Diaphanes

  • Les entretiens de David Graeber (avec Mehdi Belhaj Kacem, Nika Dubrovsky et Assia Turquier-Zauberman) redéfinissent les contours de ce que pourrait être une morale anarchiste aujourd'hui.
    Tant par ses grands concepts comme ceux de la dette, de la bureaucratie ou des bullshit jobs, que par son implication cruciale dans le mouvement Occupy Wall Street, David Graeber était l'un des plus influents penseurs de notre temps. Au contraire de bien d'intellectuels « engagés », il était l'un des très rares à avoir fait preuve d'une efficacité militante à répercussion mondiale.
    Se revendiquant depuis toujours anarchiste, dans ce livre d'entretiens avec Assia Turquier-Zauberman, Nika Dubrovsky et Mehdi Belhaj Kacem, Graeber parle tant sur l'histoire de l'anarchie que sur sa pertinence contemporaine et sur son avenir; tant sur les liens qui unissent l'anthropologie à l'anarchisme qu'aux « traces ADN » de celui-ci dans le mouvement d'OWS ou dans celui des Gilets jaunes; sur la signification de l'éthique anarchiste non seulement dans sa portée politique, mais esthétique et artistique, sexuelle et amoureuse...
    Avec une verve étonnante de vivacité, de drôlerie et d'érudition, le présent livre contribue à redéfinir les contours de ce que pourrait être, comme le disait Kropotkine, une « morale anarchiste » aujourd'hui.

  • Un hiver de neige

    Peter Kurzeck

    Premier volume de la grande chronique autobiographique et poétique de Peter Kurzeck intitulée Le vieux siècle, Un hiver de neige dessine le portrait d'une ville, Francfort, et plus largement de l'Allemagne et des Allemands au début des années 1980. La porte d'entrée sur un projet littéraire colossal, souvent comparé à ceux de Proust, de Joyce et de Döblin.

    Peter Kurzeck travaillait depuis une quinzaine d'années à un cycle qui devait comporter douze volumes et qu'il avait intitulé Le vieux siècle, quand la mort est venue l'interrompre. Ce texte d'abord conçu comme une préface à un petit livre sur un quartier de Francfort, le quartier de la gare détruit par la spéculation immobilière des années 60 et 70, s'est épaissi à mesure du temps, cherchant à embrasser l'année 1983/1984 et bien au-delà, suivant les méandres du récit et de la mémoire, remontant à l'enfance, la jeunesse, recouvrant le passé, recouvrant la vie. C'est l'entrée dans un monde unique, cohérent, consistant - un univers.
    On le compare souvent à Joyce pour la complexité de ses structures narratives, à Proust pour son fétichisme de la mémoire, ou à Döblin pour ses personnages de petits bourgeois. Mais pourquoi le comparer ? Le nom de Kurzeck se suffit à lui-même...

  • Valentin Husson renverse la hiérarchie traditionnelle entre l'être et l'avoir, réhabilitant ce dernier comme un impératif écologique, pour repenser notre rapport à l'environnement, dans une relecture novatrice de l'histoire de la philosophie.
    On se propose dans ce livre de relire l'Histoire occidentale à partir du problème de l'appropriation. L'Histoire ne serait pas celle de l'Esprit (Hegel) ou de l'être (Heidegger), mais celle de notre appropriation de la Terre. Une Histoire de l'avoir reste ainsi à faire. Dès son commencement, cependant, une confusion sémantique a recouvert le sens originel de cette appropriation, qui n'est pas possession prédatrice, mais procès de (co-)propriation, déploiement de ce qui est « approprié » pour bien vivre dans cette copropriété des vivants. Cette oblitération fit que l'Histoire occidentale se déploya comme un arraisonnement de la Nature, et un effacement de cette éco-logique. Le sens de notre Histoire, qu'on croyait finie, s'indique par là même : penser une appropriation de la vie terrestre rendant possible sa pérennité et sa continuité. L'Écologique de l'Histoire articule cette hypothèse nouvelle et inédite.

    « Il y a plaisir à saluer l'arrivée d'un philosophe tout neuf qui soudain bondit dans le cortège dionysiaque. Plus on est de fous, plus on pense, le proverbe dit vrai et notre temps de misère a plus que besoin de se refaire - s'il se peut - une vigueur spéculative. ».
    Jean-Luc Nancy.

