Sylvain Venayre

  • Ecrire et photographier ? La question est d'une étonnante modernité. Mais elle n'est pas nouvelle et elle accompagne depuis les origines du livre l'histoire de l'édition. Sylvain Venayre saisit l'occasion de réfléchir au rapport du texte et des images, de l'art de la description des lieux face à l'art de les représenter visuellement, par l'approche des relations entre deux grands artistes du xixe siècle : Gustave Flaubert et Maxime Du Camp. Ces deux-là sont à peine âgés de 25 ans, en ce milieu du siècle, quand ils entreprennent de partir en voyage : destination le Moyen Orient. C'est une destination toute trouvée dans un contexte favorable aux voyages et aux expéditions.
    La France a découvert l'égypte avec l'expédition de Bonaparte (1798-1801), l'égyptologie avec Jean-François Champollion et de nouveaux accès avec l'entrepreneur Ferdinand de Lesseps. L'« égyptomanie » s'inscrit durablement dans le paysage culturel du nouvel empire aussi bien dans les oeuvres de l'esprit que dans les monuments. Il importe donc d'enrichir la documentation scientifique et architecturale, de s'intéresser aux usages et aux moeurs des populations et des nouvelles contrées à coloniser et surtout d'apporter des preuves et des images fiables de ces « ailleurs » pleins de promesses de profit. Celles-ci vont se multiplier jusque dans les années 1930 sur toutes sortes de supports imprimés.
    Ce milieu du siècle de l'industrie est marqué par l'exotisme, la conquête de nouveaux passages et de nouvelles terres. L'Orient est à la mode. À ce moment d'apogée du romantisme, la littérature s'est « orientalisée » avec le goût de l'ailleurs, du voyage, sous l'influence des écrits de Byron, Chateaubriand et Lamartine, qui auront aussi de l'influence sur Flaubert, Du Camp ou Nerval. C'est une époque charnière d'une histoire « contemporaine » avec l'ouverture des temps « modernes » et le développement du goût pour la science et la technique en liaison avec l'industrialisation de l'Occident. C'est notamment le début d'un cycle d'inventions de ce nouvel art de la représentation qu'est la photographie.
    Dix-neuvièmiste éclairé, historien du voyage, lecteur et rassembleur assidu de toutes sortes d'archives et de sources d'histoire culturelle, Sylvain Venayre, connu et reconnu pour ses travaux d'histoire culturelle sur Pierre Loti, suit ici de près les deux protagonistes qu'il nomme familièrement « Gustave » et « Maxime » dans leur voyage en Orient et ses conséquences sur la perception qu'ils ont respectivement de l'écriture et de la photographie. Ce débat engagé entre eux en amont de ce voyage par la publication des travaux de Maxime se poursuivra plus tard comme en atteste, dans la correspondance de Flaubert, ses parti pris et ses refus de l'illustration pour ses romans, notamment Salammbô.
    Le choix s'est porté ici, dans cet petit ouvrage, sur une relecture à la fois textuelle (avec des extraits de la Correspondance de Flaubert) et visuelle (avec une vingtaine de photographies choisies de Du Camp) de ce moment clé d'une expérience de terrain propice à une philosophie des usages de l'image.

  • La pratique de l'écriture du voyage est presque aussi ancienne que l'histoire humaine. A partir du XVIe siècle, elle fit en Europe l'objet d'un intérêt nouveau, des artes apodemicae, ou "arts de voyager", essayant alors de codifier une pratique que les humanistes jugaient essentielle dans la formation de la jeunesse. Par la suite, le grand mouvement d'exploration savante du globe par les Européens conduisit encore à en préciser les codes, jusqu'au tournant des XVIIIe et XIXe siècles où, sous l'influence de l'esthétique romantique, les écrivains entreprirent d'exprimer les émotions ressenties par les voyageurs. Le XXe siècle, enfin, fut dominé par les angoisses nées de la fin de l'exotisme. Ce livre se propose de retracer cette longue histoire : de quelle façon s'est imposé le genre littéraire du récit de voyage, quels en furent les auteurs les plus remarquables, quelle place fut réservé aux grands codes esthétiques et comment furent exprimés le désir de l'exotisme et de l'aventure. Les textes soigneusement choisis de cette anthologie trouvent un écho tout particulier dans les oeuvres appelées à les illustrer -peintures, dessins ou encore gravures -, de Brueghel à Nicolas de Staël, en passant par Friedrich ou encore Manet.

