Belles Lettres

  • François d'Assise mourut le 3 octobre 1226 dans sa ville natale.
    Il ne vit jamais la grande basilique qui lui fut consacrée : un cycle de fresques y retrace les épisodes de sa vie. Entrepris dès 1260, cet immense chef-d'oeuvre de l'art médiéval a été réalisé grâce à la contribution des plus grands peintres italiens de l'époque : Cimabue, Giotto, et les Siennois Simone Martini et Pietro Lorenzetti.
    Témoignage de foi, dont la haute signification spirituelle est liée à la vie et à l'enseignement du saint patron de l'Italie, la basilique d'Assise est le réceptacle d'un trésor pictural à l'origine d'un renouvellement profond de l'art occidental à l'aube de la Renaissance. Dans ce nouveau livre monumental, somme d'une vie entière de recherche, Chiara Frugoni analyse l'ensemble du patrimoine artistique de cette basilique d'Assise. Cet ouvrage, très abondamment illustré (reproductions partielles des fresques, agrandissements de détails qui passent inaperçus à l'oeil nu), révèle des aspects souvent inédits des vastes cycles picturaux de la basilique. Au fil de la lecture, à travers l'analyse minutieuse de chaque scène, nous découvrons les éléments d'une syntaxe et d'un lexique figuratifs. Chiara Frugoni déchiffre magistralement ce code iconographique et la propagande qui le soustend comme on reconstitue un puzzle, pièce par pièce. Un discours d'autant plus complexe qu'il devait, aux yeux de ses premiers spectateurs, résoudre en images les énigmes et les contradictions de l'Ordre franciscain.

  • 428 est une année sans autre événement mémorable que la chute du royaume d'Arménie, perdu aux confins d'un Empire romain déclinant.
    Pourtant, cette année ordinaire est loin d'être une année sans histoire : rien n'est fait, rien n'est joué, tout est en train de se faire. Le paganisme s'étiole avec panache, les nouveaux gouvernants ont des noms qui quelques années auparavant auraient semblé barbares. Les temps changent, imperceptiblement : le crépuscule de l'Antiquité devient l'aube du Moyen Âge. Renouant avec deux traditions bien antiques, à la fois celle des chroniqueurs et celle des itinéraires circulaires qu'affectionnaient les compilateurs, Giusto Traîna propose un tour du monde romain en 365 jours, où le lecteur découvre villes, palais, déserts, monastères et surtout, à côté des grands noms comme Saint Augustin, les figures peu banales et hautes en couleur du chef barbare Genséric, du Sarrasin al-Mundhir, du Copte Chenouté ou encore de l'extraordinaire impératrice Galla Placidia.

  • Ce deuxième volume de la tétralogie que Donald Kagan consacre à la grande guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.) étudie les dix premières années du conflit que l'historiographie désigne comme la « guerre d'Archidamos », du nom du roi Eurypontide qui régnait alors à Sparte. La guerre qui commença au printemps 431 marqua un changement radical dans l'histoire des conflits entre les cités grecques, non seulement par son ampleur, sa durée et sa complexité, mais aussi par sa dureté et sa sauvagerie.
    Alors que le conflit s'étendait sur de nombreux fronts, de l'Hellespont à la Sicile en passant par les côtes de l'Asie Mineure, il s'enfonça peu à peu dans une impasse. Il en résulta un cycle de violence, de cruauté et de représailles qui provoqua « un effondrement des habitudes, des institutions, des croyances et de la retenue qui sont les fondements de toute vie civilisée ».
    Par ailleurs, prenant le contrepied de Thucydide, Kagan montre que la stratégie péricléenne reposait sur des erreurs majeures et réhabilite en partie la figure de Cléon. Ce dernier, démagogue brutal, moqué et méprisé par Thucydide, était partisan de la guerre à outrance.
    C'est lui qui sortit Athènes de l'impasse où l'avait plongée Périclès et qui sut reconnaître le génie stratégique et tactique de Démosthène, l'un des meilleurs généraux athéniens, alors en disgrâce. En opérant des rapprochements avec l'histoire militaire moderne et contemporaine, en portant une grande attention à la vie politique intérieure et aux indices qui signalent les luttes entre factions et les changement de l'opinion à Athènes et à Sparte, en utilisant à bon escient les outils de l'histoire contrefactuelle, Donald Kagan poursuit sa lecture critique de Thucydide et livre des analyses d'une grande intelligence aussi bien des stratégies générales de chaque camp que des tactiques mises en oeuvre dans chaque bataille.

