Actes Sud

  • Dans un kinshasa secoué de remous de toutes sortes, célio aurait pu traîner sa galère encore longtemps, n'eût été sa rencontre avec le directeur d'un bureau aux activités très confidentielles, attaché à la présidence de la république.
    La faim tenaille suffisamment les ventres pour que le débat sur bien et mal puisse être sérieusement envisagé. la ville ne fait pas de cadeau, le jeune homme le sait, et il tient là l'occasion de rejoindre le cercle très fermé des sorciers modernes qui manipulent les êtres et la vie quotidienne. orphelin depuis l'une des guerres qui ravagent le pays, célio conserve comme une bible un vieux manuel scolaire, retrouvé dans le sac de son père tué au hasard d'une route de fuite.
    C'est grâce à des théorèmes et à des définitions que célio mathématik espère influer sur le destin dont il dit n'être que le jouet. un moment emporté dans la spirale sympathique de la vie facilitée, célio mathématik n'a cependant pas oublié la mort suspecte de baestro, un vieux copain qui gagnait quelques sous en participant à des manifs arrangées par l'éminence grise du pouvoir, mais qui un jour y a laissé sa vie.
    Avec humour et gravité, connaissant son monde et pour cause, in koli jean bofane campe d'une plume aussi acerbe qu'exotique ses personnages et dresse des tableaux d'un congo que le lecteur s'approprie vite parce qu'il sent les rues, palpite au rythme des musiques et des images livrées avec justesse et énormément d'empathie.

  • De Minembwe à Uvira, lieux difficiles à situer sur une carte de l'Afrique, Lieve Joris a traversé le Congo perdu de l'Est, non loin du Burundi et du Rwanda. Une marche au pays des collines vertes, là où cohabitent cultivateurs et éleveurs.
    Comme pour mettre un point final, après des années, à son oeuvre de recherche affective, d'approche des contradictions, de suivi des confl its, d'empathie pour les habitants d'un pays qu'elle a connu Congo, puis Zaïre, puis à nouveau Congo, Lieve Joris est allée à pied, cinq semaines durant, de village en village, dans cette région méconnue, résistante, restée à l'écart de la colonisation belge, où se côtoient des ethnies et des tendances politiques pas toujours en bonne entente.
    /> Une marcheuse, blanche, souvent la première jamais venue dans les parages, accompagnée d'un guide et de porteurs, picaresques à leur manière, dépositaires d'une valise, objet que Lieve considère comme son seul luxe, vu les conditions rudimentaires de vie des paysans, la pluie, la boue, les puces, les rats, la nourriture difficile, mais aussi les brigands possibles, les miliciens plus ou moins autonomes, les autorités pas toujours ravies de sa présence.
    Des hautes collines aux abords du lac Tanganyika, Lieve Joris nous propose une variante moderne des immersions africaines des explorateurs, un résumé du Congo, sur un petit bout de carte fondamental en ce qui concerne la géopolitique de l'Est africain.

  • Au soir de la saint-sylvestre, soeur edit est en train de mourir de la tuberculose.
    C'est en côtoyant les miséreux qu'elle a contracté le mal qui la ronge. a présent, la jeune femme exprime une dernière volonté : qu'on aille chercher l'un d'entre eux, david holm, un ivrogne notoire, un désespéré qu'elle a vainement tenté de remettre dans le droit chemin.
    Au même moment, seul, ivre, abandonné par ses camarades de beuverie, david holm sent la mort rôder. il meurt, et c'est alors seulement qu'il entend s'approcher le chariot des défunts, celui que doit conduire pendant un an, selon la légende, un mauvais garçon, dernier trépassé de l'année.
    Est-ce à son tour, désormais, de prendre la place du cocher ?
    Conte pour adultes, récit fantastique, roman de rédemption, ce livre spectral, onirique et angoissant, nous conduit bien loin, en apparence, de l'univers d'enfance et de merveilleux cher à selma lagerlöf. pourtant, c'est sans doute en souvenir de son père qu'elle met en scène la déchéance d'un alcoolique, et l'amour comme la culpabilité de ceux qui sans cesse lui pardonnent.

