Cahiers Du Cinema

  • Carl Dreyer est reconnu comme l'un des maîtres du cinéma à travers cinq oeuvres majeures qui traversent le siècle des années 20 aux années 60, du muet au parlant : La Passion de Jeanne d'Arc (1928), Vampyr (1932), Dies Irae (1943), Ordet (1955), Gertrud (1964).
    Cinéaste danois né à Copenhague en1889, et mort dans la même ville en 1968, il n'en a pas moins réalisé une grande partie de ses films dans d'autres pays d'Europe. Grand styliste, reconnaissable entre tous, il est influencé dans sa jeunesse par les films de Griffith, et ses sources d'inspiration puisent largement dans la culture scandinave, littérature, théâtre. Enfant abandonné, il est élevé par des parents adoptifs d'un milieu protestant très rigoriste, deux autres éléments qui marqueront tout autant son oeuvre.
    Très jeune Dreyer affiche sa volonté d'indépendance et de nouveauté, il pratique l'aéronautique, est journaliste et fait son premier film à 29 ans en 1918 : Le Président.
    Ses débuts l'amènent à voyager du Danemark en Suède, en Allemagne, en Norvège où il réalise successivement ses films jusqu'en 1926. Puis c'est en France, après le succès du Maître du logis qu'il réalise La Passion de Jeanne d'Arc et Vampyr. Après l'échec de ce dernier film, il réalise sa grande trilogie danoise, adaptation de trois pièces de théâtre scandinaves. : Dies Irae, Ordet, Gertrud. L'influence de Dreyer sur les générations successives de cinéastes est manifeste et ne se dément pas.
    Jean Sémolué, fréquente l'oeuvre de Dreyer depuis de nombreuses années. Il l'a connu et interviewé à plusieurs reprises. Il a approché nombre de ses collaborateurs et acteurs pour mieux pénétrer la méthode du cinéaste.
    Son ouvrage passe de l'analyse des films à la biographie de l'auteur, du récit de ses rencontres avec le cinéaste, aux témoignages de ses proches. Il est illustré de magnifiques photogrammes très précisément sélectionnés en noir et blanc qui restituent la puissance et la singularité de la mise en scène de Dreyer.

  • Pour les dictionnaires, Kenneth Anger se situe quelque part dans la rubrique " cinéma expérimental ", figure de l'underground américain, avec à ses côtés Andy Warhol, et il reste davantage connu pour son récit scandaleux, Hollywood Babylone, paru en 1959 chez Pauvert.
    Dans sa filmographie pourtant, plusieurs titres sont devenus des films-cultes : Inauguration of the pleasure Dome (1956), rituel érotico-mythologique à la manière de ceux qu'organisait au début du siècle le Mage Aleister Crowley dans son abbaye sicilienne ; Scorpio Rising (1963), mi-document mi-fiction sur les milieux des motards new-yorkais, sur fond de pop music ; Invocation of my Demon Brother (1969), tourné à San Francisco et monté à Londres sur une musique de Mick Jagger.
    Kenneth Anger est le premier cinéaste à avoir transcrit frontalement à l'écran les fantasmes homosexuels. Remarqué lors d'un voyage à Paris par Cocteau, il a travaillé quelque temps en France, toujours en butte à al censure américaine. En 1996, une rétrospective de ses films à Paris, a permis à toute une partie de la critique de prendre la mesure de son oeuvre. Pour Olivier Assayas, nul doute que Kenneth Anger est un maillon indispensable pour comprendre le cinéma contemporain.
    Tout son cinéma est traversé par la question de la magie du cinéma et des rituels par lesquels elle advient ou au contraire disparaît des images.
    Cet Eloge de Kenneth Anger trouve sa place dans l'itinéraire d'Olivier Assayas, qui fut critique aux Cahiers du cinéma avant de devenir réalisateur, ente autre, de Fin août, début septembre, de L'eau froide. Il s'en explique ainsi dans la préface de cet ouvrage : " Il y a une sorte de triptyque, Irma Vep (le film), Eloge de Kenneth Anger (le livre) et enfin HHH.
    Le documentaire que j'ai consacré à Hou Hsiao-Hsien, qui sont trois moments d'une réflexion sur le cinéma ; pas le cinéma avec une majuscule, mais le cinéma avec une minuscule, celui plus modeste d'une pratique individuelle, et les questions très singulières qu'il pose à l'existence consciente et inconsciente de chacun ".

