Sciences humaines & sociales

  • Les entretiens de David Graeber (avec Mehdi Belhaj Kacem, Nika Dubrovsky et Assia Turquier-Zauberman) redéfinissent les contours de ce que pourrait être une morale anarchiste aujourd'hui.
    Tant par ses grands concepts comme ceux de la dette, de la bureaucratie ou des bullshit jobs, que par son implication cruciale dans le mouvement Occupy Wall Street, David Graeber était l'un des plus influents penseurs de notre temps. Au contraire de bien d'intellectuels « engagés », il était l'un des très rares à avoir fait preuve d'une efficacité militante à répercussion mondiale.
    Se revendiquant depuis toujours anarchiste, dans ce livre d'entretiens avec Assia Turquier-Zauberman, Nika Dubrovsky et Mehdi Belhaj Kacem, Graeber parle tant sur l'histoire de l'anarchie que sur sa pertinence contemporaine et sur son avenir; tant sur les liens qui unissent l'anthropologie à l'anarchisme qu'aux « traces ADN » de celui-ci dans le mouvement d'OWS ou dans celui des Gilets jaunes; sur la signification de l'éthique anarchiste non seulement dans sa portée politique, mais esthétique et artistique, sexuelle et amoureuse...
    Avec une verve étonnante de vivacité, de drôlerie et d'érudition, le présent livre contribue à redéfinir les contours de ce que pourrait être, comme le disait Kropotkine, une « morale anarchiste » aujourd'hui.

  • Mehdi Belhaj Kacem et Bernard Stiegler échangent à propos de ce qui les lie à la philosophie.
    Rarement les philosophes dont la formation s'est faite à l'écart de l'université se sont entretenus. Le temps d'une conversation Mehdi Belhaj Kacem et Bernard Stiegler se sont prêtés au jeu, échangeant à propos de ce qui les lie à la philosophie. Inévitablement, la mort tragique de Bernard Stiegler, survenue un an plus tard, donne à lire ce texte avec un regard affecté. L'enthousiasme des échanges nous fait sentir le mouvement vivant de ces philosophies à l'oeuvre.
    En effet, bien que les oeuvres de ces deux auteurs soient singulières, l'une et l'autre procèdent d'une même exigence qui les place au centre de la tradition philosophique : produire un système conceptuel qui donne à penser la nouveauté de la situation historique. À quoi bon la cohérence d'une philosophie qui ne nous dirait rien de ce qu'est devenu le monde ? Que vaudrait l'abstraction conceptuelle si celle-ci n'était pas au service de la compréhension de ce qui nous transforme ? Ainsi, les deux auteurs nous appellent à ne pas oublier : l'enjeu de la philosophie n'est pas la philosophie. Cette exigence critique, la présente conversation la réfléchit à bras le corps, non sans détours et tourments, mais avec franchise et esprit de liberté.

  • Le recueil de trois articles-charnières de Rainer Schürmann.
    Deux des articles ici rassemblés, Que faire à la fin de la métaphysique ? et Des doubles contraintes normatives, sont des échos, respectivement récapitulatif et prospectif, des deux opus magnum de Schürmann, Le principe d'anarchie et Des hégémonies brisées. L'autre texte, Se constituer soi-même comme sujet anarchique, jette un éclairage tout à fait inédit sur ce qu'on pouvait déjà savoir à partir des deux autres textes, abondamment repris dans les deux ouvrages-phares de leurs auteurs. Ils les font lire différemment. C'est cet éclairage entièrement neuf, quant à la portée praxique que revêt la vaste méditation post-métaphysique de Schürmann, qui fait du présent recueil un inédit, au sens le plus plein du terme.
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  • Valentin Husson renverse la hiérarchie traditionnelle entre l'être et l'avoir, réhabilitant ce dernier comme un impératif écologique, pour repenser notre rapport à l'environnement, dans une relecture novatrice de l'histoire de la philosophie.
    On se propose dans ce livre de relire l'Histoire occidentale à partir du problème de l'appropriation. L'Histoire ne serait pas celle de l'Esprit (Hegel) ou de l'être (Heidegger), mais celle de notre appropriation de la Terre. Une Histoire de l'avoir reste ainsi à faire. Dès son commencement, cependant, une confusion sémantique a recouvert le sens originel de cette appropriation, qui n'est pas possession prédatrice, mais procès de (co-)propriation, déploiement de ce qui est « approprié » pour bien vivre dans cette copropriété des vivants. Cette oblitération fit que l'Histoire occidentale se déploya comme un arraisonnement de la Nature, et un effacement de cette éco-logique. Le sens de notre Histoire, qu'on croyait finie, s'indique par là même : penser une appropriation de la vie terrestre rendant possible sa pérennité et sa continuité. L'Écologique de l'Histoire articule cette hypothèse nouvelle et inédite.

