Thomas Deltombe

  • « Péril islamiste » ou « menace terroriste », « dérives communautaristes » ou « menaces sur la République » : le « problème de l'islam » est aujourd'hui au coeur des débats publics en France. Mais quel est donc le « problème » ? Pourquoi les « musulmans » sont-ils constamment sur la sellette ? Et, surtout, comment les médias ont-ils progressivement construit une véritable islamophobie ?
    Pour comprendre cette évolution, Thomas Deltombe s'est plongé dans les archives de la télévision française : il a passé au crible les journaux télévisés du 20 heures et les principales émissions consacrées à l'islam sur les grandes chaînes nationales depuis. trente ans. De la révolution iranienne de 1979 aux suites du 11 septembre 2001 et aux derniers débats sur le « foulard », le récit qu'il rapporte ici de ce voyage au coeur de la machine à façonner l'imaginaire est aussi sidérant que passionnant.
    Décortiquant dérapages et manipulations, Thomas Deltombe montre comment le petit écran a progressivement fabriqué un « islam imaginaire », sous l'effet conjoint de la course à l'audience et d'une idéologie pernicieuse de stigmatisation de l'« Autre » musulman.

  • Cinquante ans après la pseudo-indépendance accordée au Cameroun le 1er janvier 1960, et après quatre ans d'enquête, le récit d'une guerre cachée que la France y a menée, de 1955 à 1971. Coloniale, puis néocoloniale, cette guerre a fait des dizaines de milliers de victimes, peut-être bien davantage.

    Dans les années 1950 et 1960, les dirigeants français ont mené au Cameroun une guerre secrète. Pour garder la mainmise sur ce pays clé de son empire, la France a inventé une politique africaine néocoloniale. Alors qu'elle écrasait dans le sang le mouvement nationaliste porté par l'Union des populations du Cameroun (UPC), elle octroya au pays une « indépendance » de façade et plaça à sa tête une dictature « amie ».
    S'appuyant sur d'innombrables témoignages et sur des milliers d'archives, les auteurs détaillent les étapes de cette guerre méconnue. Ils racontent comment furent assassinés, un à un, les leaders de l'UPC : Ruben Um Nyobè en 1958, Félix Moumié en 1960 et Ernest Ouandié en 1971. Ils montrent comment l'administration et l'armée françaises, avec leurs relais locaux, ont conduit une effroyable répression : bombardements des populations, escadrons de la mort, lavage de cerveau, torture généralisée, etc. Et ils expliquent finalement pourquoi cette guerre, qui a fait des dizaines de milliers de morts, a transformé le Cameroun en laboratoire de la « Françafrique », ce pacte néocolonial grâce auquel les élites françaises et africaines s'accaparent les richesses du continent et privent les peuples de leurs droits.

  • La légende veut que la France, « patrie des droits de l'homme », ait généreusement offert l'indépendance à ses anciennes colonies d'Afrique noire en 1960. Ce livre raconte une tout autre histoire : celle d'une guerre brutale, violente, meurtrière, qui a permis à Paris d'inventer un nouveau système de domination : la Françafrique.
    Cette guerre secrète a pour théâtre le Cameroun des années 1950 et 1960. Confrontées à un vaste mouvement social et politique, porté par un parti indépendantiste, l'Union des populations du Cameroun (UPC), les autorités françaises décident de passer en force. En utilisant les mêmes méthodes qu'en Algérie (torture, bombardements, internements de masse, action psychologique, etc.), elles parviennent en quelques années à éradiquer militairement les contestataires et à installer à Yaoundé une dictature profrançaise.
    En pleine guerre froide, et alors que l'opinion française a les yeux tournés vers l'Algérie, la guerre du Cameroun, qui a fait des dizaines de milliers de morts, est à l'époque passée inaperçue. Elle a ensuite été effacée des mémoires par ceux qui l'ont remportée : les Français et leurs alliés camerounais. Le crime fut donc presque parfait : les nouvelles autorités camerounaises ont repris les mots d'ordre de l'UPC pour vider l'« indépendance » de son contenu et la mettre au service... de la France ! Mais la mémoire revient depuis quelques années. Et les fantômes du Cameroun viennent hanter l'ancienne métropole. Laquelle, de plus en plus contestée sur le continent africain, devra tôt ou tard regarder son passé en face.