  • " La déconstruction, c'est la pulvérisation d'un socle spéculatif où la vie trouverait son assise, sa légitimation, sa paix. " Autrefois son élève, Reiner Schürmann identifie dans l'oeuvre de Heidegger un impensé, le principe d'anarchie. Contre cette métaphysique occidentale qu'il s'applique à déconstruire, le penseur de la présence aurait fait de l'être et de l'agir une seule et même question. Et sapé ainsi toute possibilité de définir un fondement rationnel sur lequel construire une philosophie pratique. Que l'agir humain, à l'époque technologique, se trouve privé d'arché : voilà ce que cette étude majeure, lisant Heidegger à rebours, a permis de dévoiler.

  • Dépossession

    Judith Butler

    Dialogue entre Judith Butler et Athena Athanasiou : le débat tourne autour de ceux qui ont perdu leur pays, leur nationalité, leurs biens, tous ceux qui ont été expropriés de leur appartenance au monde. Que signifie cette précarité, cette perte fondamentale, dans une société capitaliste dominée par la logique de la possession ? Est-ce que cette conscience d'expropriation peut amener à une nouvelle forme de résistance, apporter une réponse politique à ceux qui ont été déchus de leurs droits, de leurs biens, en un mot, des conditions de base de la vie elle-même ?

    Les soulèvements révolutionnaires au Moyen-Orient et au Maghreb, comme les manifestations sur la place Puerta del Sol, la place Syntagma et le parc Zucotti établissent une nouvelle économie politique et affective du corps dans l'espace public. La rue est l'endroit par excellence des expropriés - de ceux qui défient les forces de police et qui se regroupent spontanément dans des collectifs pour lever la voix, pour être vus et entendus. Le livre offre une introduction à la complexité des nouvelles formes de privation de droits, de dépossession et de contestation politique. Une réflexion sur la puissance du perfomatif ainsi que sur la perte de pouvoir du sujet souverain et moral classique.

  • Sylvère Lotringer qui, dans les années 1970, importa aux États-Unis la French Theory avec Semiotext(e), retrace son parcours au fil de conversations avec Donatien Grau.
    Au milieu des années 1970, Sylvère Lotringer a créé Semiotext(e), un groupe philosophique devenu magazine puis maison d'édition. Depuis sa création, Semiotext(e) est le lieu de rencontres libres : John Cage lisant Nietzsche, à travers Deleuze ; punk et philosophie; la possibilité de sexualités et de politiques alternatives ; le dialogue immédiat entre artistes et philosophes. La vie artistique et intellectuelle américaine des cinquante dernières années en est largement tributaire. Le modèle de la revue et de la maison d'édition tourne essentiellement autour de la notion de collectif, et leur créateur Sylvère Lotringer s'est rarement livré à la continuité de son parcours personnel : son existence d'enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale ; l'expérience libératrice puis traumatisante du collectif dans le kibboutz ; son activisme parisien dans les années 1960 ; son temps d'errance, qui le mena, par Istanbul, aux États-Unis ; et puis, bien sûr, ses années américaines, la façon dont il mêlait sa vie nocturne à l'expérimentation formelle qu'il a inventée avec Semiotext(e) et avec ses cours.
    Depuis le début des années 2010, Donatien Grau a pris l'habitude de rendre visite à Sylvère Lotringer lors de ses voyages à Los Angeles ; certains de leurs dialogues ont été publiés ou tenus en public. Ceux-ci nous donnent accès à la vie de Sylvère Lotringer, ses amitiés, ses choix, son admiration pour certains des plus grands penseurs de notre temps. Les conversations montrent des éclats de vie, des traces d'un voyage, à travers les textes et l'existence elle-même, avec une intensité rare.

  • La traduction française du deuxième roman de l'écrivaine allemande, qui dépeint une vision aussi jouissive que féroce d'un monde « new-age » fasciné par la technologie, où le culte du « bien-être » devient l'une des formes les plus raffinées et redoutables de contrôle social, entre Orwell et Foucault : un « roman anti-psychiatrique » jubilatoire et inventif.
    Une clinique psychiatrique perchée en haut d'une montagne. Ce lieu futuriste tout en transparence dispose d'une entrée, mais il est impossible d'en sortir. Interdiction de surcroît de regarder à travers les parois de verre : les patients comme le personnel soignant y doivent se confronter à leur propre solitude. Ainsi, le docteur Franz von Stern, s'efforce tant bien que mal de rédiger le rapport sur sa propre personne exigé par la direction. Mais la conviction de cet homme, à la fois schizophrène et bionique - puisque affublé d'un deuxième cortex et d'un médiator greffé - que remuer son passé constitue la première des pathologies psychiques, sera bouleversée par l'arrivée d'une patiente étrangère à ce microcosme aux usages bien rodés...
    Ce second roman d'Angelika Meier, jubilatoire et inventif, évite l'écueil du « roman à thèse » ainsi que tout académisme. La même année, encensé par la critique, ce « roman anti-psychiatrique par excellence » a été sélectionné pour le prestigieux Prix du livre allemand.

