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Allia

  • Ces lettres ne feront pas de vous un poète talentueux, là n'est d'ailleurs pas la question. Mais le lecteur se surprendra peut-être à découvrir en Rilke l'un de ses semblables. L'écrivain de génie s'y révèle de fait d'une déconcertante accessibilité. Face aux doutes d'un jeune poète, Rilke conseille et rassure son correspondant, avec patience et humilité.
    Et si la poésie dépendait moins du travail sur le texte que d'un travail sur soi ? À défaut de révéler les ressorts de la création littéraire, c'est une véritable éthique que le poète tâche d'exposer.
    La traduction de l'écrivain Gustave Roud, longtemps introuvable, révèle brillamment la puissance poétique intacte de ces lettres. Demeure un texte culte, universel :
    Un guide pour tous ceux éprouvant cette « noble inquiétude de vivre ».

  • «Tout en parlant, Kevin caresse de façon machinale l'anse de son mug, formée de deux cercles de taille inégale. Soudain, ce que je redoute de façon confuse se produit?: son annulaire se coince dans le cercle le plus étroit. Je pense d'abord qu'il agit de façon intentionnelle, mais ce n'est pas le cas. Son doigt est bel bien coincé. Il continue cependant de dispenser ses conseils comme si de rien n'était?: oui, répète-t-il, il me faudra éviter les fluctuations émotionnelles, et surtout garder le contrôle, pour conserver mon acuité. Il tente d'extirper son doigt de l'anse, mais en vain. Il contrôle alternativement ce qu'il dit - pour lui conserver de l'autorité - et son geste - afin qu'il demeure discret. Lorsque des événements minuscules, mais dotés d'une charge d'absurdité suffisante, contrecarrent les projets les plus notables, ils prennent immanquablement le pas sur eux.» Le moral d'Éric, anthropologue, n'est pas au beau fixe. Sa femme, proie d'angoisses, lui impose une quatorzaine drastique. Lorsqu'il rencontre par hasard Kevin, ami de jeunesse perdu de vue, c'est l'occasion rêvée pour s'échapper de cette dictature sanitaire domestique.
    Kevin est devenu survivaliste. Il voue désormais son existence à se préparer à une fin du monde imminente. Devant l'intérêt manifesté par Éric, il l'invite à lui rendre visite dans sa B.A.D. (base autonome durable) pour l'initier. En anthropologue, Éric est taraudé par une question?: qu'est-ce qui le sépare de Kevin?? C'est par l'analyse de son langage qu'Éric Chauvier dissèque les impasses du survivalisme. Pourtant, Éric se laisse prendre au jeu. Il apprend à chasser, à fabriquer un arc, écoute patiemment les conseils et théories de Kevin, des plus sensées aux plus absurdes?: rejet de la vie urbaine, effondrement... et cannibalisme.
    Peu à peu, la distance se réduit. Jusqu'à ce que tout tourne mal. Sombre dystopie?? À peine. Satire hilarante d'un présent définitivement malade?? Assurément.

  • Court traité du langage et des choses : tiré du tchouang-tse Nouv.

    Le Tchouang-tseu, l'ouvrage que l'on appelle ainsi parce qu'on en attribue la paternité à un certain Tchouang-tseu, contient les textes les plus étonnants que nous ayons de l'Antiquité chinoise. Le Court Traité, conservé dans son chapitre 2 et dont on ne connaît pas l'auteur, offre du sujet humain et de son rapport au langage, aux choses et à la réalité une vision qui mérite à plusieurs titres notre attention. Elle coïncide, dans son principe, avec celle du philosophe Héraclite. Un intérêt supplémentaire tient au fait que la vision du Court traité est restée incomprise en Chine comme celle d'Héraclite en Europe. Cela fournit un point de vue critique sur l'une et l'autre tradition et permet d'envisager leur dépassement par une véritable connaissance du sujet.

  • Héraclite, le sujet Nouv.

    Depuis l'époque de la philosophie grecque classique, Héraclite a été considéré comme un philosophe de la nature, mais on ne comprend sa pensée que lorsqu'on s'aperçoit qu'elle porte sur le sujet. Ce bref ouvrage démontre que les rares propos qu'on a de lui permettent de la reconstituer et qu'elle est d'un grand intérêt, ce d'autant plus que l'incompréhension dont elle a été l'objet est à l'origine d'une tradition intellectuelle qui a été dominante tout au long de l'histoire occidentale et l'est encore. Héraclite prouve qu'une véritable connaissance du sujet humain était possible de son temps et qu'elle l'est donc aujourd'hui. Héraclite, le sujet comporte une retraduction de tous les propos essentiels d'Héraclite.