  • Une guerre au loin

    Sylvain Venayre

    En 1883, Pierre Loti assiste, du pont de son navire, à la prise des forts de Huê, par laquelle la France conquiert l'Annam. Il fait paraître le récit de la bataille dans le journal Le Figaro mais, au bout du troisième article, la publication est interrompue et Pierre Loti, lieutenant de vaisseau, est sommé par le ministère de se rendre en France pour s'expliquer. On l'accuse d'avoir présenté les marins et les soldats français comme des sauvages cruels et presque fous.
    Le propos du livre, centré sur la figure de Pierre Loti, est de comprendre ce qui s'est joué, en 1883, dans ce que les journaux appellent alors « le cas Loti ». L'enquête historique porte sur la politique de conquête coloniale, sur les modalités des guerres qui en résultent, sur la naissance du reportage de guerre, sur le rôle des procédés littéraires dans la restitution de l'expérience vécue et sur les représentations que l'on se faisait alors des atrocités et de la folie dans les combats.
    La forme du livre est essentielle. Il s'agit aussi de réfléchir à la poétique de l'écriture historique et à ses conséquences aujourd'hui. Le livre est construit autour du personnage principal, Pierre. Il ne comporte pas de notes de bas de page (même si toutes les sources apparaissent dans les notes de fin d'ouvrage) et intègre les citations dans le corps du récit. Cette forme permet d'interroger autrement le rôle historique de la littérature, un des thèmes du livre, ainsi que les résonances actuelles de cette histoire de 1883. Car aujourd'hui aussi, que sait-on exactement des guerres qui sont menées, au loin, en notre nom ?

  • "Les périodes de paix sont les pages blanches de l'histoire" : la formule du philosophe allemand Hegel est certes très contestable. Elle n'en renferme pas moins une vérité : depuis la plus haute Antiquité, l'activité guerrière de l'humanité a fourni la matière d'innombrables récits, depuis la Bible et Homère jusqu'aux témoignages contemporains.
    Sans doute n'a-t-on pas toujours parlé de la même chose. Les pratiques et les représentations de la guerre ont tellement changé au cours des siècles. Et cependant les écrivains ont bien prétendu parler de "la" guerre, comme si, par-delà l'infinie variété de circonstances, demeurait une essence du conflit, cette essence qui s'est incarnée dans un petit nombre de divinités dédiées, tels Arès ou Mars.
    Bien sûr, cette histoire est aussi celle de la littérature. Épopées, récits, romans, récits, essais, traités, histoires, poèmes, pièces de théâtre, témoignages, reportages ont mis la guerre en scène, la décrivant, la codifiant, l'analysant, l'interprétant, la dépassant souvent, la conduisant ailleurs que sur les champs de bataille. L'encre des écrivains a tenté de restituer quelque chose du sang et des larmes que la guerre a fait couler, que ces auteurs aient fait l'expérience de la guerre ou qu'ils l'aient seulement imaginée. Les lire aujourd'hui, c'est retracer l'histoire, sur le temps long, d'une des sensibilités les plus intenses qui ait jamais agité les sociétés humaines. 

