Cahiers Du Cinema

  • David Lynch. Thierry Jousse. Cinéaste américain (Missoula 1946), d'abord attiré par le cinéma expérimental (Eraserhead, 1976), ce réalisateur hors norme s'est imposé avec Elephant Man (1980), émouvant portrait d'un être disgracié de l'Angleterre victorienne. Il força le trait dans la dérive ludique de Sailor and Lula (1990) et dans la série télévisée Twin Peaks (1992). Disposant enfin de grands moyens, il donne avec Dune (1984) une oeuvre maîtresse du " space opera ". Blue Velvet (1986) est une variation sado-masochiste. C'est avec Wild at Heart qu'il remporte la Palme d'or à Cannes en 1990 ; il s'agit d'une oeuvre d'une violence extrême. Avec Lost Highway (1996), il retrouve ses obsessions, la perte de soi, le fantastique qui naît du malaise. Viennent ensuite Straight Story en 1999 et Mulholland Drive en 2001.

    Thierry Jousse a été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma de 1989 à 1996 avant de passer à la réalisation en 1998 avec Le Jour de Noël, puis Nom de code Sacha en 2001 et Julia et les hommes en 2003. Il est l'auteur d'un ouvrage sur " John Cassavetes ", et intervient régulièrement sur France Inter ainsi que sur France Culture et France Musique.

  • Cinéaste soviétique (Riga 1898 - Moscou 1948), assistant de Meyerhold, dessinateur, décorateur, il débuta au théâtre. Principales réalisations : Proletkult (1920), La Grève (1924), Le Cuirassé Pötemkine (1925), Octobre (1927), La Ligne générale (1929, Que viva Mexico (inachevé 1931-32), Alexandre Nevski (1939), Ivan le Terrible (1945-46).

  • Woody allen est sans doute le plus célèbre des new-yorkais.
    Il débute en écrivant des répliques hilarantes pour la scène comique juive new-yorkaise, sur laquelle il monte bientôt à son tour, campant un personnage de névrosé, jouant de sa petite corpulence, fragile, affublé de grandes lunettes. il passe par le théâtre avant d'écrire et de réaliser son premier film, prends l'oseille et tire-toi, en 1969. c'est le couple qu'il forme avec diane keaton, à la ville puis au cinéma dans annie hall, qui va propulser ses premiers succès vers les sommets du cinéma d'auteur international.
    La part autobiographique est évidente et le spectateur tombe sous le charme irrésistible des tourments affectifs de personnages si proches qui se racontent à travers la psychanalyse. manhattan poursuit la même veine, et s'ouvre sur des plans de la ville en noir et blanc d'une beauté spectaculaire. dans le monde entier, la presqu'île est vue désormais à travers le regard de woody allen. toute son oeuvre témoigne d'une prodigieuse mémoire cinéphilique, mais c'est sans conteste ingmar bergman dont il reconnaît l'influence la plus forte dans des films d'une veine plus sombre comme interieurs, september, maris et femmes ou harry dans tous ses états.
    En posant sa caméra à londres pour match point, il prouve que son cinéma survit à manhattan. en dirigeant scarlett johansson et une nouvelle génération de jeunes comédiens séduisants, il conquiert un nouveau public pour qui annie hall et manhattan sont déjà des petits joyaux du cinéma de répertoire.

  • Un cinéaste incarne le cinéma français : François Truffaut. Dès Les Quatre Cents Coups, son premier film inspiré de son enfance douloureuse et interprété par le jeune Jean-Pierre Léaud, il remporte un prix au Festival de Cannes et connaît un immense succès public. Nous sommes en 1959, c'est le coup d'éclat de la Nouvelle Vague. Avant son passage à l'acte, François Truffaut, comme Jean-Luc Godard ou Claude Chabrol, fut d'abord un cinéphile ardent et un brillant polémiste au sein des Cahiers du cinéma. Contre la Qualité française et à l'origine de la politique des auteurs, il se reconnaîtra deux maîtres : Renoir et Hitchcock. Exemple parfait de cet " auteur " qu'il appelait de ses voeux, il conquiert son indépendance et choisit librement ses sujets autour de quelques thèmes obsessionnels : les femmes, les livres, l'enfance, la mort. Très attentif aux réactions du public, respectueux des personnages qu'il invente et complice des acteurs qui leur donnent vie, il crée des films d'une sincérité absolue, où la vie, toujours préférée à la perfection technique, palpite. Qui ne s'est pas un moment reconnu dans la saga d'Antoine Doinel, amoureux transi de Baisers volés et séducteur maladroit de Domicile conjugal ? Qui n'a pas été troublé par le trio de Jules et Jim, mené par une éblouissante Jeanne Moreau ? Qui a oublié le couple Deneuve-Depardieu dans Le Dernier Métro ou l'interprétation incandescente de Fanny Ardant dans La Femme d'à côté ? Pour Truffaut, le cinéma pouvait être plus important que la vie, et c'est cette passion que ses films continuent à transmettre aujourd'hui.

