Editions B42

  • Dans cet essai, Sarah Schulman fait le pari de lier les relations intimes, les luttes contemporaines autour du racisme ou du sida et la politique internationale. Elle met en avant la persistance, ici et là, de fallacieuses accusations d'agressions mobilisées pour décliner la responsabilité de chacun dans une situation conflictuelle.

  • Oiseaux Nouv.

    Oiseaux est une volière réunissant près de 200 dessins réalisés par Jochen Gerner entre février 2019 et septembre 2020. Chacun de ces oiseaux a été dessiné au feutre à encre de Chine pigmentée sur des cahiers d'écoliers petit format, originaires de Chine et d'Inde, sur lesquels apparaissent des lignes et carreaux de différentes tailles.

    Cette série de dessins constitue une expérimentation graphique visant à explorer les potentialités de la trame, la superposition des traits, et l'association d'un nombre réduit de couleurs dans la création des plumages. En mêlant oiseaux rêvés et réels, cet inventaire interroge les liens entre imaginaire et réalité dans notre vie quotidienne, et nous enseigne que le fantastique se niche le plus souvent dans la réalité du quotidien.

    Dans le cadre de cette recherche graphique, Jochen Gerner s'est inspiré du travail de certains illustrateurs du XVIIIe siècle comme celui de François-Nicolas Martinet, qui avait pour habitude de représenter les oiseaux de profil, leur afférant ainsi un caractère noble et raide, contrastant avec la force et l'aspect lumineux des couleurs

  • Melancolie post-coloniale

    Paul Gilroy

    Dans cet essai au verbe acéré, Paul Gilroy dénonce la pathologie néo-impérialiste des politiques mises en oeuvre dans les pays occidentaux, sclérosées par les débats sur l'immigration, et propose en retour un modèle de société basé sur un multiculturalisme renouvelé. De la création du concept de "race" à la formation des grands empires coloniaux, le sociologue britannique soulève quelques grandes questions de notre siècle, et vise à former une réelle alternative aux récits édulcorés et "whitewashés" de notre passé colonial.
    En choisissant de valoriser la convivialité et le cosmopolitanisme ordinaire et indiscipliné des centres urbains des grandes métropoles, Paul Gilroy embrasse une vision cosmopolite inclusive, croit en l'avènement d'une société "au-delà du racisme" et défend un modèle de société multiculturel, qui refuse de céder aux discours de la peur et à la violence. Il examine l'invention de catégories hiérarchisantes basées sur la notion de race, et les terribles conséquences que celle-ci eut, telle que le colonialisme et le fascisme, et démontre comment les écrits de penseurs tels que Frantz Fanon, W.
    E. B. Du Bois ou Georges Orwell peuvent aujourd'hui encore faire avancer les débats sur le nationalisme, le postcolonialisme et les questions raciales. Cette première traduction de Mélancolie post-coloniale sera accompagnée d'une préface inédite de l'auteur, apportant un regard contemporain sur les enjeux traités par le livre et faire écho aux luttes post-coloniales d'aujourd'hui, en recherche d'une pensée critique exigeante.

  • Le Jeu de la guerre de Guy Debord. L'émancipation comme projet. On connaît Guy Debord pour avoir été poète, cinéaste, artiste, théoricien révolutionnaire, directeur de revue et fondateur de mouvements d'avant-garde. Mais il a surtout été stratège. Qu'entend-on par là ? Qu'il a utilisé la poésie, le cinéma, la théorie et l'avant-garde dans le cadre d'un conflit avec la société de son temps. Un objet en particulier dans la production de Guy Debord répond de cet objectif : le Jeu de la guerre, qui avait pour vocation d'aiguiser le sens stratégique et la conscience d'une lutte à mener. Au milieu des années 1950, Debord conçoit un jeu constitué d'un plateau quadrillé et de pions représentant les diverses unités d'une armée. En tant que modélisation de la guerre, ce jeu participe des recherches situationnistes sur l'environnement construit, la vie aliénée et les moyens de s'en émanciper. Tout au long de sa vie, Debord s'y exerce et cherche à le diffuser en dehors des cercles situationnistes. À l'heure où le design - qu'il soit d'objets, de systèmes, d'interfaces ou d'expériences - tend à envahir les discours et à englober de plus en plus de champs de l'activité créative, technique, sociale et économique, et alors que l'art ne cesse de repenser les conditions de sa validité critique, Emmanuel Guy propose ici une réflexion sur le rôle de la stratégie dans tout projet d'émancipation.