  • " on vivait là, couchés sur des planches, emmitouflés de peaux de rennes, la tête appuyée sur des oreillers de plume, à plusieurs sans doute dans un espace de moins de cinq mètres carrés, près d'un poêle de pierre qui chauffait sans excès.
    On se cloîtrait dans des murs faits de troncs d'arbres glanés sur le rivage, charriés par des rivières d'une origine plus boisée que la toundra (. ). par terre, un matelas naturel de détritus et reliefs alimentaires abondamment composé d'os de renards blancs aux boîtes crâniennes brisées, signe qu'on en mangeait la cervelle. " (extrait) entre les premiers aventuriers cosaques franchissant l'oural et l'ouvrier stalinien qui parcourt à vélo le taymir, ce véritable continent qu'est la sibérie vit progresser nombre d'explorateurs.
    Etrangers aux services des tsars, décembristes d'irkoutsk curieux du lieu de leur exil, cartographes infatigables accompagnés de guides indigènes dévoués, ils réduisirent les taïgas inquiétantes, les toundras désolées, les montagnes inconnues, à une carte dont le lac baïkal est le fleuron, à un pays que ne limitent plus que l'amour et les océans arctique et pacifique.
    Au fil d'anecdotes, de portraits, yves gauthier et antoine garcia nous content avec rigueur, cartes à l'appui, illustrée de documents parfois inédits, l'exploration d'une région du monde jusqu'à peu encore si méconnue qu'il n'existait aucun ouvrage de fonds similaire.

  • A la recherche de son passé familial, Lieve Joris, dans les années 1980, s'embarque pour le Zaïre (ex-Congo belge). Elle y retrouve les traces de son oncle, missionnaire dont les cartes postales et les récits avaient coloré son enfance. Et elle se voit aussitôt confrontée aux paradoxes de la décolonisation et à la réputation que les Européens font au continent noir.Un ton personnel anime ce récit où affleure constamment la vulnérabilité d'une jeune voyageuse qui peu à peu prend confiance. Mais ce regard de femme sur l'Afrique vaut aussi par tout ce qu'il reconstitue d'un passé révolu - ce vieux rêve d'évangélisme missionnaire dont elle ressaisit les illusions en même temps qu'elle en découvre les derniers vestiges.

  • Un écrivain voyageur français embarque pour les Açores à bord d'un cargo, pour une approche lente et agitée de l'archipel atlantique et volcanique, réputé offrir toutes les vertus du «Sublime» : une nature dont la beauté et la grande douceur sont souvent contestées par la furie des éléments. D'île en île, l'enquêteur veut saisir le caractère de ces lointains Portugais, vignerons et pêcheurs de baleines, contraints d'affronter, pendant cinq siècles, pluies, vents, tempêtes, brouillards, éruptions, stupeurs et tremblements.


  • kinshasa 2003.
    depuis l'assassinat de son père, joseph kabila est au pouvoir. au congo, la guerre civile, avec son lot de massacres, d'atrocités et d'interventions étrangères, s'achève, on l'espère. dans la capitale, c'est l'instauration d'un gouvernement de transition : partage du pouvoir avec les ex-rebelles ; réunification officielle de l'armée. assani, un officier supérieur, témoin actif de tous les conflits des années précédentes, s'installe à kinshasa avec ses gardes.
    originaire de l'est, il est de ceux qui furent rebelles, puis fidèles, menacés du fait de leur origine, traqués ou détenteurs du pouvoir au gré des événements, des données politiques, des intrigues. c'est de cet homme que lieve joris - se basant sur des personnages, des situations et des lieux existants - nous dresse le portrait en alternant les chapitres qui le suivent dans l'actualité et ceux qui reprennent chronologiquement le cours de sa vie, son enfance, la jeunesse étudiante sur fond de troubles, les obligations familiales, l'entrée dans la carrière militaire.
    un pan fondamental de l'histoire du congo et de l'afrique est ainsi abordé à échelle humaine. homme du combat comme du renseignement, de la violence comme de l'amitié, bousculé par un destin qui le plonge dans une solitude permanente et inquiète, assani est à la fois pion, roi et fou sur un échiquier d'étendue internationale. il est celui qui téléphone aux heures les plus bizarres, parfois même au milieu de la nuit, à "l'heure des rebelles", comme l'appelle celle qui fut sa confidente.


