Nouveau Monde

  • Comme le bonheur, la Liberté est une idée neuve. Elle se vit au présent. On la remet continuellement sur le métier, à l'interface de la Philosophie qui en établit les principes, et du Droit qui en définit les modalités. On la veut universelle, on la croit intemporelle mais on sait que ce n'est pas le cas. Est-elle, pour autant, un objet d'histoire ? Les mots sont une chose, leur application une autre.
    "Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison", écrit Diderot sous l'entrée Autorité politique de l'Encyclopédie. Aux historiens de montrer comment s'articulent les institutions et les pratiques qui permettent, accompagnent ou contrarient l'exercice cette valeur suprême.
    Le Dictionnaire historique de la Liberté se propose de sérier les thèmes et les moments de cette histoire dont l'Europe a longtemps été le foyer. On y trouvera des exposés de synthèse, des notices ponctuelles et des exemples. S'il ne prétend pas à l'exhaustivité, impossible à l'ère du numérique, il n'en a pas moins l'ambition de donner au lecteur les références dont il a besoin. Cette entreprise n'a pas d'équivalent ailleurs.
    Elle est l'oeuvre d'une équipe de l'université de Strasbourg et se réclame de l'esprit de Marc Bloch et de Lucien Febvre, ses grands devanciers.

  • Les vingt dernières années de la discipline historique ont été celles du " tournant culturel " de l'histoire, marqué en particulier par le déploiement de la notion de représentation.
    A l'issue de ce qui peut apparaître comme un cycle dans la vie de la recherche, un bilan s'imposait. Comment s'est opéré, pendant ces vingt ans, le renouvellement des questionnaires? De quels objets nouveaux les historiens se sont-ils emparés ? Avec quelles méthodes et quels résultats? Quels rapports l'histoire culturelle nouvellement définie a-t-elle entretenu avec les autres sciences sociales qui, au même moment, connaissaient des bouleversements du même ordre? C'est avec en tête toutes ces interrogations que quelques dizaines de chercheurs, la plupart spécialistes de la période contemporaine, mais venant d'horizons divers, se sont réunis au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle.
    Ce livre constitue la trace la plus visible de cette rencontre vivante. On y trouvera l'exposé de démarches très variées - dans leurs objets comme dans leurs méthodes -, de prises de position plus ou moins tranchées, de contradictions parfois. On y verra surtout le résultat de discussions serrées, érudites et ouvertes - aux fortes ambitions : dans le débat actuel autour de la définition de l'histoire culturelle, en effet, c'est la matière même des recherches à venir qui est en jeu.

  • Soldats allant de champ de bataille en champ de bataille, émigrés, diplomates, cardinaux et courtisans passant de capitale en capitale, administrateurs, marchands et savants ou encore pèlerins et curieux : au tournant des XVIIIe et XIXe siècles, les routes d'Europe sont pleines de voyageurs. De part et d'autre de la ligne de faille que dessinent les événements traumatiques de 1814-1815, ils manifestent et incarnent les bouleversements politiques et sociaux et du temps. Ils en sont les phénomènes - des phénomènes qui n'ont de sens qu'à l'échelle de l'Europe entière. C'est pour les décrire et les comprendre que vingt-cinq historiens, représentant huit nationalités et travaillant sur l'ensemble de l'espace européen ont été réunis dans cet ouvrage, avec une double ambition. D'une part, il s'agit de retrouver, par-delà la rupture née de la fin de l'Empire français et de ces « french wars » qui révolutionnèrent l'Europe, l'unité d'une période : celle qui, des lendemains de la Révolution française à ceux des différentes Restaurations, vit s'inaugurer la modernité politique et culturelle du continent. D'autre part, il s'agit de considérer le fait social qu'est le voyage comme un poste d'observation privilégié du territoire de l'historien. Les pratiques qui le caractérisent, les discours qui le prennent pour objet engagent en effet plus que lui-même. Les mutations que ceux-ci subirent, entre 1790 et 1840, redoublent et expliquent ainsi, en partie, ceux d'une époque fondatrice pour les temps actuels.

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