  • Francis Ford Coppola. Stéphane Delorme. Réalisateur et scénariste américain (7 avril 1939-Detroit). Actuellement directeur du studio américain Zoetrope, sa compagnie de production fondée en 1969 avec George Lucas et établie à San Francisco. Tonight for sure (1961), Dementia 13 (1962), Big boy (1966), La Vallée du bonheur (1967), Les Gens de la pluie (1969), Le Parrain (1972), Conversation secrète (1974), Le Parrain 2 (1974), Apocalypse now (1979), Coup de coeur, Outsiders, Rusty James (1982), Cotton club (1983), Peggy Sue s'est mariée (1986), Jardins de pierre (1987), Tucker (1988), La vie sans Zoé (1989), Le Parrain 3 (1990) , Dracula (1992), Jack (1996), The rainmaker (1997).

    Stéphane Delorme est critique aux Cahiers du cinéma et enseigne le cinéma à l'Université.
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  • Alfred hitchcock est sans aucun doute le cinéaste le plus connu au monde.
    Et pourtant, rien ne peut affadir le plaisir renouvelé de voir ou revoir ses films, qui continuent d'exhaler un parfum de mystère que le spectateur n'a de cesse d'approfondir. mais qui était alfred hitchcock ? un cockney de l'east end londonien brimé par son père ? un " jeune génie " adoubé par la critique britannique dès la fin des années vingt ? l'" oncle alfred ", stéréotype de british dans une amérique qui l'a baptisé le maître du suspense ? un cinéaste génial qui a su réinventer hollywood à l'heure de la télévision et des parcs d'attractions ? dès ses débuts en angleterre et dès son premier film, l'eventreur, en 1926, hitchcock réalise des films à suspense, reconnaît l'influence de cecil b.
    De mille et admire fritz lang. en 1939, il part travailler à hollywood où il adapte rebecca de daphné du maurier. il signe ensuite des films antinazis dans une amérique qui cherche à rester en dehors du conflit qui déchire l'europe. puis hitchcock fait tourner les plus grandes stars, dont les carrières resteront liées aux rôles inoubliables qu'il leur donne : james stewart dans sueurs froides, ingrid bergman dans les enchaînés, cary grant dans la mort aux trousses...
    Il élabore l'archétype de la femme blonde qui habite désormais sa légende, de anny ondra (chantage) à tippi hedren (les oiseaux), en passant par grace kelly (fenêtre sur cour) ou kim novak (sueurs froides). hitchcock a réussi un double pari : être toujours à la pointe des innovations technologiques (technicolor, vistavision, 3-d, plans filmés depuis des hélicoptères) qui assurent au cinéma sa dimension spectaculaire et son succès public, et créer dans les années cinquante la première série télévisée à succès : alfred hitchcock présente

  • Charlie Chaplin. Jérôme Larcher. Auteur, acteur et cinéaste d'origine britannique (Londres 1889 - Vevey 1977), Chaplin monta très jeune sur les planches, parut dans des pantomimes lors de nombreuses tournées. On vit apparaître dans ses premiers films le type qu'il allait rendre universellement célèbre ; interprète, il devint scénariste, puis réalisateur et bientôt producteur de tous ses films (1917). Au cours de son succès international, son oeuvre prit insensiblement le caractère d'une dénonciation rigoureuse de l'injustice, de l'hypocrisie et de la violence dans un monde en proie à la crise économique et à la montée des fascismes. De son oeuvre, on pourra retenir : L'Émigrant (1917), Une Vie de chien (1919), Le Gosse (1921), La Ruée vers l'or (1925), Le Cirque (1928), Les Lumières de la ville (1931), Les Temps modernes (1936), Le Dictateur (1940), Monsieur Verdoux (1947), Limelight (1952), Un Roi à New York (1956), La Comtesse de Hong Kong (1965).

    Jérôme Larcher est ancien rédacteur des Cahiers du cinéma, scénariste et producteur.