  • En un peu plus d'un siècle, entre 1780 et 1920, le voyageur s'est métamorphosé. Les savants et les curieux de l'âge classique, gênés par les difficultés du déplacement et convaincus de la nécessité de partir pour connaître, se sont progressivement effacés. À leur place sont apparus des individus d'abord soucieux de jouissances sensibles et n'imaginant pas toujours que le voyage soit le meilleur moyen de faire avancer la science. Les raisons de ce changement sont multiples : techniques, politiques, industrielles, sociales et, peut-être avant tout, culturelles. Car une pratique originale du monde finit par tout emporter : celle que résume la figure du touriste, ses innombrables avatars (alpiniste, aventurier, baigneur, curieux, excursionniste, flâneur, globe-trotter, plaisancier, plaisirain, poète, sportsman, vélocipédiste, villégiateur) et son lot de déceptions inévitables. Tombouctou, c'était donc cette ville triste et pauvre où, dit René Caillié, on n'entend pas le chant d'un seul oiseau. Bien d'autres, qui n'allèrent pas si loin, pensèrent alors semblablement.
    Fort d'une méthode originale, Panorama du voyage propose, pour une époque cruciale, un inventaire passionnant de la totalité des façons de pratiquer et de se représenter le voyage.

  • Robinson Crusoé ou Lawrence d'Arabie, Isabelle Eberhardt ou Lord Jim, Buffalo Bill ou Saint-Exupéry... Ces noms ont fait rêver des générations entières. Sylvain Venayre est parti à la recherche de cette mythologie de l'aventure . il en retrace la généalogie et il en explique le succès croissant au XIXe siècle alors que se développent livres illustrés, presse populaire et expositions universelles.., alors aussi que naît un certain Jules Verne. Sylvain Venayre décrypte la figure de l'aventurier, longtemps entachée d'une réputation douteuse, qui progressivement se transforme en figure héroïque et s'érige en modèle. Explorateurs ou grandes voyageuses, chasseurs d'or ou " hommes qui voulurent être rois ", héros fictifs et personnages réels prennent ainsi vie dans cet essai qui met brillamment en perspective ces désirs d'aventure et analyse notre fascination pour ces destinées hors du commun.

  • Rimbaud, Isabelle Eberhardt, Lawrence d'Arabie... ils ont fait rêver le XXe siècle. Existences solitaires, mystérieuses, que les biographes n'ont pas épuisées, et qui ont incarné le furieux désir d'aventures qui naît et se déploie alors en Europe. Certes, jusque-là, quelques individus à la destinée peu commune avaient intrigué l'opinion - un Anglais devenu rajah, un notaire couronné roi de Patagonie... -, mais le regard porté sur ces «aventuriers» se teintait de méfiance, voire de condescendance.
    Or, au tournant des XIXe et XXe siècles, tout change : l'aventure cesse de se confondre avec des tribulations cocasses ou tragiques, réservées à la jeunesse ou à quelques excentriques, pour devenir un idéal et un art de vivre. Comment accomplir ce nouveau mot d'ordre : faire de sa vie un poème en actes ? Dans la guerre, peut-être, là où elle cesse d'être usine meurtrière, là où le combat individuel est encore possible. Dans le voyage : commence une quête éperdue, sur cette planète qu'on cadastre chaque jour un peu plus, des espaces ignorés, des peuples purs de la souillure touristique. Dans la politique et, pourquoi pas, dans la littérature : car des écrivains vouent désormais, indissociablement, leur vie et leur oeuvre à l'aventure, Conrad, Malraux, Saint-Exupéry... dont un Hugo Pratt sera parmi d'autres l'héritier.
    Aujourd'hui nimbée d'une gloire que nul ne songe à lui contester, l'aventure a pourtant une histoire : elle est née, il y a cent ans, comme valeur fondamentale de l'homme moderne.

  • 1 - La victoire des républicains, 1870-1898.

    2 - La contestation socialiste.

    3 - Les catholiques dans la République.

    4 - L'affaire Dreyfus et l'émergence du nationalisme.

    5 - L'ombre de la Grande Guerre.

    6 - La crise des années 1930.

    7 - La République face à la guerre.

  • Le monde à la une Nouv.

