Langue française

  • Un homme rencontre une femme.
    Il est le Fils de Dieu, elle est une fille de rien. Hérétique, abandonnée, réprouvée, c'est pourtant elle qui le désaltère.
    Pierre Coulange révèle ici la dramaturgie mystique de l'invraisemblable rencontre entre le Christ et la Samaritaine. Cette femme aux cinq maris reçoit en effet une mission inimaginable : annoncer à des Samaritains la présence d'un homme qui pourrait être le Messie.
    C'est à une lecture messianique du récit que nous invite l'auteur. Il met au jour une multitude de signes, comme le puits et le symbole nuptial, l'eau vive et l'allusion à la vie éternelle, l'adoration et la nourriture.
    Bien loin de l'image de la femme de mauvaise vie, la Samaritaine est habitée par des questions fondamentales sur Dieu. Son intelligence et son coeur s'ouvrent peu à peu à la grâce. À travers elle, c'est le Christ qui va au-devant de nous.

  • Comment les disciples ont-ils commencé à croire ?
    L'évangile de Jean est le seul à révéler le second miracle de Cana : la guérison à distance du fils d'un officier, dont une simple parole, « Ton fils vit », témoigne de son rétablissement miraculeux. Pourquoi Jean est-il le seul à raconter cet épisode ? En quoi apporte-t-il quelque chose de différent aux autres récits de guérisons ? La vie publique du Christ commence à Cana lorsque Jésus change l'eau en vin et que ses disciples reconnaissent en lui le messie. Ici, il se révèle à eux comme porteur et incarnation de la parole de Dieu, parole de vie pour son peuple.
    En exégète, Michel Segatagara Kamanzi nous entraîne dans l'étude passionnante des débuts de la vie publique de Jésus, et des réactions de ses disciples.

  • Depuis trop longtemps, en ce début de troisième millénaire, des hommes, des femmes et des enfants venus de loin, fuyant le malheur ou la misère, en quête d'un avenir meilleur, meurent en Méditerranée. La question des flux migratoires convoque les experts, exalte les idéologues, questionne les peuples, divise les opinions. Il était donc plus que temps de consulter à ce sujet la Bible où les notions d'exil, d'exode, de départ, de retour et de refuge occupent une place essentielle.
    D'où ces études d'une surprenante actualité. Elles visent à changer et rééduquer notre regard sur l'étranger. Elles explicitent ce que sont l'accueil et le devoir d'hospitalité. Elles rappellent que nous formons une seule humanité.

  • « Voici un ouvrage qui prendra à contrepied toutes les personnes qui estiment qu'un texte est porteur d'un sens, et que le travail du lecteur est de le découvrir. Or, penser ainsi respecte peu la complexité de l'acte de lecture. Un texte est un don fait au lecteur. Le lecteur le reçoit. Entre les deux se passe une rencontre productrice de sens, différent d'un lecteur à l'autre » (M. Quesnel, Préface).
    Les textes bibliques offrent ce don à quiconque leur ouvre l'oreille. Considérables gisements de parole, ils n'ont jamais cessé d'engendrer leurs lecteurs. Il y a donc lieu de se mettre à l'écoute, et d'inventer de nouveaux chemins comme celui que trace ici Anne Pénicaud. Cet approfondissement d'un passage de l'Épître aux Philippiens, situé au carrefour entre analyse biblique, recherche universitaire et pratique ecclésiale, permet de goûter la saveur d'une lecture qui s'emploie à réactualiser la parole du texte. Un parcours de la méthode accompagne l'analyse et en expose les repères historiques. En amont, une interrogation traverse le livre : l'impact du texte paulinien sur des lecteurs contemporains, ses conditions et ses enjeux.