  • Le Catalogue de la mort est une exploration décomplexée de la dernière grande étape de notre existence : la mort. Dans cet ouvrage à la fois drôle et érudit, Bunpei Yorifuji aborde tous les aspects imaginables du « passage vers l'au-delà » :
    Où meurt-on le plus ? De quelles causes ? Qui vit le plus longtemps ? Quelles sont les cultures où l'on craint le plus la mort et comment la représentent-ils ? Quelles sont les meilleures (et pires) façons de mourir ?
    Bref : qu'est-ce que la mort?
    À cette interrogation naïve, l'auteur répond comme à son habitude en texte et en image, mêlant dessins humoristiques et recherche approfondie. Fort d'une culture japonaise où ce sujet est appréhendé de manière décomplexée, Bunpei Yorifuji s'adresse dans cet ouvrage autant aux adultes qu'aux plus jeunes. Un livre à mettre entre les mains de toutes celles et ceux qui cherchent à aborder avec finesse le thème de la mort.

  • Terra Forma raconte l'exploration d'une terre inconnue :
    La nôtre. Cinq siècles après les voyageurs de la Renaissance partis cartographier les terra incognita du Nouveau Monde, cet ouvrage propose de redécouvrir autrement cette Terre que nous croyons si bien connaître.
    En redéfinissant le vocabulaire cartographique traditionnel, il offre un manifeste pour la fondation d'un nouvel imaginaire géographique et, ce faisant, politique. Écrit sur le mode du récit d'exploration, cet ouvrage invite le lecteur à explorer les techniques de représentation sur divers terrains, dans le but de constituer progressivement et collectivement un atlas d'un nouveau genre.

  • Dans Pour une esthétique de l'émancipation, Isabelle Alfonsi emprunte à la philosophe Geneviève Fraisse le concept de « lignée » et exhume des pratiques artistiques du passé, afin de faire émerger une lecture féministe et queer de l'art contemporain. Ce texte cherche à montrer comment l'écriture de l'Histoire de l'art avec un grand H a minoré l'importance des engagements affectifs des artistes, rendant ainsi inopérante la portée politique de leurs oeuvres. Les pratiques de Claude Cahun ou Michel Journiac sont ainsi replacées dans le contexte du militantisme de défense des droits des homosexuel-le-s de leurs époques respectives. L'histoire du minimalisme états-unien est revisitée à travers ses figures les plus périphériques afin de lire Lynda Benglis et ses productions des années 1970 comme les premières représentations d'un féminisme pro-sexe, comprendre Lucy Lippard à travers le prisme de la formation d'une critique sociale radicale et féministe ou encore de voir l'expression de subjectivités féminines dans les recherches filmiques d'Yvonne Rainer. Isabelle Alfonsi entend ainsi participer à l'écriture d'histoires de l'art plurielles, incarnées et affectives, et met l'accent sur l'importance du contexte social, politique et personnel dans l'interprétation des oeuvres.

  • Bunpei Yorifuji propose dans ce petit livre une méthode d'apprentissage du dessin décalée et anticonformiste, pour apprendre facilement à regarder et représenter le monde qui nous entoure. Pour cet illustrateur japonais adepte du Rakugaki, dessin et imagination sont intimement liés. Cependant, la clef du succés se trouve avant tout dans notre capacité à être attentif aux formes et aux détails du monde qui nous entoure afin de reproduire, avec des dessins les plus petits et détaillés possibles, l'univers dans toute son immensité. Le trait minimaliste de l'auteur, et son sens de l'humour décapant, sont mis au service d'un véritable tour de force, où l'on apprend autant à tracer un trait qu'à mettre en scène son propre univers en miniature.

