Au Diable Vauvert

  • 1642, à trois ans à peine, Jean Racine est déjà orphelin d'une famille sans fortune, dans une petite ville de Picardie. Avant même songer réussir, comment survivre ? Comme dans les contes, une tante veille et le voici bientôt recueilli par l'abbaye janséniste de Port-Royal qui lui inculque autant de savoirs que d'interdits. À 20 ans, Racine est forcé d'envisager un repli vers une morne carrière ecclésiastique à Uzès. Mais l'ambition est là, féroce, qui l'attire vers les feux du Roi-Soleil. Ce sera l'écriture ou l'ennui. Quitte à trahir sa mère nourricière...

  • À 18 ans, Aurore Dupin de Francueil, fille d'un aristocrate et d'une jeune femme légère, ne s'appelle pas encore George Sand. Elle épouse Casimir Dudevant, un jeune baron portant beau, et a deux enfants. Mais cette vie ne la rend pas heureuse. Bientôt elle s'éprend d'un autre homme, puis d'un second. Elle aurait pu en rester là. Mais non, elle se rend compte que « la liberté de penser et d'agir est le premier de tous les biens ». Alors, à 27 ans, elle décide de partir pour Paris, seule.
    Comment cette descendante du maréchal de Saxe a-t-elle osé défier les conventions de son temps ?
    C'est dans son enfance déchirée, abandonnée par une mère aimante mais instable à une grand-mère possessive, qu'elle a puisé la force de sa révolte. Sa fière liberté et sa puissance créatrice feront d'elle la femme de lettres la plus éclairée de son siècle.
    Joëlle Tiano vient mettre au jour, avec une rigueur d'historienne, l'intimité presque quotidienne de la jeune Aurore et en décrivant avec minutie l'étonnante contradiction des influences affectives et sociales qui lui ont permis de se construire. Son portrait offre un éclairage singulier sur la faille intérieure terrible dont l'écrivain a souffert et dans laquelle elle est allée chercher sa liberté de ton et d'attitude, et surtout « la nécessité d'en faire usage ».

  • Johnny Hallyday, c'est le monstre sacré français. Sa carrière n'a pas d'équivalent. Il connaît un succès constant depuis les années 1960, a vendu des millions de disques, rempli des stades. Ses mariages, ses divorces, ses enfants, alimentent la presse « people ». Ses soucis de santé passionnent les Français. Des fans inconditionnels le suivent depuis des années, il a sa marionnette aux Guignols, est imité par les humoristes populaires ou des sosies haut en couleur. La France entière connaît « Johnny », l'aime ou le déteste.

    On croit tout connaître de lui, mais cet ouvrage fourmillant d'informations nous détaille une période fondatrice et moins connue. Qui sont ses parrains dans le métier ? À qui Johnny emprunte-t-il son nom de scène ? Pourquoi se fantasme-t-il américain ? Qu'a-t-il fait en 1968 ? Pourquoi effraie-t-il les directeurs de salles en se roulant sur scène et en provoquant des émeutes ? Mais aussi pourquoi tente-t-il de se suicider, à 23 ans ?

    À 20 ans, Jean-Philippe a déjà créé le mythe de Johnny. Ce livre, qui s'appuie sur de nombreuses archives, sur ses chansons, et sur des entretiens avec des amis de l'époque, raconte la fabrication de ce mythe et aussi la réalité qui se cache derrière.

  • Comment devient-on l'un des plus grands philosophes du Siècle des Lumières, l'un de ceux qui ont rendu possible la Révolution française, un précurseur du romantisme et de la démocratie ? On s'attend à ce que Rousseau ait reçu l'éducation nécessaire à l'élaboration de sa prodigieuse culture et de ses réflexions.
    Pas du tout ! Durant son adolescence, Rousseau s'est formé à travers une aventure intellectuelle, vagabonde et multiple. Né en 1712 à Genève, il est élevé de façon désordonnée par un père fantasque, né d'horlogers genevois, qui, contraint de fuir Genève, y abandonne son fils de 12 ans à un oncle, puis à un pasteur. Jean-Jacques fait la découverte de la nature, du latin, de la religion et connaît là ses premiers émois.
    Mais à peine âgé de 14 ans, il lui faut apprendre un métier. Apprenti chez un graveur sévère, il préfèrera s'enfuir et tenter sa chance sur les routes de la Savoie voisine. Seul, sans argent, sans ami, sans appui, que peut-il devenir ? Il abjure sa religion réformée et se convertit à la religion catholique romaine. Il y gagnera l'aide et la protection de Mme de Warrens, de quinze ans son aînée, qu'il appellera "Maman" et sera son amante.
    Auprès d'elle, il va parfaire son éducation par les lectures, la musique, la discussion, l'apprentissage des savoirs. Deviendra-t-il prêtre, maître de musique, précepteur, diplomate, écrivain ? Il s'essayera à ces différentes carrières mais ne poursuit qu'un but : s'instruire de tout, apprendre toujours, y compris dans les sciences et la philosophie, pour mieux connaître les autres, pour mieux se connaître lui-même.