  • La carrière de ce réalisateur italien (Rome 1906 - id 1977) débute sous le signe du fascisme avec une trilogie de 1941 à 1943 : La nave bianca, Un pilota rit orna et L'uomo della croce. Une deuxième période commence en 1945 avec Rome ville ouverte que suivent : Païsa (1946), Allemagne année zéro (1948), Onze Fioretti de François d'Assise (1949), Europe 51 (1952). Avec Ingrid Bergman s'ouvre la période des chefs d'oeuvre : Voyage en Italie (1953), India (1958), Le Général Della Rovere (1959), Viva l'Italia (1961). Vient enfin la période tournée vers la télévision : L'Âge de fer (1964), La Prise du pouvoir par Louis XIV (1966).

  • Steven Spielberg. Clélia Cohen. Cinéaste américain (Cincinnati 1946), il arriva au cinéma par la télévision. Réalisations : Duel (pour la télévision, 1973), Les Dents de la mer (1975), Rencontres du troisième type (1977), L'Empire du soleil (1987), la série des Indiana Jones (de 1981 à 1989), Jurassic Park (1993), la Liste de Schindler (1994), Il faut sauver le soldat Ryan (1999), A. I. Intelligence artificielle (2001), Minority Report (2002), Arrête-moi si tu peux (2002), Munich...

    Clélia Cohen est critique de cinéma. Elle a écrit aux Cahiers du cinéma de 1997 à 2004 et a collaboré à plusieurs ouvrages sur le cinéma américain ; elle est directrice éditoriale de compléments pour les éditions en DVD des classiques d'Hollywood.

  • Fritz Lang. Aurélien Ferenczi. Cinéaste américain d'origine autrichienne (Vienne 1890 - Los Angeles 1976), scénariste et metteur en scène, il quitta l'Allemagne en 1933 (après Les Trois Lumières, 1921), Le Docteur Mabuse (1922), Metropolis (1927), M le Maudit (1931), Le Testament du Docteur Mabuse (1933), fit un bref séjour en France et se fixa aux Etats-Unis (Furie 1933, J'ai le droit de vivre 1937, La Femme au portrait 1944, Le Secret derrière la porte 1948, l'Ange des maudits 1952, Les contrebandiers de Moonfleet 1954, L'Invraisemblable vérité 1956), pour être enfin de retour en Allemagne en 1959 (Le Tigre du Bengale / Le Tombeau hindou et Le Diabolique Docteur Mabuse 1960).

  • Stanley Kubrick. Bill Krohn (trad. Émilie Saada). Cinéaste américain (New York 1928 - Londres 1999), il fut d'abord journaliste à Look et il tourna des films d'amateurs en 16 mm. C'est avec Les Sentiers de la gloire (1957) qu'il se fit connaître. Il réalisa ensuite Spartacus (1960), Lolita (1962), Le Docteur Folamour (1964), Barry Lyndon (1974), 2001 : l'Odyssée de l'espace (1968), Orange mécanique (1971), Shining (1980), Full Metal Jacket (1987), Eyes Wide Shut (1999, film à titre posthume). Critique et historien du cinéma, Bill Krohn est correspondant des Cahiers du cinéma à Los Angeles. Co-auteur et co-producteur de It's All True, : Based on an Unfinished Film by Orson Welles. Il a aussi dirigé l'ouvrage collectif Joe Dante et les Gremlins d'Hollywood coédité par Les Cahiers du cinéma et le Festival international du Film de Locarno, et écrit un ouvrage Alfred Hitchcock au travail (Cahiers du cinéma).

  • Federico Fellini. Angel Quintana (trad. Marien Neveu). Cinéaste italien (Rimini 1920 - Rome 1993), il fut l'assistant de Rossellini et de Lattuada. Principales réalisations : Les Feux du Music-hall (1951), Courrier du coeur (1952), La Strada (1954), Il Bidone (1955), Les Nuits de Cabiria (1957), Juliette des esprits (1965), La Dolce Vita (1959), Huit et demi (1963), Fellini Satyricon (1968), Fellini Roma (1971), Amarcord (1973), Répétition d'orchestre (1978), La Cité des femmes (1980), Et vogue le navire (1983), Ginger et Fred (1986), Intervista (1987), La voce della Luna (1989).