  • Le Sytème Minard de Sandra Rendgen est le premier ouvrage rassemblant la collection complète des cartes statistiques de Charles-Joseph Minard conservée à l'École nationale des Ponts et Chaussées. Cet ingénieur civil né en 1781 fait oeuvre de pionnier dans le domaine de la représentation visuelle de données statistiques.
    Éclairant l'histoire de ce cartographe autodidacte, dont les cartes et représentations firent date dans la façon de modéliser des données en sciences sociales, Le Sytème Minard est un document historique unique, traduit pour la première fois en français. Ces représentations graphiques donnant à voir des données diverses sont une véritable leçon de design graphique, à l'heure où les enjeux politiques de la visualisation de données (« data visualization ») gagnent en visibilité.
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  • Couleur, forme, fumet, degré hydrométrique, fermeté...
    Mais qu'est-ce qu'un beau caca ? Dans quelles conditions l'être humain est-il le plus à même d'en produire? Bunpei Yorifuji, illustrateur, et Fujita Koichiro, docteur en médecine, font équipe pour ce « livre du caca » illustré, permettant de tout savoir sur le transit intestinal et ses mystères. Alors que le « bien-être » et le « bien-manger » sont devenus des préoccupations quotidiennes, apprendre à observer ses excréments avec attention et sans pudeur est un élément déterminant pour faire un diagnostique « maison » de son état de santé.
    Qu'est-ce que représente concrètement la quantité de caca produite en un jour dans le monde ? Où vont les excréments que je chasse avec de l'eau dans les toilettes ? Le caca est-il écologique ? Quelles sont les conditions permettant de faire le plus beau caca? Les auteurs répondent sans complexe à toutes les questions que vous vous êtes toujours posés sur le caca, sans jamais oser les partager.
    Des informations les plus sérieuses aux plus décalées, liées au bien-être et à la santé, tous les rouages de la digestion sont passés au crible de l'humour décapant de Bunpei Yorifuji, qui définit quatre catégories de défécation, décrites par le prisme d' « usines à caca » imaginaires. Les nutriments, l'alimentation, le taux d'hydratation, le stress, la quantité de gaz, rien n'est laissé au hasard pour délivrer le point P! du « pronostic santé » propre à chaque type de caca observable dans la cuvette de vos toilettes!

  • Après Devenir un expert du Rakugaki, paru en novembre 2016, Bunpei Yorifuji propose dans ce petit livre un guide illustré pour comprendre le tableau périodique des éléments. Il crée à cet effet un « super » tableau périodique, où chaque élément est incarné par un personnage unique, dont les traits physiques sont une interprétation visuelle, drôle et décalée des caractéristiques chimique de chaque élément. De la corpulence à la coupe de cheveux en passant par la tenue vestimentaire, chaque détail est passé au crible de l'imagination débordante de l'illustrateur japonais, et permet de comprendre en un coup d'oeil le fonctionnement des éléments, et du monde qui nous entoure.
    Pour accompagner le lecteur à travers la découverte du merveilleux monde des éléments, un poster dépliable au format A3 reprenant ce « super tableau périodique des éléments » est inclus à la fin du livre.

  • Ce quatrième numéro revient sur le concept de mouvement appliqué au domaine du numérique. Depuis l'apparition du GIF animé, en passant par l'évolution des génériques de télévision et les mutations des logiciels d'animation, ce numéro propose une analyse du processus de constitution de l'image animée et interroge sa place dans le monde numérique. En quoi le mouvement constitue-t-il désormais un nouveau langage ? Comment les typographes tentent-ils de s'adapter à ce nouveau paradigme ? Et comment comprendre ce nouvel équilibre entre image fixe et image animée ? À travers sept articles et entretiens, ce numéro tente d'apporter des réponses à ces questions et continue son exploration des liens entre pratiques numériques et design graphique.

  • L'oxymore Nouv.

    Pour dire ce qu'est ce polar, il faut commencer par dire ce qu'il n'est pas ; c'est-à-dire un polar. L'Oxymore serait-il dans ce cas un anti-polar ? A peine. Pas une goutte de sang ne coule dans ces pages, pas un gramme de drogue ne circule ; pas même un petit viol sur le pouce. L'enquêteur, le commissaire, l'agent de police, le dealer, les femmes sulfureuses ou violentées, tout le monde a disparu.
    Et le but de ce livre n'est certainement pas de les retrouver. Peut-on écrire un polar sans enquête ? Ou plutôt - puisqu'en littérature tout est possible si l'on manque suffisamment de révérence pour les règles - comment ? Dans quelle mesure et par quelles feintes désigner comme polar un livre qui nous refuse non seulement l'élucidation, mais jusqu'à l'intrigue elle-même ? Une telle direction s'éloigne certainement des horizons réconfortants auxquels ledit genre nous destine.
    De fait, refuser l'intrigue policière revient à faire le deuil d'un retour à l'harmonie antérieure à la chute. C'est enfin défaire la raison carrée, celle du méticuleux enquêteur, consentir à la beauté du vide sur lequel on s'agite, et bâiller devant la résolution provisoire d'énigmes par lesquelles notre besoin de connaissance est pourtant si facilement titillé. L'Oxymore est ainsi un roman bizarre, un mouvement perpétuel, une boucle a priori scellée, un autre voyage vain de l'ombre qui aveugle à la lumière qui éblouit, en passant par toutes les teintes de la zone grise.