  • En 1939, Nelson Mandela a 20 ans et rêve de devenir fonctionnaire. Il s'inscrit pour cela aux cours d'interprétariat que l'université de Fort Hare vient d'ouvrir. Lors d'une fugue à Johannesburg, il découvre la réalité de la ségrégation raciale dont il a été relativement protégé jusque là. Il décide alors de se battre pour obtenir l'égalité de tous.

  • À 20 ans, Norma Jeane est une starlette telle qu'il en pullule dans le Hollywood des années 1940, une belle fille brune aux formes affirmées très tôt. Trop tôt sans doute pour elle qui a été violée par un voisin à 13 ans, et qui bientôt ne va vivre que pour et par le regard des autres, des hommes surtout. C'est qu'elle est désespérément en quête d'amour pour en avoir manqué, violentée par sa grand-mère, abandonnée par sa mère enfermée dans un hôpital psychiatrique, recueillie par des familles d'adoption pour 5 dollars la semaine. Si elle se marie à 16 ans, c'est pour échapper à l'orphelinat. Baker, Mortenson, et maintenant Dougherty, le nom de son mari est le troisième que le destin lui donne, et aucun n'est vraiment le sien. De quoi perdre la tête comme sa mère ! De quoi tout faire aussi pour devenir quelqu'un ! Bientôt, c'est elle qui décidera, acceptant celui qui sera célèbre dans le monde entier : Marilyn Monroe.

    La jeune Norma ne renonce pas, fait contre mauvaise fortune bon coeur. Elle bégaie, s'attife mal mais, entre 18 et 25 ans, elle affiche le sourire et l'optimisme de la jeunesse. Elle incarnera plus tard l'Américaine dans toute sa splendeur, cette femme des temps modernes, émancipée grâce au travail et à un corps qu'elle assume. Pour l'instant, elle n'est qu'une anonyme, une jolie fille parmi d'autres. Ouvrière pendant la guerre, la voici remarquée par un photographe qui la propulse à la une des magazines. Le début du conte de fée ? Non, pas encore. Elle divorce, cachetonne et michetonne. Enfant de Los Angeles, Hollywood est son Amérique à elle. Elle accède aux plateaux par ses relations et son sex-appeal. Elle signe un premier contrat de six mois, elle pense sa carrière lancée. On ne le renouvelle pas, on lui dit qu'elle n'a aucun talent, que son physique ne convient pas. Elle vit dans la pauvreté, déprime puis se ressaisit. Elle dépense tout son argent en cours de chant, de danse et de comédie. Elle, elle croit à son talent ; les autres suivront. Derrière l'image rayonnante se cache une personnalité inachevée, une fragilité qui au fil des films transpercera sous les pellicules épaisses de son maquillage de star.

    La Marilyn que personne ne connaît Fondé sur des confessions intimes, des fragments d'oeuvres peu connues de la femme et de l'actrice, des grandes interviews qui prennent avec le recul une résonance singulière, ce portrait donne à voir les débuts d'une personnalité complexe, souvent caricaturée en sex symbol démoniaque ou en femme-enfant un peu fêlée. Décrivant les moments-clés des années de formation, cette biographie permet de comprendre comment une jeune femme à l'avenir incertain est parvenue à prendre les commandes de sa vie, tant bien que mal. Une aventure à l'américaine, terriblement contemporaine.

  • Oak Park, 1917, le beau jeune homme épris d'aventure et de littérature qu'est Ernest Hemingway étouffe dans cette banlieue chic de Chicago.
    Il refuse l'université, trouve un emploi de journaliste, mais la guerre en Europe lui donne l'occasion de réaliser ses idéaux de bravoure et de gloire. Grièvement blessé, il y fait l'expérience de la mort et de l'amour. De Chicago à Paris puis en Espagne, il connaîtra la vie de bohème, un mariage, les reportages de guerre, avant la publication de son premier recueil qui fera de lui, à 26 ans, l'homme qu'il voulait devenir.