  • Rencontre Nouv.

    Un dialogue entre le philosophe et l'historienne de l'art autour de la rencontre.

    D'une rencontre est né un dialogue au sujet de la rencontre : un étonnement partagé de la possibilité qu'ait lieu l'incalculable, l'imprévisible et l'irréductible. Une curiosité pour la justesse de ce qui n'a été ni concerté ni décidé.
    Hasard, providence, intrication quantique, rituel, animisme, étreinte ou porosité, pensée ou art sont autant de tentatives de tourner autour de ce qui nous échappe quand nous nous rencontrons. Et autant de façons de se rencontrer là où la philosophie reconnait que l'art lui échappe.

  • Après la crise constitue une plate-forme internationale de discussion entre artistes, écrivains, théoriciens, curateurs et historiens questionnant le statut même de la photographie aujourd'hui, notre relation à l'image, ainsi que les dimensions politiques et culturelles de celle-ci, à partir d'une mise en perspective de l'image photographique contemporaine à l'ère numérique avec la crise de la représentation à l'époque de la naissance de la photographie.
    Les contributeurs viennent aussi bien de la théorie critique, du roman, de la performance, de la photographie de mode, des musées, du film et du design, mais ils abordent chacun la question du support photographique. Dans leurs conversations, l'histoire de la photographie et sa pratique contemporaine ne sont jamais séparées : la photographie est conçue en dehors du cadre limité de notre obsession du numérique. En comparant la situation actuelle des images photographiques avec la crise vécue par la représentation à l'époque de la naissance de la photographie dans les années 1820 et 1830, nous comprenons qu'il faut mettre en perspective la radicalité de notre relation à l'image photographique. Nous pouvons ressentir le fardeau existentiel d'être entouré d'images, tout en essayant de mieux comprendre la profondeur historique d'un questionnement qui a commencé bien avant la génération actuelle qui se livre à des interrogations cruciales de notre époque en termes de politique, de culture et de créativité. Cette crise de la représentation est peut-être arrivée à sa fin et a été remplacée par un nouvel état du monde dans lequel la concurrence entre peinture et photographie n'est plus le seul et unique problème.

  • L'art contemporain comme question philosophique : un essai sur les relations entre art et politique et sur la manière dont la prétendue radicalité de l'art contemporain apparaît comme liée voire assujettie à l'idéologie libérale actuelle, à l'encontre de la possibilité de tout changement social effectif.
    Il est difficile de concevoir un art qui soit aussi étroitement lié à son présent que ne l'est l'art contemporain. En effet, l'art contemporain est issu d'une rupture inouïe avec les pratiques artistiques du passé. Il semble prendre son point de départ dans une profonde amnésie par rapport à ce qui le précède. Les distinctions esthétiques traditionnelles, entre forme et contenu, autonomie et hétéronomie, ou oeuvre et critique, ne sont plus pertinentes quand il s'agit de cet art.
    Mais qu'est-ce alors que l'art contemporain ? Cette question a pu être posée par l'historien, le théoricien, voire le sociologue de l'art. Mais elle n'a pas encore été soulevée comme question philosophique - comme question qui cherche à établir l'essence de l'art contemporain. La réponse donnée, dans ce livre, à ladite question est double. D'une part, elle est positive: dans son essence, l'art contemporain est la fiction d'un pur faire. D'autre part, elle est négative : l'art contemporain est le site où se révèle comme nulle part ailleurs l'idéologie politique du capitalisme néolibéral.