  • Rassemblée pour la première fois dans cet ouvrage dirigé par Whitney Battle-Baptiste et Britt Rusert, la collection entière de ces images colorées, riches de sens et d'inventivité, est enfin à la portée des imaginaires contemporains. Ces représentations ont non seulement influencées la manière dont l'auteur des Âmes du peuple noir envisageait lui-même la sociologie, mais sont également riches d'instruction pour ce que l'on appellerait aujourd'hui « la représentation graphique de données statistiques » à savoir la traduction de l'information dans un format visuel qui favorise l'accessibilité et la transmission des données, et génère, par l'acte même de faire voir, de nouvelles tendances et connaissances. Les représentation visuelles conçues par W.E.B. Du Bois témoignent autant une véritable culture visuelle que d'une volonté de rendre les statistiques socio-scientifiques accessibles aux communautés et aux personnes auprès desquelles ces mêmes données sont collectées.

  • Ailanthus altissima

    Simon Boudvin

    « Huizi dit à Zhuangzi : J'ai un grand arbre qu'on appelle ailante. Sa grande partie basale est si gonflée et bosselée, qu'elle ne tombe pas sous la mesure du cordeau ni de l'encre, ses petites branches sont si torsadées et tordues qu'elles ne tombent pas sous la mesure du compas ni de l'équerre. Il a beau se dresser au bord du chemin, aucun charpentier ne se retourne pour le regarder. » Voici comment le philosophe chinois Zhuangzi, maître tao contemporain d'Aristote, décrivait l'ailante, un spécimen d'arbre qui se développe en plein coeur des villes et peuple désormais nos paysages quotidiens.
    Pendant une dizaine d'années, Simon Boudvin a suivi l'évolution d'une population de plus de 500 ailantes et observé la mutation des quartiers dans lesquels ils se sont implantés. Sous la forme d'un inventaire photographique, il a documenté entre 2010 et 2020 les conditions de développement de ces espèces entre les communes de Bagnolet et de Montreuil.
    À travers un texte et une série de photographies, Simon Boudvin interroge la place de ces arbres au sein des espaces urbains et, à travers cela, le rapport entre l'homme, la ville, et les espèces libres qui s'y développent de manière spontanée. Comment cette espèce s'est elle adaptée au tissus urbain artificiel et à une politique d'aménagement hostile ? Comment a-telle été intégrée au champ de la botanique et aux cultures locales ? Et quelle est désormais la place que nous offrons à ces espèces « exotiques et envahissantes » qui apparaissent dans nos villes ?

  • La conception d'un livre suit-elle uniquement un processus logique et réfléchi ? Du choix d'une famille de caractères, et de son corps, à celui de la disposition des blocs de texte, le designer graphique et typographe suisse Jost Hochuli étudie le rôle décisif que joue l'instinct dans les différentes étapes de planification d'un ouvrage.
    Un design de livre « systématique » ? a été écrit à l'occasion d'une conférence présentée pour la première fois à Munich en 2007. S'appuyant, à titre d'exemples, sur cinq ouvrages issus de son travail, Jost Hochuli revient sur les questionnements soulevés lors de leur conception et sur l'importance de l'intuition dans une réflexion rationnelle.
    Ce texte, illustré d'images du travail de Jost Hochuli, et publié dans le numéro 4 de la revue Back Cover, est aujourd'hui enrichi d'une préface du designer graphique John Morgan.

  • Pour une critique du design graphique rassemble dix-huit essais écrits par l'historienne du design Catherine de Smet depuis le début des années 2000. Publiée pour la première fois en 2012, cette édition revue et actualisée inclue trois nouveaux textes, jusqu'à présent inédits ou épuisés.