  • Lorsque il publie ce pamphlet (1959) sous le pseudonyme de Libero Poverelli, Giorgio Voghera est encore employé dans une grande compagnie d'assurance, la RAS.
    Entre ironie et faux cynisme, il analyse la mutation, dans les années d'après-guerre, du management des grandes entreprises et administrations : concentration du pouvoir, déresponsabilisation et désolidarisation des employés...
    Un système vertical où se perdent connaissances et capacités décisionnelles, les plus haut placés étant submergés par un sentiment d'incompétence tandis que les subordonnés sont réduits au rôle de courtisan.
    Le dénouement, corrosif, réglera définitivement la question posée par ce texte mordant : «Pourquoi vouloir faire carrière ?»

  • Le Bateau-usine nous plonge en pleine mer d'Okhotsk, zone de conflit entre la Russie et le Japon. Nous sommes à bord d'un bateau de pêche, où le crabe, produit de luxe destiné à l'exportation, est conditionné en boîtes de conserve. Marins et ouvriers travaillent dans des conditions misérables et subissent la maltraitance du représentant de l'entreprise à la tête de l'usine. Un sentiment de révolte gronde. Un premier élan de contestation échoue, les meneurs sont arrêtés par l'armée. Mais un nouveau soulèvement se prépare.Ce récit bouleversant, directement inspiré de faits réels, provoque un puissant sentiment d'empathie avec ces hommes et leurs aspirations. L'oralité, le style incisif et le "regard caméra" adopté par le narrateur font de cette identification un appel à la révolte en soi.

  • C'est en prison, au cours de l'été 1923, que Hayama Yoshiki rédige La Prostituée. Trois hommes forcent le narrateur à leur céder son argent. En échange, ils le conduisent jusqu'à une femme agonisante, qu'ils semblent détenir contre sa volonté : « un cadavre qui respire » dont ils lui offrent de faire ce qu'il voudra...
    Le dialogue qui s'engage pose des questions qui restent aussi urgentes que dérangeantes : consentement, conscience de l'exploitation, utilité de la vie misérable...
    Est-on toujours l'exploité de quelqu'un ? Est-on toujours l'exploiteur de quelqu'un ? Et la plus terrible : « Mais sauver les gens, est-ce que c'est faisable ? » Véritable bombe, ce texte reste le contemporain manifeste de notre époque précaire, marquée par les flambées de colère et les horizons de crise.

  • Nino, 19 ans, raconte son quotidien de jeune sans le sou à Paris, entre petits boulots, trafics en tout genre et fêtes. Amoureux de Lale, il voit son couple menacé par la pauvreté, contre laquelle il lutte avec obstination. Mêlant des dialogues truculents aux observations et réflexions du personnage, ce roman esquisse le portrait d'une génération sans avenir.

  • Le centre perdu Nouv.

    L'art connaît une crise sans précédent : « Personne ne croit plus un mot de ce que dit le poète en notre siècle ».
    Cette crise se situe au fondement même de notre civilisation, que la rationalisation technique a dénuée de tout fondement spirituel. Sa source est notre perte de contact avec la tradition d'un art dont la fonction était métaphysique. L'absence d'un principe supérieur, à même d'insuffler une direction et une puissance, a affaibli la poésie moderne.
    Dans une langue saisissante et visionnaire, habitée par un souffle poétique et mystique, Le Centre perdu nous propose de refonder l'art par le langage. Pour que la poésie soit à nouveau, pour nous, synonyme de vérité. « Il nous faudra de nouveau vivre vraiment pour que nous puissions de nouveau parler vraiment. » Mots clés : classiques, Renaissance, rationalisme, art, civilisation, société, Grèce, Occident, tradition, Rimbaud, Artaud, poète, novlangue, parole

  • De tous temps, l'économie a fait partie des sociétés humaines. Sa place est naturelle. Nous n'avons pas de prise sur son développement. D'ailleurs, le marché satisfait tous nos besoins... Vraiment ?
    Karl Polanyi bat en brèche cette « légende ». Depuis le XIXe siècle, l'omniprésence du marché et, par conséquence, de l'industrie et de la technique, n'a cessé de croître. « L'Ère de la machine » a vu cet ensemble s'étendre à toutes les sphères de nos existences. Elle nous impose ses valeurs et son fonctionnement.
    Polanyi plaide pour une refondation de notre rapport à l'économie afin d'en retrouver le contrôle. Il affirme la nécessité de nouveaux principes directeurs. C'est à cette seule condition que nous pourrons nous extraire d'un engrenage qui ne peut mener qu'au totalitarisme.

