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Alcyone

  • Bien que n'ayant jamais pratiqué cet exercice délicat, je me dois d'introduire ce recueil par un avant-dire : sorte d'avant-propos quelque peu énigmatique par lequel l'auteur, visant à rendre plus saillante la parole poétique délivrée, manifeste le désir d'informer l'éventuel lecteur d'un principe majeur d'ordonnancement de son écriture... Non que ce principe soit foncièrement indispensable à l'appréhension de son poème mais davantage qu'il autorise une seconde lecture (une lecture autre) plus prégnante peut-être à son esprit.

    Il me faut donc avertir le lecteur qu'au fil de ce recueil, il y découvrira des fragments de phrases en italique insérés dans le corps même du poème. Mises bout-à-bout, ces dernières se constituent en un « chant » plus bref, un poème second... sorte de poème enchâssé qui court le long des pages, de façon parcellaire, et en restitue plus brièvement le fond sémantique : sa vérité.

    Léon Bralda.

  • Pourquoi veut-on que les poussières ne soient que d'infimes fragments de choses et de vies défaites, ce que l'oubli dépose sur des meubles abstraits, des livres sans regards et des miroirs éteints ?

    Destin de toute matière ne sont-elles pas aussi la preuve évidente d'une dynamique élémentaire, vivantes parcelles capables d'élan, de turbulence, de fougue ? Enfant, souvent je les vis jaillir en trombe des écailles d'une terre espérant la pluie. Tourbillon diabolique, aimanté à la fois par le ciel et par le lointain, elles traversaient, en quelques secondes, ce paysage qu'épuisait la tyrannie des soleils, avant de disparaître, fascinante vision trop vite devenue mémoire.

    Plus tard, une fois de plus sur le versant de ce qui s'anime et anime, elles m'ont aidé à concevoir la fabuleuse activité de la grande Fabrique de l'Être qui d'invisibles particules tombant dans le vide fait la pierre et le miel, fait la terre et le feu, et même le corps et l'âme des humains qui peuplent le monde. C'était dans Lucrèce, je crois, dont le latin m'éclairait sur les secrètes combinaisons d'atomes, devenus, dans son rêve et le mien, minuscules grains de soleil dansant dans la lumière.

    Aujourd'hui les poussières reviennent dans mes poèmes. Elles pardonnent, sans se forcer, à un passant de l'Infini, «d'épousseter le grand silence / qui s'installe entre les étoiles » ; elles oublient ce que, dans l'or d'un paysage, au seuil de ce recueil, elles ont doucement révélé, avec la complicité d'un bouffon, au vieux Roi arménien, anobli par l'exil : la fragilité des royaumes, la facticité de sa gloire.

    R. F.

  • Ombries

    Sébastien Minaux

    Au singulier, "ombrie" est le nom d'une région du centre de l'Italie, à mi-chemein entre Rome et Florence.
    Au pluriel, Ombries est devenu un lieu où les poèmes cherchent à creuser, au coeur de la langue, l'arrière-pays qui constitue le soubassement de notreunivers sensible.
    Ombries propose donc une exploration, ou plutôt un tâtonnement.

  • Nous sortons pour planter le pêcher.
    Au lieu du grand silence d'ici et de ses bruits de vent, une clameur, mi- articulée, mi- roucoulée, à voix si aigües que féminines, comme en une langue étrangère.
    Les grues ! Les grues cendrées sont de retour.
    Et le regard s'élève, scrute le bleu et les nuages blancs, s'égare, avant de contempler enfin, tout au fond du ciel, les très hauts vols mouvants - innombrables variantes de V non enchevêtrés, qui ne cessent de se recomposer savamment.
    Et l'esprit se déroute, fasciné par ces rythmes millénaires des bêtes et des lunes, qui font de nous des humains si petits, soudain, parmi l'immensité des ciels.

    Mars.
    A peine audible, un bruissement emplit l'espace et lui redonne sa profondeur de grand château à ciel ouvert. Un souffle doux meuble les airs d'une immobile pulsation.
    Et nous voici parmi la pluie !
    Hôtes - en sa demeure, en son silence qui bruit menu, en sa fraîcheur. Hôtes d'un jour et bouche-bée en sa présence ? immense.

