Denoel

  • Que fait-on quand on regarde une peinture ? À quoi pense-t-on ? Qu'imagine-t-on ? Comment dire, comment se dire à soi-même ce que l'on voit ou devine ? Et comment l'historien d'art peut-il interpréter sérieusement ce qu'il voit un peu, beaucoup, pasionnément ou pas du tout ?
    En six courtes fictions narratives qui se présentent comme autant d'enquêtes sur des évidences du visible, de Velázquez à Titien, de Bruegel à Tintoret, Daniel Arasse propose des aventures du regard. Un seul point commun entre les tableaux envisagés : la peinture y révèle sa puissance en nous éblouissant, en démontrant que nous ne voyons rien de ce qu'elle nous montre. On n'y voit rien ! Mais ce rien, ce n'est pas rien.
    Écrit par un des historiens d'art les plus brillants d'aujourd'hui, ce livre adopte un ton vif, libre et drôle pour aborder le savoir sans fin que la peinture nous délivre à travers les siècles.

  • Avec l'enthousiasme, l'audace et l'érudition qu'on lui connaît, Daniel Axasse nous invite à une traversée de l'histoire de la peinture sur six siècles, depuis l'invention de la perspective jusqu'à la disparition de la figure.
    Evoquant les grandes problématiques (la perspective, l'Annonciation, le statut du détail, les heurs et malheurs de l'anachronisme, la restauration et les conditions de visibilité de l'exposition), mais aussi des peintres ou des tableaux précis, il fait revivre avec intelligence et ferveur plusieurs moments clés, comme Léonard de Vinci et Michel Ange, le maniérisme, ou encore Vermeer, Ingres, Manet.
    Son analyse se nourrit constamment d'exemples concrets (La Madone Sixtine de Raphaël, La Joconde, la Chambre des époux de Mantegna, Le Verrou de Fragonard...) dans un ensemble qui s'achève par certains aspects de l'art contemporain. Daniel Arasse inspire ainsi le goût de voir ou de revoir de grands moments de peinture, dont il propose une lecture subtile et ouverte. Par l'effet du don et de la générosité, la voix suscite le désir de voir et revoir mieux, elle nous surprend, nous réveille et nous entraîne dans un véritable enchantement de l'intelligence qui n'est jamais dépourvu d'humour.
    Ce livre est la transcription des vingt-cinq émissions proposées par l'auteur sur France Culture pendant l'été 2003.

  • Peut-on raconter autrement l'histoire de la guerre d'Algérie ? L'ambition de ce livre est de rapporter, en se fondant sur toutes les sources possibles et en particulier sur des documents inédits ou difficilement accessibles, un récit, lisible par tous, de cette guerre telle qu'elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les combattants indépendantistes. Tous les aspects du conflit prennent alors un tour totalement différent.
    La lecture du premier tome de cette histoire de ce qu'on appelle du côté algérien la guerre de Libération ou la Révolution a permis de constater à quel point il s'agit là d'un regard neuf. Ce second volume, qui s'ouvre avec l'assassinat d'Abane Ramdane par les autres chefs du FLN, au lendemain de la bataille d'Alger, et va jusqu'à l'indépendance avec les implacables luttes pour le pouvoir qu'elle entraîne, le confirme. Le temps de la politique et des négociations en vue de mettre un terme au conflit, quand l'aspect militaire du combat deviendra peu à peu moins essentiel, sera en effet aussi celui de profonds bouleversements, ignorés du côté français, au sein du FLN et, notamment aux frontières de l'Algérie, de l'ALN. Les difficultés liées à la poursuite des opérations militaires s'accroissent et les dirigeants s'opposent sur les meilleurs moyens de conquérir une véritable indépendance et préparer l'avenir du pays, que certains d'entre eux en viennent à confondre avec leur avenir personnel. Des événements et des affrontements dont les conséquences se font sentir jusqu'à aujourd'hui.