  • Des arbres du Sud portent un fruit étrange Du sang sur les feuilles et du sang aux racines Un corps noir oscillant à la brise du Sud Fruit étrange pendu dans les peupliers» En 1939, Billie Holiday n'a que 24 ans quand elle interprète pour la première fois Strange Fruit. Non sans susciter le scandale, cette chanson évoque l'assassinat des noirs par lynchage. Protest song avant l'heure et symbole de la marche des Noirs vers l'émancipation, elle fut écrite par un Juif blanc new-yorkais, Abel Meeropol, qui recueillit les enfants Rosenberg après que leurs parents furent exécutés. La revue musicale britannique Q, a classé Strange Fruit parmi les dix chansons qui ont changé la face du monde. David Margolick montre son impact, musical et historique.

  • Dans les allées du jardin d'un hôpital psychiatrique, des femmes de tous âges et de toutes conditions déambulent. Quand Edmondo De Amicis part à leur rencontre, c'est tout un monde qui se révèle. Au creux des délires et des compulsions, pourtant, une certaine rationalité apparaît. Les fragilités de l'auteur, éprouvé par le suicide récent de son fils aîné, se font jour. Dans cette lumière crue, la frontière entre folie et normalité s'estompe.
    Dans le jardin de la folie est un récit d'une sensibilité et d'une modernité remarquables, un témoignage éminemment sincère et humaniste, dépourvu de tout jugement, qui nous invite à ne plus détourner les yeux. Un homme derrière chaque fou, un fou derrière chaque homme ? À une femme qui lui propose de rester avec elles, il répond : "J'y penserai"...

  • Le jardin de la mémoire

    Lucienne Peiry

    • Allia
    • 1 Octobre 2021

    En 1951, alors âgé de 50 ans, Armand Schulthess rompt brutalement avec une existence bien ordonnée pour vivre en ascète, au sud de la Suisse, dans une châtaigneraie. Loin du monde, il s'attèle à la création d'une oeuvre sans équivalent...
    Suspendues aux branches et aux troncs des arbres, il dispose des centaines de plaques de métal. Sur ces assemblages, il consigne en cinq langues des bribes de savoirs touchant à des sujets infiniment variés :
    Astronomie, philosophie, opéra, hiéroglyphes, problèmes de l'amour...
    Schulthess compose ainsi un saisissant « jardin encyclopédique », qu'il ne cessera d'agrandir jusqu'à sa mort. Aujourd'hui, son oeuvre résonne toujours plus avec nos interrogations : exil intérieur, lien à la nature et à l'environnement... Égarez-vous dans Le Jardin de la mémoire !

  • Curiatus Maternus décide de se retirer pour se consacrer à la poésie. Avec trois amis, un dialogue s'engage... Tacite évoque des problèmes fondateurs de l'art des mots :
    Distance entre Anciens et Modernes ; déclin des belles lettres ; tension entre une poésie retirée de la société et l'efficacité politique de l'art oratoire...
    Texte-choral, théâtral et plein d'humour, ce Dialogue nous fait bondir de querelles en débats. Libre au lecteur de se faire sa propre opinion quant aux questions posées :
    Qu'attend-on de la parole publique ? L'absence d'adversité l'appauvrit-elle ? Comment apprendre, non à réciter, mais à penser ? Document historique, la société qu'il décrit nous est terriblement familière. On se laisse donc emporter pour élucider une énigme toujours intacte : à quoi servent les mots ?

  • Livre culte d'auteur culte ! Du projet ambitieux d'écrire l'histoire secrète du XXe siècle, Greil Marcus a donné naissance à une encyclopédie de la subversion et de la révolte, un livre inclassable où l'on croise les Sex Pistols, Guy Debord, le mouvement Dada ou encore les gnostiques du Moyen Âge. Selon son auteur, un fil invisible relierait tous les mouvements artistiques, littéraires et musicaux dont le point commun serait le refus des conventions. Un ouvrage érudit, fouillé, stimulant, radical et complètement fou où se dessine au fil des pages une généalogie des révoltés. Intellectuel pop devenu historien des marges et des avant-gardes, Greil Marcus signe ici un livre unique en son genre, devenu un classique des rayons essais tant historiques que sociaux, musicaux et artistiques.