  • Faire ses comptes. D'où vient cette discipline du chiffre pratiquée jusqu'au sein des familles ? Les vestiges du livre de boutique de Colin de Lormoye, un couturier du XVe siècle, installé à Paris, à deux pas de l'église Saint-Séverin invitent à une exploration de l'histoire des pratiques de comptabilité domestique. Ces comptes, à ce jour les seuls d'un boutiquier parisien conservés pour la période médiévale, sont ici édités et commentés. Ce document exceptionnel que Colin a tenu pendant plus de trente ans nous renseigne sur les usages de gestion d'un individu du « commun des gens de métier », selon les mots de Christine de Pizan. Le livre nous fait pénétrer dans l'univers quotidien d'une boutique, éclairant la vie économique d'un artisan du Moyen Âge. Il dévoile l'ampleur des savoir-faire de Colin et sa propre conception du travail, ce qu'il appelait sa « besogne ». Retrouvé dans les archives de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, de l'université et de l'église Notre-Dame, le parcours de ce Parisien ordinaire se laisse reconstruire depuis son installation sur la rive gauche jusqu'à son accession à la maîtrise, puis à la propriété. Son insertion dans le monde de la confection parisienne est restituée grâce aux archives des métiers parisiens à la prévôté de Paris et aux documents fiscaux.
    Copiant jour près jour ses factures, Colin de Lormoye déploya dans son livre un véritable idiome professionnel et en fit le lieu d'élaboration de sa dignité sociale.

  • Conjurer le sort, dernier essai publié par le plus grand spécialiste actuel de la Chine médiévale, ausculte l'évolution, pendant plus de huit siècles, des croyances taoïstes à propos de la responsabilité humaine et de la rédemption. Franciscus Verellen y met en relief les rituels de guérison de la tradition taoïste pour venir en aide à une destinée malade, grêvée par le péché. Son vaste essai dresse le portrait d'une société médiévale chinoise hantée par la figure du mal, où l'existence humaine est hypothéquée dès la naissance, puis accablée par des obligations et des dettes toujours plus lourdes dans notre monde et celui d'après.
    Du IIe au Xe siècle, le taoïsme émerge comme une organisation lithurgique qui, liée étroitement avec le Bouddhisme, modifie en profondeur la pensée chinoise sur les causes de la souffrance humaine, la nature du démon, et les voies possibles vers une libération. Au Ve siècle, des éléments issus du taoïsme classique se mêlent ainsi au yoga indien afin d'intérioriser la quête de la rédemption. La liturgie faisant partie intégrante de l'ordre des Tang englobe petit à petit une communauté monastique florissante, la société laïque et des rituels officés au nom de l'État. Les sacrements taoïstes souhaitent agir sur le monde invisible : face à la peur de la mort, de la maladie et de la perte, ils tentent de prodiguer un secours thérapeutique et une rédemption extatique. À partir de sources multiples, des prières, des sermons lithurgiques et des récits empiriques, Francisucs Verellen prête une fine attention au vocabulaire taoïste de la rédemption, au sens du sacrifice, ainsi qu'aux métaphores faisant figure de passerelle entre les royaumes du visible et de l'invisible. Le mauvais sort se trouve conjuré grâce au rachat rituel d'une dette ; la rédemption se produit sous la forme d'une guérison, d'une purification, d'une délivrance, ou du passage des ténèbres vers la lumière.