  • De l'indécision

    Joseph Vogl

    À partir des réflexions proposées par Freud dans le Moïse de Michel-Ange, Joseph Vogl développe une théorie de l'indécision et présente dans le même temps un véritable système pour explorer cette notion dans toutes ses variantes et ses nuances : dans le glissement synonymique entre hésiter, tergiverser, osciller, rechigner, chanceler ou vaciller s'exprime un doute profond, une démarche inquiète, un recul. Pourtant, la perplexité implicite de cette hésitation n'implique pas tout simplement l'arrêt d'une action. Elle indique tout d'abord le seuil imperceptible entre action et non-action, un interstice régi par la pure contingence et la potentialité créatrice. En tant qu'acte de parole à la fois impuissant et résistant, l'indécision introduit une temporalité suspendue qui s'oppose au primat de l'acte posé par la culture occidentale.
    Pour Joseph Vogl, un événement est toujours inscrit dans un ensemble stratifié formé par l'ensemble de ses variantes non réalisées. Sa recherche esthétique et historique attribue ainsi à l'indécision une place posée comme systématique :
    Elle instaure une « méthode de complication » par laquelle le pouvoir discursif des événements historiques et politiques peut être interrogé et contenu. Considérée comme une attitude face au monde et un geste de mise en question radicale, la temporalité suspendue de l'indécision constitue enfin le champ opératoire du discours lui-même.
    Dans ce petit essai brillant et érudit, Vogl retrace une « anti-histoire » de l'indécision qui apparaît surtout en littérature et prend corps à travers les siècles dans les personnages d'Oreste, de Wallenstein, de Joseph K., de Bartleby ou de l'homme sans qualités.

  • Post-démocratie

    Colin Crouch

    Paru au Royaume-Uni en 2004, cet essai se propose d'explorer les forces sociales et économiques à l'oeuvre dans les démocraties modernes. Partant du malaise profond et de la violente crise de confiance que les peuples de ces pays traversent vis-à-vis des institutions étatiques, Crouch avance que les États y cèdent progressivement tout leur pouvoir décisionnel et leur marge d'action aux multinationales. L'importance démesurée des flux de capitaux induits par le capitalisme moderne rend en effet les gouvernements extrêmement dépendants des conglomérats. Rejetés et décrédibilisés dans leur fonction même - garantir des services publics et sociaux à la population et à répondre à ses besoins -, ils délèguent ces tâches à des entreprises privées et perdent peu à peu toute légitimité.
    /> Concis et subtilement argumenté, cet essai offre une réponse cinglante aux chantres du néolibéralisme pour qui les sociétés dites avancées ont atteint le degré de démocratie le plus élevé possible ; et propose des pistes concrètes afin de redonner aux citoyens - principaux acteurs de la vie économique et sociale - une réelle marge d'action, dans le cadre d'un système véritablement « démocratique ».

  • Universitaire et intellectuel américain de premier plan ayant contribué à définir le dialogue culturel américano-français, spécialiste de la littérature française et du Nouveau Roman, Tom Bishop retrace son parcours au fil de conversations avec Donatien Grau.
    En 2012, Tom Bishop a invité Donatien Grau à donner une conférence à l'Université de New York. A partir de cette invitation, des conversations, une amitié se sont développées - dont certaines sont rassemblées dans ce livre. Tom Bishop retrace son parcours, sa propre histoire : son départ de Vienne, ses études, ses rencontres, ses choix, sa conception de la littérature et de la vie, son rapport au monde politique et économique ; la manière dont il a contribué à définir la profession de « curator » telle qu'elle se pratique aujourd'hui. Dans ces entretiens, il se présente à la fois comme un savant, un organisateur, un acteur majeur de la vie intellectuelle : un individu, avec ses déclarations, sa colère, ses refus, sa loyauté, son appétit insatiable de découverte et de nouveauté, son profond attachement à l'université, lieu de liberté et de création.

  • Lorient-Keroman, 2016.

    Je marche sous la pluie. Une odeur de poissons envahit mes narines.
    Des docks, des entrepôts, des marins, des navires.
    La pluie souvent fouette le bassin, le Slipway où l'on répare et repeint les bateaux. Dans les Dom-bunkers, immenses cathédrales allemandes de la Seconde Guerre mondiale, les soudeurs travaillent le métal.
    Au fil de deux années, je vais réaliser un travail lent, réfléchi qui mêle portraits et lieux, objets et paysages. Je cherche à capter la poésie qui se dégage de ce vaste théâtre industriel, dans lequel l'homme se mesure à l'océan. J'utilise une chambre photographique, qui fonctionne avec des plan-films de 4x5 inch, pour suspendre le temps, pour conserver la mémoire du quartier de Keroman. Je compose chaque image sur mon dépoli, m'abritant sous mon voile noir, positionnant mon appareil lourd, monté sur pied, enregistrant le monde dans son épaisseur.

