Littérature traduite

  • Circé : poèmes d'argile

    Margaret Atwood

    • Bruno doucey
    • 21 Mai 2021

    "C'est l'histoire qui compte. Ce n'est pas la peine de me dire que ce n'est pas une histoire, ou que ce n'est pas la même histoire. Je sais que tu as tenu toutes tes promesses, tu m'aimes, nous dormons jusqu'à midi et nous passons le reste de la journée à manger, la nourriture est superbe, je ne dis pas le contraire. Mais je me fais du souci pour l'avenir. Dans l'histoire un jour le bateau disparaît derrière l'horizon, il disparaît simplement, et on ne dit pas ce qui arrive ensuite.
    Je veux dire, sur l'île. Ce sont les animaux dont j'ai peur, ils ne faisaient pas partie du plan, ils pourraient à nouveau se transformer en hommes. Suis-je vraiment immortelle, le soleil s'en inquiète-t-il, lorsque tu partiras me rendras-tu les mots ? Ne te dérobe pas, ne me fais pas croire que tu ne partiras pas : dans l'histoire, tu pars, et l'histoire est sans pitié".

  • Les hirondelles se sont envolées avant nous

    Hala Mohammad

    • Bruno doucey
    • 2 Septembre 2021

    Elle ne dit pas l'effroi des bombardements, les corps démembrés, la route boueuse de l'exil ; elle dit l'arbre et l'oiseau, le chagrin des maisons, le miroir de l'absence. Elle ne filme pas les colonnes de soldats en route pour la guerre, ne fait pas le procès des monstres, ne pleure ni Alep ni Damas ; elle dit simplement que « l'aube n'abandonne pas la terre », que les hirondelles font leur nid « avec la paille du silence », que l'amour demeure le premier alphabet. Bien sûr, le fleuve de la vie ne sait plus ce qui lui arrive, les chansons roulent sur les chemins, la lune est la maison de l'exilé. Mais une femme, assise sur la rive de la poésie, fait entendre sa voix. « Elle chante une chanson et la chanson est sauvée ». Comme le seront les naufragés qu'elle aide à fouler la terre ferme.

  • Une colombe si cruelle ; poèmes en prose et autres textes

    Federico García Lorca

    • Bruno doucey
    • 3 Septembre 2020

    Une colombe cruelle au coeur d'éléphant... Un coq qui perd son âme à mesure qu'une brodeuse emprisonne son chant dans le métier à tisser... Un homme qui verdit au gré des paysages qu'il traverse....
    La mère de Charlie Chaplin dont on emporte le corps dans une chaussette fine... Des amants assassinés par une perdrix... Cinq dames amoureuses d'un jeune homme soudain changé en papillon... Des étoiles qui clignent des yeux au rythme du télégraphe... Les proses que rassemble cet ouvrage composé de nombreux inédits révèlent un Federico García Lorca que peu de lecteurs connaissent : surréaliste et grinçant, cruel et facétieux, subtilement iconoclaste. Poèmes en prose, contes, nouvelles -, peu importe les classifications. Le poète se joue des traditions et des codes avec la virtuosité d'un toréador des mots.

  • Drive

    Hettie Jones

    • Bruno doucey
    • 22 Avril 2021

    « La femme à la voiture verte ne / sait pas où elle va / donc elle y va à fond... » Dès les premiers poèmes le ton est donné : Drive est un hymne à la route, à l'évasion et à la liberté des femmes. Liberté de dire. De vivre. D'aimer. De traverser la vie comme les Beatniks traversaient les États-Unis, l'imagination en point de mire. Ce courage d'être soi, Hettie Jones en fait le mot d'ordre d'un féminisme joyeux, intrépide et assumé.
    Qu'elle dénonce le sort fait aux femmes en Afghanistan ou en Turquie, au nom du patriarcat et de la religion, qu'elle parle d'amitié ou d'amour, qu'elle évoque les règles des femmes, la ménopause ou l'influence de la lune, elle reste cette femme vive et indépendante que la route de la Beat Generation a conduit jusqu'à nous. À toute vitesse, cheveux au vent.

