Citadelles & Mazenod

  • La pratique de l'écriture du voyage est presque aussi ancienne que l'histoire humaine. A partir du XVIe siècle, elle fit en Europe l'objet d'un intérêt nouveau, des artes apodemicae, ou "arts de voyager", essayant alors de codifier une pratique que les humanistes jugaient essentielle dans la formation de la jeunesse. Par la suite, le grand mouvement d'exploration savante du globe par les Européens conduisit encore à en préciser les codes, jusqu'au tournant des XVIIIe et XIXe siècles où, sous l'influence de l'esthétique romantique, les écrivains entreprirent d'exprimer les émotions ressenties par les voyageurs. Le XXe siècle, enfin, fut dominé par les angoisses nées de la fin de l'exotisme. Ce livre se propose de retracer cette longue histoire : de quelle façon s'est imposé le genre littéraire du récit de voyage, quels en furent les auteurs les plus remarquables, quelle place fut réservé aux grands codes esthétiques et comment furent exprimés le désir de l'exotisme et de l'aventure. Les textes soigneusement choisis de cette anthologie trouvent un écho tout particulier dans les oeuvres appelées à les illustrer -peintures, dessins ou encore gravures -, de Brueghel à Nicolas de Staël, en passant par Friedrich ou encore Manet.

  • "Les périodes de paix sont les pages blanches de l'histoire" : la formule du philosophe allemand Hegel est certes très contestable. Elle n'en renferme pas moins une vérité : depuis la plus haute Antiquité, l'activité guerrière de l'humanité a fourni la matière d'innombrables récits, depuis la Bible et Homère jusqu'aux témoignages contemporains.
    Sans doute n'a-t-on pas toujours parlé de la même chose. Les pratiques et les représentations de la guerre ont tellement changé au cours des siècles. Et cependant les écrivains ont bien prétendu parler de "la" guerre, comme si, par-delà l'infinie variété de circonstances, demeurait une essence du conflit, cette essence qui s'est incarnée dans un petit nombre de divinités dédiées, tels Arès ou Mars.
    Bien sûr, cette histoire est aussi celle de la littérature. Épopées, récits, romans, récits, essais, traités, histoires, poèmes, pièces de théâtre, témoignages, reportages ont mis la guerre en scène, la décrivant, la codifiant, l'analysant, l'interprétant, la dépassant souvent, la conduisant ailleurs que sur les champs de bataille. L'encre des écrivains a tenté de restituer quelque chose du sang et des larmes que la guerre a fait couler, que ces auteurs aient fait l'expérience de la guerre ou qu'ils l'aient seulement imaginée. Les lire aujourd'hui, c'est retracer l'histoire, sur le temps long, d'une des sensibilités les plus intenses qui ait jamais agité les sociétés humaines. 

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