  • Ce livre, dont Pierre Vidal-Naquet nous dit qu'il le portait en lui depuis un demi-siècle, commence aux environs de 355 av. J.-C., lorsque Platon rédige le Timée et le Critias. Assurément Platon a puisé dans la culture de son temps, d'Homère à Hérodote et Thucydide, mais le mythe du continent perdu, inséparable d'une Athènes également imaginaire, est son oeuvre propre. Il n'y a pas à chercher l'Atlantide ni dans les profondeurs du temps ni dans celles de la mer.
    Reste que le mythe a connu d'incroyables développements, dans l'Antiquité d'abord, grecque, romaine, et proto-byzantine, et a littéralement explosé à la Renaissance, singulièrement après la découverte de l'Amérique, rapidement identifiée par certains au continent imaginé par Platon. D'autres, peu nombreux, résistèrent, dont le plus remarquable est Michel de Montaigne. Les nationalistes s'emparèrent du sujet, de l'Espagne à la Suède et de l'Italie à l'Allemagne, singulièrement à l'époque hitlérienne. Les savants cherchèrent à expliquer par le continent perdu tantôt l'histoire de la planète, tantôt la préhistoire minoenne de la civilisation grecque. Les personnages de Jules Verne la visitèrent ou la reconstruisirent. Dans le ghetto modèle de Theresienstadt, un poète et un musicien identifièrent avec l'empereur de l'Atlantide le despote qui les incarcérait avant de les tuer.
    Il était temps que cette longue histoire fût écrite en français.

  • Premier d'une série de quatre ouvrages consacrés à l'histoire de la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.-C.), ce livre étudie les causes du conflit et prend le contrepied de la thèse de Thucydide.
    Dans les cinq parties qui composent l'ouvrage, Donald Kagan examine le fonctionnement institutionnel et informel des systèmes d'alliance en place et retrace l'histoire de la constitution de l'alliance spartiate et de la ligue de Délos ; puis, il restitue le contexte troublé du milieu du ve siècle en rappelant les événements de ce qu'on a appelé la « première guerre du Péloponnèse » (vers 460-445) et de la paix de Trente ans, jusqu'aux trois crises de l'année 433 (l'affrontement entre Corcyre et Corinthe autour d'Épidamne, le siège de Potidée, le « décret de Mégare ») qui allaient précipiter les deux blocs dans la guerre. Une série de conclusions examinent et critiquent les différentes thèses sur les causes du conflit et notamment celles de Thucydide sur « la cause la plus vraie », sur la responsabilité de Périclès et sur l'inéluctabilité de la guerre.

  • La période républicaine (1912- 1949) est généralement appréhendée comme un interrègne entre la chute de l'Empire et l'avènement de la République populaire de Chine, avec comme fil rouge l'affrontement entre le Guomindang et le Parti communiste chinois. Cette interprétation est pourtant aujourd'hui largement dépassée. Tout d'abord, le parti communiste fondé en 1921, 11 ans après le début de la période républicaine, doit encore attendre 5 années pour cesser d'être un insignifiant groupuscule d'intellectuels. Le PCC ne devient un acteur de tout premier plan que très tardivement, aux alentours de 1944. Sa victoire en 1949 se place dans un concours de circonstances particulièrement heureux, en particulier durant les opérations de la guerre sino-japonaise de 1937 à 1945 et s'explique avant tout par les erreurs commises par le Guomindang et son leader Jiang Jieshi (Chiang Kaï-shek). Certes, il ne fait aucun doute que le parti communiste a su éviter l'anéantissement à au moins deux reprises (1927 et 1935- 36), s'affirmer, s'organiser, se doter d'une stratégie et d'une doctrine cohérentes sous la tutelle d'un leader à la fois charismatique et redoutablement efficace : Mao Zedong.
    Il n'est cependant plus question de traiter la période républicaine comme l'épopée révolutionnaire du Parti et donc de donner à ce dernier une importance disproportionnée. En lieu et place de cette grille de lecture, tend à s'imposer depuis une vingtaine d'années une interprétation privilégiant le concept de modernisation. Celle-ci s'inscrit dans une chronologie beaucoup plus large que la période républicaine, allant, en Chine, des guerres de l'opium à nos jours.