    « Il y a plaisir à saluer l'arrivée d'un philosophe tout neuf qui soudain bondit dans le cortège dionysiaque. Plus on est de fous, plus on pense, le proverbe dit vrai et notre temps de misère a plus que besoin de se refaire - s'il se peut - une vigueur spéculative. ».
    Jean-Luc Nancy.

  • Dépossession

    Judith Butler

    Dialogue entre Judith Butler et Athena Athanasiou : le débat tourne autour de ceux qui ont perdu leur pays, leur nationalité, leurs biens, tous ceux qui ont été expropriés de leur appartenance au monde. Que signifie cette précarité, cette perte fondamentale, dans une société capitaliste dominée par la logique de la possession ? Est-ce que cette conscience d'expropriation peut amener à une nouvelle forme de résistance, apporter une réponse politique à ceux qui ont été déchus de leurs droits, de leurs biens, en un mot, des conditions de base de la vie elle-même ?

    Les soulèvements révolutionnaires au Moyen-Orient et au Maghreb, comme les manifestations sur la place Puerta del Sol, la place Syntagma et le parc Zucotti établissent une nouvelle économie politique et affective du corps dans l'espace public. La rue est l'endroit par excellence des expropriés - de ceux qui défient les forces de police et qui se regroupent spontanément dans des collectifs pour lever la voix, pour être vus et entendus. Le livre offre une introduction à la complexité des nouvelles formes de privation de droits, de dépossession et de contestation politique. Une réflexion sur la puissance du perfomatif ainsi que sur la perte de pouvoir du sujet souverain et moral classique.

  • Sylvère Lotringer qui, dans les années 1970, importa aux États-Unis la French Theory avec Semiotext(e), retrace son parcours au fil de conversations avec Donatien Grau.
    Au milieu des années 1970, Sylvère Lotringer a créé Semiotext(e), un groupe philosophique devenu magazine puis maison d'édition. Depuis sa création, Semiotext(e) est le lieu de rencontres libres : John Cage lisant Nietzsche, à travers Deleuze ; punk et philosophie; la possibilité de sexualités et de politiques alternatives ; le dialogue immédiat entre artistes et philosophes. La vie artistique et intellectuelle américaine des cinquante dernières années en est largement tributaire. Le modèle de la revue et de la maison d'édition tourne essentiellement autour de la notion de collectif, et leur créateur Sylvère Lotringer s'est rarement livré à la continuité de son parcours personnel : son existence d'enfant caché pendant la Seconde Guerre mondiale ; l'expérience libératrice puis traumatisante du collectif dans le kibboutz ; son activisme parisien dans les années 1960 ; son temps d'errance, qui le mena, par Istanbul, aux États-Unis ; et puis, bien sûr, ses années américaines, la façon dont il mêlait sa vie nocturne à l'expérimentation formelle qu'il a inventée avec Semiotext(e) et avec ses cours.
    Depuis le début des années 2010, Donatien Grau a pris l'habitude de rendre visite à Sylvère Lotringer lors de ses voyages à Los Angeles ; certains de leurs dialogues ont été publiés ou tenus en public. Ceux-ci nous donnent accès à la vie de Sylvère Lotringer, ses amitiés, ses choix, son admiration pour certains des plus grands penseurs de notre temps. Les conversations montrent des éclats de vie, des traces d'un voyage, à travers les textes et l'existence elle-même, avec une intensité rare.