    (Torroella de Montgrí, Espagne, 1960). Maître de conférences en Histoire et Théorie du cinéma à l'Université de Girona (Espagne). Critique du cinéma dans Cultura/s de La Vanguardia, El Punt et Dirigido. Il a publié les livres: Roberto Rossellini (Catedra, 1995), Jean Renoir (Catedra, 1998), El cine italiano 1943-1962. Del neorrealismo a la modernidad, 1997), Fábulas de lo visible (El Acantilado, 2003, prix de l'Association espagnole des historiens du cinéma au meilleur livre de cinéma publié en Espagne), Olivier Assayas, líneas de fuga (Festival de Gijón) et Peter Watkins. Histoira de una resistencia (Festival de Gijón/Festival de Cine Independiente de Buenos Aires, 2006).

  • Cinéaste américain d'origine autrichienne (Vienne 1906 - Beverly Hills 2002). Formé à l'école de l'expressionnisme allemand, il s'est imposé dans des genres aussi divers que le drame : Assurance sur la mort (1944), Le Poison (1945), Boulevard du crépuscule (1950), et la comédie légère : Le Gouffre aux chimères (1951), Sept Ans de réflexion (1955), Certains l'aiment chaud (1959). Ses derniers films : La Vie privée de Sherlock Holmes (1970), Avanti (1972), Fedora (1978).

  • Tim Burton est l'un de ces cinéastes qui créent de toutes pièces leur propre univers, avec ses règles, ses personnages et même ses paysages, qui inventent des films qui ne ressemblent qu'à eux-mêmes et qui, par un de ces prodiges dont le cinéma a le secret, rencontrent un public nombreux autant q'inconditionnel. Beetlejuice, " film optimiste sur la mort ", figure le big-bang de ce monde nouveau dont la logique inverse systématiquement les règles. Le spectateur est invité à considérer l'étrange comme la norme et le " normal " bien ennuyeux. Le décor est planté et Burton alterne désormais films de commande à grands spectacle et films d'animation (L'Etrange Noël de monsieur jack, Les Noces funèbres), genre avec lequel il a débuté sa carrière chez Disney. Il réinvente Batman sous les traits d'un Michel Keaton " plus BD que nature " et le Joker sous ceux d'un Jack Nicholson aussi comique que terrifiant dans deux films jubilatoires où l'ironie le dispute à al méchanceté. Dans cette galerie de portraits viennent ensuite Edward aux mains d'argent, le Cavalier sans tête (Sleepy Hollow), Willy Wonka (Charlie et la chocolaterie), Sweeney Todd, personnages issus de légendes éternelles ou surgis de l'imaginaire de Tim Burton auxquels sa complicité avec Johnny Depp donne vie. Bienvenue à " TimBurtonLand ".

  • Orson Welles. Paolo Mereghetti (trad. Hélène Frappat). Cinéaste et acteur américain (Kenosha, Wisconsin 1915 - Hollywood, Californie 1985), il débuta au théâtre puis à la radio. Principales réalisations : Citizen Kane (1941), La Splendeur des Amberson (1942), La Dame de Shangaï (1948), Monsieur Arkadin (1955), La Soif du mal (1957).

    Paolo Mereghetti (Milano, 1949) est journaliste professionnel depuis 1978. Il a travaillé aux magazines L'Europeo, King, Sette et aux journaux La Repubblica et Il Corriere della Sera, où il est actuellement envoyé spécial et critique de cinéma. Il a co-dirigé la revue de cinéma " Ombre rosse (nuova serie) " et publié des critiques dans Positif, Linea d'ombra, Reset, Lo straniero, Ciak et Segnocinema. Il a publié des livres sur Orson Welles, Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi, Bertrand Tavernier, Serge Daney, Sam Peckinpah ainsi que de nombreux essais. Il est l'auteur du " Il Mereghetti - Dizionario dei film ", le dictionnaire de cinéma le plus connu et répandu en Italie. Il a collaboré aux éditions de La Mostra del cinema di Venezia dirigées par Carlo Lizzani, Gianluigi Rondi et Alberto Barbera

  • Cinéaste français exilé à Hollywood (Paris 1894 - Beverly Hills 1979). Nana (1926), La Chienne (1931), Boudu sauvé des eaux (1932), Une Partie de campagne (1936, inachevé), La Bête humaine (1938), La Règle du jeu (1939), Le Fleuve (1951), Le Carrosse d'or (1952), French Cancan (1955), Elena et les hommes (1956), Le Déjeuner sur l'herbe (1959).