    « ÉDITO Depuis bientôt deux siècles, la presse française rubrique le monde.
    À celles et ceux que leurs vies ne jettent pas sur les grands chemins, elle a apporté et apporte encore, chaque jour, des récits et des images d'ailleurs.
    Elle l'a fait très différemment selon les époques. Les choses ne se passaient pas de la même façon avant le télégraphe électrique, avant le téléphone, avant le bélinographe, avant la radio, avant la télévision, avant Internet.
    Elle le fait très différemment, surtout, selon les rubriques. On ne raconte pas le monde de la même façon dans le roman-feuilleton, la chronique boursière, la correspondance, le reportage, la mode, le sport, la météo, l'horoscope. On ne le montre pas de la même façon à la Une, en gravures, en photographies, en caricatures, en bandes dessinées.
    Celles et ceux qui ont participé à ce livre sont toutes et tous, d'une façon ou d'une autre, des universitaires spécialistes de leurs rubriques et de la façon dont celles-ci ont donné à voir et à lire le monde. Nous leur avons demandé très précisément :
    1°) De partir d'un exemple précisément situé : une date, un événement, un journal.
    2°) Depuis ce point de vue, nous leur avons demandé de faire l'histoire de la rubrique elle-même, en remontant autant que possible dans le temps et en redescendant autant que possible jusqu'aujourd'hui.
    3°) Nous leur avons demandé d'expliquer en quoi chacune de ces rubriques a permis à ses lectrices et à ses lecteurs de saisir - ou pas - la complexité du monde.
    4°) Nous leur avons suggéré d'écrire leurs textes comme bon leur semblait, avec le style approprié, car ce livre veut être ce que les journaux sont depuis deux siècles : des espaces de liberté et d'invention.
    Nous les remercions d'avoir joué le jeu, en ces temps où les universitaires sont si occupés à des tâches parfois un peu tristes. Ils ont fait, à leur tour, la preuve que le savoir peut être joyeux.
    Nous vous présentons ce livre dans l'ordre chronologique des exemples choisis.
    Il n'est pas question de prétendre ici que la presse a toujours été une merveilleuse fenêtre ouverte sur le monde. Bien au contraire - et vous vous en rendrez vite compte - elle a souvent été le lieu de solidification des identités locales et nationales. Elle a parfois perpétué des stéréotypes dont nous aimerions nous défaire. Si elle s'est ouverte à la globalité, c'est en raison de mouvements généraux qui, pour une bonne part, la dépassaient.
    Mais, avec une grande diversité d'expression, dont ce livre veut rendre compte, elle a aussi fait autre chose, modelant en grande partie notre façon de voir, de comprendre et de ressentir le monde. En ces temps de profonds renouvellements du journalisme - sites Internet, commentaires, fake news - et cependant que la « mondialisation » fait l'objet de tant de débats, il est important de revenir, attentifs et amusés, sur une histoire qui nous concerne tous.
    Marie-Ève Thérenty et Sylvain Venayre »

  • Saviez-vous que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse ? Que le préservatif masculin, autrefois en tissu ou en boyaux d'animaux, n'a connu son essor qu'avec le caoutchouc ? Que le chewing-gum doit son succès à un général mexicain chassé par la révolution dans son pays ?
    À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, des historiennes et historiens nous entraînent dans un voyage insolite et passionnant à travers le petit magasin du monde.

  • Mai 1985 : Sylvain, alors âgé de 15 ans, se réveille à l'hôpital après un coma dû à un accident. Il pense être l'un des survivants du Heysel, où 41 supporters sont morts lors du match opposant la « Juve » de Platini à Liverpool deux jours auparavant. Devenu adulte et historien, il interroge sa passion footballistique née en regardant les matchs du carré magique Giresse-Tigana-Genghini-Platini...