    Juillet Le pays d'ici.
    Ici, la nuit est sombre, parfumée et la petite route, parfois inondée de lune pour une balade improvisée - la maison, posée au bord de la Voie Lactée.
    Ici, l'on écoute le silence : bruissement de ce jet d'eau végétal qu'est le tremble, roucoulement des tourterelles turques, froissement d'ailes dans les feuilles touffues, appel plaintif de la hulotte, friselis des maïs séchés sous le vent...
    Ici, la fenêtre ouvre sur un coteau brodé de vignes hautes et sur le méandre de la départementale, qui s'étire en pente douce vers le clocher.
    Ici, les petits chemins mal goudronnés portent en leur centre une ligne herbue, parfois hachée, parfois ornée de touffes vertes, et, sur leur côté ensoleillé, un double feston, tout noir : l'ombre des fils du téléphone.
    Ici, au détour d'un virage grand ouvert sur l'espace, c'est l'horizon à nu qui soudain vous saisit... et le coeur qui bondit !

    Août.
    La porte s'ouvre sur la nuit. Et la fraîcheur soudain au visage me drape : exquis allègement.
    Ciel gris blanc pommelé entre étoiles sur fond d'azur.
    De ce côté-ci du silence, à l'ombre claire des arbres, repose un monde autre - présence souveraine.

    Septembre.
    A contre-ciel, le tremble ne bruit plus - ses feuilles d'or frais sur le pré vert éparpillées.
    L'été s'en va contre un ciel bleu rosé. Lentement chutent les feuilles ensoleillées : cérémonie discrète, léger bruit sec. S'annonce le temps du dépouillement.
    Tremble sois-tu - et de bois vert : à toi de bruire en tes feuillets.

    Septembre.
    L'hiver a envahi la terre, celui qui glace et éblouit.
    Bosquets de givre et ciels purs. Grand silence sans loups. Espaces lumineux où se coule le corps.
    Peu à peu s'esquive la fatigue de l'âme.


    Les textes sont accompagnés de la reproduction d'une aquarelle de Claudine Goux.

  • Terra incognita

    Laurent Bayart

    Laurent Bayart a publié plus d'une cinquantaine d'ouvrages dans les domaines de la poésie, de la nouvelle, du récit, du journal et du théâtre. Il a été lauréat de plusieurs prix littéraires, nationaux et internationaux.
    A la manière de singuliers haïkus, sertis d'images, les poèmes qui composent «Terra Incognita» nous parlent de ce monde inconnu qui se trouve tout simplement à portée de vue. Laurent Bayart raconte son jardin comme s'il s'agissait d'un coin de paradis perdu. Observateur lucide et émerveillé du monde, il jubile à la vue d'un papillon et s'amuse à entendre battre le pouls de sa terre. Il surprend la respiration de quelques coccinelles qui font la sieste sur l'oreille d'une salade ou regarde un lombric faire des zigzags dans le vocabulaire grassouillet du compost. En cet endroit, l'instant devient tout simplement un moment d'éternité.

    Il est insupportable, ce Laurent le Magnifique ! Insupportable dans l'aisance de sa respiration poétique, de ses abondances, de sa faconde humoristique. Autant que dans le jaillissement de sa prose. Car sa plume court comme une onde, tantôt à la verticale avec l'impétuosité d'un torrent verbal, tantôt avec douceur et malice qu'ont ces lacs de montagne où se reflète la grammaire des cimes. Claude Luezior

  • La voix levée

    Leon Bralda

    L est des saisons qui durent à jamais dans l'enchevêtrement des désirs et des rêves... des saisons qui reviennent inexorablement aux lèvres du poète. La voix levée : un chant qui porte au sud, en terre-mère, en ce lieu où l'enfance a frayé. Parmi les vignes et les vergers, au pied des grands immeubles, l'enfant fait cicatrice de tout ce qui advient et le poète, dédiant ce recueil à sa fille, écrit :

    " Je garde en moi cette voie souveraine où les tours ont gravi l'ombre du souvenir, où les passants ont un front noir pour parler au matin. Noir ! Comme pour enfanter l'orage derrière la saison chaude. Le ciel aura conquis ses myriades de plumes avec du vent offert à la rumeur du monde.
    (...) J'aime l'instable mélopée des tentures de lin et de coton tissés, leur âme jaune prenant dans le dénie des murs chaulés, assommés de lumière et de mélancolie, le froissement discret des vitres qui donnait l'heure aux chats quand la faim appelait...