  • Laisse-moi te dire... ; poèmes 1964-1974

    Margaret Atwood

    • Bruno doucey
    • 18 Juin 2020

    Laisse-moi te dire... Le titre de cette anthologie personnelle de Margaret Atwood paraît d'abord se donner dans un murmure : celui que l'on adresse "à l'indicatif présent" au "compagnon de route" ;
    Celui de l'intimité amoureuse, du foyer, de la cabane ou de l'igloo, motifs récurrents d'une poésie qui croit au possible bonheur des petites communautés humaines.
    Mais ce murmure ne saurait faire oublier la mise en garde qui vient sourdre dans les recueils que la romancière livre, dix années durant, de The Circle Game (1964) à We Are Happy (1974). Catastrophes provoquées par l'homme, fonte des glaces, oppression des petits par les puissants, destruction des espaces naturels... Les poèmes d'Atwood ne sont pas seulement visionnaires.
    En chantant la beauté du monde, ils font acte de résistance.

  • La main qui chante

    Breyten Breytenbach

    • Bruno doucey
    • 8 Octobre 2020

    "Après un long voyage on est revenus un jour dans la région où se cache Breytenbach" .

  • Loups et brebis

    Manuel Silva Acevedo

    • Bruno doucey
    • 18 Juin 2020

    À quoi s'attendre en ouvrant un livre intitulé Loups et Brebis ? À un conte pour enfants ? Une fable sur « la raison du plus fort » ? Une parabole à forte charge symbolique sur la férocité et la violence des rapports de domination ? Avec ce livre du poète Manuel Silva Acevedo, devenu un des jalons de la littérature chilienne, rien de tel. Ou plus exactement, rien d'aussi simple, nulle pensée binaire sur la victime et son bourreau, nulle lecture univoque possible. Ce texte étonnant, qui aura attendu près d'un demi siècle avant d'être traduit en langue française, se donne dans une ambiguïté permanente, déjouant nos représentations et résistant à l'analyse. Et si loups et brebis se trouvaient en chacun de nous ? Peut-être... Le poème sonderait alors le clairobscur de notre âme.

  • Celle qui mangeait le riz froid

    Moon Chung-Hee

    • Bruno doucey
    • 24 Octobre 2012

    Ce livre de Moon Chung-hee, poétesse publiée pour la première fois en France, témoigne de la vitalité de la poésie coréenne contemporaine. Comme l'héroïne du fi lm Poetry, son auteure se dresse contre un ordre social injuste et la domination masculine pour faire entendre une autre voix, par la poésie. Les textes qui composent cette anthologie personnelle, conçue à partir de ses di. érents recueils, ont souvent pour point de départ une réalité prosaïque : un légume que l'on épluche, une lessiveuse de linge sale, la préparation d'un repas, un parfum, une fl eur, le corps nu d'une femme, une mammographie. Moon Chung-hee possède le don de transfi gurer la réalité la plus familière pour en révéler la profondeur cachée et la charge émotive.

  • Le journal de Susanna Moodie

    Margaret Atwood

    • Bruno doucey
    • 20 Janvier 2011

    Dans ce recueil, publié au Canada en 1970, Margaret Atwood évoque la vie d'une pionnière venue d'Angleterre au XIXème siècle. Susanna Moodie n'est pas un personnage fictif, mais une figure historique qui a fait l'expérience de la pauvreté et de la solitude, avant d'imposer sa personnalité et ses oeuvres romanesques. La première partie du Journal de Susanna Moodie relate l'arrivée au Québec de cette étrangère sans ressources. La seconde nous fait entrer dans la vie onirique du personnage, évoquant les frayeurs que suscite la vie sauvage. Dans la troisième, l'auteur accompagne Susanna jusqu'à la lisière du temps puisqu'elle traverse la mort et se réincarne sur la terre qu'elle avait autrefois détestée. Une méditation poétique sur la vie, la part du rêve et la condition de vie des émigrants.