  • Les personnages secondaires de la Bible ne retiennent guère l'attention. Ils semblent n'être là que pour remplir un rôle de figurant, peupler l'environnement, souligner par leur caractère mineur l'importance des acteurs principaux. Et pourtant, leurs brèves apparitions constituent des rencontres décisives.
    Melchisédeq, la prophétesse Anne, la veuve du temple, Yishwa (Jésus), fils d'Asher. : avec Philippe Lefebvre, nous apprenons à nous arrêter sur ces silhouettes qui ne font que passer, dont le nom n'apparaît qu'une fois et qui n'ont pour elles que deux ou trois versets dans l'Ancien ou le Nouveau Testament. Car ces personnages, en fait, sont chaque fois au centre d'un immense complexe de significations qui courent vers eux et qui repartent d'eux, qui sont récapitulées et renouvelées dans leurs paroles ou gestes inouïs qui cristallisent des pans entiers d'histoire et montrent, en un instant, l'essentiel.
    Ce qui n'a l'air de rien dans ce monde, comme le dit Paul au début de la première épître aux Corinthiens, voilà ce que Dieu a choisi pour se manifester : cette exégèse innovante, qui se lit comme un roman contemporain, représente aussi une belle leçon de vie.

  • Romains 1, 18-32

    Collectif

    La seconde partie du chapitre I de l'épître de Paul aux Romains (1, 18-32) est d'une grande richesse. L'Apôtre blâme les païens qui refusent de reconnaître Dieu, malgré toutes les preuves qui rendent son existence manifeste, à commencer par la grandeur de la création. Au lieu de cela, ils honorent des images représentant des hommes ou des animaux. Mais cette attitude contient en elle-même sa propre punition, puisqu'ils sont livrés à des passions déshonorantes, dont Paul dresse la liste et parmi lesquelles l'inconduite sexuelle a une place particulière. Étudié dans sa perspective propre et situé dans la logique interprétative de l'épître, ce texte est d'abord replacé dans son contexte historique et lu à la lumière des sources juives. Comme toujours dans cette série, quelques étapes de l'histoire de son exégèse sont examinées : les Pères grecs et latins, les commentateurs du Moyen Âge chrétien occidental et deux auteurs majeurs du XVIe siècle, Martin Luther et Jean Calvin. L'exégèse se confronte aux problèmes théologiques que pose la péricope : quelle peut être une connaissance de Dieu qui ne se fonde pas sur la Révélation ? du reste, est-il possible de connaître Dieu par la contemplation de la nature ? quelle est la relation de cause à effet entre le refus de reconnaître l'existence de Dieu et les péchés attribués aux Gentils ? Les exégètes s'interrogent aussi sur le péché « contre nature ». On a de la sorte une série de commentaires d'une grande densité et d'un intérêt permanent, y compris dans les débats qui agitent nos sociétés.

    Ce volume est issu de la quinzième des « Journées bibliques » organisées par le Laboratoire d'Études des monothéismes/Institut d'études augustiniennes, UMR 8584 (CNRS-EPHE Sciences religieuses-PSL-Sorbonne Université) et l'EA 4378, Faculté de théologie protestante (Université de Strasbourg).

    Ont participé à cet ouvrage : Matthieu Arnold, José Costa, Gilbert Dahan, Martine Dulaey, Christian Grappe, Annie Noblesse-Rocher.

  • Aucun autre livre biblique ne donne autant la parole au « je » que les Psaumes. Ce « je » psalmique a manifestement quelque chose à dire. Et le livre des Psaumes, de ce fait, a quelque chose à dire au sujet du « je ». Entre le Dieu un que retiennent les Pères de l'Église et l'homme divisé que soulignent les exégètes modernes, il s'agit de retrouver le sujet qui, par sa parole de louange et de lamentation, se reconfigure dans le temps long de son itinéraire spirituel et qui appelle, en résonnance, le « je » du lecteur.
    Une lecture plurielle.

  • Le lecteur du livre des Juges s'aperçoit vite que chaque récit doit être lu en étant attentif d'une part à la tradition qui le porte et d'autre part à la rédaction.
    Cette dernière intègre volontiers aux souvenirs du passé des motifs de légende et fait des emprunts au folklore universel mésopotamien ou grec. Mais ce n'est pas tout et, au fil d'une analyse des principaux récits qui constituent ce livre biblique, Philippe Abadie trouve dans le présent des rédacteurs bibliques la clé de leur reconstruction du passé israélite et il voit dans ce travail d'écriture un lieu d'interrogation sur l'avenir.
    Pour rendre plus sensible le va-et-vient entre l'histoire et l'interrogation politico-religieuse, l'auteur a choisi de centrer sa lecture sur " des héros peu ordinaires ". En particulier, il souligne l'importance de l'opposition au coeur de l'ouvrage entre le " juge " Gédéon (Jg 6-8) et le " roi " Abimélek (Jg 9). Il donne une traduction littérale et structurée qui permettra à chacun d'opérer sa propre lecture de l'oeuvre et sans doute de découvrir un livre dont la clé ultime est moins de raconter le lointain passé d'Israël - une " période des Juges " antérieure à l'avènement de la royauté - que de s'interroger sur la nature du pouvoir lui-même.

