Ecole Hautes Etudes En Sciences Sociales

  • Comme toute religion, tout groupe ou tout fait social, l'hindouisme et les hindous ne peuvent être compris ni en tant qu'isolats, ni en tant qu'éléments totalement homogènes. Leur étude ne saurait donc faire l'économie du champ de la relation. À travers l'Inde et plusieurs pays d'immigration hindoue (île Maurice, La Réunion, Canada, Fidji), l'hindouisme se vit et se construit dans une multitude de rapports à l'Autre qui l'influencent et le transforment en permanence.

  • Dans la perception occidentale, les Rajas indiens évoquent souvent un luxe suranné, alors que la société indienne continue d'être appréhendée prin¬cipalement par le biais des inégalités de castes ou de la tradition hindoue textuelle. L'objectif du volume n'est pas de relancer le débat sur la nature de la royauté en Inde, mais plutôt d'aborder la société de cour (au-delà du roi) comme un ensemble de relations et de pratiques, autrement dit de considérer la royauté comme un modèle de civilisation.
    La royauté hindoue a été abondamment étudiée, notamment la relation entre rois et brahmanes (Jan Heesterman) ou, dans une perspective plus large, entre le pouvoir politique et les institutions et valeurs socioreligieuses (Louis Dumont). Cet ouvrage rappelle que le développement des études régionales a déplacé le débat vers la nature de l'État dans l'Inde ancienne. Plusieurs modèles ont été proposés : féodalisme, État bureaucratique, État segmentaire et souveraineté rituelle, État intégratif selon un modèle processuel, formation impériale. De plus, des recherches anthropologiques et ethno-historiques ont souligné le rôle central de la royauté dans la société indienne. Plus récemment, Daud Ali a ouvert une nouvelle voie de recherche, avec le concept de « société de cour » de Norbert Elias en Inde tout en reconnaissant les contributions de Michel Foucault à propos de l'appareil d'État. Celles-ci ont aidé à placer la recherche sur la royauté indienne dans la continuité de processus historiques plus vastes, sociaux, économiques et religieux.

  • Cette étude, consacrée à la diaspora indienne dans l'océan Indien, éclaire les relations économiques, politiques, religieuses et culturelles entre l'Inde et l'île Maurice. Les contributions analysent les caractéristiques du "mauricianisme" et mettent en évidence les étapes de l'acculturation de l'immigré indien à un univers créole.

  • Ce volume collectif s'attache à mieux cerner les rapports spatiaux qu'entretiennent les sociétés sud-asiatiques avec le fait religieux, sans s'arrêter aux approches du territoire purement politistes (le limitant à l'usage nationaliste) ou socio-anthropologiques (le subordonnant à la caste et/ou à la parenté).

    Chaque contribution y étudie cette même problématique articulant lieux saints, territoires et circulations religieuses selon différentes perspectives d'analyse (surtout anthropologique et géographique, mais aussi historique et architecturale) et à différentes échelles spatiales, du local (un village, une portion d'espace urbain) au transnational (l'Inde et sa diaspora, le Pakistan et la communauté sindhi en Inde).
    Le numéro s'organise autour de quatre axes d'analyse :
    - l'ancrage du religieux par les lieux (cas d'études en Inde et à l'île Maurice), - le rapport aux circulations (ex. : formes de circulation rituelle dans le contexte d'un centre de pèlerinage soufi), - l'analyse des dispositifs, matériels, rituels et symboliques de mise en scène du territoire dans le champ religieux et politique, - la question du franchissement des limites (ex. : la perméabilité des frontières séparant par exemple islam et hindouisme).

  • L 'Asie du Sud - l'Inde en tête - a réinventé le sécularisme, en l'adaptant à l 'immense diversité religieuse de la région.
    Mais les dernières décennies ont vu cette réinvention subir, dans chaque pays, de sérieux coups de boutoir - indépendamment de la religion dominante (hindouisme, islam ou bouddhisme) et des régimes politiques (démocratiques ou autoritaires). C'est ce processus que ce volume entend analyser à travers l'étude des dynamiques à l'oeuvre dans chacun des pays concernés, de 1'Inde à l'Afghanistan, en passant par le Pakistan, le Bangladesh, Sri Lanka et le Népal.
    Partout, la tendance est à une identification de l'État à la religion majoritaire qui, certes, varie beaucoup selon les pays. Les minorités religieuses sont naturellement les premières à ressentir l'influence de ce déclin du sécularisme, là encore, certaines convergences apparaissent, se lisant en tout premier lieu dans la morphologie de la violence. Mais si le constat de cette évolution fait l'objet d'un consensus, sa nature et son ampleur restent largement débattues, comme le montrent les différentes tonalités des contributions ici réunies.
    Au-delà du sécularisme, ce numéro s 'attache aussi à déconstruire le couple religion-politique à travers des études de cas où le lien de causalité est loin d'être systématique, même lorsqu'il est attendu, et où la relation entre les champs connaît des transformations inédites.