  • A 20 ans, Marguerite Donnadieu, juste arrivée de Saigon, est étudiante en économie à Paris.
    C'est une jeune femme émancipée, douée, séduisante et indépendante. Son point d'ancrage, ce sont les hommes. Employée au ministère des Colonies, elle fréquente la bonne société parisienne. Mais son esprit de révolte, son goût de la fraternité cultivé dans la Résistance puis au Parti communiste et son acharnement au travail vont façonner en elle l'écrivain de génie à la voix unique.

  • Pour échapper à une vie de mendiant, de voleur et de prostitué, Jean Genet s'engage à 20 ans comme caporal de l'armée de terre, en Syrie. Il fugue sans cesse et déserte à 25 ans. Après une jeunesse en forme. de longue dérive, il n'est plus de retour possible : il ira à l'encontre de toutes les règles pour accomplir son destin librement, écrire.

  • À 20 ans tout juste, Guy de Maupassant est emporté dans le chaos de la guerre de 70.
    Son oeuvre en gardera de multiples traces. La plus célèbre, Boule de suif, écrite dix ans plus tard, en 1880, le lancera dans la vie littéraire « comme un météore ».
    Entretemps, il aura connu, de 22 à 29 ans, la rigueur et la générosité de la formation flaubertienne. L'auteur de Madame Bovary va inculquer à son disciple des principes littéraires qui le guideront longtemps.
    Marqué par la négligence d'un père volage et la séparation du couple parental alors qu'il a onze ans, Guy a grandi auprès d'une mère lettrée, sensible à l'excès, soucieuse de prodiguer à ses deux fils (Hervé est de six ans son cadet), la meilleure des éducations. Seule figure féminine immuable dans la vie de ce séducteur, Laure restera jusqu'au bout sa conseillère et sa confidente. Jusqu'à l'âge de treize ans Maupassant grandit en « poulain échappé », comme dit Laure, au milieu d'une nature qu'il parcourt et hume jusqu'à l'ivresse. Son inscription à l'institution ecclésiastique d'Yvetot le rendra à jamais allergique à la religion, et à ses représentants. De même, après le baccalauréat et l'épreuve de la guerre, se sent-il étouffer au Ministère de la Marine, où les maigres revenus paternels l'obligent à tenter de gagner sa vie. Pour chasser le spleen, parfois obsédant, qui s'invite souvent dans sa petite chambre de la rue Moncey, Maupassant se trouve simultanément plusieurs exutoires : l'écriture bien sûr, à laquelle il consacre une grande partie de son temps, le sport intensif, à travers les parties de canotage, et une vie sexuelle mouvementée. Une envie de vivre qui lui coûtera cher. Une syphilis sans doute contractée sur les bords de Seine mettra fin tragiquement à sa fulgurante carrière, un mois avant son 43ème anniversaire.