  • L'Histoire générale de la Chine, série de dix volumes illustrés, allie rigueur scientifique et plaisir de la lecture, et constitue à ce jour la plus importante synthèse jamais publiée sur la civilisation chinoise.
    Des chapitres chronologiques exposent, en début de volume, les grands jalons de l'histoire politique et institutionnelle de la période traitée. Ils sont suivis de sections thématiques (administration, vie quotidienne, religion, littérature, économie, etc.) soigneusement choisies en vue d'une véritable initiation du lecteur. L'ensemble est enrichi de nombreuses illustrations, de cartes en couleur, d'une chronologie, de diverses annexes et d'un index complet.
    LA RÉPUBLIQUE

  • Présentation de l'éditeur:Certains livres sont appelés à demeurer sans équivalent, dépassant tout ce que l'on a pu lire sur un sujet. Le Salaire de la destruction, une histoire économique du IIIe Reich, est l'un d'eux, tant pour le nombre d'idées reçues qu'il balaye que pour les conclusions inédites et l'approche globale qu'il propose.La catastrophe de 1939-1945 est-elle née de la puissance implacable de l'Allemagne nazie ou bien a-t-elle été précipitée par ses faiblesses économiques? Captivant, unanimement reconnu, fruit des recherches d'un historien au sommet de son art, cet ouvrage capital donne un poids nouveau et central à l'économie dans la politique de conquête mondiale élaborée par Hitler.Diplômé de King's College (Cambridge) et de la London School of Economics, Adam Tooze enseigne l'histoire de l'Allemagne à Yale. Il a déjà publié Statistics and the German State, 1900-1945: The Making of Modern Economic Knowledge (Cambridge University Press, 2001)

  • Moyen Âge, la richesse se révèle un fil conducteur hautement significatif. L'ouvrage dresse un panorama fouillé et contrasté des attitudes des païens et des chrétiens à l'égard de la richesse pour en préciser l'impact sur la position sociale des églises chrétiennes dans l'Occident latin à l'époque du déclin de Rome et de la montée du christianisme (entre 350 et 550). Peter Brown aborde la question par périodes successives en croisant les sources les plus diverses (littéraires, juridiques, théologiques, archéologiques, épigraphiques...) Le christianisme, avec son exigeant idéal de pauvreté, apparut dans une société païenne qui connaissait une très forte compétition entre les riches pour manifester ostentatoirement leur générosité envers leur cité et leurs concitoyens (notamment en cas de crise céréalière), mais pas spécialement envers les pauvres. La largesse et la noblesse des riches justifiaient leur richesse. Le christianisme bouleversa profondément cette conception. Les privilèges que Constantin octroya aux églises chrétiennes, après sa conversion, ne leur permirent pas de s'enrichir. Longtemps, les lieux de culte et le souci des pauvres continuèrent à dépendre de la générosité des couches assez basses de la société. Dans le dernier quart du IVe siècle, des riches accédèrent à de hautes positions en tant qu'évêques ou écrivains influents, ce qui constitua un tournant décisif dans le christianisme de l'Europe et permit ainsi à cette nouvelle religion d'envisager la possibilité de son universalité. Les formes chrétiennes du don eurent pour effet de briser les frontières traditionnelles de la cité antique. Tous les croyants, quelle que fût leur condition, furent encouragés à contribuer à l'entretien de l'Église et de son clergé ainsi qu'au soin des pauvres, dont la notion s'étendit désormais à tous les démunis. Renoncer à sa richesse sur terre, c'était participer à l'instauration d'une société de « frères » et permettait de se constituer un trésor dans le ciel. À la fin du IVe siècle, l'entrée dans les communautés chrétiennes habituées à un style modeste de charité, d'une nouvelle classe d'hommes enrichis au service de l'empire ne se fit pas en douceur.
    Les écrits et les actions d'hommes tels qu'Ambroise, Jérôme, Augustin, Paulin de Nole ou les partisans de Pélage (favorables à un ascétisme rigoureux) sont les preuves des fortes controverses qui traversèrent les Églises chrétiennes au sujet du bon ou du mauvais usage des richesses. Lorsque les aristocraties au service de l'empire s'effondrèrent avec lui, elles laissèrent place aux évêques administrateurs de la fin du Ve et du VIe siècles avec une Église disposant d'abondantes richesses dans un monde appauvri et fragmenté. Dans ce paysage, les moines apparurent comme des pauvres professionnels intercédant pour que les riches dont ils attirèrent les richesses pussent passer à travers le trou de l'aiguille.
    Cette nouvelle forme de l'échange de la richesse contre le salut ouvre déjà vers la chrétienté médiévale.