  • Quatrième de couverture L'Occident découvre le cinéaste polonais Krzysztof Kieslowski à la fin des années soixante-dix avec L'Amateur, mais c'est avec Le Décalogue, série de films à partir des dix commandements, qu'il sera véritablement reconnu comme un cinéaste majeur. Ses derniers films, La Double vie de Véronique, puis Trois couleurs : Bleu, Blanc, Rouge connaîtront un succès critique et commercial international dans les années quatre-vingt-dix.
    L'ouvrage d'Anette Insdorf, traduit de l'américain, apporte à la fois une information de première main sur le cinéaste qu'elle a côtoyé tout au long de sa carrière, une grande finesse d'analyse de chacun des films resitué chronologiquement, et une vue synthétique de la cohérence thématique, stylistique et morale de l'ensemble de l'oeuvre.

    /> Kieslowski fait partie de cette génération de cinéastes polonais qui débuta dans les années soixante, formée à l'école de Lodz où furent également élèves Wajda et Polanski. Ses premiers films sont des documentaires, ce qui contribua à forger sa vision du monde. Ses films associent des histoires tout à fait accessibles, situées dans le cadre réaliste de la société contemporaine, avec des images habitées qui suggèrent la présence d'un au-delà. Les scénarios de Kieslowki confrontent les personnages à des choix moraux violents et douloureux, qui révèlent les aspects plus souterrains du propos de ses films, invitant le spectateur à une réflexion métaphysique.

    Quand on lui demande ce qu'il cherche à capturer, Kieslowski répond : « L'âme peut-être... En tout cas, une vérité que je n'ai pas trouvée moi-même. Peut-être le temps qui passe et qu'on ne peut arrêter. »

  • Tim Burton est toujours resté le même. Corps, apparence, univers, le cinéaste, depuis l'adolescence jusqu'à aujourd'hui, âgé de cinquante ans, porte sur sa pâle figure et sa décoiffante chevelure sa singularité même. C'est sa personnalité, sa sincérité, sa façon de jouer cartes sur table. Tim Burton a su faire coïncider son univers personnel avec quelques-unes des figures
    majeures du cinéma américain récent, créateur de la série des Batman, inventeur d'Edward aux mains d'argent, de Beetlejuice, de l'Etrange Noël de Mister Jack, réalisateur d'Ed Wood, Mars Attacks, Sleepy Hollow, Big Fish, ou des prochains Charlie et la chocolaterie et Corpse Bride. L'excentricité du talent n'est pas incompatible avec les responsabilités quasi industrielles des
    budgets hollywoodiens d'aujourd'hui. C'est ce paradoxe qui fonde le cinéma de Tim Burton. Car voici un cinéaste chez qui les émotions sont le moteur de la création: un projet, même passé par des dizaines de scénaristes de studio, ne peut l'intéresser que s'il offre des liens émotionnels forts avec sa propre personnalité, avec son univers, sa vie ou sa psyché intime. Les succès de Tim
    Burton n'ont pas compromis la personnalité du cinéaste, confirmant au contraire sa stratégie de contrebandier: il demeure l'un des rares cinéastes hollywoodiens à pouvoir concilier tous les publics, des adolescents à la critique, des movies fans aux artistes les plus conceptuels. Qui pouvait prédire que le jeune dessinateur de chez Walt Disney, s'acharnant à animer les
    séquences les plus «mignonnes» de Rox et Rouky, allait devenir l'une des révélations majeures du cinéma contemporainoe Mais dès ses débuts, comme s'il pervertissait le système qui l'élevait, Burton a mis sa puissance visionnaire au service d'un univers excentrique, poétique, carnavalesque, caustique, qui visait à détourner, tordre, défaire les traces du monde «féerique»: il filme l'envers, morbide, fantastique et néanmoins magique de la normalité américaine. Burton a forgé un univers qui évite le cinéma classique, même s'il est nourri des genres de l'horrifique et des séries B de l'effroyable. Un univers qui s'invente, littéralement, grâce à ses visions graphiques, ses décors gothiques, ses masques de terreur, ses grimages sensuels, ses pulsions morbides, sa forme narrative proche des récitatifs de l'opéra, son art des portraits croisés, autant d'éléments qui ont fait imploser chez lui le concept de mise en scène. Si bien que Tim Burton est davantage qu'un cinéaste ou un metteur en scène: il est un créateur visionnaire dont l'univers se passe des règles et des formats établis. Une sorte de voyant au pays du film industriel, un artiste qui regarde peut-être davantage vers la poésie que vers le cinéma. L'album est illustré de nombreuses photos couleur de tous les films, de photos de tournage, de documents et des dessins que fait Tim Burton pour
    préparer ses films.