  • En 1819, M.
    Et Mme Balzac installent leur fils ainé, âgé de 20 ans, seul, dans le Marais parisien. Une installation décisive pour le jeune Honoré qui a supplié ses parents de le laisser interrompre ses études de droit durant au moins deux ans, le temps, espère-t-il, de lancer une carrière littéraire. Il vit pauvrement dans une mansarde, traduit les premières pages de L'Éthique de Spinoza, rédige un essai philosophique sur l'immortalité de l'âme, et surtout, compose un drame théâtral sur Cromwell qu'il fait lire à un académicien.
    Verdict : « Ce jeune homme doit faire de tout, excepté de la littérature ! » Heureusement il a d'autres satisfactions que l'écriture. L'année de ses 20 ans, il rencontre Mme de Berny. Elle a 42 ans, a déjà eu neuf enfants, et pourtant il en tombe follement amoureux. Maltraité par sa mère, il a besoin d'être l'enfant chéri d'une autre. D'ailleurs, il l'appelle Maman, elle devient sa protectrice. Elle a reconnu en lui le génie, elle l'encourage, le rassure : « Vous êtes un oeuf d'aigle couvé par des oies.
    » À son contact, il devient un expert de l'âme féminine. Sa rencontre avec Auguste Lepoitevin de l'Egreville, un littérateur qui achètera quelques années plus tard un tout jeune journal nommé Le Figaro, va lui mettre le pied à l'étrier. Ils rédigent à quatre mains (surtout celles d'Honoré en fait) des romans d'aventures publiés sous pseudonymes. Cela lui donne envie de devenir imprimeur lui-même. Catastrophe : en moins de trois ans, le jeune Balzac se ruine durablement.
    Il est maintenant condamné à écrire, toujours plus, toujours plus vite, pour rembourser ses créanciers. En 1829, l'année de ses trente ans et de la mort de son père, il publie Le Dernier Chouan, sa première oeuvre publiée sous son vrai nom, mais sans la particule qu'il y ajoutera par la suite.
    Lire Balzac à 20 ans, c'est découvrir le modèle même de tous les jeunes gens pauvres qui, dans La Comédie humaine, « montent » à Paris pour, comme Honoré l'a fait lui-même, y chercher la gloire littéraire et le succès auprès des femmes.
    Souvent en vain. Lui l'obtiendra de son vivant, car sa peinture de la société de son époque portera une telle vérité qu'elle fera de lui le grand romancier du siècle. Cette oeuvre visionnaire ne lui permettra ni de s'enrichir, ni de passer les portes de l'Académie Française, comme il l'espérait, mais fondera la littérature et le cinéma modernes, et surtout réalisera avec éclat son rêve le plus cher : illustrer glorieusement le nom de Balzac.

  • Né à Boston en 1917, au sein d'une famille très fortunée d'origine catholique irlandaise dominée par un père autoritaire tour à tour banquier millionnaire, producteur de cinéma, ambassadeur, le jeune John, privé de tendresse maternelle, doit surmonter des maladies incessantes et affronter la rivalité d'un grand frère plus fort que lui.

    Écolier indiscipliné, étudiant insouciant, séducteur impénitent, il a la chance, à vingt ans, de parcourir l'Europe et de côtoyer les grands de ce monde.

    D'abord réticent à l'implication des États-Unis dans le conflit européen, John s'engage et est envoyé dans le Pacifique. Il en reviendra en héros. Son frère aîné, lui, ne rentrera pas de la guerre. John se retrouve alors en première ligne, prêt à assouvir les ambitions paternelles. Avec son sourire conquérant et le soutien de son clan, il remportera toutes les victoires, jusqu'à la Maison Blanche. Président pendant seulement trois ans, JFK a pourtant marqué l'histoire du XXe siècle de son empreinte.

    Depuis son assassinat, des centaines de livres et de témoignages, des dizaines de films et de téléfilms, des milliers d'articles ont été consacrés à John Fitzgerald Kennedy. À l'occasion du cinquantenaire de sa disparition, la collection À 20 ans met en lumière la partie la moins connue de son existence : sa jeunesse.

  • Né le 9 octobre 1940 à Liverpool et mort assassiné le 8 décembre 1980 à New York, John Winston Ono Lennon est, dès l'adolescence, influencé par ses idoles américaines du rock'n'roll, et la vague de musique skiffle qui sévit à Liverpool.
    Il fonde en 1957 le groupe des Quarrymen, qui évolue pour devenir, avec Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, les Beatles.
    Des albums Please Please Me en 1963 à Let It Be en 1970, les Beatles deviennent un des plus grands phénomènes de l'histoire de l'industrie discographique, introduisant de nombreuses innovations musicales et mélangeant les genres et les influences avec une audace et une sophistication jusqu'alors inédites.
    Lennon occupe une place centrale dans cette réussite populaire, critique et commerciale, composant des oeuvres majeures pour le groupe.

  • Octobre 1930.
    Fils d'une femme de ménage, orphelin de père, Albert, 17 ans, vit à Alger, en jeune Méditerranéen, entre plage et cafés, le football, les filles et les copains. Mais la tuberculose le frappe, et tout change. Pris d'une infatigable énergie à vivre, il se passionne pour la littérature et la philosophie, se marie, divorce, s'engage au parti communiste, défend la cause des Arabes et devient journaliste.
    La lucidité sera son exigence, la révolte son combat, l'écriture son arme. Comment Albert est devenu Camus. Pour qu'ils deviennent des classiques, il fallait d'abord qu'ils soient des originaux. La collection "à 20 ans" : l'aventure de leur jeunesse est dirigée par Louis-Paul Astraud.