  • Merveilleux maître de lecture et semeur de parole, Jean Delorme s'est intéressé toute sa vie à l'évangile selon Marc. L'exégète et sémioticien de renom fait une lecture suivie de l'ensemble de cet évangile. Attentive aux moindres détails, cette lecture en construit la signification en un ensemble cohérent. Au-delà de la simple audition d'un message, fût-il " bonne nouvelle ", le lecteur est engagé dans un exigeant parcours d'initiation à l'heureuse annonce du règne de Dieu. Dans l'entrelacement du récit mémorial des événements passés et de la parole interprétante, le lecteur de l'évangile de Marc est ainsi conduit sur la voie de l'écoute de cet Autre qui, en le touchant profondément dans son humanité, transformera sa vie et son rapport aux autres.

  • " Lisons l'évangile de Matthieu.
    - Bien, ouvre la Genèse ! - Mais je pensais à Matthieu. - Oui, ouvrons alors l'Exode, Jonas, Ruth surtout, Isaïe. " C'est que l'évangile n'offre pas une " Vie de Jésus ". Ses gestes, ses paroles, son destin unique, tout ce qui est de lui, est comme naturalisé dans l'ambre de la Parole de Dieu, soit des Ecritures d'Israël. Mais ce n'est pas la cinquantaine de citations explicites de tel prophète qui opère cette transfiguration.
    C'est l'emprise continue des Ecritures d'Israël sur la diction de Matthieu, l'embargo sans éclipse de la Loi et des Prophètes jusque dans le style, la totale invasion de la Parole de YHWH, qui annoncent que Jésus est le Fils de Dieu ; qu'il ne sera pas le roi selon les Nations, le cauchemar de la Torah et des Prophètes. Celui qui a l'Onction (le Messie, ou Christ) n'est pas un héros, un humaniste aux accents exotiques, le frère universel - soit un baal qui remplace Dieu.
    Cet essai, tel un midrach passionné, reloge sur le fond d'or (et rouge sang) des Ecritures d'Israël le texte si connu de l'évangile, trop tiré en Histoire, en psychologie, en morale. Il tente de laisser à Israël le Fils d'Israël, un Fils de Dieu qui ne cache pas Dieu à force de fraternité avec l'homme

  • Après l'épisode apparemment scandaleux de « la soeur-épouse », voici un autre texte biblique étonnant : la parabole des talents (Mt 25, 14-30) ou des mines (Lc 19, 12-27). Lu dans le contexte de trouble économique qui est le nôtre, il peut surprendre ! L'homme aux cinq talents serait-il un trader qui a réussi ?

    Selon le principe des « Journées bibliques », cinq éclairages sont apportés : l'interprétation de la parabole dans le « De centesima » du Pseudo-Cyprien de Carthage ; son exégèse au moyen âge, c'est-à-dire à un moment où la réflexion sur l'argent connaît un renouveau important ; sa place chez Martin Luther et Jean Calvin, encore à une période de remise en question des structures économiques ; l'interprétation que donne un exégète catholique d'une grande importance au début du XVIIe siècle, Cornelius a Lapide , et enfin un regard sur l'exégèse contemporaine, après le renouvellement apporté à l'étude des paraboles par Jülicher, Dodd et Jeremias. Une note lexicographique sur le mot même de « talents » et son évolution, et une note sur le rapport entre parabole et « mashal » viennent compléter ces cinq points de vue.