  • Le Mont analogue, l'oeuvre maîtresse de René Daumal, ne sera découverte qu'après sa mort.
    Dans ce récit, le poète du Grand Jeu embarque le lecteur dans un voyage initiatique vers le Mont Analogue, mystérieux et invisible sommet, objet de tous les fantasmes. Pierre Sogol, curieux monsieur, convainc le narrateur de l'accompagner dans une quête qui les conduira à traverser le Pacifique, avant d'accoster à l'énigmatique Port-des-Singes. Ils entreprendront de gravir le Mont, sans atteindre le sommet : Daumal mourra avant d'avoir terminé son récit.
    Mythique, inaccessible, le Mont Analogue demeurera un mystère pour l'auteur et ses lecteurs. Horizon lointain et pénétrant, le Mont, par sa puissance allégorique, fascinera plusieurs générations d'artistes et inspirera à Jodorowski sa Montagne sacrée.

  • Le 22 avril 1945, Yvonne Oddon est libérée du camp de Mauthausen. Le 28 juin 1945, elle témoigne au Muséum national d'Histoire naturel. Ce récit, écrit à chaud, saisit par sa rigueur factuelle. Yvonne Oddon décrit sans fard les conditions de vie inhumaines des prisons de la Wehrmacht et des camps de Ravensbrück et Mauthausen.
    Par-delà la souffrance, c'est aussi la vie quotidienne des prisonnières qu'elle tâche de retranscrire, tout particulièrement celle des femmes. En dépit des atrocités, la dignité des prisonnières demeure, des solidarités se nouent, graines de résistance semées au comble de l'horreur. Le désespoir est finalement absent de ce récit car la bibliothécaire est habitée par une autre préoccupation : l'urgence de témoigner.

  • Deep blues

    Robert Palmer

    C'est dans la douceur du coton que naquit la musique la plus authentiquement mélancolique du XXe siècle. Des fronts qui suent le jour, des doigts qui saignent la nuit : tel fut le destin des pères fondateurs du blues. Voici le livre définitif sur la musique la plus influente du siècle passé. C'est avec un talent de romancier qu'il brosse le portrait des figures séminales du blues, de Robert Johnson à Muddy Waters... Il décrypte les fondements de cette musique avec la précision du musicologue. Et c'est avec l'exactitude de l'historien, qu'il en écrit les annales. Ou plutôt une Odyssée, commencée en Afrique pour s'achever sur le Delta du Mississipi. L'exode maritime et des décennies d'asservissement feront mûrir chez les esclaves cette musique écorchée et mystique : le blues.

  • «Nous devons prendre une décision. Elle doit avoir deux effets?: nous mettre en mesure de combattre les maux actuels et prochains, non plus dans le désordre et la confusion, mais de façon cohérente, et introduire le moment positif de ce que nous voulons. Car nous ne serons cohérents que si notre action découle d'une décision, et cette décision ne sera opérante que si nous luttons en premier lieu, non plus contre tout ce que nous ne voulons pas, mais pour ce que nous voulons. En quoi cette décision positive consistera-t-elle?? Elle sera un acte, non de la volonté, mais de l'intellection. Elle sera la reconnaissance de notre besoin et désir le plus fondamental, qui est de devenir sujets.» L'auteur a mis à profit le confinement pour revenir à des questions de fond. «Nous n'avons plus de repères, écrit-il, ou nous en avons trop, ce qui revient au même. Comment trouver quelque part un point sûr, ne serait-ce que pour moi?? Le trouverai-je dans l'histoire?? Non, car plus le temps passe, plus il y a d'histoire. Il y en a trop désormais. Ce point sûr ne peut résulter que de l'observation de ce que nous sommes, non dans ce qui nous différencie les uns des autres, mais dans ce que nous avons en commun?: le fait d'être chacun un sujet qui dit je».
    Il faut pour cela une observation d'un genre nouveau, à laquelle les philosophes n'ont pas songé jusqu'ici. Menée avec rigueur, elle conduit à une idée juste du sujet dont nous avons le plus grand besoin aujourd'hui. C'est de cette idée nouvelle­­­­­ que traite principalement ce bref essai, dense mais écrit dans un langage simple.