    Ma fille, c'est cela-même qui construit les pontons au large de ma mémoire, avec du feu et de la pierre, de l'eau et des paupières rivées à la saison des plaies. " Extraits de La voix levée

  • Les textes sont accompagnés de la reproduction d'une encre de Silvaine Arabo.

    Les thèmes du Jour et de la nuit comme instants vécus dans la réalité vivante aussi bien dans la lumière de la connaissance que dans l'enfermement de l'obscur apparaissent ici comme lieux privilégiés du poème.

    Dans ce vingt-et-unième siècle bouleversé, Monique W. Labidoire consent à porter le flambeau et garder une lumière d'espérance. Cette flamme n'échappe ni à la nostalgie, ni à la mélancolie dans une mémoire où l'absence et la présence sont toujours les matériaux du poème et le rythme du chant.

    Avec ce nouveau recueil, Monique W. Labidoire nous donne, une fois encore, la voix murmurée et pénétrante qui est la sienne.

  • Le regard absolu

    Antoine Boisseau

    Les textes sont accompagnés de la reproduction d'un croquis en noir et blanc de Jean Robinet.

  • A la pointe une jetée de bois incroyablement ancien.
    Tremble sous le soleil sec.

    Une forte bouffée d'oursins.
    La crainte de ne pas savoir refuser.
    L'invitation du silence.

    ** Vents, éclairs fouet de la pluie.
    Trois expositions.
    Un rivage aveugle se retournent.
    Comme un éventail japonais.

    Et d'un seul coup.
    Le plafond est cousu d'âmes.

    ** Montauk, De Kooning.

    J'ai franchi l'arche d'argile.
    J'ai délaissé l'herbe verte.
    Alors j'ai vu que le blanc des flots.
    N'avait aucune chance.
    Devant le flux de sang du littoral.

    ** Nous avons réveillé quelques fantômes.
    Et ceux qui n'avaient pas de carapace.
    Ont pleuré sans raison.

    Les mères enfilaient des perles de deuil.
    Comme une étoffe qui meurt.
    J'ai perdu mes griffes et mes ailes.

    Maintenant les mots s'échappent.
    Par les mailles des filets.
    Les filets se prennent dans les hélices.
    Les oiseaux de mer se prennent dans les filets.

    ** Elle devait traverser le fleuve.
    Et le passeur était absent.
    Elle a dû inventer des rivières.
    Changer le cours des marées.

    Arpenter les crêtes.
    Chercher des poissons au désert.
    Trouver de quoi nourrir l'esprit.
    Remuer ciel et terre.

    Pour culminer avec les tambours d'Afrique.

    ** Que je perce à jour.
    La trame de cette vie.
    Les jours aux doigts fragiles.
    Que je traverse les mots.
    Pour retrouver la mer.
    Et son flanc bleui par l'histoire.

    Les textes sont accompagnés de la reproduction d'une estampe de Marie-Hélène Durand-Laudet

  • Saisons

    Jean-François Besançon

    Arrêté par la courbe du souffle du clocher .
    Le ciel vient comme un cri.

    L'herbe attend.
    Grasse sous la neige des prés traversés de Münsing.

    Bientôt la surface des congères affrontée par la nuit.
    Brillera dans la lumière des phares.

    Le rêve récidive des néons de sang clair.
    Les lions de faïence brûlent contre le nord du vent.
    Le foehn en mars a le goût du beurre lent.

    ** Neiges de la mémoire.
    Marées des bords de l'âme.
    Futaies de verre brisées par le sommeil.

    Blanches scythes tatouées par le deuil.