  • Peut-on raconter autrement l'histoire de la guerre d'Algérie ? L'ambition de ce livre : rapporter, à partir de toutes les sources possibles, un récit, lisible par tous, de cette guerre telle qu'elle a été vue, vécue et relatée par les Algériens, et en premier lieu par les militants et combattants indépendantistes. Comme l'aurait fait, en historien, un hypothétique envoyé spécial français de l'autre côté de la "ligne de front" pendant le conflit. Ce changement de perspective permet de jeter un regard neuf sur ce qu'on appelle généralement, du côté algérien, la guerre d'indépendance, la guerre de libération nationale ou la Révolution. Qu'il s'agisse des dates essentielles, du nombre des victimes, du déroulement des batailles, du comportement des populations civiles, des rapports entre Européens et Algériens, de l'utilisation de la violence ou de la torture, des objectifs de la lutte ou, bien sûr, des "héros", tous les aspects du conflit, et notamment les plus tragiques, prennent un tour totalement différent, et très instructif, dès qu'on les considère à partir de ce seul point de vue. Ce qui permet aussi d'éclairer d'un jour nouveau le destin contemporain de l'Algérie.

  • Rejet du «réel» au profit du «virtuel», banalisation de la violence, perte de légitimité des figures de l'autorité, montée des diverses toxicomanies, attitudes inédites face à la procréation comme face à la mort, nouvelles formes de libertinage, difficultés d'une jeunesse sans perspectives, multiplication spectaculaire des états dépressifs... la liste est longue des changements récents qui témoignent d'une évolution radicale des comportements des individus et de la vie en société. Et qui provoquent une véritable crise des repères suscitant le désarroi des humains, à commencer par ceux qui font profession d'éduquer, de soigner ou de gouverner leurs semblables. C'est à une véritable mutation à la fois de la subjectivité et de l'existence collective que nous assistons aujourd'hui, où l'on voit apparaître ce que l'on peut déjà appeler, avec Charles Melman, «la nouvelle économie psychique». Son moteur n'est plus le désir mais la jouissance. L'homme du début du XXIe siècle est sans boussole, sans lest, affranchi du refoulement, moins citoyen que consommateur, un «homme sans gravité», produit d'une société libérale aujourd'hui triomphante, qui semble n'avoir plus le choix : il est en quelque sorte sommé de jouir.

  • Après avoir surmonté en un siècle différents séismes dévastateurs - le nazisme et le stalinisme au premier rang -, la civilisation occidentale est aujourd'hui emportée par le néolibéralisme.
    Entraînant avec elle le reste du monde. Il en résulte une crise générale d'une nature inédite : politique, économique, écologique, morale. subjective, esthétique, intellectuelle... Une nouvelle impasse ? Il n'y a là nulle fatalité. En philosophe, mais dans un langage accessible à tous, Dany-Robert Dufour s'interroge sur les moyens de résister au dernier totalitarisme en date. Une fois déjà, lors de la Renaissance, la civilisation occidentale a su se dépasser en mobilisant ses deux grands récits fondateurs : le monothéisme venu de Jérusalem et le Logos et la raison philosophique venus d'Athènes.
    /> Pour sortir de la crise, il convient aujourd'hui de reprendre cet élan humaniste. Ce qui implique de dépoussiérer, réactualiser et laïciser ces grands récits. L'auteur propose donc de faire advenir un individu qui, rejetant les comportements grégaires sans pour autant adopter une attitude égoïste, deviendrait enfin "sympathique" c'est-à-dire libre et ouvert à l'autre. Une utopie de plus ? Plutôt une façon souhaitable mais aussi réalisable, face à la crise actuelle, de se diriger vers une nouvelle Renaissance, qui tiendrait les promesses oubliées de la première.

  • Un homme illustre bien mieux qu'Adolf Eichmann la thèse de Hannah Arendt sur la banalité du mal : Franz Stangl, commandant du camp de Treblinka, où furent gazés près de neuf cent mille Juifs. C'est sans grands états d'âme que ce policier autrichien à l'échine souple est devenu, au bout du compte, celui qu'Himmler appelait " notre meilleur Kommandant ". A la fin de la guerre, Stangl échappe à la justice et, grâce à la filière vaticane, trouve refuge au Brésil avec sa famille. Débusqué par Simon Wiesenthal, extradé vers l'Allemagne, il y sera jugé en 1970 et condamné à la prison à vie. Alors qu'il attendait son verdict en appel, il accorda une série d'entretiens à la journaliste Gitta Sereny. Le résultat est ce livre unique. Trente-trois ans après sa parution, Au fond des ténèbres reste un document hors du commun : sans jamais céder à la facilité ou au sensationnalisme, Gitta Sereny nous fait pénétrer dans l'esprit d'un des plus grands meurtriers de masse de l'histoire de l'humanité.

