Art Et Fiction

  • Et s'il fallait des pompes de princesse pour aller au combat ? Pour tracer sa voie à travers un certain héritage familial, s?imposer en tant que femme, artiste, un pied en Occident et l?autre au Proche-Orient ? «Livres perdus, nouvelles chaussures» rassemble dix-huit lettres adressées par Boutheyna Bouslama tantôt à ses parents, tantôt à son éditeur, et, plus largement, à un certain establishment culturel. Dans un style frontal, citant Beyoncé, Fellini, Carrie Bradshaw ou Nizar Qabbani, elle revendique ses choix autant qu?elle s?interroge sur les différentes conceptions du féminisme, constatant avec désarroi l?état de ce combat sous certaines latitudes. Quelques-unes de ces lettres ont été écrites en 2010, d'autres en 2019.

  • Attendre dans un couloir, occuper une baignoire à deux, faire un plein d'essence, investir une piste de danse : nous connaissons le mode d'emploi de ces lieux et nous nous y plions. Lorsque pour une raison ou une autre, cet usage nous échappe, il naît une situation que le langage courant appelle «un moment de solitude», un léger décalage par rapport à la norme. Laurence Boissier en a fait sa spécialité. En laissant refluer ses souvenirs d'enfance, d'adolescence et de maternité, elle prend acte, en toute subjectivité, de ces lieux, banals, abstraits ou improbables, qui sont autant de supports d'une expérience vécue.

  • En 1961, Kiki Kogelnik quitte son Autriche natale pour s?installer à New York. Ce changement de continent s?accompagne d?un changement de style. Ses oeuvres toujours plus colorées délaissent l?abstraction pour aborder la question du corps, sous différents angles : social, médical et technologique. De manière critique, Kiki Kogelnik observe que les corps façonnés par la société de consommation s?en trouvent dénaturés. Ils perdent tout relief, jusqu?à devenir des enveloppes vides et interchangeables.

  • Tout a été consigné dans un cahier où l'on trouve l'empreinte de plusieurs histoires, la grande, celle du soulèvement des Alpes, racontée par un guide excentrique, la petite, celle de la vie quotidienne d'un groupe de randonneurs.

  • Un panneau peint à Venise qui réapparaît à Los Angeles et qui révèle une autre disparition; une sculpture qui fond pendant des semaines; la tête de Louis de Funès qui se dissipe dans la glace; un anneau invisible pour une vache absente; un haut-de-forme transparent; un portrait reproduit 367 fois dont l'original a été perdu: la disparition est un spectacle étrange, qu'on ne perçoit que lorsqu'il n'y a plus rien à voir. Un accès vers la sensation d'un moment inframince et hyperlié, suspendu et introuvable, que nous nommons le présent et qui définit l'art contemporain. Ces textes traquent la disparition chez des artistes comme Francis Alÿs, Michael Rampa, Carpaccio, Gerhard Richter, Stéphane Zaech, Charles Gleyre ou Valentin Carron.

  • Naomi Del Vecchio poursuit une recherche artistique autour du dessin, de la gravure et de l'écriture. Ces pratiques, menées en parallèle, se répondent, en explorant les liens entre texte et dessin, mots et lieux, dans l'espace du livre comme dans celui de l'installation. Elle assemble et associe les observations, les définitions, les histoires, les réflexions, les points de vue scientifiques ou personnels, en jouant sur les frontières, les basculements et les dérapages.
    "Cailloux et autres pierres" parle du temps, celui qui passe et qui nous dépasse, d'apparitions et de disparitions, de sommets et fonds sous-marins, d'êtres devenus pierre ou faisant la poussière, de coups de marteau et de bijouterie, de géants et de nains, de chaleur et de glace...