  • La sexualité comme un problème proprement philosophique de la psychanalyse.
    La satisfaction de parler contient en soi une clé de la satisfaction sexuelle (et non l'inverse) - une clé de la sexualité et de ses propres contradictions. Alenka Zupancic aborde la question de la sexualité comme un problème proprement philosophique de la psychanalyse - celle de Freud et de Lacan - et non celle des praticiens cliniciens tels que décrits par Lacan « orthopédistes de l'inconscient ». Que se passe-t-il, comme l'affirme Lacan, si nous pouvons obtenir exactement la même satisfaction que le sexe par la parole, l'écriture, la peinture, la prière ou autres activités ? Il ne s'agit pas d'expliquer la satisfaction que procure la parole en indiquant son origine sexuelle, mais bien de souligner que la satisfaction de parler est elle-même sexuelle.
    Alenka Zupancic soutient que la sexualité est à la limite d'un « circuit court » entre ontologie et épistémologie. La sexualité et le savoir sont structurés autour d'une négativité fondamentale qui les unit au point de l'inconscient. L'inconscient (en tant que lien avec la sexualité) est le concept d'un lien inhérent entre l'être et la connaissance dans leur négativité même.

  • Crédit et débit

    ,

    « Les solutions se trouvent toujours dans la rue, dans le trafic. » Les chaînes privées allemandes ne sont pas vraiment réputées pour le niveau élevé des débats qu'elles diffusent; la surprise est d'autant plus grande pour le zappeur qui, aux alentours de minuit, tombe sur ce genre de phrases : « La superstition économique est un peu comme l'éventail des vertus bourgeoises » ou « Les solutions se trouvent toujours dans la rue, dans le trafic. » Aucun doute : il s'agit d'une des émissions culturelles les plus remarquables - au sens plein du mot - d'Alexander Kluge. Kluge a trouvé en Joseph Vogl un partenaire idéal pour sa technique d'interview si caractéristique. Le résultat de cette passion commune, ce sont plus de 40 interviews télévisuelles qui renouvellent le genre en profondeur. La digression, maniée avec un talent particulier, n'y est jamais gratuite.

  • Un été sans fin

    Peter Kurzeck

    « Le présent, ce n'est quand même pas seulement ici et maintenant. » Allemagne, année 1958 : dans le quartier rouge qui s'étend aux abords de la gare de Francfort, le jeune Peter Kurzeck entame une aventure littéraire à laquelle il n'a toujours pas mis de point final. Tableau d'une entrée mouvementée dans la vie, Un été sans fin restitue la magie séductrice d'une grande ville dans l'Allemagne d'après-guerre à travers une réflexion sur la force poétique du souvenir. Car pour Peter Kurzeck, ce qui a été vécu reste pour toujours à portée de main. Au lieu d'assujettir ses récits à un mode de narration linéaire, l'écrivain préfère galvaniser le temps, les souvenirs et les images intérieures : suivre les méandres de l'existence, être à l'écoute des associations d'idées, rassembler des instantanés, s'attarder sur certains détails et restituer des ambiances. Régulièrement comparé à James Joyce pour la complexité de ses structures narratives, à Marcel Proust pour son fétichisme de la mémoire, à Alfred Döblin pour ses personnages de petits bourgeois, d'ouvriers et d'alcooliques citadins, Peter Kurzeck est certainement l'un des plus illustres - et injustement méconnus - représentants de la littérature allemande contemporaine.

  • Les médias de masse forment un système qui s'autoalimente indépendamment de toute intervention extérieure, dans lequel nous avons pris l'habitude d'évoluer sans le questionner. Niklas Luhmann propose une analyse minutieuse des modes de fonctionnement de ce système, de ses implications et des sélections simplificatrices qu'il opère au sein de la complexité et de la contingence définissant le monde. Selon lui, l'actualité émerge ainsi au sein des médias de masse en suivant des règles précises et en respectant les constructions que ceux qui l'écrivent ou la filment plaquent sur le réel. Ils façonnent la réalité tout autant qu'ils la décrivent. D'une actualité indiscutable, cet essai invite à reconsidérer la manière dont le monde se conçoit lui-même.

  • « C'est seulement lorsqu'on la raconte que l'attaque aérienne devient réelle, perceptible ».