  • Avez-vous peur de mourir dans votre sommeil, enseveli sous l'écroulement de votre bibliothèque ? L'accumulation de livres ce met-elle pas en danger l'existence même de votre famille ? Classez-vous les volumes par thème, langue, auteur, date de parution, format, ou selon un autre critère de vous seul connu ? Peut-on faire voisiner sur une étagère deux auteurs irrémédiablement brouillés dans la vie ? Autant de graves questions se posant à cette espèce en voie de disparition : les bibliomanes, qui, outre la passion de posséder les livres, ont celle de les lire.

  • Si tu veux être heureux une heure, bois un verre de vin.
    Si tu veux être heureux une journée, marie-toi.
    Si tu veux être heureux toute ta vie, deviens jardinier.
    Proverbe chinois.

    La Sagesse des jardins est un ouvrage sur l'histoire érudite et pourtant accessible de la pensée humaine à travers l'une de ses plus anciennes créations esthétiques : les jardins. De l'Antiquité à aujourd'hui - en passant par le Moyen Âge, la Renaissance, le siècle des Lumières, le xx e siècle, l'exploitation politique des jardins par le collectif Green Guerrilla dans le New York de Rudy Giuliani -, les hommes n'ont jamais cessé de construire des jardins. En voyageant à travers ces époques et leurs jardins respectifs, une question ne cesse de hanter Santiago Beruete et donne son unité à cet immense tour d'horizon : pourquoi les hommes ont-ils toujours ressenti le besoin de métamorphoser des terres vierges en des créations conçues pour plier la nature à des représentations mentales ?
    Cet ouvrage passionnant nous dévoile les jardins dans leur rôle de constructions matérielles et spirituelles, à la fois symboles d'harmonie, oeuvres d'art et Arcadies miniatures qui renferment notre nostalgie du passé. Mais, plus important encore, les jardins sont des reflets limpides des inquiétudes et des préoccupations philosophiques de leur époque.

  • "J'ai écrit ce livre de sang et de larmes avec mon sang et mes larmes", explique l'auteur de cette extraordinaire chronique clandestine de la tragédie des Juifs de Roumanie, une oeuvre unique, élaborée au coeur même de la tourmente. En cela, ce monument littéraire, pour la première fois traduit en français, occupe une place de premier plan dans ce qu'on a appelé "la bibliothèque de la Catastrophe". Soixante ans après sa parution à Bucarest, entre 1946 et 1948, Cartea Neagra demeure de fait la principale source d'information sur l'extermination sauvage, par l'armée et la gendarmerie roumaines, de plus de 350000 Juifs roumains et ukrainiens. Mis à l'index par le régime communiste, il tombera ensuite dans l'oubli. D'un intérêt historique comparable au Livre noir sur l'extermination des Juifs en URSS et en Pologne (1941-1945) de Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg, celui de Matatias Carp se distingue par les conditions extrêmement périlleuses dans lesquelles il a été écrit. Ce jeune avocat juif de Bucarest doublé d'un pianiste de grand talent prend en effet la mesure, dès 1940, de la menace qui pèse sur le judaïsme européen. Il se lance alors, au péril de sa vie et avec sa femme pour seule collaboratrice, dans une folle entreprise : enquêter et collecter en temps réel une sorte d'archive première du Génocide. Au fil du récit, le lecteur découvrira un véritable enfer, marqué par la diversité insoupçonnée des méthodes de tuerie : pogroms sanglants, fusillades massives en bordure des villages, Juifs brûlés vifs dans d'immenses porcheries, enfants jetés vivants dans des puits, marches de la mort dantesques, abattage et vente des déportés aux paysans les plus offrants. Ce morceau bouleversant d'histoire immédiate lève le voile sur un chapitre encore mal connu de la Shoah à l'est de l'Europe.