  • Du banjo au smartphone en passant par le drapeau et le sex-toy, une déambulation dans le grand « magasin » du monde.
    Saviez-vous que le hamac, d'origine amérindienne, avait été mis au service de la conquête de l'espace ? Que le surf fut d'abord une pratique politique et religieuse ? Que le shampoing adopté par les Britanniques provient du sous-continent indien ? Que la boîte de conserve a initié le développement spectaculaire de Kuala Lumpur ? Que la passion du piano a accéléré l'extermination des éléphants des savanes africaines ? Que de petits coquillages des Maldives permettaient d'acheter des captifs destinés aux plantations outre-Atlantique ?
    À l'invitation de Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre, près de quatre-vingt-dix historiennes et historiens ont accepté de relever le défi, savant et ludique, d'une histoire du monde par les objets. De la tong au sari, du gilet jaune à la bouteille en plastique, en passant par le sex-toy et la chicotte, ces objets tour à tour triviaux et extraordinaires éclairent nos pratiques les plus intimes tout en nous invitant à comprendre autrement la mondialisation et ses limites.

    Un voyage insolite et passionnant dans le grand magasin du monde.

  • Jeanne d'Arc, Molière, Marie Curie, l'historien Jules Michelet et le général républicain Alexandre Dumas dérobent sur l'île d'Yeu le cercueil du maréchal Pétain. Commence alors une folle équipée à travers le territoire national. Passant par les hauts lieux de l'histoire de France, leur voyage est aussi une interrogation sur ses origines.
    À ceux qui prétendent que la France daterait des Gaulois, des colonies grecques, de la conquête romaine ou du baptême de Clovis, nos illustres personnages suggèrent joyeusement de regarder le paysage d'un peu plus haut. Brillant d'intelligence et d'humour, ce livre de bande dessinée est aussi une réflexion sur le pouvoir des images qui, depuis si longtemps, accompagnent en France le récit de la nation.
    Les vingt volumes de la collection Histoire dessinée de la France proposent une relecture originale et décapante du récit national, en associant les meilleurs historiens français aux plus talentueux auteurs de bande dessinée.

  • Prolongeant l'entreprise initiée par l'Histoire du monde au XVe siècle dirigée par Patrick Boucheron, l'équipe d'une centaine d'historiens dirigés par Pierre Singaravélou et Sylvain Venayre se propose d'écrire la première Histoire du monde au XIXe siècle en langue française. Par des objets, des dates et des thèmes clés, ils racontent comment nous sommes devenus contemporains.
    En Europe et dans les Amériques, le XIXe siècle a longtemps été défini comme l'époque de la « modernité ». Mais qu'en est-il lorsque, abandonnant l'étalon de l'Occident, on change de point de vue ? Car le monde est avant tout l'objet d'expériences contrastées auxquelles ce livre convie le lecteur.
    Il le guide à travers les circulations de cette ère nouvelle, des migrations à l'expansion coloniale. Il le conduit au fil des « temps du monde » scandés par des événements à la résonnance planétaire, de l'indépendance d'Haïti (1804) à la révolution chinoise (1911). Il l'entraîne aussi au coeur d'un « magasin du monde » qu'approvisionnent bibelots, cartes, tatouages, ivoire, opium, dévoilant des processus historiques qui installent le lointain dans l'intime et le quotidien. Il le transporte, enfin, dans les « provinces du monde » - indienne, sud-américaine, ottomane, européenne, etc. - qui révèlent l'existence de « modernités » alternatives.
    Réunissant les contributions de près de cent historiennes et historiens, cet ouvrage fait entendre les voix d'un passé pluriel et nous laisse une certitude : celle d'être alors devenus, ensemble, et pour la première fois, contemporains.

  • Un écrivain en manque d'inspiration pour un roman d'aventures trouve en un jeune chercheur en histoire le compagnon idéal pour explorer les vestiges du jardin tropical en bordure du bois de Vincennes.

    Ensemble, ils partent alors sur les traces du fantasque fondateur du jardin, l'explorateur Jean Dybowski.