    À sa parution en 1977, Der Luftangriff auf Halberstadt am 8. April 1945 d'Alexander Kluge a provoqué un véritable choc. Traduit en français pour la première fois, ce montage implacable de textes et d'images, irrigué par une matrice autobiographique, explore en une fiction documentaire la destruction de sa ville natale à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Prenant toute la mesure du désastre, il met au jour le quadrillage et le concassement des territoires, des terres et des chairs, tout en préservant les possibilités de faire face à la catastrophe. Alors se construitun témoignage à la fois individuel et collectif. Loin de réduire la complexité historique à une représentation linéaire, l'auteur produit ainsi un récit éclaté et sans fard.

  • Artaud the mômo

    Antonin Artaud

    La version bilingue (français / anglais) d'Artaud le Mômo, l'oeuvre poétique la plus extraordinaire de la dernière période de la vie d'Artaud, depuis son retour à Paris après une incarcération de neuf ans dans les institutions psychiatriques françaises. L'ouvrage respecte les directives graphiques voulues par le poète pour l'édition originale de 1947. Avec huit dessins originaux d'Artaud.

  • Concave thoughts

    Yves Netzhammer

    Dès ses débuts les dessins numériques font le fond de l'oeuvre complexe d'Yves Netzhammer. Comme toutes les autres formes d'expression de cet artiste extraordinaire ils déploient un cosmos autant poétique que réfléchi. Parfois ses pensées- images sont abstraites, parfois enjouées, drôles, bizarres, cauchemardesques...
    Mais toujours il y révèle avec une plus grande clarté une idée inouï, une pensée originale en naissance. Avec une évidence tout à fait étonnante Netzhammer met en scène à la vue de tous l'interaction des corps et des appareils, les métamorphoses des objets en hommes, la transmutation des bêtes en architectures.

    « Concave Thoughts » est un livre dessiné de centaines d'histoires possibles, un livre artiste comme espace-livre, un univers de poche, un vade-mecum pour les penseurs en images, un story-board d'un artiste à la page.

  • Depuis la crise de 2008, les États subviennent aux besoins des organismes financiers et imposent à la société la dictature du marché : un scénario défini dans ce recueil d'essais de l'économiste Christian Marazzi comme un « socialisme du capital » qui pourrait bien constituer la nouvelle forme du régime capitaliste.
    « La crise constitue le moment où une partie importante du capital humain est détruite, brisée, comme cela se produit pour les machines qui sont amenées à la casse. » Depuis l'effondrement des banques en 2008, le capitalisme semble être entré dans une phase de stagnation durable, mais aussi dans une instabilité géopolitique et monétaire. Le scénario qui se joue sous nos yeux évoque une sorte de « socialisme du capital » : l'État, qui subvient aux besoins des « soviets de la finance », impose à la société la dictature du marché. Plutôt qu'un effet parasite du capitalisme, cette financiarisation pourrait bien constituer la forme aussi essentielle que perverse de son nouveau régime. Les textes rassemblés dans le présent recueil analysent et commentent les changements économiques survenus ces dix dernières années en revenant sur leurs acteurs principaux, sur certains symptômes de la crise ainsi que sur des phénomènes qui ont pu apparaître jusque-là comme marginaux. Loin d'adopter une approche simplificatrice ou moralisante, Christian Marazzi relit les enseignements de Michel Foucault sur la biopolitique pour tenter d'interpréter les bouleversements contemporains comme des transformations fondamentales du politique.

  • Réunis à Sils Maria pour une soirée de nouvel an, le peintre Gerhard Richter et l'écrivain Alexander Kluge découvrent leur « parenté de temps » : nés tous les deux en février 1932, ils entrent de concert dans un siècle qu'ils parcourront chacun d'une façon singulière. Fruit de cette rencontre, Décembre met en regard 39 histoires et 39 photographies en lien avec ce mois. Dans un style incisif dont l'ironie confine parfois au cynisme, Kluge mêle anecdotes amusantes et récits absurdes, détails glaçants et démonstrations fatalistes, qui alternent avec les photographies enneigées - des paysages de haute montagne aussi familiers qu'inquiétants - de Richter. L'ouvrage propose une nouvelle facette de l'artiste à qui une rétrospective a récemment été consacrée au Centre Pompidou, ainsi qu'un almanach du siècle rédigé par un écrivain et réalisateur incontournable en Allemagne.

  • Cet échange rare et singulier traite de la précarité de toute pensée, qu'elle s'établisse dans la langue, dans l'image, dans le corps ou dans l'espace ; du nous et de la pensée partagée qui ouvre les possibilités du sens. Il dessine une pensée qui s'épuise, mais qui aime aussi, et nous redonne foi en l'existence.

empty