    Ce volume est issu de la deuxième des « Journées bibliques », organisées par le Laboratoire d'études des monothéismes/Institut d'études augustiniennes (CNRS-EPHE Sciences religieuses-Paris IV) et le Groupe de recherches sur les non-conformistes religieux des XVIe et XVIIe siècles et l'histoire des protestantisme (GRENEP, Faculté de théologie protestante de l'université de Strasbourg).

  • Longtemps, l'archéologie fut biblique, c'est-à-dire au service de la vérité du texte.
    En témoignent nombre d'ouvrages grand public dont le but avoué est d'accréditer que " la Bible a dit vrai ". Or aujourd'hui, l'archéologie est redevenue une science pleinement autonome, sans souci apologétique, simplement étude scrupuleuse de données matérielles. Dès lors, elle élabore un discours parallèle, souvent divergent de celui que construit le récit biblique quand il écrit l'histoire d'Israël.
    Historiens, archéologues et biblistes se trouvent donc clairement confrontés à une question cruciale : quelle est la nature du récit biblique et son rapport à la vérité ? Philippe Abadie entre dans le débat en étudiant un certain nombre de points d'histoire en discussion aujourd'hui : les origines du peuple d'Israël, la conquête du territoire ou l'existence d'un grand royaume unifié par David et Salomon...
    Ce faisant, il cherche à établir un juste rapport à l'archéologie et à élargir ce qu'on entend généralement par " vérité historique ". " Utiliser le récit biblique comme "document premier", indépendamment d'une saine critique littéraire, s'avère illusoire. Comme le serait aussi la mise entre parenthèses du récit au profit des seules sources externes. A la question posée : la Bible est-elle un livre d'histoire ? la réponse est forcément nuancée : la Bible est un livre dans l'histoire.
    " Et le lecteur de la Bible est invité à distinguer toujours l'intentionnalité historienne des auteurs bibliques dans leurs grandes synthèses théologico-littéraires et la quête moderne d'historicité.

  • Les contributions rassemblées dans cet ouvrage proviennent du 65e congrès annuel de l'Association catholique des études bibliques au Canada (ACEBAC), entièrement consacré à des écrits « en marge du canon ». Ce volume propose deux survols de ce que Jean-Claude Picard appelait le « continent apocryphe » et sept excursions dans certaines de ses régions. On y traite du rapport des écrits apocryphes avec les écrits canoniques, des diverses manières de sélectionner et de grouper ces écrits, des apocryphes historiographiques, des oracles sibyllins, des évangiles apocryphes, de l'Évangile selon Thomas, de l'Apocalypse syriaque de Daniel, de l'Évangile de judas et des livres d'Hénoch. Par la diversité de ses angles d'approche, cet ouvrage représente un échantillon des questions qu'il reste à poser à ces écrits « en marge du canon ». -- The contributions assembled in this book come from the 65th annual congress of the Catholic Bible Association of Canada (CBAC), entirely devoted to writings 'outside the canon'. This volume offers two short overviews of what Jean-Claude Picard called the 'apocryphal continent' and seven excursions into certain of its regions. It examines the rapports between the apocryphal and canonical writings, the different ways one can select and group these writings, historiographic Apocrypha, sibylline oracles, apocryphal gospels, the Gospel According to St. Thomas, the Syriac Apocalypse of Daniel, the Gospel of Judas and the Book of Enoch. By virtue of its varying angles of approach, this book provides a sample of the questions that remain to be asked about these writings 'outside the canon'.

  • La gloire, k¯abôd en hébreu, est un terme très fréquent dans la Bible, qu'il s'applique à Dieu ou à l'homme. Pourtant son usage, son étymologie, ses dérivations lexicologiques et sémantiques, n'avaient pas jusqu'ici fait l'objet d'études approfondies et systématiques. Giovanna Maria Porrino se livre à ce travail avec finesse et érudition, montrant quel double sens de « pesanteur » et d'« aura » revêt ce mot crucial, qui fut traduit en doxa dans le texte grec. À quel jeu d'opposition aussi se livrent les rédacteurs inspirés de l'Ancien Testament, et notamment des livres de la Genèse, de l'Exode, des Proverbes et des Psaumes sur lesquels elle se concentre, qui montrent que ce qui fait choir Pharaon est ce qui glorifie Dieu, comme pour une annonce générale du Messie souffrant et humilié à venir.
    Cette vaste étude qui suit autant les commentaires de saint Augustin que ceux de Rachi éclaire d'un jour nouveau le Dieu vétéro-testamentaire et les hommes de foi à qui il communique par participation sa gloire.
    Giovanna Maria Porrino a étudié à Bratislava et à Fribourg. Membre de la communauté des Focolari, suivant une intuition de la fondatrice Chiara Lubich, elle a travaillé sur la notion de Gloire dans l'Ancien Testament.