  • Une famille d'indiens de patagonie fuit un îlot du sud, protégé par une mission en décrépitude, avec l'espoir de gagner un nord plus pacifique.
    Dans un long périple à travers steppes, forêts, canaux et glaciers, elle croise tragiquement la route des chasseurs de phoques, puis celle des éleveurs anglais venus faire fortune dans ce nouveau far west, et qui s'apprêtent à déclarer les indiens "calamité nationale". ni témoignage ni document ethnographique, fuegia est un roman au souffle inoubliable, hanté par les souffrances de ceux qui vivaient encore, il y a à peine un siècle, en cette région du bout du monde : la terre de feu.
    Dans un sublime décor battu par la mer et les tempêtes, ce livre mémorial fait entendre la clameur d'un peuple en voie d'extermination.

  • Voyage enquête sur le canal de la mer Blanche, ouvrage pharaonique suscité par Staline, construit par les détenus du Goulag et célébré par toute une pléiade d'écrivains bientôt victimes à leur tour de la terreur totalitaire.
    Le canal de la mer Blanche à la Baltique (Belomorkanal) date des temps épiques où l'URSS stalinienne tentait à marche forcée d'entrer dans la modernité industrielle, de ces temps barbares où le goulag devenait le premier entrepreneur du pays.
    Inauguré en 1933, il a aussitôt été élevé au rang de mythe par la littérature, la photographie et le cinéma. Une preuve de "la vérité du communisme" s'exclame Gorki enthousiaste de la rééducation des prisonniers. Une preuve de son caractère génocidaire, répliquent les adversaires du régime, dénonçant un chantier aussi gigantesque qu'inutile. Puis le canal a sombré dans l'oubli au point que pour la plupart des Russes d'aujourd'hui le mot Belomorkanal n'évoque plus qu'une vieille marque de cigarettes bon marché. Seuls les habitants de la Carélie russe se soucient encore de ce canal qui, après une décennie moribonde, semble reprendre un peu d'activité depuis 2002.
    Pour Anne Brunswic, auteure de Sibérie, un voyage au pays des femmes (Actes Sud 2006), le Belomorkanal est le point de départ d'une nouvelle enquête dans le grand nord russe.
    Entre 2006 et 2007, elle voyage en Carélie, visite le canal pour autant que les autorités le lui permettent, séjourne dans des villes et des villages où la mémoire du passé soviétique reste très présente, multiplie les rencontres. Elle reçoit un accueil généreux et même enthousiaste de la part de bibliothécaires, de journalistes, d'enseignants, de poètes, de conservateurs de musée ou d'humbles retraités. Elle recueille le témoignage de gens de toutes opinions, de croyants, de militants de la mémoire des camps, de communistes encore convaincus, de Russes et de non-Russes.
    Carnet de voyage, enquête historique, chronique journalistique, Les Eaux glacées du Belomorkanal est aussi un récit personnel. Lorsqu'on a, comme l'auteure, rêvé à 17 ans d'accomplir la promesse d'Octobre et qu'on est pour cela devenu communiste, on se sent - une fois l'inventaire établi - un devoir de mémoire envers les victimes. Par le voyage, les lectures et les rencontres, elle s'efforce de comprendre ce que fut le communisme pour ceux qui l'ont vécu, quelles cicatrices il laisse après lui et quelles nostalgies.