  • Les premiers empires chinois, les dynasties Qin (221-207 av. J. -C. ) et Han (206 av. -220 ap. J. -C. ), forgèrent un système politique, des structures sociales, une organisation économique et des assises culturelles qui allaient rester la référence pour les dynasties à venir. L'unification que ces dynasties imposèrent, l'expansion territoriale et les brassages de populations qui en découlèrent font de ces quatre siècles une époque charnière.
    Le présent ouvrage est une synthèse sur l'histoire et la civilisation de cette période fondamentale dans l'histoire de la Chine et dont l'étude a été profondément nourrie et renouvelée par les nombreuses découvertes archéologiques de ces cinquante dernières années. L'ouvrage commence par une série de chapitres chronologiques, qui exposent les grands jalons de l'histoire politique et les évolutions institutionnelles des empires Qin et Han.
    Ils sont suivis par des sections thématiques portant quant à elles sur le système administratif, la vie quotidienne, les marches de l'empire, la religion, la littérature et la pensée.

  • Les boutons, les binocles, la boussole, l'arbre généalogique, la poudre, à canon ou d'artifice, les cartes, à jouer ou géographique, le Père Noël ou l'université : la vie d'aujourd'hui est faite d'inventions médiévales.
    S'agit-il de s'habiller ? Il faut du goût, mais aussi une culotte, des pantalons, et quelques boutons pour fermer le tout !
    D'organiser son agenda ? Sans les chiffres arabes et le papier cela serait bien compliqué. S'agit-il de manger ? Sans spaghetti, sans macaroni, sans blé moulu tout court, nos repas seraient tristes. et sales car dépourvus de fourchette. Bref, sans les mille et une découvertes de ces siècles curieusement qualifiés d'obscurs, notre quotidien serait digne du Purgatoire, ou plutôt de l'Enfer, car le Purgatoire est lui aussi né au Moyen Age, de même que le Carnaval.
    Dans ces pages au style alerte et à la documentation précise, Chiara Frugoni fait revivre sous un angle inédit la période médiévale.

  • Sous la forme médiévale du bestiaire, cet ouvrage narre l'histoire de plus d'une centaine d'animaux réels ou imaginaires comme la colombe ou le basilic, le cheval et le perroquet, l'âne et le chameau, l'éléphant et le dragon, le phénix et le paon, le céraste et l'unicorne. Ils ont continument accompagné, par leur fonction symbolique, l'affirmation de l'autorité pontificale, mais ont parfois été convoqués par ceux qui entendaient critiquer, réformer ou délégitimer la papauté comme institution.

    Le cheval, prestigieux élément symbolique de pouvoir et de vie de cour, a cavalé pendant quinze siècles auprès des papes. La cour la plus ancienne du palais du Vatican s'appelle encore aujourd'hui Cour du Perroquet en souvenir du fait que pendant des siècles les perroquets ont eu la fonction d'annoncer vocalement le pape en tant que souverain. Comme les rois de France, les papes ont possédé des ménageries ; celle du pape Médicis, Léon X, avait accueilli le magnifique éléphant blanc indien offert par le roi Manuel Ier du Portugal et dont Raphaël nous a laissé le portrait.

    Au revers de cette médaille, l'animal devint aussi un instrument de satire antipontificale, dans les drôleries de superbes manuscrits enluminés, avec des singes et des serpents portant la couronne du pape (la tiare), bien avant que Luther et ses collaborateurs à Wittenberg (Lucas Cranach et Philippe Melanchthon) ne se servent de l'image du pape-âne (Papstesel) pour nourrir leur polémique anti-papale.

  • Les visages du Moyen Âge n'expriment pas les sentiments ni les mouvements intérieurs de l'âme ; ce sont les corps qui parlent.
    À sa manière de s'asseoir, selon qu'il se tient les jambes ou s'exprime avec les mains, le condamné nous dit son orgueil ; Ponce Pilate trahit ses doutes ; le pécheur montre qu'il refuse la tentation du démon ; Marie révèle la douleur qui l'accable à la vue de son fils crucifié. Et le célèbre geste des trois doigts levés ne sert pas qu'à bénir : il signifie aussi qu'on détient le pouvoir.
    Chiara Frugoni propose un merveilleux voyage à qui veut comprendre le langage des images médiévales. Grâce à ce guide idéal, les sculptures, les mosaïques et les retables redeviennent ce qu'ils étaient à l'origine : des histoires de rencontres, d'émotions et de sentiments.