  • Territoires interdits pour certains, enjeux électoraux pour d autres ou sujets sulfureux pour journalistes en quête de sensationnel, la soixantaine de mosquées que compte Paris continue de concentrer toutes les peurs et de nourrir tous les fantasmes. Jean-Michel Riera et Thomas Deltombe ont réussi à se faire accepter de lieux qui entretiennent bien souvent des relations tendues ou hostiles avec les médias. En rompant avec une tradition médiatique axée sur le seul aspect sécuritaire, « Mosquées » remet en perspective la place, le rôle et le fonctionnement de ces lieux de vie de manière tout à fait inédite.

  • Pendant plus de quinze ans, de 1955 à 1971, la France a mené au Cameroun une guerre secrète. Une guerre coloniale, puis néocoloniale, qui a fait des dizaines de milliers de victimes, peut-être bien davantage. Une guerre qui a littéralement disparu des histoires officielles. En France, où l'on enseigne toujours que la décolonisation de l'Afrique francophone a été exemplaire et pacifique. Comme au Cameroun, où beaucoup s'en souviennent tant elle a marqué la société, mais où, aujourd'hui encore, rares sont ceux qui osent en parler. C'est dire l'importance de ce livre, rigoureusement documenté, retraçant pour la première fois l'histoire de la guerre oubliée qui opposa les autorités françaises aux partisans de l'Union des populations du Cameroun (UPC), le parti indépendantiste de Ruben Um Nyobè, Félix Moumié et Ernest Ouandié, assassinés respectivement en 1958, 1960 et 1971. Pendant quatre ans, les auteurs ont enquêté en France et au Cameroun. Ils ont recueilli des dizaines de témoignages inédits, de survivants des massacres comme d'anciens militaires. Dans les archives, ils ont consulté des milliers de documents et fait d'incroyables trouvailles. Ils montrent comment l'administration et l'armée françaises, avec leurs exécutants locaux, a mené pendant des années une contre-guérilla particulièrement sanglante : bombardement des populations, milices d'assassins, propagande, manipulation, torture généralisée, etc. Des pratiques qui marqueront durablement le nouvel Etat camerounais. Cinquante ans après la pseudo-indépendance accordée au Cameroun le 1er janvier 1960, cette histoire est plus que jamais d'actualité. Car elle est aussi celle de la naissance de la Françafrique, fruit du consensus colonial de la IVe République, de François Mitterrand à Gaston Defferre, et de la diplomatie secrète de la Ve République, celle du général de Gaulle, de Pierre Messmer et de Jacques Foccart. Issu de l'impitoyable répression des nationalistes, le régime de Yaoundé incarne en effet plus que tout autre Etat africain l'histoire de la Françafrique. Après vingt-cinq ans de règne du parti unique d'Ahmadou Ahidjo, puis vingt-cinq ans de déliquescence sous Paul Biya, le Cameroun attend encore une véritable indépendance

  • Depuis les années 1990, et surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis et les États de l'Union européenne ont multiplié les initiatives pour répondre aux menaces du « terrorisme islamiste » : durcissement des législations, renforcement de la coopération antiterroriste internationale, actions ouvertes ou clandestines violant souvent le droit international. Et les effets de sidération produits par des attentats spectaculaires et meurtriers ont largement inhibé l'attention critique des citoyens face aux autres menaces que la plupart de ces initiatives font peser sur les démocraties.
    C'est de ce constat qu'est né ce livre collectif, destiné à un public large. Réunissant les contributions d'une trentaine de spécialistes européens, universitaires et journalistes, il propose un ensemble sans équivalent d'informations et d'analyses. Elles montrent à quel point la lutte antiterroriste est devenue centrale dans la nouvelle géopolitique mondiale et la vie politique des États démocratiques. Et comment les acteurs en charge de cette lutte (législateurs et politiques, magistrats, services de police et de renseignements, militaires) façonnent un monde d'opérations militaires, d'extension de la surveillance, de pratiques d'exception et de désinformation.
    Cet ouvrage permet ainsi de mesurer le chemin parcouru par les démocraties occidentales pour limiter les libertés des uns au nom de la sécurité des autres. Un chemin aussi contestable au plan éthique et politique qu'en termes d'efficacité, puisqu'en clivant les sociétés, ces méthodes encouragent souvent la violence qu'elles prétendent combattre.

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