  • On ne présente plus l'oeuvre de Stanley Kubrick, qui réconcilie le grand public et la critique, les spectateurs du monde entier, toutes générations confondues. Ses films lorsqu'ils sont repris en salles ou sur DVD connaissent un succès qui ne se dément pas.
    C'est à un parcours chronologique de cette oeuvre que nous convie Michel Chion, avec un accent particulier sur trois films majeurs, sortis respectivement en 1968, 1976, et 1999, 2001 L'odyssée de l'espace, Barry Lyndon, et Eyes Wide Shut. La thèse centrale de l'auteurest de montrer comment le cinéma de Kubrick, dans sa forme comme dans son récit, a pour sujet l'être humain universel, non pas comme sur-homme ou sous-homme, mais comme il est ni plus ni moins, sans amplification ni diminution.
    Ces trois films sont en même temps ceux qui adoptent un style retenu, allusif, dans le jeu des acteurs et le traitement du sujet. Les chapitres consacrés au Docteur Folamour, à Orange mécanique, Shining, et Full Metal Jacket, montreront comment d'autres films au style plus extérieur et extraverti, parlent en fait de la même chose.
    Le langage cinématographique - si langage il y a - est ici envisagé comme une certaine façon de témoigner de l'humain, ni plus ni moins, et on verra comment tous les choix de metteur en scène de Kubrick sont articulés à cette préoccupation, entre autres dans le rôle qu'ils donnent au spectateur.

    "Ce que l'univers a de plus terrifiant, ce n'est pas qu'il soit hostile, mais qu'il soit indifférent ; toutefois si nous réussissons à nous faire à l'idée de cette indifférence et à accepter les défis que nous lance la vie dans sa finitude même si l'homme peut déplacer les frontières de la mort notre existence en tant qu'espèce peut faire sens et nous combler. Quelle que soit l'immensité de l'obscurité qui nous entoure, nous devons apporter notre propre lumière."
    Stanley Kubrick.

  • L'oeuvre de Jean Eustache, en dépit de La Maman et la putain, film mythique, exceptionnel, demeure méconnue. Il est rare qu'on puisse revoir d'autres films de lui, comme Le Père Noël a les yeux bleus, Mes petites amoureuses, Une sale histoire, qui couvrent, de 1963 à 1981, une assez large période.
    Jean Eustache est pourtant l'un des cinéastes importants apparus juste après l'éclosion de la Nouvelle Vague. Ce moraliste d'une exigence farouche sut se donner les moyens de réaliser les films qu'il avait envie de faire, même si ceux-ci n'entraient pas toujours dans les standards de la production.
    Reconnaissant sa dette à l'égard de ceux qu'ils appelaient ses « cinéastes de chevet » Dreyer, Mizoguchi, Guitry, Lang, Renoir, Bresson, il trouva vite sa voie vers une esthétique éminemment personnelle. Son exigence, sa lucidité, son amour absolu du cinéma le confinèrent dans une forme de solitude qui contribua sans doute à faire de lui un cinéaste « maudit ». Cette image trop vite et trop facilement forgée escamota plus qu'elle ne mit en lumière une oeuvre dont l'auteur de cet essai tente de mettre en valeur la richesse, l'importance et l'unicité : celle d'un cinéaste qui ne cessa d'être hanté par le va-et-vient entre document et fiction, entre la vie et le cinéma, le réel et
    sa représentation.
    Alain Philippon a été rédacteur aux Cahiers du cinéma pendant de nombreuses années, a collaboré la cinémathèque française. Il a également écrit un ouvrage sur André Techiné publié aux Cahiers du cinéma, un livre sur Doillon et est l'auteur de courts métrages de fiction.

  • Depuis sa mort, Sacha Guitry est le prince du purgatoire des cinéastes. Homme de théâtre, il continue de séduire le public, et ses pièces sont sans cesse rejouées, mais quand un de ses films ressort, la critique en loue la direction d'acteurs et le dialogue, tout en certifiant une fois de plus que ce n'est pas du cinéma, juste du théâtre filmé.

    S'il y a pléthore d'ouvrages sur l'homme et son théâtre, il n'en existe pour ainsi dire aucun sur son travail de cinéaste. Cette part d'ombre a de quoi surprendre car des réalisateurs comme Orson Welles, François Truffaut, Alain Resnais ont toujours indiqué l'importance de Guitry cinéaste. Ils ont signalé que cet auteur avait un style original, une écriture particulière où les trouvailles abondent. Et ceci dans tous les films, aussi bien Si Paris nous était conté que La Malibran, Le Comédien, La Poison, Le Roman d'un tricheur...

