Editions Sociales

  • Au centre du Capital, dans un chapitre clé, Marx analyse le grand combat social et citoyen qui marque l'émergence du mouvement ouvrier. Il s'agit des luttes, qu'on voit alors surgir dans toute l'Europe, pour une législation du temps de travail. Une question plus que jamais à l'ordre du jour, semble-t-il. Le philosophe théorise avec les mots mêmes des travailleurs en grève. Le syndical y rencontre le politique : le Bill des 10 heures et le cri de la Charte pour le suffrage universel se font écho, dit-il. Il s'agit de savoir qui fera la loi commune.
    Jacques Bidet nous propose donc de lire Le Capital en nous concentrant sur ce moment décisif où il prend brièvement la tournure d'un récit dramatique qui met en scène une interpellation, non pas une interpellation du haut du ciel ni des profondeurs de l'inconscient, mais un interpellateur en chair et en os, porte-parole supposé des maçons londoniens en grève. Et ce qu'il évoque, ce qu'il arrache à la nuit de ce contrat qui n'en est pas un parce qu'il ne veut pas avouer ce qu'il stipule, c'est l'annonce de la mort au travail, au terme d'une usure prématurée, à la fleur de l'âge. Pour se faire il convoque deux grands témoins, Althusser, celui de l'interpellation, et Foucault, celui de la biopolitique. Il s'agira donc d'une relecture du Capital à partir de la place conceptuelle qu'y occupe le « corps », le corps au travail, dans son rapport à l'affrontement de classe dans l'espace politique.
    Si ce livre a trouvé son titre dans une certaine actualité, il ne s'agit pas d'un écrit de circonstance, mais d'un travail qui s'inscrit dans le cadre plus large d'une étude de la société moderne. Il a bien sûr une visée politique, mais à travers une analyse de la « politique de Marx », celle qui fait corps avec sa « critique de l'économie », en tant qu'elle s'affirme comme biopolitique, politique de la vie. Il porte sur les relations entre économie, politique, sociologie, droit et histoire, telles qu'elles s'annoncent à partir de cette fameuse et si disputée « valeur travail » jusqu'à la « loi-travail » qui fait l'objet du fameux débat « juridique » examiné dans cet ouvrage. En ce sens, il s'agit d'une introduction à la lecture du Capital, non au sens d'une explication d'ensemble, mais d'un accès à la trame conceptuelle de cette oeuvre qui on le verra a beaucoup à dire sur les débats qui ont fait les nuits debout de ce printemps 2016.

  • La révolution d'Octobre 1917 a laissé des traces, des conséquences centenaires. Elle a marqué le xx e siècle.
    L'ensemble des forces politiques de gauche, dans le monde entier, a été bouleversée pour finalement se scinder en deux courants, socialistes et communistes. Mais quelles furent les premières réactions, les pre- miers débats qui animèrent la gauche, « maximalistes », « réformistes », mais aussi anarchistes, etc.
    Quelle est le poids de la guerre mondiale qui faisait rage depuis 3 ans en décimant la jeunesse européenne, en renversant les équilibres sociaux et politiques ? Quelle est la part des ouvriers dans le mouvement irrésis- tible qui met le parti bolchévique au pouvoir à Petrograd ? Les journées de novembre 1917 (selon le calen- drier actuel) constitue-telles une vraie révolution déclenchée par la majorité dans les soviets, les conseils créés par les ouvriers les paysans et les soldats) ou un coup d'État ourdi dans le petit cercle bolchévique au- tour de Lénine ? Quel est le rôle de la violence dans l'installation du pouvoir soviétique ? Pourquoi la démo- cratie s'étiole-t-elle rapidement ? Fallait-il renoncer à la révolution lorsque la guerre civile s'annonce ?
    Toutes ces questions ont été brassées pendant des décennies, le sont encore par les historiens. Mais qu'est- ce qu'en pensaient les premiers acteurs et témoins, et tout particulièrement les courants politiques ouvriers, socialistes, révolutionnaires ?
    En présentant le dossier des premiers débats qui animent en Russie même, dans l'Europe en guerre et au- delà, les partis socialistes, les syndicalistes, les anarchistes ce livre propose un aréopage où la plupart se révè- lent des militants attentifs, curieux, conscients, réfléchis.
    Entre autres, on trouvera des textes de Lénine, Trotski, Martov, Blum, Cachin, Luxemburg, Staline, Zetkin, Gramsci, Bauer...
    Une introduction, de nombreuses notes historiques et des annexes consistantes (biographies, chronologie, bibliographie) permettent une lecture aisée.

  • Pour qui veut tenter de comprendre les phénomènes sociaux liés au travail, il est encore essentiel de se plonger dans Marx. Les débats sur ce terrain, théoriques ou politiques, depuis trente ans le montrent bien. Les tenants de la libération par le travail en même temps que ceux qui veulent libérer l'homme du travail se réfèrent à Marx. Un choix de textes exhaustif de Marx sur le travail serait immense. Nous avons choisi en parallèle avec le livre de Bruno Trentin, et donc en décalage aussi, le lien entre travail et émancipation.
    Marx a multiplié les textes, analysant les bouleversements du travail portés par le développement du capital jusqu'à son époque et dans un avenir envisagé par lui. Le travail de type artisanal est remplacé par un « travailleur collectif » et d'une division du travail totalement structurés par le capital. Le point d'arrivée est le « machinisme » qui transforme les producteurs en simple appendices de la machine.
    Ainsi, en suivant les progrès du capitalisme et du mouvement ouvrier, il empruntait souvent de nouvelles voies critiques, remaniant sans cesse sa pensée, des premiers textes des Manuscrits de 1844 jusqu'à la Critique du programme de Gotha, en passant par les pages inspirées des Grundrisse et du Capital.
    Le développement du taylorisme semble illustrer ces analyses. Les formes ont pu évoluer, mais la domination du capital sur la production reste marquée par un mouvement de dépossession de l'intelligence des salariés, mouvement nécessaire à la mise en oeuvre d'un procès de production devenu collectif.
    L'émancipation du et par le travail reste donc toujours à l'ordre du jour. Mais, comme Marx le soulignait déjà, la réduction du temps de travail peut permettre un développement du « temps libre » : d'un même mouvement le travail s'émancipe du capîtal, et le travailleur s'émancipe du travail.
    Tables des matières : Introduction d'Antoine Artous sur Marx, le travail et la question de l'émancipation : émanciper le travail et s'émanciper du travail. Textes de Marx : extraits des Manuscrits de 1844, les Grundrisse, du Capital,n de la critique du programme de Gotha, et d'autres textes.

  • L'extension de la démocratie hors du lieu de travail a marqué les conquêtes du mouvement ouvrier bien plus que la réduction de l'inégalité des pouvoirs entre les détenteurs de l'autorité dans les entreprises et le travail subordonné. Cette affirmation, à l'ouverture de ce livre de Bruno Trentin, secrétaire général dans les années 1990 de la CGIL, le grand syndicat italien, bouscule bien des débats et des combats sur le travail aujourd'hui.
    La gauche, fascinée par la conquête de l'Etat, finit par se contenter d'un accompagnement "social" des dégâts du travail alors que la conquête immédiate des libertés dans le travail serait un moyen de faire reculer la subordination dans les entreprises et dans toute la société. La contribution de Trentin pourrait-elle renouveler la vision du travail dans la culture politique et permettre des mobilisations pour sortir de l'impasse clans laquelle nos sociétés s'enfoncent ? L'action, en tout cas, est possible, montre la préface de Jack Ralite, si la démocratie retrouve ses racines dans le travail de chacun et de tous.

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