  • L?invisibilité, l?extrême discrétion à tout le moins, est le propre du loup. Instruit par une longue histoire de traque et de persécution, cet animal connaît les risques d?une coexistence avec l?homme et adopte la stratégie d?une présence élusive. Le plus souvent, il ne se laisse entrevoir que par quelques traces laissées sur son passage, ces indices fragiles qui demandent toujours l?analyse, la comparaison, la vérification. En somme: si le loup fut et est encore l?objet de tant de projections, c?est qu?il se montre rétif à la vision. Ce livre réunit des documents liés au monitoring du loup et à la gestion de la faune, au profilage génétique et à la cartographie des aires de localisation, à la naturalisation et à la conservation des spécimens morts, collectés par Luzia Hürzeler.

  • émail diamant

    Fabienne Radi

    Ce livre convoque une performeuse anglaise, une nonne belge, un dentiste vaudois, l'Homme des glaces, Shelley Duvall, Peter Pan et Harry Dean Stanton pour traiter d'une partie singulière du corps.

  • Cette publication propose d'explorer les différents usages de la carte postale dans l'art, depuis sa création dans la seconde moitié du XIXe siècle, tout en restituant l'expérience d'une correspondance en l'honneur de l'historien de l'art suisse Dario Gamboni. Les sujets traités dans ce livre sont aussi nombreux que la vie et la circulation des images, la collection, le hasard, la graphie, l'écriture et le dessin, la reproduction des oeuvres, l'analyse visuelle, le processus créateur, la matérialité de l'oeuvre et le témoignage historique.
    Ces thèmes rendent hommage à Dario Gamboni et au subtil goût du jeu qui le caractérise.

  • Almanach « écart »

    Collectif

    Ecart était un collectif d'artistes, un festival, une galerie, une librairie, une maison d'édition, un atelier d'impression, un salon de thé. Un almanach est un périodique annuel, un calendrier, un horoscope, un recueil de pictogrammes, un compagnon, un indicateur météorologique, une éphéméride. L'Almanach Ecart est un livre dans lequel se croisent les histoires d'un réseau informel et évolutif d'artistes expérimentaux. Entre eux circulaient des travaux, des lettres, des factures ; ils organisaient des expositions, des performances et des publications, guidés par une affinité commune pour les gestes artistiques les moins spectaculaires, les plus marginaux. Composé à plusieurs mains selon des « règles du jeu » préétablies, l'Almanach Ecart rassemble 365 documents sélectionnés dans le fonds des archives Ecart. Ce livre propose ainsi une incursion subjective, anachronique et intertextuelle dans une année fictionnelle des activités d'Ecart, groupe d'artistes hétéroclite et protéiforme, proche du situationnisme et de Fluxus, et basé à Genève durant les années 1970. Essais, commentaires et questionnaires donnent un nouvel éclairage sur ce point de chute helvétique actif au sein d'un réseau international qu'animait l'immatérialité de l'échange et du dialogue. Un réseau qui reposait, en somme, sur l'amitié.

  • Ce livre est un recueil de blagues à destination des amateurs d'art. Chacune d'entre elles repose sur le même scénario : «Il y avait un urinoir; il était hors d'usage.» Peut-être faut-il connaître Fountain (1917), l'urinoir de Marcel Duchamp, pour trouver cela drôle, mais chacun pourra s'amuser de la variété des ambiances des lieux d'aisance visités par l'artiste Pavel Schmidt, de la signalétique de bouts de ficelle improvisée par les agents de la propreté et de la créativité déployée pour barrer l'accès à la cuvette libératrice en parcourant cette collection de 102 photographies d'urinoirs hors-service.

  • Vous êtes ici

    Alexandre Loye

    Chaque jour, dans un rituel exigeant mais non dénué de bonheur, Alexandre Loye peint en quelque sorte naturellement. Fils d'artiste plasticien, il est probablement tombé dedans enfant, aimant la solitude de l'atelier assortie à l'odeur de térébenthine. Les carnets qu'il noircit avec régularité lui permettent de tisser un fil mental plus costaud que toutes les impasses picturales et de tracer sa recherche artistique avec sérénité.
    Le peintre ne travaille pas sur le motif. Il saisit les images de son esprit par petits coups de pinceau rapides et par couches successives. Le trait hésite mais l'ensemble fonctionne si parfaitement qu'on a l'impression d'entendre fredonner, chantonner, de sentir la chaleur du soleil. Car les huiles sur toile et papier d'Alexandre Loye sont remplies du chaos de la vie, sorte d'ode à la folie du monde mais avec une infinie douceur et une ironie permanente.