    Dans ce livre, Noël Simsolo suit le parcours de Sacha Guitry dans l'univers du cinéma ; il désigne les constantes qui l'animent et sa fascination pour le cirque et les clowns, son goût du masque et du funambulisme, sa méfiance pour l'Histoire officielle et sa confiance dans les faits-divers. Et nous constatons combien il fut un cinéaste moderne, en un temps où la plupart des metteurs en scène bégayaient dans l'académisme. D'ailleurs, au cinéma, Sacha Guitry a presque tout réussi.

  • Un beau jour de 1957, le comédien john cassavetes passe à la mise en scène : ce sera shadows qu'il produit lui-même, tourné dans la rue avec des acteurs inconnus.
    L'acteur promis à un destin de star est devenu un cinéaste indépendant. hollywood s'intéresse à son travail, mais après deux films pour les studios : too late blues et a child is waiting, il reprend sa liberté.
    Entouré d'une petite troupe de fidèles et avec la complicité totale de gena rowlands, il se lance alors dans la réalisation de faces. husbands (1970), une femme sous influence (1975), meurtre d'un bookmaker chinois (1976), opening night (1978) et love streams (1984) sont les jalons marquants d'un parcours original face au système, qui lui donne rapidement une stature d'auteur mythique aux yeux du public européen.

    Cependant, c'est une oeuvre profondément enracinée dans le cinéma américain dont thierry tousse parcourt ici les métamorphoses : du théâtre à la famille, du jazz à la peinture, du rêve à l'hystérie, des flux d'amour aux flux d'alcool.
    Trois entretiens inédits avec ses amis et ses collaborateurs les plus proches - ben gazzara, seymour cassel, al ruban - dessinent la figure vivante de l'homme et de l'artiste.

    Une filmographie exhaustive, incluant la carrière de l'acteur et les projets non tournés, complète l'ouvrage.

  • J'ai toujours été du côté de ceux qui cherchent la vérité, mais je les quitte lorsqu'ils croient l'avoir trouvée.
    C'est ainsi que buã±uel, homme de toutes les aventures, intellectuelles, artistiques et politiques, a accompagné pas à pas le siècle en faisant des films. s'il est facile de voir dans son oeuvre le moment oú elle colle à son temps (le surréalisme), adhère aux grands courants de pensée (l'engagement communiste) et à des formes préétablies (le cinéma commercial mexicain), il est plus difficile de sentir ce moment oú luis buã±uel, tel nazarin se méfiant du mensonge des institutions et de l'hypocrisie de son époque, s'extrait du moule esthétique et politique de l'air du temps dans lequel il s'est glissé afin de poursuivre sa route en solitaire, ni vu, ni connu.

    Plus que nul autre cinéaste, luis buã±uel a peint inlassablement l'homme sous toutes ses coutures. cet animal social pas toujours sociable, buã±uel, fin architecte de l'homme, l'a filmé en plan et en coupe, afin d'éprouver le degré de résistance des divers matériaux qui le composent. tout le monde peut se reconnaître dans un de ses films, y déceler un travers familier, en avoir peur ou avoir le courage et l'honnêteté d'en rire.
    Soit cinéma a permis à chacun, avec une facilité hors du commun, de réaliser tout ce qu'il peut en attendre : lui montrer ce dont l'homme est capable, le réfléchir, en acte, en pensée. il a accompli cette chose en apparence bien ordinaire, en construisant une oeuvre unique, qui n'a plus son pareil aujourd'hui. beau paradoxe, comme il les aimait, qui ne demande qu'à être éclairci.

  • Tout le monde a vu au moins un film de bergman - différent selon l'âge et le degré de cinéphilie.
    Son oeuvre, commencée après la guerre sous le signe du réalisme et pour filmer la fièvre de la jeunesse (monika, jeux d'été), devenue plus sophistiquée et plus grave avec le septième sceau ou les fraises sauvages, trouve son allure la plus personnelle avec des chefs-d'oeuvre comme le silence, persona ou une passion; après fanny et alexandre, il revient à une forme plus classique mais reste indépassé dans l'expression des sentiments.
    Un essai sur bergman doit affronter la variété de cette oeuvre - mais pour en souligner l'extraordinaire obstination et la cohérence quasi obsessionnelle. comme beaucoup de grands créateurs, il ne parle au fond que de lui-même, puisant dans une enfance extraordinairement nourrie en sensations et en affects le matériau de ses scénarios, et les images qui les traduisent. des premiers films du jeune débutant, parfois maladroits mais souterrainement habités, aux grands films de la maturité et au classicisme flamboyant de la dernière période, une même tension se retrouve : celle du directeur d'acteurs (et d'actrices), bien sûr, mais aussi, celle du visionnaire, de l'homme qui a toute sa vie voulu accueillir, comprendre et expliquer par son oeuvre les images qui le hantaient.
    Auteur de fables romanesques mariant le documentaire et le fantastique, inventeur d'images qui marquent l'esprit, il est aussi et surtout l'un des grands représentants du cinéma d'art à l'européenne - quelqu'un qui, dans chaque film, songe à affiner, à améliorer ou à changer la définition même de son art, le cinéma. bergman n'a peut-être jamais été " moderne ", mais à coup sûr, il a toujours été le contemporain de ses spectateurs.