  • Le livre des Actes des Apôtres est lu avec nostalgie par tous les réformateurs comme l'histoire édifiante de l'Église primitive, et surtout le journal exaltant des voyages de Paul, le plus grand missionnaire. Mais son but est peut-être initialement autre Entre le témoignage du sang et celui de la mission, les Actes montrent la difficulté de l'Evangile. Autant qu'une histoire des origines, le livre tisse une prophétie destinée à réformer les communautés déjà déviées. Ces dernières, négligeant la Passion, célébraient la liberté qu'avait ouverte la Résurrection ; elles tendaient à faire des Nations un nouveau peuple élu en rejetant l'héritage d'Israël, avec un penchant pour les signes et le culte des personnalités, dont celle de Paul, précisément. Les Actes des Apôtres pourraient bien être moins une histoire qu'un montage à base d'histoire pour démystifier'l'image de Paul - non pas Paul, mais ce qu'on en faisait, c'est-à-dire le champion d'une volonté de puissance. L'auteur rappelle que la première moitié des Actes insiste lourdement sur la Passion et, avec: Étienne, sur le martyre comme mission de l'Église, sur le centre inaliénable de Jérusalem, c'est-à-dire Israël, sur le rôle de Pierre, premier messager de l'Evangile aux Nations, avec le Romain Cornélius. La seconde partie des Actes raconte les voyages de Paul, mais de telle sorte que l'inflation, l'inutilité et l'erreur y sont mêlées. Le fameux appel à César était quasi blasphématoire et inutile, Paul pouvant prendre le bateau de n'importe où et n'importe quand. Et pourquoi Rome, alors que la Pentecôte prévoyait aussi la Perse ? Tout à la fin du livre, Paul, enfin vrai, immobile, enchaîné à Rome, parle enfin du royaume de Dieu et délivre le message du Serviteur, annoncé par le Baptiste et Jésus.

  • Comment Jésus parle-t-il de Dieu ? Quelle est l'image de Dieu qui se dégage de sa prédication ? Dans quelle mesure cette image est-elle fidèle à celle que nous livrent l'Ancien Testament et le judaïsme ancien ?
    Pour tenter de répondre, au moins indirectement, à ces questions, il faut examiner de près les vestiges de la prédication de Jésus, les dits et les paraboles.
    L'auteur mène cet examen en utilisant les méthodes de la critique littéraire et historique. Dans la première partie, il présente le dossier et montre comment la perception de Dieu comme fidèle et sûr commande en profondeur la prédication de Jésus.
    La deuxième partie, consacrée au thème de la paternité divine, est sans doute la plus importante de l'ouvrage. Jésus n'a pas innové en désignant Dieu comme le Père, mais il privilégie délibérément le nom du Père et, pour lui, la paternité se manifeste moins dans l'autorité que dans la radicale bonté.
    La manière simple et directe de parler de Dieu qui caractérise Jésus culmine dans l'emploi de Abba, terme qui traduit l'étonnante proximité du Dieu de Jésus.
    L'étude détaillée du précepte de l'amour des ennemis et de la parabole des ouvriers de la vigne, objet de la troisième partie, fait ressortir que Jésus a mis délibérément en relief le paradoxe de l'amour privilégié de Dieu pour ceux qui ont le plus besoin de lui et qui, selon les normes reçues, en sont le plus loin.
    Jésus se fait ainsi le prophète d'un Dieu différent, qui déjoue les attentes et déconcerte.