  • Selon la théorie brahmanique, la reconnaissance du savoir est d'emblée une affaire socioreligieuse, liée à l'affirmation d'un ordre social hiérarchisé. Pourtant, les savoirs pratiques font partie de toutes les activités humaines et la manière dont ils sont définis, élaborés, transmis, appropriés ou diffusés est une question cruciale pour comprendre la formation et les transformations des sociétés. Les auteurs explorent, de l'intérieur, plusieurs métiers et pratiques de diverses castes. Depuis le théâtre et la danse, pratiques liées à des traditions prestigieuses, aux métiers que les préjugés considèrent comme sans qualification - éleveurs de dromadaires, constructeurs de bateaux, pêcheurs en mer, potières au tour -, en passant par des activités modernes, comme le forage ou le cinéma, ces articles nous parlent de savoir faire au coeur de la division du travail, de l'organisation des métiers et de l'évolution personnelle et sociale

  • Étudier l'articulation entre le médical et le religieux dans le sous-continent indien est l'enjeu de cet ouvrage. L'Asie du Sud, riche d'une grande hétérogénéité ethnographique et d'un impressionnant corpus de traditions savantes se prête tout particulièrement à cette réflexion.
    Le pluralisme tant médical que religieux, qui caractérise l'Inde à différentes époques et selon la géographie, a donné forme à une gamme de praticiens et d'institutions prenant en charge la douleur et la souffrance sous des approches variées et syncrétiques qui demandent à être analysées.
    Les études ici réunies présentent différentes formes d'interaction entre les champs du religieux et du médical considérés dans leur contexte historique, social et culturel. Les matériaux utilisés par les auteurs incluent des sources littéraires, des archives missionnaires, ainsi que plusieurs types de données ethnographiques - récits de rêves, témoignages d'ex-voto, pratiques rituelles, séances de possession, consultations astrologiques, etc.
    Multiples sont également les approches : certains auteurs s'intéressent aux aspects religieux de la théorie et de la pratique médicale, d'autres examinent les aspects thérapeutiques des pratiques rituelles ou dévotionnelles, et d'autres encore considèrent les interactions entre le médical et le religieux comme un prisme au travers duquel apparaîtrait la complexité des rapports sociaux.

  • Cet ouvrage entend retracer les contours du cosmopolitisme en tant que pratique et Weltanschauung dans une région du monde - l'Asie du Sud - qui, au cours des XVIe-XVIIle siècles, constitua non seulement un pôle majeur de l'espace de circulation de l'Asie musulmane mais aussi un noeud des flux humains, matériels et immatériels reliant l'Occident à l'Orient.

  • Ce volume collectif met en lumière les liens anciens et féconds tissés entre l'Italie et l'Inde. Ces deux pays-péninsules, l'un en Europe couronné par les Alpes et l'autre en Asie par l'Himalaya, carrefours de civilisations et de cosmopolitismes, se sont mutuellement influencés au cours de l'histoire jusqu'à nos jours. Cette attraction réciproque relevant à la fois du domaine intellectuel, politique et artistique, a inspiré la thématique de l'ouvrage.

    Historiens, spécialistes de littérature, sanskritistes, conservateurs de musées, anthro- pologues sont ici réunis pour illustrer, au croisement de courants ou de personna- lités qui les ont incarnés, cette connexion de longue durée entre l'Inde et l'Italie.
    De nombreux apports réciproques, au plan politique et culturel, ont nourri ces échanges continus depuis l'Antiquité. À travers les témoignages des voyageurs, mis- sionnaires, écrivains et artistes, c'est toute une communauté d'acteurs de l'histoire qui ont contribué à ce dialogue imprégné d'implications d'ordre social et politique mais aussi d'ordre affectif comme le montre notamment la réflexion menée dans les débats au sein des Subaltern Studies.

  • Aujourd'hui en Inde, les problèmes de mortalité maternelle et infantile, les temps d'attente, le manque de personnel, etc., donnent l'impression que les établissements de santé se caractérisent uniquement par leurs dysfonction- nements. Les médias indiens qualifient ainsi les hôpitaux de « honte natio- nale ». En sciences sociales, les chercheurs ont particulièrement étudié ces dysfonctionnements : violence à l'égard des aidants, corruption, négligence médicale, pratiques discriminatoires. Ce recueil rend compte des formes de tension établies entre les patients défavorisés et les auxiliaires, infirmières et médecins des hôpitaux publics confrontés à des coupes budgétaires, à des situations de pénurie de personnel et de matériel.