  • Le musée du quai Branly consacré aux civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques a été le grand projet de Jacques Chirac.
    Il devait favoriser le "dialogue des cultures" mais, cinq ans après son ouverture, il semble davantage relever d'un monologue occidental sur les arts primitifs. En cela, il est le révélateur du profond malaise que suscite l'altérité dans une République se prétendant aveugle à la différence. Critique amicale de la part de la plus française des anthropologues américaines, Au musée des illusions commence par le récit, informé aux meilleures sources, de la création du musée.
    Il explique comment un dessein présidentiel servant les intérêts de quelques-uns a mobilisé des années durant les moyens de l'Etat, au gré de mésaventures où le grotesque l'a souvent disputé au désordre. Surtout, Sally Price démontre à quel point les concepteurs du musée ont privilégié le spectaculaire au détriment d'une démarche pédagogique. On a rarement vu un tel écart entre les intentions proclamées et un résultat fait d'illusions voire d'erreurs.
    Mais l'apport essentiel de cet ouvrage est de pointer la singularité du musée du quai Branly par rapport aux établissements du même genre à l'étranger. Exemple parfait du fonctionnement de l'"Etat culturel" à la française, sa conception a d'abord obéi au principe de laïcité dans son sens le plus large. Les peuples et communautés dont sont issus les objets présentés n'ont guère été consultés et le rendez-vous a bel et bien été manqué.
    Bon nombre des questions essentielles auxquelles la France est confrontée aujourd'hui sont donc abordées ici : la place de l'immigration, les fondements de la citoyenneté, la laïcité, le vivre ensemble, l'affaiblissement des autorités politiques... A ce titre, la façade de verre du musée du quai Branly apparaît comme un fragile rempart contre les démons que la société française ne veut pas affronter.

  • Un blocage en mathématiques peut rester le traumatisme d'une vie, en tout cas notre plus mauvais souvenir.
    La peur des maths s'installe, et nous en interdit l'accès. Anne Siety aide depuis de nombreuses années des élèves à surmonter leurs blocages; dans cet essai stimulant, écrit avec humour, elle ouvre, à la lumière de la psychanalyse, des pistes encore inexplorées. Ce livre s'adresse aux déçus des recettes miracles et des travaux forcés pendant les vacances. L'apprentissage des maths demande une maturation personnelle.
    Inutile de se contraindre à un travail répétitif et stérile, mieux vaut s'interroger sur ses difficultés. Les blocages expriment nos angoisses, ils traduisent une vie du corps et des émotions qui, loin de nous rendre étrangers aux mathématiques, peuvent au contraire nous en rapprocher. Travailler les maths c'est travailler sur soi. C'est aussi porter un autre regard sur notre société et notre système scolaire.
    Destiné aux parents, aux enseignants, et à tous ceux qui regrettent de n'y avoir "rien compris", cet essai puise dans l'expérience pédagogique, les études de cas, la littérature et la vie quotidienne, une approche des mathématiques qui n'a plus rien d'austère.


  • comment l'arrivée d'hitler au pouvoir fait d'une jeune sociologue exilée une photographe bientôt mondialement célèbre, c'est ce que gisèle freund nous raconte ici.
    photographe des écrivains, grand reporter, elle s'intéresse avant tout aux individus, aux visages. avec son outil, qui nous apparaît aujourd'hui d'une modernité inégalée, elle devance toujours d'une longueur son époque. des années 30 aux années 60, émaillé d'anecdotes, de paysages, de portraits de célébrités ou d'inconnus, ce texte est l'histoire d'un des regards les plus éveillés du xxe siècle.

  • Découvrez Les anarchistes espagnols (1868-1981), le livre de Edouard Waintrop. L?Espagne du XIXe siècle est un pays encore traditionnel, catholique et peu industrialisé. C?est pourtant là que s?implante l?une des utopies les plus radicales de l?époque moderne : l?anarchisme. Depuis le discours de Fadanelli qui expose les idées de Bakounine à Barcelone en 1860, jusqu?à la fin de la guerre civile espagnole en 1939, ce livre retrace cette aventure inspirée, lumineuse et parfois désespérée. Il raconte le destin de militants illustres ou obscurs, poseurs de bombes ou leaders syndicaux, chefs militaires ou intellectuels. Tous sont portés par le même refus de l?autorité. Bientôt pris au piège entre leur exigence révolutionnaire et les machines totalitaires des années 1930, les anarchistes espagnols finissent broyés dans la guerre civile.
    Dans un ouvrage très complet, extrêmement documenté, puisant à des sources neuves, Édouard Waintrop rend hommage à ce mouvement à la fois légendaire et mal connu.