  • « Erre» est une épopée poétique et topologique à travers plus de 90 langues, une exploration d'autres territoires de sens, dans d'autres systèmes de pensée, d'un point à l'autre de la planète. «erre» est une écriture dans les langues autres, c'est-à-dire absolument dans l'autre, là où il se parle et quand il se parle, et aussi un travail sur la nature même de la langue, sur ses états, sur sa forme, sur sa géographie. «erre» ouvre et explore un espace dans la langue, par la langue de l'autre, quand d'autres chemins la rendent comme étrangère à elle-même, soudainement mystérieuse, et paradoxalement plus concrète.

  • Anselm Kiefer

    Anselm Kiefer

    Les livres d'artiste qu'Anselm Kiefer réalise dès les années 1968 et 1969 sont d'abord un lieu d'expression d'idées et d'associations de pensées, puis deviennent rapidement un lieu d'exploration dans lequel la succession des pages rend possibles la construc­tion d'un récit et son inscription dans une durée. Les sujets qui y sont élaborés sont ensuite redimensionnés dans l'ensemble de son oeuvre et notamment dans la xylographie.

  • Be Arielle

    Simon Senn

    Simon achète en ligne la réplique numérique d'un corps féminin et l'anime en 3D?: le voilà «?dans?» un corps de femme. L'expérience est émouvante.
    Contre toute attente, il parvient à retrouver la jeune femme «?scannée?» et part à sa rencontre.
    Il s'entretient aussi avec une psychologue pour questionner son « trouble dans le genre » provoqué par cette expérience, puis un avocat, pour comprendre ce qu'il peut légalement faire faire à ce corps - mais la théorie, comme la loi, n'évoluent pas aussi vite que la réalité.
    Dans une conférence théâtrale qui est aussi une démonstration et une confession, Simon Senn fait dialoguer réel et virtuel. Il révèle alors l'intrication inattendue entre technologie, émotion, image, sensualité et loi.
    Édition et préface par Éric Vautrin.

  • Dix récits ayant en commun la voix humaine, sa captation et sa diffusion, pour autant de situations, de personnages, de natures et d'époques foncièrement différentes. Une matière première entièrement sonore qui ne manquera pas d'éveiller des images, des références probablement cinématographiques chez le lecteur.

  • « Tout homme valide, en Suisse, est tenu d'effectuer son service militaire, à moins de s'engager sur la voie difficile de l'objection de conscience. Les autres, les réformés, sont affectés à la protection civile qui veille à la sécurité des populations en cas de guerre ou de catastrophe majeure. Mon parcours à la P.C. n'eut rien de remarquable. »

  • Cette publication, richement illustrée, offre pour la première fois un panorama du travail réalisé par Anne Rochat (*1982) ces dix dernières années. Se déclinant essentiellement au moyen de la performance, élaborée en réponse à des lieux et des situations données, la pratique de l'artiste s'appréhende tantôt en direct dans l'ici et maintenant de la performance, tantôt en différé au moyen de la captation vidéo. L'ouvrage articule visuellement le travail performatif, faisant dialoguer les images comme autant d'éléments d'un récit, et comprend deux textes inédits de Jean Rochat (historien) et d'Olivier Kaeser (historien de l'art et commissaire d'expositions), ainsi que des photographies de Matthieu Gafsou.

