Bord De L'eau

  • En 1980, Shining est annoncé comme « le fi lm d'horreur de Kubrick ». L'attente est grande du côté des amateurs du genre comme du côté des fi dèles du cinéaste et elle sera en partie déçue. Mais passé le malentendu initial, le fi lm commence sa vraie carrière et n'a jamais cessé depuis de susciter des commentaires. Film d'horreur sans être vraiment un fi lm de genre, oeuvre problématique, abstraite, complexe, moderne, Shining appelle l'analyse tout en y résistant ou parce qu'il y résiste. Ses énigmes donnent ainsi lieu à toutes sortes d'hypothèses, des plus fantaisistes aux plus rigoureuses.
    Cet ouvrage prend acte de la singularité de ce fi lm adapté du best-seller de Stephen King et qui connaît deux versions (trois, pour être tout à fait précis). Son propos est de mettre en lumière différents aspects du fi lm dans des approches complémentaires, non seulement en en proposant de nouvelles lectures mais aussi en analysant ce que nous pouvons appeler le phénomène-Shining. Ainsi, Cholé Galibert-Laîné, à travers la lecture du récent The Shining : Studies in the Horror Film paru aux États-Unis en 2015, explique pourquoi et comment on se souvient de Shining 35 ans plus tard tandis que Laurent Jullier, considérant Shining comme un fi lm « taillé pour faire écrire », analyse en le décomposant le geste interprétatif que suscite le fi lm de Kubrick. À partir des archives du fi lm et de recherches sur la Parkitecture américaine, Clotilde Simond aborde l'architecture et la décoration dans une lecture qui lie le fi lm à la question indienne. Gaspard Delon réactualise la question du travelling au steadicam dans une approche originale mêlant l'histoire des techniques, l'analyse de réception et l'approche esthétique. José Moure se penche sur une autre forme fi lmique, celle du champ-contrechamp, pour montrer comment Kubrick, en quelque sorte, la réinvente. L'analyse musicologique de Roméo Agid offre une description précise de la musique issue du répertoire contemporain et en éclaire les fonctions. Anne Lété propose une lecture narrative qui prend pour point de départ les défauts de causalité et les énigmes du fi lm et les confronte à la rigueur maniaque d'une construction dramaturgique en chapitres. Francis Vanoye, à travers une analyse comparée du fi lm de Kubrick, du roman de King, du téléfi lm adapté par King (mécontent du fi lm de Kubrick), s'interroge sur la distinction entre terreur et horreur. Enfi n, Loig Le Bihan, auteur de Shining au miroir. Surinterprétations, sorti en 2017, propose ici la traduction inédite d'un traitement du scénario, datant de fi n octobre ou début novembre 1977, outil précieux pour d'autres études à venir.

  • Ce nouveau volume propose donc de se pencher spécifiquement sur une oeuvre qui s'est hissée, avec le temps, au rang de film culte.

  • Twin Peaks

    Sarah Hatchuel

    Dans la ville fictive de Twin Peaks située au Nord-Ouest des États-Unis, le corps de Laura Palmer (Sheryl Lee), une jolie lycéenne blonde et populaire de seize ans, est retrouvée sur les berges du lac, nouvelle Ophélie enveloppée dans un sac plastique. L'enquête qui s'en suit, menée par l'agent du FBI Dale Cooper, donne naissance à une histoire aussi mystérieuse qu'attachante, qui révolutionne la narration télévisuelle, le rapport qu'entretient le public avec les séries, ainsi que les relations entre cinéma, télévision et nouveaux médias. Twin Peaks, comme son nom topographique l'indique, est une oeuvre-lieu : la petite ville est à la fois parfaitement ordinaire et le théâtre d'événements inhabituels où se conjuguent le grandiose et le trivial, l'émotion tragique et le burlesque distanciant. Ce grand écart permanent génère un trouble qui pointe constamment du doigt le geste créatif et ses multiples intertextes artistiques. Twin Peaks est d'abord une série créée par David Lynch et Mark Frost, diffusée sur le grand network ABC pendant deux saisons en 1990-91. Puis le film prequel Fire Walk With Me que réalise Lynch en 1992 raconte les derniers jours de Laura Palmer avant sa mort ;
    Enfin, vingt-cinq ans plus tard, la série est « ressuscitée » pour une troisième saison diffusée sur la chaîne câblée Showtime en 2017. Si la série et le film sont devenus des oeuvres cultes qui ont suscité de nombreux ouvrages et articles en France et à l'étranger, ce projet propose le premier ouvrage collectif portant sur les trois manifestations de Twin Peaks - la série de 1990-91, le film de 1992 et la nouvelle saison diffusée en 2017. Les différents chapitres proposent de parcourir l'univers de Twin Peaks à travers le prisme de disciplines variées - esthétique audiovisuelle, civilisation américaine, études de genre, musicologie, sociologie de la réception, études narratologiques et intertextuelles - afin de mieux comprendre la portée de l'oeuuvre, ses héritages et influences, et la relation très spéciale qu'elle a pu nouer avec le public depuis un quart de siècle.