  • Le désir d'inceste est partout présent dans nos existences. Car il est ce à partir de quoi se construit à l'origine le désir. Mais pour que l'enfant s'humanise, qu'il devienne un véritable sujet, un être de parole, il lui faut renoncer, non pas comme on le dit communément à coucher avec sa mère, mais à la jouissance qu'il partage avec elle. Et à laquelle celle-ci doit également renoncer. Or, de nos jours, l'interdit odipien, impliquant de prendre de la distance avec le premier Autre de l'enfant, avec l'univers maternel, et de ce confronter à la perte, va de moins en moins de soi.
    Car la délégitimation dans notre environnement néolibéral de toutes les figures d'autorité, à commencer par celle du père, rend ces opérations difficiles. D'autant plus difficiles que tout, dans le discours dominant, tend à renforcer l'évolution vers une société qui prône, au nom d'une légitime aspiration à la démocratie, l'égalité sans limite - notamment entre le père et la mère, entre les générations.
    Et la mise en avant du seul individu, sinon d'un éternel enfant-objet. Ce qui conduit à confondre différence et altérité et incite d'autre part à récuser toutes les contraintes, à abolir toutes les limitations à la jouissance. Non sans conséquences, comme le montre par exemple l'apparition de nouvelles pathologies et en particulier l'essor spectaculaire des addictions de toutes sortes. Que faire pour affronter cette crise de l'humanisation qu'a entraînée l'estompement de l'interdit de l'inceste sous toutes ses formes ? Comment, en particulier, restaurer pour chacun la capacité de se déprendre du maternel ? De pouvoir désirer ? Comment éviter que, de plus en plus, le singulier ne l'emporte sur le collectif ? Des questions cruciales, que l'auteur explore cas cliniques à l'appui.

  • À mi-chemin entre le conte philosophique et l'essai, Dany-Robert Dufour poursuit en philosophe son travail de critique du monde contemporain. Et pour mieux s'interroger sur ce qui menace aujourd'hui gravement son avenir, il propose de revisiter toute l'histoire de l'être humain.
    Évoquant l'axolotl, ce poisson mexicain qui nous ressemble, comme le jaguar de la brousse brésilienne ou le loup des contes enfantins, discutant avec Platon, Albert Einstein ou Michael Jackson, se prenant à l'occasion pour Sherlock Holmes, le narrateur écrit dix lettres à sa 'belle amie'. Autant de moments clefs d'un voyage à travers le temps accompli par cette étrange espèce animale qu'on appelle les hommes.
    Cette espèce se caractérise non pas par sa supériorité sur le reste de la création mais par sa forme inachevée, sa faiblesse 'naturelle'. Un 'manque de nature', donc, que seule peut conpenser la culture discours, récits, sciences et techniques qui permet à l'être humain d'agir sur le monde pour mieux l'habiter. En tourt cas qui le permettrait jusqu'ici. Car le rêve des puissants de créer une 'surhumanité' à leur service compromet aujourd'hui la survie de l'espèce.
    Que faire, si nous refusons ce risque d'en finir avec le genre humain, si nous voulons que puisse se poursuivre son aventure si belle et si désespérée? Il n'est pas trop tard pour résister.

  • L'idéal d'émancipation conçu par Marx a abouti partout et toujours à la même catastrophe historique. Suite logique ou trahison ? La vérité est qu'il existe deux sens contraires du mot émancipation : ou elle apporte leurs droits aux hommes tels qu'ils sont : ou elle libère les hommes de ce qu'ils sont. de leur aliénation supposée. en les métamorphosant de fond en comble et de force. A partir de Sur la question juive (1843). Marx oppose " l'émancipation humaine " qu'il prophétise. à " l'émancipation politique " apportée par la Déclaration des droits de l'homme de 1789. qu'il soumet à une critique radicale. Il fait ainsi le procès de la liberté individuelle. de la propriété privée. du commerce. de l'Etat de droit, de la société civile et des Juifs. dans lesquels il voit les agents spécifiques de l'aliénation. Toute la pensée de Marx procédera de cette déclaration de guerre aux Juifs et aux droits de l'homme. Son destin historique était inscrit dans l'idéal même.