  • Woody Allen est sans doute le plus célèbre des New-yorkais. Il débute en écrivant des répliques hilarantes pour la scène comique juive new-yorkaise, sur laquelle il monte bientôt à son tour, campant un personnage de juif new-yorkais névrosé, jouant de sa petite corpulence, fragile, affublé de grandes lunettes. Il passe par le théâtre avant d'écrire et de réaliser son premier film Prends l'oseille et tire toi en 1968. C'est le couple qu'il forme à la ville avec Diane Keaton, puis dans Annie Hall qui va propulser ses premiers succès vers les sommets du cinéma d'auteur international. La part autobiographique est évidente et le spectateur tombe sous le charme irrésistible des tourments affectifs de personnages si proches qui se racontent à travers la psychanalyse. Manhattan poursuit la même veine, et s'ouvre sur des plans de la ville en noir et blanc d'une beauté spectaculaire. Dans le monde entier, la presqu'île est vue désormais à travers le regard de Woody Allen. Toute son oeuvre témoigne d'une prodigieuse mémoire cinéphilique, mais c'est sans conteste Ingmar Bergman dont il reconnaît l'influence la plus forte dans des films d'une veine plus sombre comme Interiors, September, Maris et femmes ou Harry dans tous ses états. En posant pour Match Point (2005) sa caméra à Londres, il prouve que son cinéma survit à Manhattan. En dirigeant Scarlett Johansson et une nouvelle génération de jeunes comédiens séduisants, il conquiert un nouveau public pour qui Annie Hall et Manhattan sont déjà des petits joyaux du cinéma de répertroire.

  • Bunuel est un cinéaste espagnol, (Calenda 1900 - Mexico 1983), tous ses films se ressentent de la triple influence d'une éducation catholique, du surréalisme (dont il demeura jusqu'à la fin un fervent adepte) et de la tradition hispanique. Le pouvoir subversif de son inspiration éclata avec L'Âge d'or (1930) ; il se tempèrera avec le temps d'humour ou de dérision : La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz (1955), L'Ange exterminateur (1962), Le Charme discret de la bourgeoisie (1972), Mazarin (1958), La Voie lactée (1969), El (1952). Bunuel sait capter les plaies à vif d'une société malade : Terre sans pain (1932), Los Olvidados (1950). Il a enfin brossé des portraits de femme d'un subtil érotisme : La Jeune Fille (1960), Viridiana (1961), Belle de jour (1967), Tristana (1970).

  • L'oeuvre d'Ingmar Bergman force l'admiration. Au cours d'une carrière riche de quelque cinquante longs métrages réalisés entre 1945 et 2003 (sans compter son infatigable activité de metteur en scène de théâtre), il remet sans cesse sur le métier ses obsessions intimes, ses fantasmes qui brouillent la représentation de la réalité, ses personnages dévorés par une culpabilité qui torture l'âme et le corps, sa lucidité à ausculter le couple qui se séduit puis se déchire, son angoisse devant le silence de Dieu, sa recherche chaotique d'une rédemption. Le Septième sceau, les Fraises sauvages, Une passion, A travers le miroir, autant de chefs-d'oeuvre dans une oeuvre qui traduit une capacité à exprimer ses sentiments restée inégalée. On peut lire ses films comme une transposition de son propre parcours, depuis son enfance dans une famille luthérienne ultrarigide, sa propre ambiguïté morale qui lui fait honte et horreur. Ingmar Bergman est aussi un cinéaste qui, au-delà des modes, capte l'esprit de son temps, dans ses aspirations et ses désillusions : Monika, dans lequel Harriet Anderson incarne une jeune femme à la sensualité sauvage et scandaleuse, lui apporte la notoriété en France, incarnant ce vent de liberté qui marque la modernité naissante au cinéma. Dans les années soixante, il expérimente avec Persona l'une des plus puissantes évocations de l'ambiguïté du mal. Scènes de la vie conjugale stigmatise cet individualisme qui induit insidieusement la déshumanisation du monde, monde qui se déploie avec joie et nostalgie dans Fanny et Alexandre et qui atteint sa représentation la plus dépouillée dans sarabande, son ultime film, à la fois leçon de cinéma et questionnement existentiel. Dans l'univers du cinéma, Bergman est un continent à part, celui d'un géant à la hauteur de Beethoven ou de Dostoïevski.