  • Journal intime (Caro diario, 1993) est le film qui caractérise le mieux le cinéma de Nanni Moretti : fiction autobiographique, fable burlesque, comédie moraliste, film musical ; le cinéaste s'y met en scène sous les traits d'un personnage sillonnant sur sa vespa la capitale désertée et les îles éoliennes vestiges de la modernité, le temps d'un voyage estival au coeur de la cinéphilie et de la société italienne.
    Film à sketches ou à épisodes, exercice cher au cinéma italien, Journal intime en propose toutefois une vision très personnelle : Moretti, d'étape en escale, nous en apprenant toujours un peu plus sur lui-même, jusqu'à l'épilogue rejoué de sa lutte contre la maladie marquant la fin d'un chapitre de sa vie et de son cinéma, le film (de fiction) suivant, Aprile (1998) - où Moretti devient père - en ouvrant inévitablement un nouveau.
    Cet ouvrage, le premier en français sur le film, propose une analyse précise de tous les thèmes chers au cinéaste mais aussi des éléments constitutifs de son geste créateur.
    L'historien et spécialiste du cinéma italien Jean Gili ouvre la réflexion en nous livrant les clés pour appréhender la dimension autofictionnelle du film ; Marguerite Vappereau s'intéresse aux conditions de production du film et nous replonge dans la contemporanéité de son tournage. Christel Taillibert et Pierre Eugène abordent tous deux la construction du récit, à travers la question des « pactes énonciatifs » et celle des régimes fictionnel et documentaire. Moretti-cinéaste a toujours mis en scène Moretti-acteur, n'hésitant pas à se montrer comme un corps performatif, ce qu'analyse Fabienne Costa. Dans Journal intime, Moretti fait aussi un travail de moraliste à la manière d'un candide, attaquant avec naïveté et clairvoyance les travers d'une société italienne en mutation, ce qu'examine Mathieu Rasoli. Quant à l'amour de Moretti pour le cinéma des autres, il est envisagé dans son aspect « gourmand » par Aurore Renaut. Camille Gendrault refait le parcours des premiers et derniers épisodes pour dévoiler l'image singulière et quotidienne de Rome que nous propose le cinéaste. Olivier Maillart passe le film au crible d'une grande question culturelle de la péninsule : la comédie à l'italienne. Antoine Gaudin l'analyse à l'aune de sa bande musicale. Enfin, Sébastien Le Pajolec s'intéresse à la réception française du film et nous montre comment Journal intime est un tournant dans la filmographie du cinéaste, participant de la construction du personnage Moretti.

  • L'ouvrage s'intéresse aux caractéristiques propres du cinéma d'animation, en replaçant le fi lm dans son contexte de production, de réalisation et de réception, en France et dans la sphère anglo-saxonne, mais aussi de replacer le récit autobiographique dans un contexte historique et esthétique qui prenne acte de l'identité transculturelle de l'auteure, entre Orient et Occident. Les spécifi cités de l'adaptation d'une BD en fi lm d'animation seront aussi envisagées, avec une attention particulière portée aux transferts esthétiques et culturelles qu'elle occasionne, dans les formes mais aussi du côté la réception.
    À travers une réfl exion sur l'écriture autobiographique et la fi ction historique se dessinera donc une approche à la fois politique, esthétique et culturelle.
    Les thèmes (la révolution iranienne, la famille, la place de la femme, l'exil, le déracinement et les infl uences culturelles qui se croisent, la violence et répression), comme les formes (l'infl uence de la miniature persane, le trait du dessin en mouvement, l'usage de la musique, le récit de l'intime, le rapport à l'image, l'iconographie du portrait, l'usage de la métaphore), seront abordées.
    Les articles viseront à mettre en valeur ce qui fait la particularité du fi lm : un fi lm d'animation adapté d'une bande dessinée.
    La force de l'ouvrage réside dans la pluralité des chercheurs qui l'analyseront avec des ancrages théoriques diff érents. Les textes mettront en perspective les aspects économiques et techniques de production et de diff usion de Persepolis en expliquant ses caractéristiques de tournage, sans oublier le travail sur le son (doublage et mixage). La notion de « cinécentrisme », l'approche culturelle de la BD dans le champ du cinéma permettra une approche originale du fi lm jamais explorée. La nature du récit justifi era en outre une réfl exion sur l'autobiographie d'une transfuge, mais aussi sur la fi ction historique. Quant au succès à la fois critique et public du fi lm, il sera expliqué par l'étude de réception du fi lm qui n'a jamais été eff ectuée jusqu'à présent.

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