  • Voir le voir

    John Berger

    La série Ways of seeing pour la chaîne BBC. Constituée de quatre essais audiovisuels, elle soulève des questions liées aux idéologies cachées des images visuelles. La série a reçu un grand succès et a donné naissance l'année suivante à un livre du même nom écrit par John Berger. Une édition française est parue en France en 1976 sous le titre Voir le voir.
    L'édition anglaise d'origine fut le fruit d'une collaboration de John Berger avec le designer graphique Richard Hollis avec lequel il avait déjà travaillé pour le magazine New Society et son roman G. Ensemble, avec Mike Dibb et l'aide de Chris Fox à l'édition du texte ainsi que de l'artiste Sven Blomberg, ils ont publié cet ouvrage en coédition avec la BBC et Penguin.
    La traduction anglaise de L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique venait juste d'être la BBC donnait carte blanche à John Berger pour créer cette série de films télévisés. Il décida alors pour le premier film de partir du texte de Benjamin aujourd'hui célèbre pour le traduire de manière plus accessible pour la télévision.
    Le second et troisième film ont été construits à partir de textes préexistants de John Berger sur le nouveau matérialisme de la traduction picturale européenne ainsi que de morceaux de son roman G.
    Le quatrième film a été créé de toutes pièces à partir de l'observation qu'il fait de l'usage d'une forme d'autorité de l'art européen par les publicitaires.
    Si la société s'est beaucoup modifiée depuis 1972, reflétant aujourd'hui plus largement les valeurs du modèle capitaliste qu'à l'époque de l'écriture de ce texte, l'enjeu politique reste cependant le même quant à la place et la fonction de l'art du passé dans notre civilisation.
    En nous montrant comment voir différemment des tableaux que tant de musées présentent comme des reliques sacrées, John Berger nous invite à une réappropriation critique de notre héritage culturel, à une reprise à notre compte d'une histoire qu'on entoure délibérément de de barrières inutiles pour nous empêcher d'y puiser des raisons d'agir.
    S'appuyant sur près de 160 reproductions

  • La gentrification des esprits est un retour captivant sur les « années SIDA » et l'activisme d'ACT UP dans le New York des années 1980 et 1990. Sarah Schulman, elle-même new-yorkaise et militante de la cause LGBT, se souvient de la disparition, pratiquement du jour au lendemain, de la culture rebelle queer, des loyers à bas coûts et du prolifique mouvement artistique qui se développait au coeur de Manhattan ; remplacés par des porte-parole gays conservateurs, ainsi que par le consumérisme de masse. Sarah Schulman décrit avec précision et engagement le « remplacement d'une communauté par une autre » et le processus de gentrification qui toucha ces quartiers concomitamment à la crise du SIDA.
    Schulman fait revivre pour nous son Lower East Side tel qu'elle l'a connu. Elle emplit les pages de ce livre de la réminiscence vivace de ses ami-e-s de l'avant-garde queer, autant que de l'ombre inquiétante des premières années de la crise du SIDA, telles que vécues par une politiste. Les souvenirs personnels s'entremêlent à une analyse percutante des deux phénomènes, et du poids invisible qu'ils font aujourd'hui peser sur la société américaine. Schulman rend compte de son expérience en tant que témoin de la « perte de l'imagination » de toute une génération, et des conséquences entraînées par cette perte.

  • Largement tributaire des possibilités qu'offrent la photographie, la programmation, les procédés d'impression, de diffusion, de reproduction, notre environnement visuel est traversé de part en part par la technique. Pourtant ces opérations sont bien souvent maintenues dans l'ombre de questions plus nobles portant sur les graphistes, leurs démarches et les formes qu'ils produisent. Le rôle historique et opératoire de la technique ne semble pas encore avoir été étudié dans le champ du design graphique avec autant d'assiduité que dans d'autres domaines.
    Les différentes contributions de cet ouvrage montrent selon plusieurs éclairages complémentaires, que la technique n'est pas réductible à des opérations quantifiées ou à des objets fonctionnels, mais qu'elle revêt plus largement une dimension anthropologique beaucoup plus ancienne et profonde que ce que nos environnements technologiques ne laissent imaginer.
    La technique croise des pratiques, des normes, des habitudes et des « manières de faire », c'est-à-dire tout une somme de choses qui font partie intégrante des processus de création sans forcément y apparaître explicitement. Interroger la fabrication, la conception et les outils en design graphique, c'est tenter de redonner une lisibilité à ces questions pour mieux comprendre les formes visuelles de notre environnement quotidien.
    Cet ouvrage témoigne de la multiplicité des approches possibles sur le sujet et de la fertilité d'une thématique qui reste encore largement à défricher, au croisement du design, des études visuelles et des humanités numériques.