  • Pendant quelques mois, dans les années 1935-1936, Ivan Tchistiakov, gardien d'un camp de prisonniers sur le chantier de la voie ferrée Baïkal-Amour, a tenu son journal.
    Publié aujourd'hui pour la première fois, c'est l'un des seuls documents de ce genre à nous être parvenus. Le fonctionnement des camps soviétiques est certes bien connu, grâce à la parole des victimes et aux documents amassés par le système bureaucratique, mais l'image des "hommes aux fusils" est encore floue. Si Ivan Tchistiakov s'est retrouvé à escorter les détenus pendant leur travail, garder le camp itinérant, accompagner les convois et poursuivre les fuyards, ce n'est pas de son propre gré.
    Chaque journée est vouée à un seul désir :
    Sortir par tous les moyens du cauchemar qui l'a happé. Et qu'il ne cesse de décrire : un climat terrible, un logement épouvantable où, la nuit, les cheveux se collent au front à cause du froid, l'impossibilité de se laver, l'absence de nourriture normale, des maladies à répétition. Le dégoût que lui inspire son travail est évident. Dès les premières pages percent des notes de compassion envers ceux qu'il doit garder.

    Il perçoit ce qu'un chef, au camp, ne veut pas savoir. On comprend mieux, à le lire, à quel point les camps soviétiques ont fini par incarner un modèle de société. Les cahiers originaux du journal d'Ivan Tchistiakov se trouvent aux archives de la société Memorial de Moscou, qui, depuis les années 1980, se donne pour tâche de rassembler documents, lettres, témoignages et mémoires liés à l'histoire des répressions politiques en URSS.

  • Alors que les derniers combattants de 14-18 viennent de disparaître, La beauté et la douleur des combats donne à voir ce que fut la Première Guerre mondiale au jour le jour et en renouvelle l'histoire. On y suit en effet vingt individus, tous inconnus ou oubliés, tous au bas de la hiérarchie (fonctionnaire, engagé volontaire, infirmière, écolière, aventurier) mais qui tous ont laissé un témoignage. Alors que la Grande Guerre est devenue synonyme des tranchées du front franco-allemand, la plupart d'entre eux évoluent sur d'autres théâtres, comme le front de l'Est, les Alpes, les Balkans, l'Afrique orientale et la Mésopotamie. Beaucoup sont jeunes, une vingtaine d'années seulement. En dépit de leur diversité, ils sont unis par le fait que la guerre leur vole quelque chose : la jeunesse, les illusions, l'espoir, la foi en l'humanité - la vie. Sur ces vingt, trois vont être tués, deux tomberont en captivité, deux seront fêtés en héros, deux finiront réduits à l'état d'épave. Plusieurs accueillent favorablement la guerre quand elle éclate mais apprennent à la détester ; quelques-uns la détestent dès le premier jour ; l'un d'eux l'aime du début à la fin. Un autre finira littéralement fou et échouera dans un hôpital psychiatrique, un autre encore n'entendra pas tirer un seul coup de feu. Et ainsi de suite dans une perpétuelle oscillation entre une fascination pour l'étrange beauté des combats et une profonde douleur. Si presque tous vont vivre des événements dramatiques et effroyables, Peter Englund met plutôt l'accent sur les caractères, les sentiments, les expériences et les atmosphères. En un tour de force magistral, il parvient ainsi à ramener un événement historique majeur à sa plus petite composante, sa particule élémentaire : l'individu et ce qu'il a vécu.

  • Voici «l'autre psychanalyse», la part féminine, celle que Freud n'a pas pu écrire. En face d'oedipe, il y a Jocaste, sa mère, qui règne sur son fils en l'absence de Laïos, le père tué. Et Jocaste règne toujours, non seulement sur son fils, mais sur sa fille, en l'absence du père qui abandonne avec joie les soins et l'éducation du jeune enfant à sa femme. Soins et éducation qui sont ainsi monosexués alors que les enfants sont de deux sexes. Pour Christiane Olivier, femme et psychanalyse, c'est l'ombre de la mère, ressentie si différemment par le petit garçon et la petite fille, qui explique et nourrit l'antagonisme séculaire entre l'homme et la femme. Dans un style clair et accessible à tous, elle dresse le procès non pas de la maternité, mais du maternage, procès qui peut aussi se lire comme un mode d'emploi de la vie du couple. Elle démontre, avec humour, que la fameuse «envie du pénis» dont souffriraient les femmes pourrait bien n'être que la projection d'une «envie du sein» ou «envie de l'utérus» dont souffriraient les hommes, et que nos hommes politiques ayant parfois résolu leur oedipe n'ont presque jamais résolu «leur Jocaste».