  • Martin Scorsese. Thomas Sotinel. Cinéaste américain (Flushing, New York 1942). La première vocation de ce petit-fils d'immigrants siciliens était la prêtrise, et ses films s'en ressentent, de la quête de la pureté au sein de la sordide réalité. Mean Streets (1973), Taxi Driver (1976), Raging Bull (1979), La Valse des pantins (1983), After Hours (1986), Color of money (1986), The Last Temptation of Christ (1988), New York stories avec Allen et Coppola (1989), Les Affanchis (1990), Nerfs à vif (1991), le Temps de l'innocence (1993), Casino (1995), Kundun (1997), Bringing out the Dead (1999), Gangs of New York (2002).

    Thomas Sotinel, 48 ans, est journaliste au Monde depuis 1989. Après avoir écrit sur la musique au temps de Nirvana, il a couvert l'Afrique au temps de Charles Taylor et de Laurent-Désiré Kabila. Il a rejoint la rubrique cinéma en 2000.

  • Réalisateur russe (Ivanovo 1932 - Paris 1986), cinéaste de profession formé à l'Ecole d'État, il signe en 1962 son premier long métrage, L'Enfance d'Ivan, conforme aux canons du cinéma soviétique, et gagne de surcroît le Lion d'or au festival de Venise. Andrei Roublev (1966), évocation d'une Russie médiévale désacralisée, sera interdit par les autorités russes, et projeté en Occident. Après une longue interruption, il parvient à tourner un bon film de science-fiction, Solaris (1972), accueilli avec réserve en Union soviétique. Le Miroir suscite en 1974 un nouveau scandale. Retour à la science-fiction avec Stalker en 1979 et départ en Italie en 1984 suite aux ennuis causés par la bureaucratie soviétique. Nostalghia en 1983, Le Sacrifice en 1986.

  • L'oeuvre de Kenji Mizoguchi, né à Tokyo au moment où le cinématographe arrive au Japon, raconte à elle seule une histoire du cinéma, du muet au parlant, du noir et blanc à la couleur, des productions à al chaîne des grands studios japonais à la politique des auteurs. C'est au début des années cinquante que l'Europe découvre ses films qui remportent de véritables triomphes au festival de Venise : La Vie d'O-Haru, femme galante, Les Contes de la lune vague après la pluie, L'intendant Sansho. Mizoguchi, qui a débuté dans les années vingt, a déjà plus de soixante-dix films à son actif, et même si une large partie d'entre eux a disparu, le public qui connaît alors un engouement sans précédent pour le cinéma japonais va désormais pouvoir accéder à un véritable trésor du septième art. Si la filmographie de Mizoguchi est profondément ancrée dans la culture et l'histoire du japon, elle accède à une ampleur universelle bien au-delà d'un exotisme orientaliste. Mizoguchi conjugue dans sa mise en scène les contingences de son pays, les codes des genres qu'il aborde (le polar, le mélodrame ou le film d'époque), avec une vision humaniste d'une force incomparable. C'est sans conteste le cinéaste qui a dessiné les plus beaux portraits de femmes trahies, déchues et humiliées par les hommes.

  • Au moment où le monde entier le découvre à la fin des années quatre-vingt et fait un triomphe à Femmes au bord de la crise de nerfs, Pedro Almodovar a déjà réalisé sept films, qui n'ont pas laissé les Espagnols indifférents. Chanteur de rock travesti sur scène, réalisateur de films underground en Super 8, auteur de romans-photos, écrivain, il est l'une des figures de la Movida madrilène dans une Espagne qui change à toute vitesse à la sortie du franquisme. Ses premiers films, Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier, Le Labyrinthe des passions, déjantés, sont produits hors de tout système, mais on y trouve déjà ses thèmes favoris, comme celui de la " mauvaise mère ", qui hante Talons aiguilles, du sexe perverti, sujet de Matador, de Attache-moi ! ou encore de La Mauvaise Education. Il écrit lui-même des scénarios provocateurs autour de personnages féminins baroques, obsessionnels, mais follement séduisants. De film en film, il s'attache une tribu d'artistes, de techniciens et surtout les meilleurs acteurs - Antonio Banderas, Gael Garcia Bernai - et actrices - Carmen Maura, Victoria Abril, Marisa Paredes, Penélope Cruz. Son enfance dans la Manche, cette région misérable de l'Espagne des années cinquante, marque ses films jusqu'au récent Volver, et donne la mesure du chemin qu'il a parcouru. Sans craindre d'afficher ses références cinéphiles au burlesque ou au film noir, il est devenu l'un des réalisateurs les plus sensibles aux pulsations du monde contemporain.

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