  • Reprenant un leitmotiv de Boris Vian, le livre raconte à la manière d'un récit, le jeune homme que Boris était à 20 ans, avec au coeur du livre la question fondamentale de l'engagement.

    De l'exode en juin 40 quand Boris, élève ingénieur quitte à bicyclette l'école Centrale repliée à Angoulême pour tenter de retrouver ses parents, en passant par les surprises- parties de Ville d'Avray, les souvenirs d'enfance, les copains, l'ambiance potache, la rencontre avec Michelle Léglise (sa première femme) et le Major (son meilleur ami), son mariage, son premier job d'ingénieur, le jazz et les premiers écrits. jusqu'à l'assassinat de son père à la Libération, suivi par la signature de son 1er roman Vercoquin et le Plancton chez Gallimard et par l'écriture de L'Ecume des jours, ce livre découvre une facette de Boris Vian sans doute moins connue, mais qui contient en germe le célèbre auteur, ingénieur, musicien et pataphysicien.. Il décrypte l'enfance et la jeunesse de Boris : son milieu familial, sa formation intellectuelle et artistique, sa vie affective et amoureuse, les zazous et le jazz, le rôle des intellectuels pendant la guerre, et, surtout, ceux qui l'ont marqué. Il éclaire sa personnalité, la naissance de ses multiples talents et la genèse des oeuvres qui le rendront célèbre.

    Boris Vian est à sa manière représentatif d'une grande partie de sa génération. Non engagé, issu d'un milieu pacifiste et apolitique, le jeune garçon n'a ni les réflexes d'un militant, ni conscience politique. Pour lui la guerre est une aberration qui lui vole sa jeunesse. Se sachant condamné à brève échéance par une maladie de coeur, il rejette la morbidité de son époque et semble ignorer les drames qui se jouent autour de lui, refusant d'y prendre part. L'esquisse d'autres portraits, ceux de Guy Môquet, Hélène Berr, Juliette Gréco, Claude Abadie, permet de croiser les destins d'autres jeunes de son âge et de comprendre en quoi Boris est à la fois différent et très proche. Cette génération qui a eu 20 ans en 40 ne ressemble à aucune autre : à la libération, elle croit aux lendemains qui chantent, a soif d'innovation dans tous les domaines, (modes de vie, politique, musique, progrès technique, littérature...), que Vian défrichera en visionnaire précurseur et critique à travers ses livres et chansons.

  • Gustave Flaubert à 20 ans ne ressemble pas du tout à l'image que l'on se fait de lui aujourd'hui. Loin d'être un jeune homme isolé qui écrit avec peine, il est un fougueux adolescent qui veut vivre des aventures et écrit avec une facilité déconcertante. Presque trop.

    A l'âge du baccalauréat, Gustave Flaubert vit ce que l'on pourrait appeler une sérieuse crise d'adolescence. Sous l'influence de son meilleur ami de cinq ans son aîné, le gentil collégien s'est mué en un lycéen qui boit, fume et à évoque à tout bout de champ ses virées au bordel. Son père, le médecin le plus en vue de Rouen, pourrait lui pardonner ces incartades si Gustave ne trouvait pas le moyen de se faire renvoyer du lycée pour indiscipline six mois à peine avant le bachot. Il lui promet de réussir l'examen en candidat libre. Pari tenu ! Son père le récompense par un voyage en Corse. Sur le chemin du retour, il se laisse séduire par une femme qui a quinze de plus que lui. Son initiation lui laisse un goût amer, elle vient rabaisser la belle image qu'il se faisait de l'amour, en particulier de celui qu'il ressent pour la belle Elsa Schlesinger. C'est que, durant toute sa jeunesse et malgré ses fanfaronnades, Flaubert est un romantique qui vit passionnément. La vie n'est jamais à la hauteur de ses aspirations. Il se réfugie dans l'écriture qui est alors un exutoire pour ses angoisses existentielles. Obligé par son père de suivre des études de Droit, il en est libéré par une mystérieuse maladie nerveuse. A la mort de son père, alors qu'il est âgé de 24 ans, plus rien ne s'oppose à ce qu'il se consacre à sa vocation littéraire et réconcilie en elle son goût pour l'extravagance et son profond désespoir.