  • S'inspirant de deux articles d'Arsenio Frugoni, son père, Chiara Frugoni reconstitue dans ce livre une journée quelconque dans une ville au Moyen Âge. À l'aide de documents précis, fruits d'une prodigieuse érudition, mais surtout d'une iconographie somptueuse, l'historienne raconte par le menu, plutôt qu'elle ne les expose, les différents aspects de la vie urbaine médiévale: de l'artisanat aux superstitions, de la délinquance à la vie en communauté, en passant par toutes les questions que les hommes se posent encore aujourd'hui face à l'au-delà ou, plus prosaïquement, à l'emploi du temps. À la différence d'un documentaire historique, le récit de cette remarquable conteuse nous invite à remonter le temps comme si nous partions en voyage. Le style souple, élégant et d'une très grande précision lexicale de Chiara Frugoni participe au plaisir de la lecture, non moins que l'analyse rigoureuse des fresques et des miniatures qui illustrent son propos. Elle ressuscite un monde disparu tout en démystifiant nombre des stéréotypes qui l'histoire officielle a imposés au fil du temps.

  • L'heure qu'il est constitue le premier essai d'une histoire générale de la mesure du temps et de son influence décisive sur la formation de la civilisation moderne. Histoire culturelle tout d'abord : pourquoi l'horloge mécanique a-t-elle été inventée en Europe et pas en Chine ? Histoire des sciences et des techniques ensuite : comment est-on passé des garde-temps primitifs aux chronomètres de haute précision ? Puis histoire économique et sociale : qui a fait ces instruments ? Comment ? Qui s'en est servi et pourquoi ?
    Vaste enquête qui mobilise les domaines les plus variés : religion et folklore, mathématiques et mécanique, astronomie et navigation, agriculture et industrie. Vaste odyssée, qui entraîne le lecteur des cours du Grand Khan à celles du Saint Empire germanique, des observatoires prétélescopiques de la Renaissance aux sociétés savantes de l'Ancien Régime. Vaste aventure, qui passe des routes interminables et mortelles des galions de Manille aux combats chronométriques aussi farouches que silencieux des observatoires de Kew, de Genève ou de Neuchâtel. Quel chemin, de l'atelier encombré de l'artisan du Jura suisse aux usines aux mille fenêtres du Massachussetts ou de l'Illinois et aux sweatshops horlogers de l'Asie du Sud-Est !
    On comprend l'ivresse intellectuelle de l'auteur, David Landes : « Tomber sur un aspect majeur du développement de la société, de l'économie et de la civilisation modernes et constater que, pour l'essentiel, la carte du pays 'a pas été faite, c'est un coup de veine assez rare... »

  • À partir de la Renaissance, la dépréciation des sens et du corps bestial s'élargit à divers cercles laïques. La civilisation des moeurs décrite par Norbert Elias développe le savoirvivre, la pudeur, le refus des inconvenances. Vue et ouïe deviennent de plus en plus les sens nobles, évocateurs du divin, au contraire des sens de proximité, trop liés à l'animalité et à la sexualité.
    L'odorat est le plus visé par les moralistes, car pour eux le diable est dans les déchets, les vapeurs de peste, les excréments humains, le bas du corps, féminin en particulier.
    Si bien que l'autocontrôle de ces enfers, notamment de celui du nez (dont la forme et la longueur sont réputées traduire celles des organes sexuels masculins et féminins), fait l'objet de tous les discours savants, alors que les puanteurs règnent dans cet univers, surtout dans les grandes villes comme Paris ou Naples. Un mécanisme de culpabilisation multiforme invite à rejeter et à sublimer cette part puissamment animale de l'humain.
    Mais il ne s'agit pas encore de faire disparaître les mauvaises odeurs. On traite en effet le mal par le mal, en chassant la peste par l'odeur encore plus épouvantable d'un bouc et en protégeant les orifices du corps et de la peau par des substances odoriférantes fortes. Les parfums, souvent d'origine animale (musc) servent à chasser le démon, mais sont aussi considérés comme des pièges sataniques. Cette ambivalence ne cesse qu'à partir du milieu du XVIIIe siècle, lorsque les parfums, de plus en plus floraux, prennent une place nouvelle dans un monde plus hédonique. Ils participent alors à un processus de sublimation en produisant une barrière olfactive contre les puanteurs externes et les odeurs corporelles.

