'autres concepts.

    Face au dispositif spatial dans lequel s'est reconnu et s'est déployé le cinéma moderne (des spectateurs immobiles dirigeant leur regard vers un écran conçu comme une surface transparente) et à partir duquel il a produit ses propres régimes d'intelligibilité, se dessine une autre manière de penser le film : un film despécifié, émancipé des lois de la théâtralité et de celles de la photo-impression, un dispositif de transfert généralisé engendrant des phénomènes de comparution.

  • Voici le premier livre en français sur Aby Warburg (1866-1929). Fondateur de la discipline iconologique, créateur du prestigieux institut qui porte son nom, Warburg a compté parmi ses disciples les plus célèbres historiens d'art du siècle : E. Panofsky, E. Wind, F. Saxl...
    Avec Warburg, l'histoire de l'art n'opère plus aux confins de l'anthropologie : elle en est une catégorie. Plutôt que leur beauté, il met en évidence l'efficacité des images. Ses mots clés sont : survivance, magie, astrologie, empathie, animisme, totémisme...
    À trente ans, en 1896, par un geste raisonné de rupture, il se rend chez les Hopis du Nouveau-Mexique. Étrange parcours mélancolique d'un historien qui va trouver dans les rituels des Indiens pueblos les réponses aux énigmes que lui posait la Renaissance de l'Occident.
    À partir de 1924, Warburg élabore avec son Atlas intitulé Mnémosyne une «histoire de l'art sans texte» qui procède par juxtaposition de documents empruntés à tous les champs du savoir, esquisse mystérieuse d'un nouveau type d'exposé et d'exposition, loin des généalogies établies.
    L'ouvrage de Philippe-Alain Michaud n'est pas seulement un livre sur Warburg, c'est un livre avec Warburg - dont il prolonge les intuitions en introduisant dans son analyse le daguerréotype, les expériences de Marey, le cinéma primitif, la danse de Loïe Fuller, toutes pratiques qui affleurent dans l'interprétation warburgienne des images et qui en éclairent la singularité.

  • Le titre de cet essai est emprunté à l'ouvrage de Lucien Levy- Bruhl, L'Âme primitive, publié en1927. Selon Levy-Bruhl, à l'inverse des constructions dualistes qui caractérisent la rationalité moderne, les peuples « primitifs » ont développé une conception pluraliste de l'âme correspondant à une appréhension pré-rationnelle du moi, conception selon laquelle l'âme, essentiellement non-fixée, peut prendre une multiplicité de formes et se déposer dans différents sujets. La théorie développée par Levy-Bruhl, si elle s'appuie sur un schéma évolutionniste désormais caduque, conserve une portée heuristique intacte : elle sert ici de métaphore pour décrire les procédures de la figurabilité, c'est-à-dire les dispositifs formels, symboliques ou rituels qui gouvernent les transformations des corps en figures ou, inversement, permettent aux figures de prendre corps.
    Auto-destruction, possession, métempsychose, rêve, phénomènes de mort retardée : les textes rassemblés ici font le récit de ces déplacements, qui sont autant de retours en-deçà du principe d'identité et trouvent un accomplissement dans l'opération filmique : aussi ces textes, s'ils ne traitent pas tous du film, sont néanmoins traversés par la question de la filmicité.
    Ce livre est fabriqué comme une mosaïque, chacun des articles fonctionne comme un corps rêvé ou réel. Les fantômes, les zombies, les âmes, les revenants mais aussi les plantes, les membres isolés ou la peur sont autant d'éléments du monde de l'enfance qui surgissent dans celui des adultes à travers des films, des comics et des performances. L'auteur tisse ici un récit admirable et avec une poésie incroyable il opère des rapprochements inédits.

  • Une exploration de la collection cinématographique grâce à une approche originale basée sur une trentaine d'oeuvres de la collection de films du Centre Pompidou. Le propos n'est pas de ré-écrire une nouvelle histoire traditionnelle du cinéma mais de considérer le film comme objet appartenant aux champs des arts plastiques : une autre manière de voir les grands films de Bunuel, Richard Serra, Man Ray ou encore René Clair.
    Cette lecture inédite apporte une contribution originale à l'histoire de l'art comme à celle du cinéma.

  • Né en 1977 à Oradea (Roumanie), Mircea Cantor vit et travaille « sur Terre ». Il étudie d'abord à l'université d'art et d'esthétique de Cluj-Napoca puis se tourne vers l'école des Beaux-Arts de Nantes en 1999. L'artiste voit son oeuvre récompensée par le prix Fondation Ricard en 2004 et le prix Marcel Duchamp en 2011. Ses réflexions s'engagent à travers différents médiums : vidéos, installations, photographies, dessins, performances, sculptures, dont cette monographie tente de rendre compte de façon exhaustive. Mircea Cantor est nommé officier des Arts et des Lettres en 2019.

    Mircea Cantor se dit artiste du monde, un monde sans frontière, et souhaite mettre en lumière les failles et les dysfonctionnements de l'être humain par le prisme de notre société contemporaine. Poétique et allégorique, son oeuvre entière est caractérisée par cette faculté de traiter de sujets complexes mais toujours dans une esthétique suspendue entre le réel et la chimère. Mircea Cantor voue une obsession au motif. L'apparence des formes, leur temporalité et leur force de persistance rétinienne font également partie des finalités attendues par l'artiste pour ses oeuvres. Il se joue de nos traditions, critique la face du monde, la politique, le phénomène de globalisation, l'histoire, mais reste concentré sur les aspirations humaines, observant minutieusement nos comportements et nos failles. Ancré dans son temps, il en révèle les cicatrices, les absurdités ainsi que la beauté de notre monde. S'interroger sur l'essence humaine est primordial.

    Mircea Cantor souhaite livrer une oeuvre symbolique en s'inspirant de divers champs de la connaissance afin de donner sens à l'existence humaine. Les fondements de son travail pourraient se résumer en plusieurs mots : tradition, humilité, esthétique, indépendance, rigueur et morale.

  • En 1996, le designer français Martin Szekely prend la décision de placer son travail sous l'égide d'une règle : ne plus dessiner.
    Il s'agissait d'un principe de création et d'un principe de procédure auxquels le designer reste fidèle encore aujourd'hui. L'ouvrage Ne plus dessiner est publié à l'occasion de l'exposition éponyme au Centre Pompidou à Paris du 12 octobre 2011 au 2 janvier 2012. A travers les différents textes et projets qui y sont présentés (ceux montrés dans l'exposition), il revient sur les fondements de cette démarche singulière et permet d'en constater les effets sur les réalisations des quinze dernières années.
    Chaque projet, des éditions de meubles et d'objets de recherche aux produits industriels, est accompagné d'un texte écrit par le designer lui-même avec Françoise Guichon, conservatrice et chef du service Design au Musée national d'art moderne - Centre Pompidou. En fin d'ouvrage, le théoricien de l'art Philippe-Alain Michaud, conservateur chargé de la collection des films au Musée national d'art moderne - Centre Pompidou, revient sur le film de Mark Lewis, Black Mirror at the National Gallery, créé spécialement pour l'exposition.
    Fruit de la rencontre entre le designer et l'artiste, cette oeuvre met en scène Soleil Noir, un miroir conçu par Martin Szekely en 2007, dans les salles de peintures hollandaises de la National Gallery de Londres. Modeste dans son format et par son nombre de page, Ne plus dessiner est un joli complément de l'ouvrage Martin Szekely, une monographie en grand format publiée en 2010 aux éditions JRP/Ringier.

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