    Partant d'une réflexion sur le fardeau bureaucratique des institutions hospita- lières, sur les cultures professionnelles locales ou sur les inégalités sociales structu- relles, ces chercheurs révèlent les formes de frustrations éprouvées par soignants et patients. Ils mettent ainsi en lumière un paradoxe : des institutions publiques censées garantir la santé de tous reproduisent des clivages sociaux. À l'inverse, des initiatives visant à mettre en place des politiques gratuites en matière de soins de santé et d'amélioration des hôpitaux sont menées en arrière-plan. Se concentrer sur les politiques de santé ou sur le système de valeurs mobilisé par les aidants permet de se rendre compte que le souci du bien-être des patients persiste malgré les difficultés évoquées.

  • La ville en Asie du Sud, héritière des cités parmi le plus anciennes de la planète, s'inscrit dans une région à prédominance rurale pourtant génératrice de mégapoles. Ces très grandes villes à l'avant-garde de l'ouverture économique du sous-continent indien vivent des transformations rapides sous l'effet de la mondialisation. Dans l'univers urbain, le poids de la strate coloniale se révèle beaucoup plus riche en hybrides et en créations originales que ce que la logique de la dépossession et de la domination aurait pu laisser supposer. C'est là l'une des spécificités du cas indien, légataire d'un héritage historique unique sur lequel s'est greffée l'empreinte de la modernité, sans que les repères traditionnels perdent tout leur contenu car ils en sont, parfois, fécondés. Trois grandes thématiques traitent de l'évolution de ces phénomènes urbains : structure de la ville et recompositions socio-spatiales ; tensions sociales et tensions urbaines ; restructuration des espaces économiques.

  • De l'informaticien de Bangalore sous contrat en Californie jusqu'aux villageois saisonniers employés sur les chantiers des métropoles, l'Inde n'échappe pas à une forte circulation des personnes. De telles formes de mobilité sont-elles nouvelles ?
    Si le développement économique a intensifié les mouvements et si l'insertion dans la mondialisation a mis en route d'autres circuits, l'Inde est un pays qu'on ne peut taxer de "fixité". Géographes, ethnologues et sociologues étudient les motivations de mobilité en Inde : logiques symboliques et religieuses, logiques économiques des ménages, et ouverture à de nouveaux espaces par les circulations transnationales.
    Les circulations remettent-elles en cause l'ancrage au territoire, particulièrement fort en Inde, depuis l'attachement au village jusqu'à la glorification des frontières nationales ?
    /> Non seulement cet ouvrage réfute l'idée fausse d'un pays découvrant les flux de population, mais il montre que loin d'affaiblir la notion de territorialité il la renforce.
    L'Inde des réseaux n'a rien d'incompatible avec l'Inde des territoires, bien au contraire.

  • Le rite est volontiers abstrait de toute historicité, non seulement pour ses participants mais aussi pour nombre d'analystes qui y repèrent des archaïsmes disparus d'autres activités sociales.
    Sans nier la possibilité qu'existent de véritables pérennités formelles, alors même que le cadre et la fonction d'un rite changent nécessairement dans le temps, il a semblé aux auteurs de ce recueil que l'affirmation de telles continuités risquait de masquer le fait que ces rites sont des élaborations sociales inscrites dans une histoire. Les études présentées ici se proposent par conséquent de restituer aux rites hindous cette double dimension sociale et historique, en insistant tout particulièrement sur leur circulation et les aménagements dont ils firent l'objet dans l'espace, la société et le temps.
    /> Les rites y sont envisagés comme des objets d'initiations, d'emprunts, de modifications, de remaniements - ou de stratégies langagières, un terme prestigieux pouvant être appliqué à des rites qui, en fait, diffèrent profondément du " modèle " revendiqué. L'ouvrage comprend trois parties. " Genèses et transformations " rapporte des modifications rituelles au contexte social et/ou religieux de l'époque concernée.
    " Modèles du rite, rites modèles " aborde la modélisation des rites eux-mêmes, ou le recours à des rites hindous comme modèles d'autres pratiques. " Débattre des rites, débattre du passé " analyse la façon dont les participants à des rites, ou les commentateurs d'autrefois, élaborent leur relation au passé. Le rite est alors pensé dans ses modifications, témoignant d'une tension explicite entre idéalisation du passé et constat du changement.

empty