Religion généralités

  • Longtemps, l'archéologie fut biblique, c'est-à-dire au service de la vérité du texte.
    En témoignent nombre d'ouvrages grand public dont le but avoué est d'accréditer que " la Bible a dit vrai ". Or aujourd'hui, l'archéologie est redevenue une science pleinement autonome, sans souci apologétique, simplement étude scrupuleuse de données matérielles. Dès lors, elle élabore un discours parallèle, souvent divergent de celui que construit le récit biblique quand il écrit l'histoire d'Israël.
    Historiens, archéologues et biblistes se trouvent donc clairement confrontés à une question cruciale : quelle est la nature du récit biblique et son rapport à la vérité ? Philippe Abadie entre dans le débat en étudiant un certain nombre de points d'histoire en discussion aujourd'hui : les origines du peuple d'Israël, la conquête du territoire ou l'existence d'un grand royaume unifié par David et Salomon...
    Ce faisant, il cherche à établir un juste rapport à l'archéologie et à élargir ce qu'on entend généralement par " vérité historique ". " Utiliser le récit biblique comme "document premier", indépendamment d'une saine critique littéraire, s'avère illusoire. Comme le serait aussi la mise entre parenthèses du récit au profit des seules sources externes. A la question posée : la Bible est-elle un livre d'histoire ? la réponse est forcément nuancée : la Bible est un livre dans l'histoire.
    " Et le lecteur de la Bible est invité à distinguer toujours l'intentionnalité historienne des auteurs bibliques dans leurs grandes synthèses théologico-littéraires et la quête moderne d'historicité.

  • Pour élaborer une théologie de la mission à caractère oecuménique au XXIe siècle, l'approfondissement biblique est crucial. C'est la parole de Dieu, en effet, qui fonde la mission chrétienne, personnelle et communautaire, même si, dans chaque contexte, l'accent est mis sur telle figure biblique qui stimule l'engagement. C'est pourquoi l'Association francophone oecuménique de missiologie (AFOM) présente ici des études au croisement de l'exégèse biblique et de la réflexion théologique sur la mission. La première partie, " Geste de Dieu ", renvoie à une interprétation de la présence, de la volonté et de l'action de Dieu dans le monde, ce que les missiologues nomment la mission de Dieu. Précédant tout engagement humain ou en Église, Dieu façonne et transforme la réalité de toute la création, il appelle des hommes et des femmes à s'engager pour édifier des communautés où règnent l'amour, le respect et le partage, et pour contester ce qui s'oppose à la justice et à la paix. " Figures missionnaires " évoque des exemples de réponse humaine à un appel de Dieu à coopérer à sa mission. Il y est question de personnes s'engageant à la suite de Jésus Christ, mais aussi de formes que peut prendre la mission clans des contextes particuliers, des choix requis pour un service, fidèle à l'intention d'origine indiquée dans la Bible. Les " réceptions " doivent aussi être " communautaires ". Les auteurs cherchent ici à comprendre pourquoi et comment l'Évangile s'incarne dans des formes de vie communautaire (paroles, actions, prières) qui pourront devenir des noyaux de transformation de la société et des espaces de vie nouvelle.

  • La question de l'identité théologique traverse l'ensemble de l'Écriture sainte. Elle se pose avec une urgence particulière lors des situations de crise, qui peuvent aller jusqu'à mettre en péril l'existence même des communautés croyantes. Ainsi, l'exil à Babylone au VIe siècle avant notre ère, ou la confrontation du judaïsme avec le royaume séleucide, au IIe siècle, fournissent l'occasion de reformulations théologiques qui permettent d'énoncer la spécificité d'Israël, en s'appuyant sur les traditions héritées, mais également en définissant des catégories théologiques nouvelles.

    La destruction du temple de Jérusalem, en 70, conduit les communautés chrétiennes, qui se trouvent en situation critique, à se poser avec une acuité nouvelle la question de leur identité et à trouver les termes et les concepts qui permettent d'articuler l'héritage des traditions d'Israël, la nouveauté du Christ et la perspective de la mission universelle de l'Église.

    La question de l'identité revêt donc une pertinence dans l'ensemble du canon des Écritures et elle reçoit, à chaque époque, des réponses diversifiées et parfois concurrentes. Les contributions de cet ouvrage d'hommage au professeur Jacques Briend, rédigées par ses collègues et par ses élèves, cherchent à appréhender cette diversité des approches théologiques à l'intérieur du canon des Écritures. L'ouverture théologique et pastorale proposée en fin d'ouvrage par Mgr Gérard Defois montre comment les débats théologiques dont l'Écriture se fait le reflet éclairent la réflexion ecclésiologique contemporaine.

  • A-t-on jamais étudié l'émergence de l'identité chrétienne aux yeux de ceux qui la vivent - les premiers chrétiens eux-mêmes -, comme aux yeux des instances sociales, culturelles, politiques ou religieuses de l'Empire romain ? Comment se comprendre dans un univers social dont le lien est la loyauté politique, laquelle se manifeste dans la participation au culte de l'Empire et de l'empereur - dont seuls les Juifs sont exempts, quitte à devoir payer un impôt particulier qui couvre cette dérogation ? L'enjeu était de taille.
    Il y allait de l'acceptation ou du rejet des chrétiens par la société à laquelle ils appartenaient. Il y allait aussi de la reconnaissance mutuelle ou du refus conflictuel de la diversité au sein même du christianisme naissant. Ce fut un long processus de clarification, de représentation des idées, de conscientisation dont on découvre ici l'immensité et la difficulté des enjeux. Comme tous les groupes qui composent l'Empire, les chrétiens sont-ils une race, une ethnie, une religion ? Ou doit-on les considérer comme à part et, dans ce cas, à quel titre ? On voit qu'il s'agit de se représenter la place possible d'une religion nouvelle qui ne reconnaît pas les rites importants qui assurent la cohésion de l'Empire.
    L'auteur ne prétend pas retracer les itinéraires et étapes de cette émergence de l'identité chrétienne dans la société impériale. Elle tente plutôt de repérer sur quel terrain cette identité se joue, dans quelles catégories sociales alors disponibles elle cherche à prendre corps et cohérence. De plus, elle souligne avec vigueur que nous ne pouvons mener cette étude qu'en étant conscients que nous l'abordons avec des catégories qui ont une histoire - et toujours une charge pour nous : impossible d'être neutres par rapport aux termes que nous employons.
    En avoir une conscience critique est la meilleure manière pour ne pas nous laisser piéger par les résonances qu'ont, dans nos débats actuels, les catégories de race, d'ethnicité, de politique, de religion...

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