  • Deux voyageurs français, à la fois écrivains, ethnologues et enquêteurs, s'engagent dans une filature de cinq mille kilomètres, en bus, à travers le Brésil, sur les traces de personnages exceptionnels restés dans l'ombre de la Grande Histoire, qui ont en commun d'être Noirs, descendants d'esclaves, et d'avoir participé, par leur courage, leur créativité et leur résistance, à l'édification de l'identité et de l'âme brésiliennes.

  • La savoureuse histoire du "sauvage" des Pyrénées met en scène un jeune homme qui passe pour un imbécile depuis que, renonçant à la ferme familiale, il est parti en ville se consacrer aux études, pendant que son propre frère lui volait sa fiancée.
    A son retour au village, l'infortuné et érudit Bonaventura décide de s'exiler sur un replat de la falaise et d'y vivre en solitaire, contemplant de très haut la stupidité des siens. Souverain éclairé de ce minuscule perchoir, il y apporte civilisation et agriculture, rédige des actes notariés et promulgue des lois bien plus pérennes que celles de la Catalogne - alors en pleine guerre carliste. Drôle, inventive, son aventure se lit comme une robinsonnade, et Bonaventura prend place dans la riche lignée des ermites, naufragés, solitaires et précurseurs de l'écologie qui donnent envie de larguer toute amarre pour mieux réinventer le monde.

  • Qatan, un pays arabe fictif.
    Dans l'univers carcéral de sa maison promise à la démolition, elisa, une jeune européenne délaissée par son mari, isolée avec son fils, devient folle de solitude. huis clos oppressant avec, pour seul interlocuteur, pascual, le serviteur philippin, tandis qu'un étrange jardinier yéménite épie du haut des palmiers. des jours, des semaines à attendre, à se consumer de jalousie, sans nouvelles de hatem, l'époux insaisissable parti en voyage d'affaires en europe.
    Mais peut-être n'a-t-il pas quitté la ville... car le riche royaume de qatan est un piège, un tyrannique pays de la nuit, où les hommes peuvent du jour au lendemain disparaître. au milieu du champ de ruines de son attente interminable, les réminiscences de l'année nubile, de l'ivresse du départ vers l'orient, de l'amour fou, reviennent hanter elisa. dans une écriture où la sensualité lyrique cède progressivement le pas à un ton sobre, parfois cruel, carine fernandez nous donne un roman implacable, comme une tragédie.
    La saison rouge est certes une fiction - mais le désespoir, la solitude, l'effroi qui gonflent les pages ont la puissance que seul a pu insuffler le réel. et si ces "démons et captifs" ont toutes les chances de s'inscrire sur les rétines de la mémoire, on aura surtout du mal à oublier cette femme traquée, l'étrangère sans voile, isolée dans sa maison des sables, jusqu'à la folie.


  • "les scènes de la vie angolaise que thomas et sébastien ont recueillies dans ce livre sont, de toute évidence, fortement marquées par les années de furie suicidaire que le pays a connues pendant la phase finale, et d'extrême lassitude, du conflit.
    fragments d'angola est ainsi le témoin important d'une époque que la plupart des angolais pensent avoir définitivement laissée derrière eux. (. ) fragments d'angola donne à voir l'angola, et en particulier luanda, non seulement à qui ne l'a jamais vu, mais aussi à ceux qui y ont toujours vécu, et qui, à force de l'avoir sous les yeux, ont fini par devenir aveugles à d'innombrables de ses évidences. (.
    ) des livres comme celui-ci peuvent nous aider à être meilleurs. ils peuvent aussi aider les autres à nous aider. la guerre terminée, il faut maintenant continuer le combat, plus difficile encore, pour la paix et le développement. fragments d'angola est aussi une façon de soutenir ce combat. " extraits de la préface de josé eduardo agualusa. sébastien roy a vécu plusieurs années en afrique septentrionale, et en particulier trois ans en angola, oú, responsable de la formation de professeurs, il lui a été donné la possibilité rare de sortir de luanda, capitale refuge.
    il a traduit le parlement conjugal, de paulina chiziane, romancière mozambicaine. thomas roy, son frère, photographe, l'a rejoint à plusieurs reprises en angola, oú il a pu se déplacer grâce à la logistique de médecins sans frontières, handicap international et médecins du monde. a l'occasion de rencontres et de déplacements, tous deux ont ainsi pu collecter des notes personnelles et des témoignages formant un récit de voyage "sans itinéraire".
    l'impossibilité pour encore quelque temps des déplacements par routes impose un voyage dont les différents fragments sont quelques villes, seuls lieux accessibles d'un pays oublié, ravagé par près de quarante années de guerre d'indépendance et de guerre civile.