  • Deux histoires s'entrecroisent : d'une part, la chasse à la baleine blanche menée par le capitaine Achab et l'équipage du PEQUOD au milieu du XIXe siècle ; d'autre part, une discussion conduite aujourd'hui, à Paris, sur la signification du roman de Melville. Les deux protagonistes principaux de cette discussion sont : d'une part, un vieil homme, qui vient juste de prendre la décision de ne pas transposer MOBY DICK au théâtre ; d'autre part, un jeune homme, qui veut réaliser une émission de radio sur le sens actuel de l'oeuvre de Melville. Tout au long de l'album, alternent ainsi des scènes situées à Paris aujourd'hui et au XIXe siècle sur le PEQUOD. Ces scènes correspondent entre elles. Elles permettent de délivrer le sens de la quête d'Achab, en explicitant l'univers symbolique de Melville. Elles ont également pour but d'adapter tous les passages de MOBY DICK, dans lesquels Melville lui-même disserte abondamment sur le cachalot et sa signification existentielle (passages qui représentent tout de même presque la moitié du livre - et qui, à notre connaissance, n'ont jusque-là jamais fait l'objet d'aucune adaptation).

  • Cette histoire d'amitié virile, au temps de Louis XIII, entre d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis, racontée par Alexandre Dumas, est depuis longtemps entrée dans la légende de la littérature.
    Tout le monde connaît ces aventures : d'Artagnan quittant son Béarn natal pour d'entrer dans le régiment des mousquetaires du roi ; son amitié avec Athos, Porthos et Aramis ; sa participation, ainsi que celle de ses amis, à l'affaire des ferrets, par laquelle Richelieu espérait dévoiler la passion inavouable de la reine de France, Anne d'Autriche, pour le ministre d'Angleterre, le duc de Buckingham ; sa tentative d'empêcher l'assassinat de Buckingham par le principal agent de Richelieu, Milady.
    Pourtant, ces événements ont-ils bien le sens que Dumas semble vouloir leur donner ? Tout en dissimulant son message, il laisse de nombreux signes à l'intention de ses lecteurs, que personne à ce jour ne semble avoir vus : le véritable héros des Trois Mousquetaires est une femme, Milady !

    Et si le véritable héros des Trois Mousquetaires était une femme ?
    Sylvain Venayre et Frédéric Bihel proposent une lecture révolutionnaire, en bande dessinée, du roman d'Alexandre Dumas : raconter l'histoire des Mousquetaires du point de vue de Milady.
    Un message qu'Alexandre Dumas aurait dissimulé dans son roman, et que personne à ce jour ne semble avoir vu.

  • À Paris, le promeneur déambule au milieu d'innombrables souvenirs de batailles livrées aux quatre coins du monde, autrefois célébrées à travers des spectacles, des monuments, ou inscrites dans la pierre ou le métal. Ces arcs de triomphe dont on n'avise plus les motifs, ces noms de rues qui n'évoquent rien, ces monuments de bronze qui verdissent, qu'en faire aujourd'hui ? Peut-être, simplement, les regarder en face. Tenter de les lire, la candeur en moins, avec la même intensité que ceux qui les ont voulus ici.
    Comprendre aussi ce qui les a rendus presque indéchiffrables. Pratiquer de la sorte une histoire de plein vent : cette histoire qui fait dialoguer le savoir et l'espace, la ville et les livres, qui accroît le désir de connaissance en même temps que le nombre des pas.
    S. V.

    Sous la direction de Sylvain Venayre.
    Photographies de Martin Argyroglo.
    En partenariat avec la « Petite Égypte ».

