Casa De Velazquez

  • Avant le temps des ministres-favoris de l'époque baroque, les rois de l'Europe médiévale ont compté dans leur proximité sur l'assistance de personnages souvent vus comme leur préfiguration. Appelé « privauté » (privanza), ce phénomène a pour fondement le choix de l'amitié contre la parenté. Ainsi, pour se libérer de ses parents et de ses barons, qui entendent exercer une emprise sur sa royauté, le roi lance ses privados. Néanmoins, si ceux-ci oeuvrent donc à une expulsion, ils organisent dans le même temps une participation alternative et plus large au gouvernement du roi. Dans la Castille de la fin du Moyen Âge, ce phénomène se distingue par une continuité particulièrement propice pour interroger sons sens historique : réalisé sur le terrain idéologique à partir du milieu du XIIIe siècle et devenu stratégique à partir du début du XIVe siècle, le choix de la privauté est à la base d'un régime politique marqué par la distinction entre gouvernement et souveraineté. Cet essai envisage à nouveaux frais ce moment fondateur de l'expérience médiévale du pouvoir d'État.

  • L'histoire des "mozarabes" a suscité des débats acharnés, mais qui convergent vers l'image d'une communauté fossile, maintenue sous perfusion après le le siècle. Pourtant, la geste des martyrs de Cordoue ne constitue pas le chant du cygne, mais au contraire l'origine même du mozarabisme en péninsule Ibérique. La formation d'une culture arabo-chrétienne dans la seconde moitié du IXe siècle témoigne de l'avancée du processus d'islamisation, mais aussi de la profondeur de l'arabisation dans la société.
    Cet ouvrage s'interroge sur l'échec de ce mouvement d'acculturation, qui se mesure au rôle social et culturel marginal que joue le christianisme arabisé en al-Andalus à partir du XIe siècle. Parmi les facteurs d'explication avancés, des migrations continues disséminent dans les terres de marges du nord de la Péninsule des noyaux de populations chrétiennes arabisées, contribuant à faire de cette "situation mozarabe" un phénomène transfrontalier, prolongé à Tolède jusqu'au XIVe siècle.

  • Le temps et l'espace étaient les horizons de Bartolomé Bennassar : la profondeur historique de l'histoire espagnole, les grandes terres de l'Amérique latine. Comme tout pérégrinant, il écrivait ses voyages, mais avec une plume double : celle de l'écriture romanesque - l'un de ses romans a connu une adaptation au cinéma - et celle de l'historien. Il nous livre dans ce petit ouvrage la quintessence d'un itinéraire humain et intellectuel : de la découverte de la discipline qui sera la sienne, l'histoire, à sa carrière, scandée au rythme de la publication d'une oeuvre historiographique importante, de spécialiste attentif des évolutions du monde hispanique, sans oublier la passion de l'enseignement qui inlassablement l'emmène avec ses étudiants sur les routes des Andes.
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  • Connecté à la fois à l'Orient, l'Afrique subsaharienne et la Méditerranée, le Maghreb islamique s'insère entre le VII e et le XV e siècle dans des réseaux complexes qui donnent à ses ports un rôle croissant dans les échanges commerciaux, mais aussi plus largement dans la structuration de l'espace. L'analyse des sources arabes et latines permet ainsi de montrer l'évolution des réseaux à différentes échelles, d'abord dans un espace centré sur les pays d'Islam, puis à partir du XIe siècle dans une économie-monde élargie à l'Europe latine. Le pouvoir politique, comme les acteurs économiques, développent alors des stratégies s'adaptant à l'évolution des réseaux à l'échelle mondiale, qui font des ports des pôles et des centres de gravité essentiels de l'espace maghrébin, sur le plan tant politique qu'économique.

  • À l'apogée du califat de Cordoue au milieu du Xe siècle, plusieurs établissements ruraux ont été fondés dans la vallée de l'Èbre pour accueillir et regrouper des communautés rurales dans le but de mettre en exploitation des terres à vocation céréalière, dont une partie des productions approvisionnait les centres urbains régionaux tels que Huesca. L'une de ces habitats, associé à une mosquée, était Las Sillas à Marcén, un site archéologique qui a fait l'objet d'une série de campagnes de fouilles minutieuses. Celles-ci ont permis de dresser un nouveau panorama du monde rural d'al-Andalus au cours des Xe et XIe siècles.