  • La femme dans le soleil

    Breyten Breytenbach

    • Bruno doucey
    • 2 Avril 2015

    La Femme dans le soleil est l'autobiographie poétique d'un oiseau migrateur nommé Breyten Breytenbach. Tout y est, sa survie sous le régime d'apartheid, son goût des terres fauves, la vitalité charnelle de l'amour, l'état d'insurrection dans lequel l'ont laissé des années d'injustice. Sans oublier ces lieux que le poète arpente avec une énergie créatrice :
    L'île de Gorée où l'harmattan « pousse une silhouette grise et voilée » ; Paris, sa ville de coeur ; les paysages de l'Eastern Cap que le couchant transforme en « une coulée d'or ». Si les frontières lui sont étrangères, c'est que l'exilé est aussi un « oiseau constructeur » qui n'a jamais lâché le cap de l'espérance. Avec la force magique du verbe et un sens inné de la résistance, le poète tend vers l'horizon son rêve immense de liberté.

  • Dans un fracas de plumes

    Hadassa Tal

    • Bruno doucey
    • 6 Février 2014

    Le livre d'Hadassa Tal s'ouvre sur une interrogation murmurée - « Qu'aurais-tu fais de moi si j'étais venue oiseau ? » - et se clôt par l'évocation du père qui peignait une fauvette en silence lorsqu'elle était enfant. Entre ces deux respirations, un froissement de plumes, des trilles qu'un cri pourrait briser, un vol vacillant qui se glisse entre les mots. Car ce recueil ne parle que d'oiseaux. À l'image du colibri qui « enflamme les ombres bleues en secret », ces derniers vivent entre pesanteur et légèreté, sans jamais traverser deux fois le même ciel. D'une page à l'autre, un chant se fait entendre qui pousse à la méditation. Déjà la poésie et l'oiseau ne font qu'un. Ils se fondent dans l'évidence de l'espace, calligraphient la lumière et viennent adoucir la tombée de la nuit.

  • Ainsi disent-ils...

    Muesser Yeniay

    • Bruno doucey
    • 20 Octobre 2016

    Ainsi disent-ils... rassemble des poèmes extraits des trois premiers recueils de Müesser Yeniay, ainsi que des textes inédits. Le livre s'ouvre sur une évocation de la terre d'enfance, où « une fleur m'a appris à rester à ma place » ; puis viennent les textes du ciel redessiné par un désir d'ouverture au monde et les pouvoirs libérateurs de la poésie. Mais en affirmant « Avant moi, il y avait le désert », la jeune femme dévoile aussi le territoire de ses insurrections intimes, refusant de souscrire à l'image que les hommes donnent de la féminité, acceptant plus encore de devenir étrangère à elle-même. Dans les poèmes inédits, qui viennent clore le livre, elle risque cet aveu d'inspiration soufie : « C'est seulement quand j'écris des poèmes que mon âme danse. C'est cela la joie d'exister... »

  • Celui qui garde ses rêves

    Chong-Gi Mah

    • Bruno doucey
    • 20 Février 2014

    Celui qui garde ses rêves est le livre d'un exilé resté fidèle à sa langue maternelle.
    Plus précisément celui d'un poète coréen, publié pour la première fois en France, qui dut quitter son pays pour avoir pris part à un mouvement contestataire. Le livre de Mah Chong-gi rassemble des poèmes écrits de 1959 à nos jours. Que nous disent ces textes ?
    Que l'on peut ressortir « écrabouillé de la prison », connaître un exil sans retour, perdre ses amis et sa famille et se construire en homme libre. La poésie de Mah Chong-gi n'est pas celle d'un insurgé à vie qui répondrait à la détresse par la haine. Elle est l'ascèse journalière d'un homme qui transcende sa douleur par les soins qu'il prodigue aux autres et les mots qu'il confie au vent. Car la poésie est ainsi, on ne la garde que si on la donne.

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