  • " La déconstruction, c'est la pulvérisation d'un socle spéculatif où la vie trouverait son assise, sa légitimation, sa paix. " Autrefois son élève, Reiner Schürmann identifie dans l'oeuvre de Heidegger un impensé, le principe d'anarchie. Contre cette métaphysique occidentale qu'il s'applique à déconstruire, le penseur de la présence aurait fait de l'être et de l'agir une seule et même question. Et sapé ainsi toute possibilité de définir un fondement rationnel sur lequel construire une philosophie pratique. Que l'agir humain, à l'époque technologique, se trouve privé d'arché : voilà ce que cette étude majeure, lisant Heidegger à rebours, a permis de dévoiler.

  • Deux penseurs de générations différentes dialoguent autour de la question de la sexualité et de la philosophie.
    Prolongement d'Être et sexuation de Mehdi Belhaj Kacem (2014) et Sexistence de Jean-Luc Nancy (2017), cette première conversation entre les deux auteurs - appartenant à des générations différentes - et la jeune écrivaine Raphaëlle Milone convoque la question de la sexualité et de la philosophie aussi bien au travers des concepts fondateurs de l'histoire de la philosophie que des pratiques les plus contemporaines de la sexualité, dans un dialogue vif et naturel rappelant Le Banquet de Platon.
    En suivant le modèle encyclopédique de l'entretien conçu comme un fructueux échange d'idées, ces conversations (« Sexe et Vérité », « Sexe et Appropriation », « Désir et Jouissance ») dessinent un paysage de trajectoires, de pensées, de récits qui produisent autant de débats animés et amusés entre deux philosophes sur leur vision de la sexualité, sa nature, sa définition, et sur les liens entre philosophie et sexualité - « Débats auxquels il faut laisser la chance de se reprendre ailleurs, plus tard, par d'autres ou par nous-mêmes devenus autres ».

    « On pourrait reconsidérer tous les rapports des philosophes avec leur objet, car il n'y a pas de pensée qui ne se forme, ne s'échauffe et ne s'émeuve au contact d'autres pensées lesquelles sont elles-mêmes des corps, des dispositions de chairs touchées et touchantes.»

  • Universitaire et intellectuel américain de premier plan ayant contribué à définir le dialogue culturel américano-français, spécialiste de la littérature française et du Nouveau Roman, Tom Bishop retrace son parcours au fil de conversations avec Donatien Grau.
    En 2012, Tom Bishop a invité Donatien Grau à donner une conférence à l'Université de New York. A partir de cette invitation, des conversations, une amitié se sont développées - dont certaines sont rassemblées dans ce livre. Tom Bishop retrace son parcours, sa propre histoire : son départ de Vienne, ses études, ses rencontres, ses choix, sa conception de la littérature et de la vie, son rapport au monde politique et économique ; la manière dont il a contribué à définir la profession de « curator » telle qu'elle se pratique aujourd'hui. Dans ces entretiens, il se présente à la fois comme un savant, un organisateur, un acteur majeur de la vie intellectuelle : un individu, avec ses déclarations, sa colère, ses refus, sa loyauté, son appétit insatiable de découverte et de nouveauté, son profond attachement à l'université, lieu de liberté et de création.

  • Post-démocratie

    Colin Crouch

    Paru au Royaume-Uni en 2004, cet essai se propose d'explorer les forces sociales et économiques à l'oeuvre dans les démocraties modernes. Partant du malaise profond et de la violente crise de confiance que les peuples de ces pays traversent vis-à-vis des institutions étatiques, Crouch avance que les États y cèdent progressivement tout leur pouvoir décisionnel et leur marge d'action aux multinationales. L'importance démesurée des flux de capitaux induits par le capitalisme moderne rend en effet les gouvernements extrêmement dépendants des conglomérats. Rejetés et décrédibilisés dans leur fonction même - garantir des services publics et sociaux à la population et à répondre à ses besoins -, ils délèguent ces tâches à des entreprises privées et perdent peu à peu toute légitimité.
    /> Concis et subtilement argumenté, cet essai offre une réponse cinglante aux chantres du néolibéralisme pour qui les sociétés dites avancées ont atteint le degré de démocratie le plus élevé possible ; et propose des pistes concrètes afin de redonner aux citoyens - principaux acteurs de la vie économique et sociale - une réelle marge d'action, dans le cadre d'un système véritablement « démocratique ».