  • Dépassant l'approche limitée à une simple étude de l'imaginaire mythique et merveilleux du détroit de Gibraltar, lieu des confins du « monde habité », ce livre explore de nouvelles sources et croise les regards qui se sont posés sur cet espace : regards des mythes, revisités par les textes médiévaux arabes et latins ; regards de savants, voyageurs et marins ; regards aussi des pouvoirs qui ont tour à tour contrôlé, ou tenté de le faire, ce seuil essentiel entre Méditerranée et Atlantique, entre Europe et Afrique, entre monde chrétien et monde musulman. Il est proposé ici une étude diachronique de l'image que renvoie le détroit de Gibraltar depuis la présence romaine jusqu'à la fin de la Reconquista.

  • Le problème du salut personnel et collectif, crucial pour tous les chrétiens, entraîne l'émergence d'individus et de groupes sociaux réputés particulièrement aptes à faire leur propre salut et à oeuvrer pour celui des autres. Partant de cette donnée fondamentale, le présent ouvrage examine la tension entre les ambitions spirituelles et les contraintes individuelles, communautaires et institutionnelles des moines, des chanoines réguliers et des frères mendiants, dans le cadre du Moyen Âge hispanique. Trois modalités d'accès au salut sont mises en évidence : la conversion, c'est-à-dire le choix d'entrer en religion et la continuelle transformation individuelle qu'il suppose ; la médiation, fondée sur la prière et sur la liturgie ; le soin des âmes enfin, lié à l'engagement pastoral.

  • Le 4 août 1897, des ouvriers agricoles découvrent par hasard à La Alcudia, site de l'antique Ilici (Elche, au sud de la province d'Alicante), une sculpture ibérique datant du Ve-IVe siècle av. J.-C. et connue sous le nom de Dame d'Elche. Sa singularité et « l'étrangeté troublante de sa beauté » (Pierre Paris) conduisent les archéologues et les historiens de l'art à y voir le chef-d'oeuvre de l'art ibérique. Source d'inspiration pour les artistes, la Dame devient aussi, sous la plume des idéologues régionalistes et nationalistes espagnols, une icône identitaire. Cet ouvrage, écrit conjointement par un archéologue et une anthropologue, présente ces différents regards et les réactions esthétiques et affectives qui les accompagnent, tout en s'arrêtant sur les usages sociaux et politiques de la statue.

  • La transition vers la démocratie occupe une place de choix dans l'imaginaire espagnol. Miroir positif de la tragédie représentée par la Guerre civile de 1936-1939, vantée à l'extérieur comme un modèle à suivre, cette transition est devenue en Espagne un mythe fondateur. Réputée pacifique, elle n'aurait pas, ou peu, fait couler le sang. Ce livre souligne pourtant le contraire. À partir de données inédites, il conclut à l'existence d'un cycle de violences qui, loin d'être à mettre sur le seul compte de l'ETA, est imputable à des protestataires de tous bords ainsi qu'aux agents de l'État parfois enclins à la bavure. Cet ouvrage se penche sur les motivations et les pratiques des acteurs ainsi que sur la réforme du système répressif franquiste, entachée par le recours à la torture ou à la « guerre sale » contre un terrorisme croissant. Il décrypte en outre le poids des imaginaires dans une Espagne traumatisée par un passé douloureux que réactive la violence du présent. Ainsi, en replaçant la violence et sa mémoire au coeur de l'analyse, il contribue à renouveler l'interprétation de cette période clef de l'Espagne contemporaine.

  • Entre l'Eglise et la ville ; pouvoirs et réseaux des chanoines de Barcelone (1472-1516) Nouv.

    Au sortir de la guerre civile catalane de 1462-1472, Barcelone, principale cité de Catalogne et grand port méditerranéen, entre dans une phase de reconstruction. Le roi Ferdinand le Catholique transforme les modalités d'entrée au gouvernement municipal, formalise l'accès à la noblesse et implante dans la ville une nouvelle Inquisition sous contrôle royal. Affecté également, le haut clergé cherche sa place, et les chanoines de la cathédrale en particulier tâchent d'assurer leur implantation au sein des pouvoirs urbains en recomposition. Au croisement de l'histoire canoniale et de l'histoire urbaine, cette étude montre comment, au-delà de leurs attributions religieuses, évêques et chanoines, pleinement intégrés à l'élite dirigeante de la ville, sont amenés à jouer un véritable rôle dans la vie publique d'une cité en pleine mutation.