    ** La joue du matin boit.
    La joie perdue du soleil mat.

    L'éclat concentrique de la brème.

    Sur l'étang que les mains vident.

    A beau jeu de l'eau madrée.

    La saison se dénoue.

    ** Le ciel mord.

    Amassé de bleu las dans la veine éludée du verglas.

    Le versant se défait de la montagne.

    Le fer cogne à la hachure du frêne.

    Le jeu des patins se fatigue sur le tain de la glace.

    La neige effarée se dédit.

    Il n'est plus lieu sur la portée du pont.

    ** Le gel aminci s'efface au gré de la tiédeur.

    Le fracas de l'eau surgie se lève au bond de la rivière.
    Transparence promise jetée vers la lumière.

    Le fer arraché à la constance du centre.
    Fraye dans la terre vers le soleil.

    ** Les chiens qui aboient se répondent.

    L'odeur blanche du charbon s'élève dans la dureté du froid.

    Les motifs assemblés des oiseaux dans la cendre du ciel.

    Changent de direction.

    ** La veine émaciée de l'Andlau.
    Se déplie dans l'armoise à la charnière du glas.
    La lumière apportée par l'eau valse.
    La ferveur de l'air emplit l'intime vénérable.
    Le vert entaillé déploie sa plaie radieuse.
    L'apnée du ciel vague a la saveur entière.
    Du ferment de la terre.

    ** Le cuivre des couleurs portées par les nageurs.
    S'illumine.

    La blancheur de ton corps s'abat comme un fléau.
    Sur le grain de la mer moissonnée.

    Les textes sont accompagnés de la reproduction d'une encre de Silvaine Arabo.

  • Terrasses d'air et de transparence.
    Appuyées sur un couchant.
    Absent et enjôleur.
    De pins parasols haut-rêvés.

    Ici.
    Tout se départit.
    De son centre.
    Jusqu'à dire.
    La cabriole immobile.

    ** Essaim de lumière.
    Dans la ruche de l'aube.
    Que délogera.
    Le nombre premier.
    D'un poème.

    Pénombre fécondée.
    De trajectoires absentes.
    Où demeure vivace.
    L'idée d'un soir.
    Sans contour.

    ** Averse de grêle.
    Au faciès livide.
    Et garrottée d'éclaircies.
    Qu'un envol de pic épeiche.
    Ramène à sa fausse mort.

    Combe chiffrée d'ornières.
    Et de lapiaz.
    Où passe le soir.
    Bras dessus bras dessous.
    Avec une averse.

    ** Octobre chaussé des banqueroutes.
    Simples du givre.
    Quand tout mène.
    A quelque trait d'esprit.

    Enrôlement des corps.
    Dont l'âme n'a pas idée.
    Tellement tout procède.
    Par l'usage du bleu.
    Et de l'intervalle.

    ** Frelon mystique.
    En quelque glycine athée.
    Quand tout devance son envol.
    D'un frôlement qui s'annule.

    Le chant de la cigale.
    Erige en dogme.
    Ce peu de lumière.
    Sur les platanes.

    ** Un soir d'avril.
    Fait les poches des combes.
    Sous le regard infracassable.
    D'un bruit de feuilles mortes.

    Eboulis.
    De brume et d'azur.
    Dont est connivent.
    Les corps à corps des âmes.


    Les textes sont accompagnés de deux photographies de Marie-José Gelas.

  • D'un silence inachevé

    Eric Barbier

    Les textes sont accompagnés de la reproduction d'une encre de Silvaine Arabo Eric Barbier, né en 1964 dans les Pyrénées, continue là de s'essayer au métier de vivre, entre piémonts et montagnes, trouvant «pour la quotidienne» à s'employer dans une bibliothèque. Il s'engage plus précisément en écriture en 1997.
    Des textes sont parus dans les revues Rivaginaires, Diérèse, Multiples, Comme ça et autrement, Sémaphore, le Mange Monde, Salmigondis, Nouveaux Délits, Gros Textes et dans diverses anthologies ; plusieurs recueils ont été publiés chez Encres Vives, Rafael De Surtis, Hélices, Le Contentieux.

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