  • L'ouvrage testament et magnum opus du philosophe allemand d'expression française : une interprétation monumentale et radicalement nouvelle de l'histoire de la philosophie occidentale et de ses faillites, immense fresque historique où se déploie toute l'originalité de la pensée de Reiner Schürmann.
    « Le b-a ba du métier n'est-il pas d'assurer un fondement, non-fondé mais capable néanmoins d'ancrer les prémisses m'instruisant sur ce que je puis savoir et sur ce que je dois faire ? Comprise ainsi, la norme ne se justifie pas ; en quoi elle est fantasmatique. Mais elle justifie tout ce qui peut devenir phénomène pendant l'époque linguistique à laquelle elle imprime sa marque ; en quoi elle est hégémonique. S'il s'avère qu'un tel référent non-référable à quelque instance supérieure se maintient tant que prédomine une langue, alors l'histoire à retracer sera celle des fantasmes hégémoniques grec, latin, et moderne. Un fantasme est hégémonique quand toute une culture s'y fie comme si elle tenait là au nom de quoi parler et agir. Pareil représenté-chef (hêgemôn) travaille le singulier qui est indicible, en le disant part d'un tout. Les hégémonies tournent le singulier en du particulier. Il s'agira donc de retracer une histoire de soumissions par nous-mêmes encourues. » « Je n'aurais sans doute jamais entrepris d'écrire ce livre si, étranger, je ne vivais pas au milieu du peuple occidental le plus brutalement idéologique en cette fin de siècle : peuple qui, tout aussi brutalement, dénie non seulement les singularités, mais encore ses propres maximisations et fantasmes idéologiques. »

  • Crédit et débit

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    « Les solutions se trouvent toujours dans la rue, dans le trafic. » Les chaînes privées allemandes ne sont pas vraiment réputées pour le niveau élevé des débats qu'elles diffusent; la surprise est d'autant plus grande pour le zappeur qui, aux alentours de minuit, tombe sur ce genre de phrases : « La superstition économique est un peu comme l'éventail des vertus bourgeoises » ou « Les solutions se trouvent toujours dans la rue, dans le trafic. » Aucun doute : il s'agit d'une des émissions culturelles les plus remarquables - au sens plein du mot - d'Alexander Kluge. Kluge a trouvé en Joseph Vogl un partenaire idéal pour sa technique d'interview si caractéristique. Le résultat de cette passion commune, ce sont plus de 40 interviews télévisuelles qui renouvellent le genre en profondeur. La digression, maniée avec un talent particulier, n'y est jamais gratuite.

  • Cet échange rare et singulier traite de la précarité de toute pensée, qu'elle s'établisse dans la langue, dans l'image, dans le corps ou dans l'espace ; du nous et de la pensée partagée qui ouvre les possibilités du sens. Il dessine une pensée qui s'épuise, mais qui aime aussi, et nous redonne foi en l'existence.

  • Les médias de masse forment un système qui s'autoalimente indépendamment de toute intervention extérieure, dans lequel nous avons pris l'habitude d'évoluer sans le questionner. Niklas Luhmann propose une analyse minutieuse des modes de fonctionnement de ce système, de ses implications et des sélections simplificatrices qu'il opère au sein de la complexité et de la contingence définissant le monde. Selon lui, l'actualité émerge ainsi au sein des médias de masse en suivant des règles précises et en respectant les constructions que ceux qui l'écrivent ou la filment plaquent sur le réel. Ils façonnent la réalité tout autant qu'ils la décrivent. D'une actualité indiscutable, cet essai invite à reconsidérer la manière dont le monde se conçoit lui-même.

  • Depuis la crise de 2008, les États subviennent aux besoins des organismes financiers et imposent à la société la dictature du marché : un scénario défini dans ce recueil d'essais de l'économiste Christian Marazzi comme un « socialisme du capital » qui pourrait bien constituer la nouvelle forme du régime capitaliste.
    « La crise constitue le moment où une partie importante du capital humain est détruite, brisée, comme cela se produit pour les machines qui sont amenées à la casse. » Depuis l'effondrement des banques en 2008, le capitalisme semble être entré dans une phase de stagnation durable, mais aussi dans une instabilité géopolitique et monétaire. Le scénario qui se joue sous nos yeux évoque une sorte de « socialisme du capital » : l'État, qui subvient aux besoins des « soviets de la finance », impose à la société la dictature du marché. Plutôt qu'un effet parasite du capitalisme, cette financiarisation pourrait bien constituer la forme aussi essentielle que perverse de son nouveau régime. Les textes rassemblés dans le présent recueil analysent et commentent les changements économiques survenus ces dix dernières années en revenant sur leurs acteurs principaux, sur certains symptômes de la crise ainsi que sur des phénomènes qui ont pu apparaître jusque-là comme marginaux. Loin d'adopter une approche simplificatrice ou moralisante, Christian Marazzi relit les enseignements de Michel Foucault sur la biopolitique pour tenter d'interpréter les bouleversements contemporains comme des transformations fondamentales du politique.