  • Dans l'Italie des années 1950, l'homme d'affaires Gino Rovelli est prêt à toutes les concessions pour devenir directeur de la société Bìler. Travailleur robuste, froid et acharné, il voit pourtant ses rêves de gloire s'évanouir du jour au lendemain. Une mystérieuse maladie va brutalement rebattre les cartes de son existence. Le verdict du miroir de sa salle de bain est implacable : en l'espace d'une nuit le fringant trentenaire a vieilli d'une vingtaine d'années.
    Parfaite description de l'inquiétude suscitée par l'apparition d'une maladie inconnue, ce texte de Libero Bigiaretti demeure d'une stupéfiante actualité. En montrant avec quelle rapidité la maladie balaye les ambitions de Rovelli, il nous offre une critique du matérialisme contemporain qui résonne toujours avec force aujourd'hui.

  • «Quel temps court là-bas, à Alger?? Quelle heure gronde?? Ici bientôt la chaleur tourne, l'orage éclate. Il va pleuvoir­ cette nuit à Marseille. Et demain le soleil viendra frapper la terre, le goudron, faire scintiller en tous sens la surface­ des eaux dispersées, les flaques éparses, et les dernières gouttes éclatées en reflets changeants. Alors, après le déluge, il n'y aura plus que cela?: cette petite douleur d'être, que Marianne ressent à présent, aussi sûre et friable qu'un corps.» Alors que les années les ont séparés, Paul tente d'écrire un roman sur Ismaël, l'ami disparu sans laisser de traces.
    Retour au temps de leur rencontre. Paul aime Marianne, dans le Paris de ses années d'étudiant qu'il parcourt avec Ismaël, son frère de mots. Bien vite, Ismaël rêve de départs, Marianne quitte Paul et la vie se désaxe. Paul connaît d'autres amours, d'autres villes... Et revient toujours­­­­ vers ce Paris peuplé de fantômes­­­­­. Paul se débat avec le présent, hanté par le passé jusqu'à se perdre. Après un séjour à l'hôpital, il part à la recherche d'un lieu idéal, pour vivre et pour écrire?: le Lieu. Cette obsession le mènera sur la piste d'Ismaël­­­­­, vers une autre femme et d'autres villes. Berlin, Sète, Tanger...
    Les Étrangers est le roman de vies éparpillées, des fièvres qui persistent, quand la quête de l'idéal se confond avec celle d'un passé irré­vocable et d'une création qui ne cesse de se dérober. Paul, Ismaël, Marianne... Dans la grande roue de l'errance.

  • Dénonçant un illusoire droit au travail qui n'est pour lui que droit à la misère, Lafargue soutient qu'une activité proprement humaine ne peut avoir lieu que dans l'oisiveté, hors du circuit infernal de la production et de la consommation, réalisant ainsi le projet de l'homme intégral de Marx.
    Un classique toujours autant lu, plus que jamais d'actualité.

  • «Jusqu'à des droits très proches de nous, jusqu'à des économies pas très éloignées de la nôtre, ce sont toujours des étrangers avec lesquels on 'traite', même quand on est allié. Les gens de Kiriwina dans les Trobriand dirent à M. Malinowski?: 'Les hommes de Dobu ne sont pas bons comme nous?; ils sont cruels, ils sont cannibales?; quand nous arrivons à Dobu, nous les craignons. Ils pourraient nous tuer. Mais voilà, je crache de la racine de gingembre, et leur esprit change. Ils déposent leurs lances et nous reçoivent bien.' Rien ne traduit mieux cette instabilité entre la fête et la guerre.» «Nous n'avons pas qu'une morale de marchand», énonce Marcel Mauss dans ce texte majeur de l'anthropologie du xxe siècle. Il y expose le résultat de plusieurs décennies de recherches sur différentes sociétés archaïques. Non seulement il est possible d'envisager l'échange en dehors du marché, mais des économies complexes reposent sur le don et le contre-don. Le nom du système au coeur de son analyse est resté dans les annales?: le potlatch.
    Notamment pratiqué dans certaines tribus amérindiennes, ce rite somptuaire fondé sur la destruction de ce que l'on possède amène au sommet de l'échelle sociale seuls les individus capables de se séparer de tous leurs biens. En s'intéressant à ce système allant à l'encontre­­­­­ du rationalisme économique tel que nous le subissons, ce texte exerça une profonde influence sur l'ensemble des sciences humaines, jusqu'à Guy Debord et ses comparses de l'Internationale lettriste qui baptisèrent leur propre revue Potlatch.
    Le potlatch et la kula revêtent avant tout une dimension spirituelle?: la chose donnée n'est pas inerte, elle engage l'honneur de celui qui la donne, autant que de celui qui la reçoit. Cette dimension sacrée de l'échange nous fait aujourd'hui cruellement défaut. C'est peut-être dans notre rapport au don que se trouve la clé de la crise morale que l'humanité­ affronte aujourd'hui.

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