    La rencontre avec Marie Arnoux (l'héroïne de L'Education sentimentale), la description des plaisirs amoureux de Madame Bovary de même que son suicide, l'attrait pour l'Orient de Salammbô, ou encore la fascination pour la tentation de Saint Antoine, en un mot l'ensemble de l'oeuvre littéraire de Flaubert, tout cela était déjà en germe dès sa jeunesse. Il fallut seulement du temps, une quinzaine d'années de travail quotidien, pour qu'il parvienne à domestiquer son écriture et donner naissance à ses chefs d'oeuvre. Il fit ainsi mentir tardivement sa réputation, notamment dans sa famille, d'habitué à l'échec par paresse et à laquelle lui-même avait fini par croire par pessimisme. Il fit preuve pour cela d'une volonté qui confine à l'obstination.
    Lire Gustave Flaubert à 20 ans, c'est découvrir la genèse des grandes oeuvres de l'auteur mais c'est surtout découvrir que réconcilier les deux Flaubert qui cohabitaient en lui, l'amuseur plein de joie de vivre et l'angoissé pessimiste convaincu de l'inanité de l'existence, fut le grand défi de sa jeunesse. De ce premier succès dépendait tous les autres.

  • A 20 ans, on le voit chez Madame Arman de Cavaillet, chez Mme Strauss, chez Madame Lemaire ; il y croise Anatole France, Dumas fils, Maurice Barrès, les Daudet mais aussi les grands noms de l'aristocratie : la comtesse de Chevigné, le comte de Montesquiou, le comte de Turenne ou encore la princesse Mathilde. Dans les comptes-rendus mondains que donnent les journaux, son nom est de plus en souvent cité.

    Mais comment diable a fait le jeune Marcel Proust pour s'introduire dès ses vingt ans dans les salons les plus mondains de Paris ? Il part pourtant avec de sérieux handicaps pour mener une vie mondaine. Son père est le fils d'un épicier de village. Sa mère appartient à une famille juive. A une époque et dans un milieu qui entretiennent le culte de la naissance, et à quelques années à peine de l'affaire Dreyfus, il s'agit là de deux péchés originels qui semblent irréparables. Et puis Marcel est victime d'une santé fragile. Comment ne pas passer pour un fâcheux quand on porte en permanence même en été une écharpe et un épais manteau ? Mais il y a pire : un goût si prononcé pour les garçons qu'il ne cherche pas dans sa jeunesse à le cacher et qu'il en parle souvent avec ses parents. L'heure n'est pas encore à l'acception amusée de l'homosexualité.

    On croit que le jeune Proust manque de volonté, qu'il se laisse vivre. Erreur. Il en fallait au contraire beaucoup pour vaincre ses handicaps, et plus encore pour s'opposer à son père qui veut lui imposer un travail. Pour lui échapper, la technique de Marcel est le repli stratégique : le premier d'entre eux est son engagement inattendu dans l'armée. Une manière de gagner une année, une décision difficile à prendre pour cet asthmatique qui n'a jamais quitté sa mère plus d'une semaine ; il sera avant-dernier au classement de son régiment. A son retour, il se lance à corps perdu dans les études : les Folies Bergères, l'Alcazar, l'Odéon. Il est nommé bibliothécaire dans une bibliothèque où il ne mets jamais les pieds : il a gagné, ses parents le laissent tranquille, il peut enfin se consacrer uniquement à sa vocation littéraire.

    Des salons à l'écriture On a parfois l'impression que Marcel Proust a passé une jeunesse dorée de dilettante et que soudainement, une fois la trentaine passée, il fut comme touché par la grâce littéraire qu'il lui permit d'écrire son chef d'oeuvre : La Recherche du Temps perdu. Ce portrait de Marcel Proust à 20 ans permet de mesurer au contraire la continuité qui existe entre le jeune Marcel fasciné par les salons et le Proust de la maturité qui les dissèque avec ironie. Les femmes et les hommes du monde qu'il a rencontrés durant sa jeunesse Belle Epoque étaient déjà des personnalités, il en fera ses personnages.

  • En 1893, Colette est une petite provinciale dans une famille aimante mais ruinée. Son mariage avec Willy, critique parisien en vue, va la propulser dans le milieu artistique et littéraire de la capitale. Son mari la trompe. Pour le reconquérir, elle s'impose une nouvelle façon d'être, moderne et insolente, qui fait sensation dans les salons. Willy lui demande d'écrire ses souvenirs. Ce sera l'immense succès des Claudine. L'écrivain est né, il lui reste à se faire un nom.

