Belles Lettres

  • Une guerre au loin

    Sylvain Venayre

    En 1883, Pierre Loti assiste, du pont de son navire, à la prise des forts de Huê, par laquelle la France conquiert l'Annam. Il fait paraître le récit de la bataille dans le journal Le Figaro mais, au bout du troisième article, la publication est interrompue et Pierre Loti, lieutenant de vaisseau, est sommé par le ministère de se rendre en France pour s'expliquer. On l'accuse d'avoir présenté les marins et les soldats français comme des sauvages cruels et presque fous.
    Le propos du livre, centré sur la figure de Pierre Loti, est de comprendre ce qui s'est joué, en 1883, dans ce que les journaux appellent alors « le cas Loti ». L'enquête historique porte sur la politique de conquête coloniale, sur les modalités des guerres qui en résultent, sur la naissance du reportage de guerre, sur le rôle des procédés littéraires dans la restitution de l'expérience vécue et sur les représentations que l'on se faisait alors des atrocités et de la folie dans les combats.
    La forme du livre est essentielle. Il s'agit aussi de réfléchir à la poétique de l'écriture historique et à ses conséquences aujourd'hui. Le livre est construit autour du personnage principal, Pierre. Il ne comporte pas de notes de bas de page (même si toutes les sources apparaissent dans les notes de fin d'ouvrage) et intègre les citations dans le corps du récit. Cette forme permet d'interroger autrement le rôle historique de la littérature, un des thèmes du livre, ainsi que les résonances actuelles de cette histoire de 1883. Car aujourd'hui aussi, que sait-on exactement des guerres qui sont menées, au loin, en notre nom ?

  • En un peu plus d'un siècle, entre 1780 et 1920, le voyageur s'est métamorphosé. Les savants et les curieux de l'âge classique, gênés par les difficultés du déplacement et convaincus de la nécessité de partir pour connaître, se sont progressivement effacés. À leur place sont apparus des individus d'abord soucieux de jouissances sensibles et n'imaginant pas toujours que le voyage soit le meilleur moyen de faire avancer la science. Les raisons de ce changement sont multiples : techniques, politiques, industrielles, sociales et, peut-être avant tout, culturelles. Car une pratique originale du monde finit par tout emporter : celle que résume la figure du touriste, ses innombrables avatars (alpiniste, aventurier, baigneur, curieux, excursionniste, flâneur, globe-trotter, plaisancier, plaisirain, poète, sportsman, vélocipédiste, villégiateur) et son lot de déceptions inévitables. Tombouctou, c'était donc cette ville triste et pauvre où, dit René Caillié, on n'entend pas le chant d'un seul oiseau. Bien d'autres, qui n'allèrent pas si loin, pensèrent alors semblablement.
    Fort d'une méthode originale, Panorama du voyage propose, pour une époque cruciale, un inventaire passionnant de la totalité des façons de pratiquer et de se représenter le voyage.

  • Après l'histoire vint l'historiographie, puis l'histoire de l'historiographie. La recherche historique semble progresser aujourd'hui de cette façon : en spirale.
    En témoigne cette injonction nouvelle : l'institution universitaire demande désormais aux historiens aspirant au grade de Professeur d'établir eux-mêmes un bilan de leurs propres recherches. Ce bilan passe évidemment par l'analyse des outils de travail du chercheur. Or, depuis une trentaine d'années, un consensus s'est établi autour de l'idée selon laquelle le principal outil de travail de l'historien, c'est l'historien lui-même.

    Ce petit livre propose une solution facétieuse pour conduire sérieusement l'enquête sur le sens de cette évolution récente. On y parlera de « tournant critique », d'« illusion biographique » et d'« ego-histoire ». On y parlera aussi de Sylvain Venayre, puisqu'il s'agit de son travail.
    Mais Sylvain Venayre n'est qu'un nom. Et ce nom ne représente rien d'autre qu'une idée simple : l'histoire, c'est avant tout des dates et des mots.Ouvrage illustré par Jean-Philippe Stassen.

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