  • La sexualité comme un problème proprement philosophique de la psychanalyse.
    La satisfaction de parler contient en soi une clé de la satisfaction sexuelle (et non l'inverse) - une clé de la sexualité et de ses propres contradictions. Alenka Zupancic aborde la question de la sexualité comme un problème proprement philosophique de la psychanalyse - celle de Freud et de Lacan - et non celle des praticiens cliniciens tels que décrits par Lacan « orthopédistes de l'inconscient ». Que se passe-t-il, comme l'affirme Lacan, si nous pouvons obtenir exactement la même satisfaction que le sexe par la parole, l'écriture, la peinture, la prière ou autres activités ? Il ne s'agit pas d'expliquer la satisfaction que procure la parole en indiquant son origine sexuelle, mais bien de souligner que la satisfaction de parler est elle-même sexuelle.
    Alenka Zupancic soutient que la sexualité est à la limite d'un « circuit court » entre ontologie et épistémologie. La sexualité et le savoir sont structurés autour d'une négativité fondamentale qui les unit au point de l'inconscient. L'inconscient (en tant que lien avec la sexualité) est le concept d'un lien inhérent entre l'être et la connaissance dans leur négativité même.

  • Lorsqu'en 2008, la banque d'investissement Lehman Brothers fait faillite, on aurait pu s'attendre à ce que l'ère néolibérale touche à sa fin. Mais c'eût été méconnaître la véritable nature du néolibéralisme, qui ne se résume pas à la suprématie du marché sur l'État. Retraçant les batailles idéologiques et politiques qui opposèrent keynésiens - partisans du levier étatique - et « néolibéraux » - thuriféraires du marché -, Colin Crouch démontre que cette bipolarisation du débat ne permet plus de comprendre les enjeux contemporains du système néolibéral.
    L'Étrange Survie du néolibéralisme s'efforce en effet de révéler comment ce combat s'est soldé par l'avènement de très grandes entreprises, un nouveau pouvoir qui fait désormais pièce à l'État comme aux marchés. Loin de s'apparenter à un aride examen des théories néolibérales, ce texte très accessible cherche à penser le rôle de la « société civile », la seule force, selon l'auteur, en mesure de faire face à la triade formée par le marché, l'État et les conglomérats.

  • Ce livre-somme de Mehdi Belhaj Kacem, synthétisant quinze années de travail philosophique (et inaugurant la collection Anarchies qu'il dirige avec Jean-Luc Nancy aux éditions Diaphanes), pose le fondement métaphysique et éthique de sa pensée. Le pléonectique provient d'un néologisme qui signifie : avoir-plus. L'enjeu du livre est d'identifier le principe ontologique à partir duquel interroger les affres dans lequel se débat notre monde.
    Déchiffrant l'univers à partir de la notion, empruntée à Rainer Schürmann, d'appropriation-expropriation, le livre, sous forme d'abécédaire, déploie un système qui démontre comme l'événement vital consiste en une intensification du régime « appropriationniste » qui existe au niveau des plus fines particules élémentaires ; et que l'événement humain, à son tour, consiste en une intensification monstrueuse du régime « appropriationniste » qui définit tout ce qui est.
    Définissant l'essence de l'homme par ce qu'il appelle la « virtuosité techno-mimétique », l'auteur dresse une fresque phénoménologique, qui non seulement éclaire d'un jour entièrement neuf les faits de la science et de la technologie, de l'art et de l'imitation, de la politique et du droit, de l'amour et de la sexualité, mais fait voir l'étroite solidarité qui existe entre ces phénomènes.

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