  • Vigoureux appel à l'unité entre juifs et gentils comme condition à la mission chrétienne, la « Lettre aux Romains » de Paul est à même de fonder de nouvelles relations entre juifs et chrétiens. L'analyse exégétique de l'ensemble de la « Lettre aux Romains » permet à l'auteur de montrer que pour Paul, apôtre des gentils, Israël a toujours un rôle clef.

    Paul a-t-il été cependant entendu dans l'histoire ? Le rapport à la tradition pesant d'un grand poids dans le dialogue judéo-chrétien, M.-H. Robert explore la réception diversifiée de Rm 9-11 au fil des siècles et dans différents contextes confessionnels. Entre ignorance envers Israël, déni, refoulement, intérêt, bienveillance, débats, engouements, la gamme est large.

    Au XXe siècle, les Églises ont promu un nouveau regard sur Israël, mais dans les discours et les priorités, la mission se passe du rapport à Israël. Pourtant, bénéficiant de l'appel sans repentance de Dieu (Rm 11,29), Israël a une mission particulière dans le monde, que l'Église rejoint, dans le cadre d'une mission commune, par sa propre mission. Fruit d'une thèse novatrice, le livre ouvre des perspectives très stimulantes pour la missiologie.

  • Cette lecture suivie et intégrale du livre de l'Apocalypse croise analyse textuelle et intégration d'axes méthodologiques interdisciplinaires : exégèse, sémiotique biblique, ouverture sur la psychanalyse. C'est à la sémiotique biblique qu'elle doit d'approcher de manière renouvelée le type d'écriture propre à l'Apocalypse.

    Résistant à toute logique rationnelle comme à toute interprétation extérieure aux parcours figuratifs de son propre tissage textuel, l'oeuvre de Jean de Patmos donne à son lecteur d'éprouver le souffle et le dynamisme évangéliques qui l'habitent et la structurent. Comme son nom déjà l'indique - « apocalypse » ne signifie pas malheur ou « catastrophe », mais « dévoilement », « révélation » -, le livre de l'Apocalypse sert le dévoilement du propos créateur de Dieu. Sa Parole, attestée et révélée en Jésus Christ, s'y expérimente comme « bonheur de lire », pour une alliance de vie et de libération. À bon entendeur de garder, pour sa joie, l'heureuse annonce du règne d'un Dieu qui, en Jésus Christ, se révèle vainqueur des idéologies idolâtres et des pratiques injustes portées par une humanité sous l'emprise des puissances du mal et de la mort.

  • Le Deutéro-Isaïe (Is 40-55) présente une collection d'oracles qui ridiculisent le culte des idoles et la représentation humaine des divinités anciennes. Cette polémique contre l'idolâtrie est ici étudiée à la lumière d'un document qui lui est contemporain, le Cylindre de Cyrus, déclaration officielle du grand roi alors même qu'il incorpore la Babylonie à l'empire perse et restaure le culte officiel de Marduk. L'auteur explore cette époque, l'importance des statues et des rites ; elle expose la crise des cultes idolâtriques sous le règne de Nabonide, le dernier roi babylonien, et la réponse qu'y apporte Cyrus, allié au clergé de Marduk. Elle peut ainsi dégager l'originalité du message du Deutéro-Isaïe et la critique subtile qu'il élabore à l'égard même de son modèle. Le Deutéro-Isaïe se met au service d'un yahwisme royal, exclusif et universel et de son prophétisme. Et alors qu'il stigmatise les images divines, il ouvre la voie au mystère de l'Incarnation en redéfinissant la seule image de Dieu possible. Le grand intérêt de ce livre réside dans la démarche de l'auteur qui étudie comment l'Ancien Testament fait usage de sources, de thèmes, de motifs littéraires et de théologies étrangères : comment le judaïsme naissant a formé son identité en relation et en opposition à ces sources. Le glossaire sera de grande utilité pour voyager dans les littératures du Proche-Orient ancien.