  • Comment les catholiques et les orthodoxes, qui partagent la même foi, en sont-ils venus à se séparer oe

    Dans ce livre, l'auteur se donne pour tâche de raconter l'histoire de la rupture entre l'Église de Rome et les Églises d'Orient, en la replaçant dans son cadre historique. On croit généralement que la séparation se produisit en 1054 et eut pour causes des divergences d'ordre politique et doctrinal. Steven Runciman démontre que le schisme fut en réalité le résultat d'un éloignement progressif au cours des siècles précédents des traditions et de l'idéologie des Chrétientés occidentale et orientale, que l'invasion normande en Italie, l'aspiration à la suprématie d'une papauté réformée au onzième siècle et la grande migration des croisades mirent soudain en lumière, et qu'il ne fut réellement consommé qu'au début du treizième siècle, avec le tragique épisode du sac de Constantinople par les Croisés.


  • Dans le monde gréco-roman, Mithra n'est pas un dieu parmi d'autres, ni comme les autres.
    Venu d'ailleurs avec un lointain héritage indo-européen, il n'est pas lié à tel ou tel sanctuaire topique. On l'honore partout où un groupe de fidèles renouvelle en son nom le repas jadis partagé avec le Soleil sur la peau du taureau mis à mort pour abreuver la création : un culte à fortes connotations cosmiques et que différencient le rituel très particulier de ses initiations en même temps qu'une doctrine vitaliste du sacrifice et du salut.
    Ce livre, qui intègre les recherches et les découvertes les plus récentes, expose, avec clarté te rigueur, le dossier complexe et fascinant des Mithriaca.

  • Dans ce nouvel opus, Adam Tooze décrit et analyse les changements essentiels survenus pendant et après la Première Guerre mondiale - le plus important, qui constitue le thème principal du livre, étant l'accession des États-Unis à une position de suprématie économique, politique et morale sans précédent. Première économie mondiale, l'Amérique devient à partir de 1916 le « banquier » de la guerre, animée, selon l'auteur, par le dessein très clair d'exercer son hégémonie financière sur les pays de l'Entente devenus dépendants de ses prêts. Avec la disparition de ses empires naguère dominants au profit du grand empire américain et de sa prééminence économique et militaire, l'Europe se trouve ravalée au rang de « province » ; en 1918, le Président Wilson est en mesure de jouer le rôle d'arbitre du nouvel ordre mondial auquel il aspirait en imposant la paix au monde entier, avec son projet fétiche et idéaliste de Société des Nations. Pourtant, quand vient le moment d'endosser concrètement sa position de leader mondial, l'Amérique recule : le Congrès américain ne ratifie pas le traité de paix ; Washington n'intègre pas la Société des Nations. Selon l'auteur, les États-Unis n'ont pas encore atteint la maturité démocratique nécessaire pour assumer leurs responsabilités. Il faudra attendre une génération, sous les présidences de Roosevelt et Truman, pour que ce soit le cas. Une fois le traité de Versailles signé par l'Allemagne, une seconde guerre était-elle inévitable ?
    L'insistance des Alliés pour obtenir des réparations (et celle des États-Unis pour obtenir le remboursement des dettes de guerre) contribua-t-elle à l'échec de la République de Weimar ? Deux questions essentielles auxquelles l'auteur répond par la négative. À la fin des années 20, les Européens étaient en chemin vers un retour à la normalité, et des hommes d'État tels G. Stresemann en Allemagne et A. Briand en France travaillaient patiemment à une consolidation des liens qui déboucherait sur la CEE dans les années 50.
    Mais alors qu'en 1928, Hitler et Trotski désespéraient de voir un jour la chute de l'ordre capitaliste, l'année suivante, la faillite de Wall Street déclenchera une nouvelle série d'événements qui entraîneront la sortie de la Grande-Bretagne de l'étalon-or en 1931 et plongeront l'Allemagne dans le chaos économique et politique.
    Ceci étant, Adam Tooze récuse la vision, défendue par certains historiens modernes, de l'entre-deux-guerres comme d'une période où l'Europe renoua avec ses démons passés et rejeta le libéralisme démocratique au profit de l'autocratie et du fascisme. Pour lui, les principales nations d'Europe et d'Asie luttèrent alors pour s'adapter à la modernité et à la géopolitique moderne, s'acheminant tant bien que mal vers la création d'une structure qui garantirait la sécurité internationale - sans parvenir, au final, à couper sur le plan financier, le cordon avec Washington. De manière générale, l'auteur n'hésite d'ailleurs pas à s'inscrire en faux par rapport aux récits conventionnels de la période (il montre aussi que ce n'est pas le traité de Versailles mais celui de Washington, en 1922, qui scella le nouvel ordre mondial régi par la suprématie des États-Unis).