  • femme au caractère bien décidé, khadija al-salami a été formée à la rude école des décapitations publiques et des roquettes qui fauchent des innocents.
    dans une société maîtrisée par les hommes, elle a su se faire une place, exister, être respectée au point de représenter aujourd'hui son pays à l'étranger. c'est sa vie qu'elle nous raconte ici. enfance pauvre à san'â dans les années 1960, études suivies avec acharnement, bourses pour l'étranger, travail à la télévision yéménite. au fil de moments burlesques dans les villages de montagne ou de dettes de sang réglées en territoire bédouin, le lecteur deviendra familier d'un pays fort méconnu, de son peuple et de son histoire, tout en frémissant sur le destin des petites filles qu'on marie à onze ans, ou en lisant l'épisode du viol d'une jeune femme qui la condamne à mort.
    les hommes ne sont pas absents, avec leurs querelles personnelles finissant en conflits tribaux, les vengeances entre familles qui jouent un rôle dans la politique nationale. pour introduire un personnage dans son récit, homme politique notoire ou parent éloigné, khadija al-salami évoque les imams bornés, mais aussi la prise de position du yémen dans le conflit irakien, en passant par le marxisme du yémen-du-sud, la révolution des années 1960, l'intervention de nasser au yémen et le jeu des puissances occidentales.
    le cadre, somptueux ou âpre, est celui d'un pays qui en a fait rêver plus d'un : maisons superbes de san'â, villages perchés, plaine étouffante de la tihâma, et le désert des environs de ma'rib, là oú vivait la reine de saba.

  • " ce diamant, comme notre amour, est éternel " , belle déclaration d'intention qu'on pourrait croire issue d'un consensus immémorial de l'humanité mais qui n'est qu'un slogan publicitaire lancé en 1948.
    Les diamants, cailloux presque ordinaires quand on les trouve, sont sublimement inutiles mais, depuis deux siècles, donnent lieu à un des négoces les plus lucratif du monde. un commerce qui justifie qu'on se mette des bâtons dans les roues entre compagnies, qu'on s'en assure avec acharnement le monopole, qu'on massacre allègrement pour s'emparer des mines. le diamant scintille sur la gorge des stars, tandis qu'ailleurs on le vole en l'avalant où que des gamins le polissent dans des ateliers misérables.
    Géologiquement lié aux origines du monde, le diamant dort dans la boue des fleuves brésiliens, sous les glaces du grand nord canadien, sous le sable du désert de namibie ou, plus simplement, dans les trésors russes que pillent les ministres peu scrupuleux. diamant, récit d'aventure rempli d'informations, nous conte toutes ces histoires : de la recherche de la pierre exceptionnelle au vol des bijoux de la couronne de france, des ruées vers le diamant dans le transvaal ou en arctique aux différentes tailles possibles, de la discrétion des transactions au jeu de yoyo des actions un bourse.
    Stimulant son lecteur comme par un efficace thriller, matthew hart l'emmène dans tous les milieux sociaux et tous les paysage où vit ce " meilleur ami des filles " - comme le chantait marilyn.