  • Le projet artistique de Raymond Escomel s'établit sur une rêverie et sur une transformation du réel. Son voyage en Orient passe par les lieux mythiques de la route de la Soie, de Venise à Istanbul. Son intention n'est pas documentaire, il offre plutôt une réflexion sur le temps du voyage. La longueur du temps de pose coïncide avec une sorte de lenteur orientale. Les photos témoignent de cette fusion.
    Elles s'insèrent dans une suite au sens musical mais chacune d'elles peut composer un tableau, une oeuvre en soi. La magie du bougé, du filé, la rhétorique du flou proposent une vision cinétique d'une grande fluidité. Sylvain Venayre, historien du voyage, est invité dans ce livre en contrepoint. Il s'intéresse ici à la pratique de la photographie en voyage et au voyage en photographies. Son texte soulève cette question à partir de l'expérience d'un voyage ensemble en Orient de Maxime Du Camp et de Gustave Flaubert en 1849.
    Dans les premiers temps de la photographie, la question du statut du nouveau medium comme art était posée : simple servante des arts ou art en tant que tel ? quelle application peut-on en faire dans le cadre du voyage et de l'observation ? quels sont ses rapports avec la littérature de voyage ? L'enjeu de la " recherche d'images " (Chateaubriand) pour rapporter le monde est débattu entre écrivains, peintres et artistes à cette époque : rapportées par le " regard écrit " (Lamartine) ou reproduites grâce à la photographique dans des livres illustrés ? La leçon d'Orient de Raymond Escomel et de Sylvain Venayre nous invite à voir autrement quand nous sommes nous-mêmes en situation de voyage.
    Après son premier livre aux éditions Créaphis, Saurais-je me souvenir de tout ?, le photographe affirme un style original et ses photographies s'inscrivent dans un même rapport à la mémoire.

  • Un énorme chantier, entouré de palissades, griffe le quartier.
    On dirait une île. Dans le café-restaurant le jouxtant, la conversation va bon train :
    Les vigiles du chantier ont tiré sur Chien-Noir, le sans-abri. L'arrivée d'un gros homme, à l'air inquiétant et tenant en main un étui à violon, impose le silence. Il souhaite louer l'une des chambres du premier étage pendant quelques jours. Prenant à part Jacquot, la petite fille du propriétaire, l'homme est à la fois menaçant et affolé :
    Un homme demandera après moi, lui dit-il.
    S'il a une « sale gueule. une gueule de traître. s'il marche en claudiquant et en s'appuyant sur une canne avec le pommeau d'argent au bout, alors souffle dans ce sifflet, le plus fort que tu peux ! »...
    Le boiteux viendra plus tard, il s'appellera Jean Dargent. Et avec lui, le mystère s'épaissira, la peur s'insinuera et le danger s'installera...

  • Stupeur en ce mois de mai 2058 : le document donné à l´épreuve d´explication de textes de l´agrégation d´histoire est un faux. Un faux ? Pas exactement : une « forgerie », un texte ayant la forme d´un document ancien, mais ne cachant nullement qu´il est une imitation moderne. Les étudiants ont donc commenté le texte d´un historien célèbre qui s´était essayé à écrire, en 2011, le texte perdu d´une conférence sur la colonisation française prononcée en 1896 dans un petit village du Limousin.  Mieux qu´aucune archive, le texte exposait ce qui aurait pu être dit en pareille circonstance. Mais les historiens attendent-ils seulement des documents d´histoire qu´ils confortent ce que l´on sait déjà ? Les candidats au concours de 2058 sont les premiers à en douter. Ils sont bientôt rejoints par deux historiens très âgés qui leur rappellent un précédent méconnu : au concours de 2011 justement (quelle coïncidence !), on avait donné à commenter le texte d´un érudit moderne qui avait lui aussi inventé la source qui lui manquait.  Par quelle mystérieuse opération un « texte » devient-il un « document », et un « document d´histoire » un « bon texte » pour ceux qui prétendent l´enseigner ? À quoi sert l´érudition et comment concilier l´exigence du chercheur et l´efficacité du pédagogue ? Quel rôle les historiens confèrent-ils à l´imagination ? Deux historiens, Sylvain Venayre et Patrick Boucheron, tentent de répondre à ces interrogations en utilisant les objets mêmes que ces questions soulèvent : le jeu et la fiction.

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