  • Nouvelle édition augmentée Ce livre raconte en détail la genèse de tous les films qui ont fait de David Lynch le plus célèbre cinéaste-culte d'aujourd'hui. Deux nouveaux chapitres sur les films du cinéaste, "Une Histoire vraie" et "Mulholland Drive", complètent cette édition.

  • Filmer comme un acte de foi, telle fut l'ambition de tarkovski, " celui qui trahi une seule fois ses principes perd la pureté de sa relation avec la vie.
    Tricher avec soi-même, c'est renoncer à tout, à son film, à sa vie ", écrit-il sans détour. cette intransigeance résume l'éthique et l'esthétique du cinéaste. s'il incarne quelque temps, au début des années 60, avec son premier film l'enfance d'ivan, le renouveau du cinéma soviétique, c'est avec andreï roublev que naît le véritable tarkovski, celui qui plonge ses racines, en amont de tout " art soviétique ", dans le passé, culturel russe.
    Désormais tarkovski sera en urss un " cinéaste à problèmes " et pour l'occident une conscience russe, douloureuse, qui se révèle dans le miroir et stalker. finalement tarkovski quittera définitivement l'urss en 1982 ; la nostalgie et la foi, ses deux passions d'exil, inspireront ses deux derniers films nostalghia et le sacrifice. l'ouvrage se construit à partir des thèmes chers à tarkovski : la présence de la terre, la solitude des êtres, les rêves, la mystique, privilégiant une analyse au plus près du langage cinématographique.
    Deux chapitres biographiques complètent cette étude thématique.

  • Né en 1943 à Toronto, David Cronenberg a marqué l'histoire du cinéma mondial par une suite de films intrigants, éprouvants, choquants parfois, qui délimitent les frontières incertaines d'un univers alternatif qui pourrait très bien être le nôtre. Comme tous les grands cinéastes, il possède un ton et une imagination personnels, une vision des corps, des âmes et des phénomènes sociaux qui se couplent à une approche si pénétrante de notre société qu'on l'a souvent qualifié de « prophète ». Ancré dans la révolution underground des années soixante, il prend ses marques avec le traitement ironique et profond auquel il soumettra le gore, genre méprisé, à partir de 1975 (Frissons). Obsédé par les virus et les pandémies, on dira même qu'il a anticipé le sida (Rage).
    Ouvert à toutes les influences, de Philip K. Dick et ses univers parallèles (eXistenZ) à la cyberpornographie de William Burroughs (Naked Lunch), en passant par la thanatologie de James G. Ballard (Crash)., Cronenberg est également un poète de l'identité ( La Mouche, M. Butterfly) un théoricien de l'image (Videodrome) et un philosophe existentiel (eXistenZ). A l'occasion de la sortie de son dernier film, Spider, fable cruelle et déroutante réalisée avec toute la complexité lyrique qui reste la marque de son style, Serge Grünberg livre ici une nouvelle édition augmentée de son ouvrage. Le dernier film de Cronenberg Histoire de violence sortira en salle en novembre 2005.

  • Le succès tant critique que public remporté par van gogh vient confirmer la place de maurice pialat dans le cinéma français : l'une des toutes premières.
    A travers le déchirement de ses personnages, en proie à une souffrance venue de si loin qu'on ne peut plus en retrouver l'origine, joël magny suit le fil conducteur d'une oeuvre qui refuse de se laisser figer dans une image définitive : l'enfance nue, la maison des bois, nous ne vieillirons pas ensemble, la gueule ouverte, passe ton bac d'abord, loulou, a nos amours, police, sous le soleil de satan.
    Les couples se déchirent et accusent les coups, les familles éclatent pour se reconstituer en tribus, les enfants se voient privés de leur enfance même, les prêtres doutent de leur vocation. mais jamais les personnages de pialat ne renoncent à chercher, dans l'amour, dans la foi, dans l'art, dans la beauté du monde, une raison de lutter contre la tentation du désespoir. l'art de maurice pialat : l'émotion pure révélée à la lumière d'une exigeante morale de cinéaste, douleur et tendresse dans un même mouvement, un même film, un même regard.

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