  • En pleine période stalinienne, Guéorgui Néznamov, journaliste débutant, invente, à partir du passage de trois Tchouktches venus faire les moissons non loin de Leningrad, les impressions ressenties par ces indigènes de la lointaine Sibérie perdue.
    Au fil des ans, pris au jeu de son demi-mensonge, il se lance à la recherche de ses héros, dont l'un est devenu écrivain à succès. Guèmo a fait ses débuts littéraires en traduisant des contes tchouktches, puis est passé aux romans, empreints de sa culture d'origine. Il a connu un certain succès mais aussi les humiliations puis l'oubli, noyé avec ses complexes ethniques dans la vodka. Guéorgui Néznamov le recherche, dans une sorte d'identification que des coïncidences viennent renforcer.
    Université, bibliothèques, Union des écrivains, amis, partout cependant on semble avoir effacé le nom et toute trace de l'homme qu'il poursuit. Quant à Guèmo, retourné épisodiquement dans la Tchoukotka de son enfance, à chaque fois un peu plus acculturée, défigurée, alcoolisée, il a l'intuition, dans des visions aussitôt attribuées à des troubles psychiatriques, d'avoir un double qu'il lui faut absolument retrouver.

  • " je me suis faufilée entre les images télé, écrit ici lieve joris, et me retrouve dans la vie quotidienne qui se cache derrière.
    " au moment oú elle arrive au congo (1997), les enfants-soldats de laurent-désiré kabila prennent le contrôle de kinshasa. le " lion " a vaincu le " léopard " mobutu. dix-huit mois plus tard, lieve joris est encore sur place lorsque les " rebelles " tentent de renverser le nouveau régime et qu'ils finissent en torches dans la capitale livrée aux représailles populaires. tout ce qui s'est passé entre-temps, et qu'elle consigne au long de ces pages saisissantes, ne relève pas à proprement parler de la littérature de voyage.
    Car il s'agit avant tout, pour lieve joris, de séjourner durablement dans un pays oú elle se sent des racines ; de se déplacer aussi librement que possible ; de ne pas céder devant la peur, l'effervescence du contentieux tribal, les violences imprévisibles d'un système politique corrompu. dans les vestiges du palais équatorial de l'ancien dictateur mobutu, sur un bateau fluvial parti récupérer une cohorte de réfugiés hutu, au procès des rivaux de kabila, ou encore dans un véhicule de l'armée qui la reconduit fermement vers kinshasa, jamais lieve joris ne cesse de donner la parole aux africains qu'elle rencontre.
    Alors, peu à peu, prend forme l'inimaginable réalité d'un pays désemparé et chaotique, sur lequel elle pose un regard plein de respect, d'amitié et d'intransigeance.


  • pour fiona capp, le surf a toujours été un moyen d'harmoniser vie du corps et vie de l'esprit.
    après quinze années "d'exil" de son sport préféré, à quarante ans, mère d'un jeune garçon, elle s'est donc décidée à affronter à nouveau les rouleaux et le danger, métaphores de toutes les difficultés de l'existence. c'est cette histoire de peur maîtrisée qu'elle nous raconte, tout en écrivant une sorte d'essai sur ce que représente ce sport, symbole de l'australie, devenu emblème de jeunesse, de santé, de force, d'un commerce aussi.
    les indigènes du pacifique pratiquaient cette "marche sur l'eau" depuis toujours, jusqu'à ce que le capitaine cook les "découvre" et transmette au siècle des lumières l'idée d'un "plaisir suprême", qui engendra des désirs de liberté en europe tandis qu'on détruisait une civilisation aux antipodes. romain rolland, dans une lettre à freud, parlait de "sentiment océanique" pour évoquer le bonheur et ce besoin viscéral qu'il y a d'être dans l'eau, une sensation d'éternité, qui touche au sentiment religieux, issue peut-être d'un souvenir résiduel de la toute première phase de la vie psychique, lorsque l'enfant et le monde ne font qu'un.
    la mer - en permanence ambiguë, synonyme d'horizon illimité mais aussi de plaisir f?tal, de farniente et de menace - est un continent avec ses passages, ses incertitudes, ses reliefs, ses vides et ses transformations. tandis que fiona capp, en écrivain voyageur, nous emmène des plages du victoria à celles d'hawaii, de cornouailles ou de biarritz, nous découvrons les côtes où l'homme joue avec le plaisir physique, l'impermanence et le sublime autant qu'avec le risque et la douleur.


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