  • Entre 1569 et 1589, l'Espagnol Alonso de Ercilla et le Portugais Jerónimo Corte-Real composèrent une série d'épopées, liées aux Lusiades de Luís de Camões (1572), au fil desquelles émerge un modèle partagé de narration épique dans une étroite relation intertextuelle. D'une part, la comparaison de ces poèmes avec les chroniques révèle une mimésis formelle destinée à autoriser ces récits en vers en adoptant de certains traits de l'histoire en prose. Ainsi, les deux poètes opèrent un rapprochement entre récit d'histoire et récit héroïque qui construit un même regard critique sur les profonds changements qui accompagnent l'expansion territoriale espagnole et portugaise et la réunion des deux couronnes en 1580. D'autre part, en reflétant les mêmes motifs et en se répondant d'un texte à l'autre, Ercilla et Corte- Real forgent sur deux décennies un patron narratif ibérique qui rompt avec le modèle du Roland furieux avant que celui du Tasse ne s'impose dans la péninsule.

  • L'histoire impériale de l'Espagne a commencé bien avant le règne de Charles Quint.
    Elle trouve ses origines dans le petit royaume astur-léonais du X e au XI e siècle, dont quelques rois furent désignés imperatores. Elle connaît son développement le plus étonnant au cours de la période qui va du règne d'Alphonse VI de Castille-León (1065-1109) à celui de son petit-fils Alphonse VII (1126-1157). Ces deux souverains n'hésitèrent pas à s'autoproclamer « empereurs des Espagnes » et à revendiquer une souveraineté qui, dans cette période de Reconquête, s'étendait idéalement sur toute la péninsule Ibérique.
    Ce livre retrace l'histoire de ce phénomène singulier que l'historiographie espagnole du milieu du XX e siècle avait érigé en mythe identitaire hispanique. Par un regard dépassionné sur les sources, il s'attache à dégager les procédés de légitimation monarchique dont témoigne l'usage du concept d'empire dans le León médiéval.

  • Les réformes bourboniennes du règne de Charles III dans des domaines essentiels (fiscalité, administration, commerce, relations inter-ethniques) ont amené des modifications profondes, bouleversé de vieux équilibres séculaires et suscité partout dans l'Empire espagnol de très vives réactions dans les divers secteurs sociaux. À partir des relations entre l'exercice du pouvoir et la société, ce livre brosse un panorama d'ensemble de l'histoire des Indes d'Espagne au tournant des XVII e et XVIII e siècles, une période qui n'avait guère suscité de recherches et, pourtant, un moment charnière entre l'essoufflement d'un modèle colonial et l'imposition d'un autre plus moderne et fondé sur d'autres valeurs politiques. Il présente aussi un état des lieux de la recherche avec des synthèses bibliographiques et historiographiques.

  • Ce livre explore différents types de paysages de guerre surgis à la suite des principaux conflits en Europe et en Asie au cours du siècle dernier. Comparant l'évolution de ces paysages, l'ouvrage explore les reconstructions et les politiques de mémoire d'après-guerre et l'utilisation récente, tant touristique que patrimoniale, de ces témoignages. L'ouvrage insiste sur le caractère transnational de cette histoire particulière de reconstruction post-conflit, sans oublier sa dimension artistique et culturelle ou l'impact du phénomène sur le cinéma et la littérature.
    Avec, notamment, la participation d'Annette Becker et de Sophie Wahnich.

  • La question de la transition entre monde romain et Moyen Âge est reprise à nouveau frais à la lumière de la perpétuation ou non des circonscriptions administratives civiles antiques (provinces, conventus, cités) dans les diocèses médiévaux. À son origine se trouve le souci de contester la validité de la carte proposée par E. Albertini en 1923 de la trame provinciale qui a fait suite à la réforme de Dioclétien en Hispanie.
    Pour dessiner cette carte, E. Albertini a utilisé le « principe de l'accommodement » qui aurait permis le maintien des structures territoriales romaines dans celles de l'Église au début du Moyen Âge. La révision de ce travail, abordée en dialogue avec les historiens médiévaux pour la période entre le IVe et le XIIe, adopte l'approche épistémologique plus féconde du « tournant spatial », dans lequel les provinces ne peuvent plus être considérées comme de simples territoires figés, mais comme des espaces marqués par la discontinuité et la plasticité de leur utilisation.