  • Récit de sages jeunesses ou comment trois soeurs, isolées du monde, filles d'un révérend de village, vont bouleverser la littérature mondiale en écrivant, aux alentours de leur vingt ans, des romans féministes et révolutionnaires avant l'heure, traversés de passions sauvages et charnelles.
    En 1836, Charlotte (20 ans), Emily (18 ans) et Anne (16 ans) ne connaissent guère du monde que le presbytère de leur père, une grande bâtisse austère qui surplombe le village de Haworth et dont l'arrière donne sur les « moors », ces collines désolées du Yorkshire qui vont nourrir leur inspiration.
    Les enfants Brontë écrivent depuis toujours. Leur enfance, marquée par les deuils - perte de leur mère, disparition de leurs soeurs aînées - s'est passée à bâtir des mondes imaginaires dont ils se sont fait les chroniqueurs. Le royaume d'Angria, création de Charlotte et Branwell, est bien vite concurrencé par celui de Gondal, issu des imaginaires conjoints d'Emily et d'Anne. Cette aventure de l'imaginaire, cette émulation fertile, n'a cessé de fasciner critiques et biographes. Le village de Haworth qui a vu naître Jane Eyre (Charlotte), Les Hauts de Hurle-Vent (Emily) et Agnès Grey (Anne) est devenu une véritable terre de pèlerinage pour les lecteurs depuis 150 ans. Et le Brontë Parsonage Museum, lieu de mémoire dédié aux Brontë dans les locaux du vieux presbytère, est l'un des sites touristiques les plus prisés d'Angleterre.

  • Les deux grands paradoxes de Céline D'où vient le style halluciné de Céline, si neuf, si dérangeant, dont on peine à trouver les influences, lui que rien n'avait préparé à ça ? Comment comprendre la coexistence en lui de ce que l'on trouve de meilleur et de pire chez l'homme: une immense compassion pour son prochain et un rejet féroce de l'autre?
    Pour mieux comprendre Céline l'écrivain, cette biographie propose de faire la connaissance de Louis Destouches l'homme, au carrefour des choix décisifs de sa jeunesse. Sans prétendre clore le débat sur le génie et la déchéance, « Céline à 20 ans » remonte aux origines de sa personnalité. Le livre apporte un éclairage inédit sur les raisons qui ont poussé Céline à se diriger à la fois vers la médecine et l'écriture, permettant la genèse de son style incomparable, ainsi que le déploiement maladif de son antisémitisme, et ce dès sa jeunesse, bien avant les grands pamphlets des années 1930.
    Cette biographie de Céline permet aussi de replonger dans le drame de la guerre de 1914, vu à travers l'expérience d'un jeune homme de 20 ans (lui allait devenir l'écrivain le plus marquant de son époque face à l'horreur de cette guerre.
    20 ans en 1914 Louis Destouches fête ses vingt ans en 1914. Après de petits emplois sans prétention et la morne vie de caserne, il y voit enfin l'occasion de s'illustrer. Son immense orgueil, c'est ses parents qui l'ont placé en lui, leur fùs unique, avec tous leurs espoirs. Ils ont misé sur sa formation: il a été envoyé en Allemagne puis en Angleterre pour apprendre les langues étrangères, on lui a trouvé de bonnes places chez des commerçants connus.
    A lui de faire ses preuves maintenant. Ses parents veillent et surveillent.
    Et, en effet, il va en revenir, de la guerre. Moralement surtout. Définitivement désabusé.
    Il aura vu trop de tueries en seulement trois mois, avant d'être grièvement blessé. Sa blessure lui vaut une médaille et surtout un pacifisme forcené qui, vingt-cinq ans plus tard, l'entraînera aux pires positions. En attendant, il veut partir loin, tenter d'oublier: à Londres d'abord, où il fréquente le milieu interlope; puis en Afrique où il tient un comptoir de brousse. C'est déjà Voyage au bout de la Nuit. Il pense à la médecine, à laquelle il s'essaie sur les indigènes. A son retour, encore quelques petits boulots, puis il s'inscrit comme étudiant en médecine. Sa thèse est l'occasion de révéler au grand jour son talent d'écriture: en faisant le récit de la vie du Dr Semmelweiss, un médecin incompris et rejeté par les autres, c'est de lui-même qu'il parle. Tout est en place pour que le désir de l'écriture s'empare de lui et ne le quitte jamais.

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