  • Le 10 juillet 1941, quelques semaines après que l'Allemagne a attaqué l'URSS, la quasi-totalité des Juifs de Jedwabne, petite ville de l'est de la Pologne, ont été massacrés par leurs voisins. Alors que la propagande communiste imputait ce massacre aux nazis, on sait désormais grâce aux travaux de Jan T. Gross qu'il a été perpétré par des Polonais. Une remise en cause de l'histoire officielle d'une nation victime qui a suscité en Pologne une violente indignation. Faisant le constat de cette mémoire en friche, Anna Bikont a souhaité partir à la recherche des personnes susceptibles d'apporter un éclairage sur le drame. Rédigé à partir de documents d'archives inédits, d'observations recueillies au cours de nombreux séjours à Jedwabne et, surtout, de conversations avec les acteurs du pogrom (rescapés, témoins et bourreaux), Le Crime et le Silence mêle habilement le retour sur les faits historiques à l'interrogation sur le présent. Cette enquête mémorielle livre un portrait bouleversant d'individus confrontés à des centaines de morts dont nul ne veut se souvenir, décrit leur évolution face aux preuves qui s'accumulent et donne à voir la réaction d'une communauté clouée au pilori pour des faits survenus soixante ans plus tôt. En filigrane, c'est à une réflexion sur la mémoire collective que nous invite Anna Bikont. Qu'arrive-t-il à une société qui refuse d'admettre une vérité susceptible de détruire sa bonne conscience ? Comment accepter son passé, fût-il horrible ?

  • Au-delà de la guerre en Irak, quels sont les motifs secrets de l'administration Bush ? Cette formidable présence militaire au Moyen-Orient est-elle destinée à servir de tremplin à l'hégémonie des Etats-Unis sur le reste du monde ? Quelles sont les racines profondes du conservatisme américain ? Ses moyens, ses buts, sa morale ? Norman Mailer livre ici un texte percutant et sans concession - dans la lignée de son fameux livre publié il y a plus de trente ans, Pourquoi sommes-nous au Viet-Nam ? Mailer pense l'Amérique, pense le monde, au-delà des carcans religieux et de l'émotion qui modèlent les pensées et les actions des uns et des autres.Ces réflexions ont suscité de très vifs débats aux Etats-Unis.

  • « Un acte honteux » : tels sont les mots employés par Mustafa Kemal lui-même, père de la Turquie moderne, pour qualifier le génocide des Arméniens à partir de 1915 (un million de victimes). Pourtant, aujourd'hui encore, les historiens turcs ne peuvent travailler sereinement sur cette question, la contestation de la ligne officielle héritée de la fondation de la République étant passible de poursuites.
    L'exception est très certainement Taner Akçam, historien turc vivant en exil et spécialiste des archives ottomanes. Partant d'une analyse rigoureuse de documents militaires et judiciaires inédits, ainsi que des minutes des débats parlementaires, des correspondances privées et des comptes rendus de témoins oculaires, il clôt définitivement le débat sur la principale question : celle de la responsabilité.
    Akçam montre de manière irréfutable - puisque ce sont les documents ottomans qui parlent - que, loin de n'être qu'une conséquence aussi fâcheuse qu'involontaire de la Première Guerre mondiale, le génocide fut soigneusement planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l'époque, le comité Union et Progrès, plus connu sous le nom de « Jeunes-Turcs ».
    Ce n'est pas le point de vue des victimes mais celui des assassins qui est décortiqué ici. Akçam éclaire par là même les mécanismes psychologiques profonds qui ont poussé les agents de l'Empire ottoman finissant à se transformer en bourreaux avec autant d'aisance. Il montre aussi comment la Turquie a réussi à éluder ses responsabilités en jouant sur les rivalités étrangères dans la région et l'échec à traduire en justice les responsables.
    Sans provocation ni militantisme, à l'heure où se pose la question de l'adhésion à l'Europe, Taner Akçam appelle les Turcs à tourner le dos au discours négationniste officiel et à affronter enfin, sans crainte, la réalité de l'histoire de leur pays.

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