  • Ce livre examine les fondements historiques et scripturaires de l'idéal de pureté partagé par les juifs et les chrétiens à la fin du Moyen Âge en péninsule Ibérique. Le croisement des sources théoriques et des documents de la pratique, des sources latines, hébraïques et vernaculaires met en évidence la façon dont ce thème majeur de la littérature biblique et talmudique s'est perpétué à travers les siècles et a eu des incidences nombreuses sur la vie quotidienne des hommes au XVe s.
    La réflexion débouche sur des questions centrales pour l'histoire de la minorité juive en péninsule Ibérique : le passage de l'antijudaïsme à l'antisémitisme, l'apparition du concept de race, la prépondérance du sang dans l'assignation à une identité, le poids de l'accusation de crime rituel, l'incrimination des non chrétiens dans une société Ibérique de plus en plus exclusive, la discrimination et la ségrégation pour s'en protéger jusqu'à l'expulsion.

  • Est-il possible de parler de sécularisation en Espagne avant que cette notion n'ait une existence juridique et constitutionnelle effective ? Durant la période traitée par l'ouvrage, 1700-1845, le principe de sécularisation du politique fait l'objet de multiples blocages, et l'idée même de sécularisation est débattue. Cependant, un processus de sécularisation sociale et culturelle semble être à l'oeuvre en parallèle : l'influence sécularisatrice des idées des Lumières entraîne des changements sociaux et de nouvelles pratiques culturelles, scientifiques et artistiques, même au sein de l'Église.

  • En 1808, la Monarchie espagnole, le plus vaste ensemble politique du monde, s'effondre, miné de l'intérieur et sous la pression de la France. La disparition du roi, clef de voûte du système politique, oblige les territoires de cette Monarchie à inventer des solutions d'urgence pour remplir une fonction désormais vacante. Les indépendances américaines, la création de régimes parlementaires et - nouveauté plus radicale encore - l'expulsion de l'Église du rôle d'arbitre du politique qu'elle assumait traditionnellement, en sont quelques-unes des conséquences. L'effondrement de la Monarchie offre un terrain d'études privilégié pour comprendre comment une société accomplit une révolution.

  • Dans le processus de construction des cultures nationales, les commémorations ont joué un rôle « thérapeutique » au service de la reconnaissance des communautés imaginées qui se mettent en scène. Le cas hispanique présente l'originalité d'une dimension transnationale des identités construites à partir du XIXe siècle fondée sur la notion d'hispanidad. Ce dossier étudie les conséquences de la mobilisation de cette catégorie, depuis les commémorations du IVe centenaire de 1492 jusqu'à la célébration de l'hispanidad par le franquisme.

  • Ce livre présente un bilan historiographique de la mort des « princes » au Moyen Age en France et dans la péninsule ibérique. Le terme de prince est pris ici dans un sens large, c'est-à-dire non seulement les membres de la famille royale, mais aussi les aristocraties ecclésiastiques, militaires et urbaines, afin d'étudier avec une approche multidisciplinaire la relation de la mort et son traitement avec l'image du pouvoir que ces élites projettent et son émulation par les autres groupes sociaux.

  • La décoration intérieure au XVIIIe siècle n'a guère laissé de traces matérielles et l'étude de ses sources est également rare. À ce titre, le projet décoratif des appartements de la duchesse d'Albe élaboré par le marchand de soies et décorateur François Grognard pour le palais de Buenavista à Madrid (1792) représente un témoignage précieux et original, écrit sous la forme d'un voyage pittoresque et de lettres à caractère poétique. Ce récit est accompagné de la transcription annotée de sa correspondance manuscrite, de trois études sur Grognard, le palais de Buenavista et l'activité des décorateurs madrilènes à l'époque moderne,.et d'un glossaire historique de termes textiles.

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