  • Dans cette étude biblique tourbillonnante d'érudition, le frère Albert-Marie Crignon aborde un thème d'une extraordinaire contemporanéité : la filiation. « Qui es-tu, mon fils ? », c'est en effet la troublante question que pose Isaac à Jacob, en le prenant pour Ésaü. Ainsi, à travers cette véritable enquête d'un passage fameux de la Genèse (l'histoire de Jacob et de sa famille), c'est tous les rapports de père à fils dans la Bible qui sont décryptés. Sans jamais s'éloigner du sens littéral, l'auteur, en bon exégète, donne vie à ces si beaux récits de l'Ancien Testament, qui sont lus comme des prophéties annonçant l'avènement d'un Fils en qui tous sont sauvés, le Christ. Derrière une histoire de famille peu catholique - Jacob épouse Rachel et sa soeur, et il est également le père des enfants de leurs servantes -, c'est notre condition de fils et de fille, et notre rapport au Père des Cieux, que nous sommes invités à interroger. Et à réinvestir.

  • Le Dieu qui juge : voilà un sujet de la théologie biblique qui n'est pas sans poser problème ! Le jugement est-il l'expression de la violence de Dieu ou d'un esprit vindicatif ? S'y manifeste-t-il une image choquante de Dieu, en particulier à une époque qui, à raison, se montre sensible à toute sorte de violence légitimée par des motifs religieux ? Les auteurs de ce volume, amis et collègues de Raymond Kuntzmann, professeur d'Ancien Testament à l'université Marc-Bloch de Strasbourg, ont abordé ce thème du jugement afin de faire apparaître la multitude d'aspects que revêt ce terme trop général.
    D'où le besoin d'examiner à frais nouveaux tout un ensemble de textes pour replacer le jugement dans tous ses contextes, tant historiques que théologiques. A y regarder ainsi de plus près, il résulte que l'idée de jugement est étroitement liée à celles de droit et de justice, valeurs dont Dieu s'avère être le garant ultime, et à celles de miséricorde et de salut. Et l'on suivra ici ses transformations remarquables au fil de l'évolution de la théologie biblique.
    Le présent volume, qui est consacré aux textes de l'Ancien Testament, est complété par un autre portant sur les textes du Nouveau Testament.

  • La religion, avant d'être une éthique, est d'abord une célébration. C'est à la prière collective d'Israël qu'est consacré, au sein du Pentateuque et comme une part insécable de la Torah, le livre du Lévitique. Un livre mystérieux, peu lu, difficile, dans lequel Moïse, après les avoir appris de Dieu, codifie, dans leurs moindres détails, rites, sacrifices, paroles et gestes de supplication ou d'offrande.
    Or, plus qu'un catalogue de rubriques à observer, le Lévitique offre une profonde réflexion théologique sur la liturgie. Cette manifestation hiératique du divin auprès du peuple de Dieu rassemblé est analysée avec brio par Walter Vogels qui guide le lecteur à travers les subtilités de ce livre clé. Car, derrière toutes les complexités, les précautions et les avertissements qui y sont présentés de manière volontairement redondante afin d'en redoubler la solennité, s'annonce la révélation qui éclatera dans l'Évangile : Dieu se laisse approcher par l'homme, jusqu'à pouvoir le toucher.
    Une relecture puissante de ces pages essentielles de l'Ancien Testament dans lesquelles Dieu vient à la rencontre de ceux qu'il a choisis et qui l'ont choisi.

  • De nombreux écrits du Nouveau Testament contiennent des pièces à caractère hymnique. Celles-ci sont cantique, prière, louange, confession ou éloge, utilisent le langage de la poésie, décentrent le propos et constituent un temps fort du récit ou de l'argumentation.

    Pourquoi avoir occasionnellement opté pour le potentiel esthétique du rythme et des images ? Quelle relation ces matériaux singuliers entretiennent-ils avec leur contexte narratif ou discursif ? C'est à ces deux principales questions que les contributeurs à cette recherche collective ont tenté de répondre.

    L'idée selon laquelle ces échantillons de poésie ou de prose relevée ne seraient que des pièces rapportées semble devoir être corrigée. Quelle que soit la forme sous laquelle ils se présentent, du cantique à l'éloge, il apparaît nettement que les hymnes enchâssés dans un récit ou une argumentation sont investis de fonctions précises et variées. L'enquête a été menée sur les principaux textes concernés du Nouveau Testament et a été élargie à des exemples choisis de l'Ancien Testament et de la littérature connexe.

empty