  • Divine Chromatie est un livre d'art où se déploient une centaine de reproductions basées sur un travail de peintures monumentales de Philippe Fretz en cours de réalisation depuis cinq ans. Ces peintures forment une oeuvre géante de 3,60 x 11 mètres réinterprétant de manière contemporaine les trois volets de La divine comédie de Dante: L'Enfer, Le Purgatoire et Le Paradis. Accompagné d'un texte de Fabrice Hadjadj, philosophe et écrivain français, ainsi que d'une introduction de Didier Ottaviani, spécialiste de la pensée du Moyen-Âge, ce livre permet au lecteur d'aborder La divine comédie avec un regard neuf et profond.

  • échec et scotome

    Jean Otth

    Lorsqu'en 2008 on lui demande un texte d'introduction pour une exposition, Jean Otth rédige un texte étonnamment autobiographique. Il raconte ses premières émotions visuelles?: «Ma fascination était pour ce que j'apercevais très haut, sur les sellettes de bois?:  des femmes d'argile gris foncé, blanches ou terre de Sienne brûlée selon l'avancement des travaux, se penchaient ou se tordaient pudiquement sur moi, en contre-plongée bienveillante pour le petit garçon que j'étais. La plupart étaient totalement nues mais d'autres étaient drapées à la manière des pudeurs espagnoles qui exacerbent leur mystère [...].» Véritable anamnèse de son rapport à l'image qui l'aura mené de la peinture à son travail précurseur dans le domaine de la vidéo, ce texte intrique sa vie amoureuse et son dilemme entre représentation et non-représentation, entre image et peinture. «?Ce dont je suis sûr, c'est qu'aujourd'hui les images m'ennuient tant que je ne les ai pas partiellement ou totalement cachées?», conclut-il dans un ultime geste de pudeur. Le livre est accompagné d'une sélection de polaroïds de l'artiste qui poursuivent le dialogue entre vie intime et construction d'une image extime.

  • Topia

    Jerome Stettler

    Avec Topia, les dessins, qui ont la fulgurance d'une ligne claire, sont comme des notes prises au long d'errances dans un temps à la fois préhistorique et post-historique. On y croise des animaux disparus, des espèces éteintes ou imaginaires et les traces d'une vie cultuelle ou banale prise dans une béance spatio-temporelle originale à l'artiste.

  • Le livre prend comme point de départ un souvenir de l'auteure?: un jour, à l'âge de dix ans, ses parents l'ont emmené au cinéma, ce qui était plutôt exceptionnel. Elle y a vu l'un à la suite de l'autre "Thérèse" d'Alain Cavalier et "La Chèvre" de Francis Veber. Le portrait d'une sainte et une comédie avec un idiot maladroit. Dans l'espace du livre, ces deux opposés se font face. Le récit de l'anecdote et les souvenirs qui en découlent se retrouvent sur la page de gauche.

  • Holy etc.

    Fabienne Radi

    Dix-neuf histoires courtes qui oscillent entre fiction et essai, où l'auteure fait prendre l'air, avec art et humour, à des thèmes aussi différents que les briques ou l'auteure américaine Flannery O'Connor.

  • Quand l'histoire d'amour de neuf ans, la plus importante, la plus longue et la plus intense, a commencé à s'écrouler - et moi avec elle -, à éclater en plusieurs figures probables, ou à peine amorcées, indécises, quand, disais-je, notre amour si solide et si évident devint un morceau improvisé jour après jour, de sorte qu'on ne pouvait vraiment plus rien prévoir et que tout devait être exposé, expliqué, imaginé à nouveau à chaque minute pour qu'il manifestât, après franche inspection, un sens quelconque, à cet instant précis, pendant cet intervalle déchirant, La Libération d'Andromède de Piero di Cosimo, dont la reproduction était restée collée au moins trois ans dans les toilettes sur le mur en face de la porte, eh bien ce tableau, que j'avais absorbé au fil du temps comme on absorbe le paysage découpé par une fenêtre, m'offrit une clé globale et précise pour sortir des ténèbres et avec clairvoyance trouver une trame différente, plus adaptée, pour organiser mon histoire amère, mon histoire brisée en morceaux.

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