  • S'appuyant sur le postulat de Jürgen Habermas selon lequel la modernité est un « projet inachevé », Robin Kinross situe les débuts d'une véritable pratique moderne de la typographie aux alentours de 1700, avec la publication, en Angleterre, du premier traité de typographie, les Mechanick exercises (1683-1684) de Joseph Moxon, et la création du romain du roi en France. Il livre ici une histoire de la typographie moderne envisagée dans un sens large, bien au-delà du modernisme formel, en privilégiant les démarches et les praticiens qui, en Europe ou aux États-Unis, ont su articuler savoir et pratique - à l'instar des réformateurs anglais ou des membres de la nouvelle typographie.
    En prenant en compte les avancées techniques et le contexte dans lequel les typographes opèrent, Robin Kinross met ainsi l'accent sur les aspects sociaux, politiques, techniques et matériels qui informent leur pratique. L'originalité de cet essai se situe à plusieurs niveaux : récit vivant et critique des développements de la typographie au cours des siècles, il est enrichi par des exemples représentatifs, rarement montrés auparavant, et propose une ouverture pour d'autres investigations.
    Épuisé depuis plus d'un an, cet ouvrage est une proposition extrêmement bien documentée sur l'histoire de la typographie depuis le XVIIIe siècle. Lors de sa première publication en français en 2012, il venait combler un manque dans la théorie et l'histoire de la typographie par l'ouverture et la précision du point de vue critique de l'auteur. Riche d'une quarantaine d'illustrations (couleurs et noir et blanc), cet essai contient de nombreux documents historiques de référence (notamment français).

  • En croisant l'approche biographique et la forme de l'essai, ce livre donne une vision à la fois technique et accessible de l'histoire du design, à travers les yeux de l'un de ses plus grands critiques, Deyan Sudjic, directeur du Design Museum de Londres. Sans être un dictionnaire, B comme Bauhaus donne une définition érudite, bien que décalée, de notions allant d'Authenticité à Zip. Ce livre n'est pas non plus une autobiographie, même s'il offre une vision de l'intérieur, révélatrice et très personnelle de l'histoire contemporaine du design et de l'architecture.
    B comme Bauhaus est un guide essentiel pour comprendre le monde qui nous entoure. Les objets abordés par cet ouvrage condensent nombre de problématiques qui ont rythmé l'histoire du design.
    /> L'auteur en donne les clefs de compréhension de façon à la fois technique et critique, au travers de ces objets qui font aujourd'hui partie de l'imaginaire commun, comme le fauteuil Lounge des Eames ou l'Unité d'Habitation de Le Corbusier. Collecter, inventorier, classer, ces gestes humains sont ici détournés par le prisme de l'expérience personnelle.
    Deyan Sudjic nous parle de ce qui fait d'un Warhol une authentique copie, de la création des identités nationales, de l'obsession de la collection. Il parle aussi de la vision de la ville depuis le rétroviseur de Grand Theft Auto V, des ornementations numériques et des raisons pour lesquelles nous accordons de la valeur à l'imperfection.
    Ce livre parle des décors des films de Hitchcock et de la création des logotypes de Levis et de Coca-Coca, bref, de ce qui a créé l'univers de la mode, de la technologie, du design et du design graphique au XXIe siècle.

  • Qu'est-ce qu'un designer, publié pour la première fois en français en 2011, est un livre qui s'adresse aux étudiants et aux professionnels des domaines de l'architecture et du design. Loin de se contenter d'un questionnement (ou d'une réponse) bien formulé, il énonce les conditions dans lesquelles l'activité de design constitue en elle-même une question ouverte, et dans lesquelles les décisions de design - et les artefacts qu'elles produisent - sont tenues d'admettre une réponse sur le plan social.
    Les designers trouveront dans cet ouvrage un portrait vivant de leur profession, ainsi qu'un exposé des traditions essentielles au mouvement moderne. Les étudiants et enseignants, pour leur part, y trouveront une discussion d'une grande richesse, directement issue de l'expérience personnelle de l'auteur. Traduit à partir de la quatrième éditions révisée, Qu'est-ce qu'un designer se pose aujourd'hui comme un témoignage incontournable dans son domaine.
    Bien que ce texte ait été écrit en 1969, la singularité du point de vue de l'auteur ainsi que son positionnement politique sont aujourd'hui toujours aussi pertinents et en font un ouvrage de référence pour de nombreux professionnels. Cette réédition, augmentée d'une préface inédite de Tony Côme, viendra enrichir les débats récents et multiples sur le(s) design(s).

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