  • Au IIe siècle de notre ère, Rome domine le bassin méditerranéen.
    Mais ses fonctionnaires et ses soldats adorent Isis, Attis, Mithra, les Baals de Commagène et d'Héliopolis. Les dieux de souche égyptienne, syrienne, anatolienne ou même iranienne occupent les sept collines. En occident, ces divinités orientales sont présentes dans les ports fluviaux et maritimes, dans les camps et les villes de garnison, de l'Ecosse aux lisières du Sahara, et même dans certains bourgs de la " Gaule profonde ".


    Qui sont ces dieux venus d'ailleurs ? Comment sont organisés leurs cultes et leurs clergés ? Que signifient-ils pour leurs fidèles ? Robert Turcan répond à toutes ces questions, en étudiant l'ensemble de ces dévotions immigrées, sans négliger les cultes marginaux ou sporadiques, traitant également des courants gnostiques occultistes et théosophiques (comme l'hermétisme et les oracles chaldaïques).


    Déesses-chattes, - serpents ou - poissons ; mères à l'enfant ou maîtresses des fauves ; reines du ciel, de l'amour ou de la mer ; dieux sacrifiants ou sacrifiés, souffrants et sauveurs, morts et renés, ophidiens ou cavaliers, à tête de chien, de chacal, d'âne, de coq ou de lion, souverains du monde sidéral ou infernal : Robert Turcan nous guide dans cet extraordinaire panthéon polymorphe où la piété des Romains s'est dépaysée, avant de se convertir à une autre religion grandie sur un surgeon de l'Orient sémitique.

  • L'idéal d'équilibre et ses liens étroits avec ce qui est juste, sain et ordonné, est resté immuable tout au long de la période médiévale. La place centrale donnée à cet idéal dans le fonctionnement de la nature et de la société est, elle aussi, demeurée immuable. Or, en quelques décennies, entre 1280 et 1360, la culture scolastique de toute l'Europe a vu l'apparition d'un sentiment nouveau de ce qu'était et de ce que pouvait être l'équilibre.
    Dans cette histoire passionnante et fondatrice d'un concept central et pourtant resté oublié de la pensée médiévale européenne, l'historien Joel Kaye, professeur à Columbia, révèle que cette nouvelle conception de l'équilibre et de ses potentialités proprement révolutionnaires est devenue le fondement d'un nouveau modèle d'équilibre systématique, façonné et partagé par les penseurs les plus actifs et les plus novateurs de la période : Pierre Jean Olivi, Jean de Jandun, Marsile de Padoue, Nicole Oresme, Thaddée Alderotti, Jean Buridan, Jean de Salisbury, Thomas Bradwardine.
    En explorant quatre disciplines essentielles du savoir scolastique - la pensée économique, la pensée politique, la pensée médicale et la philosophie naturelle -, l'ouvrage de Joel Kaye, déjà devenu un classique, montre que ce nouveau modèle d'équilibre systématique a ouvert la voiemonde, tant dans les domaines de la médecine et de l'astronomie que dans ceux de l'économie et du fonctionnement de l'Etat et de la société.
    à de nouvelles possibilités de spéculation et de création intellectuelles, qui ont permis une réinvention profonde du

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